Homme ou Dieu, tout génie est promis au martyre:
Du supplice plus tard on baise l'instrument;
L'homme adore la croix où sa victime expire
Et du cachot du Tasse enchâsse le ciment.
Prison du Tasse ici, de Galilée à Rome,
Échafaud de Sidney, bûchers, croix ou tombeaux,
Ah! vous donnez le droit de bien mépriser l'homme
Qui veut que Dieu l'éclaire et qui hait ses flambeaux!
Grand parmi les petits, libre chez les serviles,
Si le génie expire, il l'a bien mérité;
Il voit dresser partout aux portes de nos villes
Ces gibets de la gloire et de la vérité.
Loin de nous amollir, que ce sort nous retrempe!
Sachons le prix du don, mais ouvrons notre main.
Nos pleurs et notre sang sont l'huile de la lampe
Que Dieu nous fait porter devant le genre humain!
Quelques années avant, admis par l'obligeante familiarité du grand-duc
de Toscane dans la bibliothèque réservée du palais _Pitti_ à Florence,
j'avais souvent feuilleté à loisir avec ce prince lettré les
manuscrits inédits de la main du Tasse conservés dans ce trésor des
lettres. Beaucoup de pages de ces poésies intimes expliquent les
mystères de son âme et de sa vie.
Toutes ces circonstances accidentelles, jointes au culte que j'avais
conçu dès mon enfance pour le poëte de la _Jérusalem_, me portèrent à
étudier pas à pas les traces de sa vie; ces dispositions furent
fortifiées à Naples dans l'hiver de 1821 par la lecture accidentelle
aussi du volume in-quarto de Black, ce commentateur infatigable de mon
poëte. Elles furent confirmées enfin en 1844 par de fréquents
pèlerinages à Sorrente, délicieuse patrie, non du poëte seulement,
mais de la poésie. C'est ainsi que je fus amené à raconter la vie du
Tasse: on voit que nul n'y était mieux préparé, sinon par l'érudition,
au moins par l'enthousiasme et par l'adoration de son modèle: mais
commençons.