Après avoir remercié le duc de Mantoue de la protection qu'il avait
donnée à son père, le Tasse se hâta de retourner à Ferrare pour
assister au mariage de la soeur de Léonora, Lucrézia d'Este, avec le
prince d'Urbin, Marie de la Rovère. L'isolement dans lequel le mariage
de sa soeur laissa Léonora à la cour de Ferrare parut redoubler encore
l'inclination qui la portait vers le Tasse. Cette faveur de la
princesse pour le poëte était trop pure pour qu'elle cherchât à la
dérober aux regards des courtisans. Léonora, idole du peuple de
Ferrare par sa beauté et par ses talents poétiques, avait en même
temps une si juste réputation de vertu et de piété qu'on la regardait
dans tout le duché comme l'intermédiaire visible de la Providence, et
qu'on attribuait à ses prières la vertu surnaturelle de fléchir le
ciel et d'écarter les fléaux. On trouve une trace de cette croyance
populaire dans les vers d'un poëte du temps, Philippe Binaschi:
«Quand les ondes soulevées du Pô firent trembler leurs rives et
menacèrent d'engloutir Ferrare et ses campagnes, une seule prière de
toi, chaste Léonora, détourna de ton peuple les justes et terribles
colères du ciel!»