XVII.

Après avoir remercié le duc de Mantoue de la protection qu'il avait

donnée à son père, le Tasse se hâta de retourner à Ferrare pour

assister au mariage de la soeur de Léonora, Lucrézia d'Este, avec le

prince d'Urbin, Marie de la Rovère. L'isolement dans lequel le mariage

de sa soeur laissa Léonora à la cour de Ferrare parut redoubler encore

l'inclination qui la portait vers le Tasse. Cette faveur de la

princesse pour le poëte était trop pure pour qu'elle cherchât à la

dérober aux regards des courtisans. Léonora, idole du peuple de

Ferrare par sa beauté et par ses talents poétiques, avait en même

temps une si juste réputation de vertu et de piété qu'on la regardait

dans tout le duché comme l'intermédiaire visible de la Providence, et

qu'on attribuait à ses prières la vertu surnaturelle de fléchir le

ciel et d'écarter les fléaux. On trouve une trace de cette croyance

populaire dans les vers d'un poëte du temps, Philippe Binaschi:

«Quand les ondes soulevées du Pô firent trembler leurs rives et

menacèrent d'engloutir Ferrare et ses campagnes, une seule prière de

toi, chaste Léonora, détourna de ton peuple les justes et terribles

colères du ciel!»

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 26 / 254 题