VII.

Un autre hasard de voyageur m'ayant arrêté un jour à Ferrare, j'allai

visiter l'hôpital dans lequel le Tasse avait été enfermé. Son cachot,

ou plutôt sa loge, est un petit réduit de quelques pieds carrés, dans

lequel on descend une ou deux marches aujourd'hui, mais qui devait

être alors de niveau avec la cour de l'hospice. Une fenêtre ouvre à

côté de la porte sur la même cour d'hospice et éclaire la loge. Le lit

du malade ou du prisonnier était au fond, en face de la porte. La

muraille grattée par les visiteurs curieux de reliques avait perdu son

ciment, et laissait voir les briques rouges de la muraille à laquelle

était adossée la couche du poëte. Cette demeure, quoique mélancolique,

n'avait rien de sinistre ou de lugubre. On conçoit que le pauvre

captif, emprisonné soit pour cause d'indiscrétion dans ses amours,

soit pour cause d'égarement momentané et partiel de sa raison, servi

et soigné par les frères ou par les soeurs de cet hospice, pourvu de

livres et de papier, attablé devant cette fenêtre où les rayons de

soleil passent à travers les pampres entrelacés aux barreaux et visité

par sa belle imagination dans ses heures de calme, ait trouvé quelque

consolation dans ce séjour où ses amis et même les étrangers venaient

s'entretenir librement avec lui.

Quoiqu'il en soit, je détachai pieusement avec mon couteau quelques

fragments de la brique la plus rapprochée du chevet du lit du Tasse,

et qui devait avoir entendu de plus près les soupirs et les

gémissements du prisonnier; je les emportai comme un morceau de la

croix de ce calvaire poétique, et je les fis enchâsser depuis dans un

anneau d'or que je porte toujours à mon doigt. À quelques pas de là,

je visitai aussi la petite maisonnette carrée et le petit jardin de

chartreux de l'Arioste, l'Homère du badinage, l'Horace et le Voltaire

de l'Italie, mais plus ailé qu'Horace et plus gracieux que Voltaire.

Celui-là n'avait porté son imagination que dans ses poëmes; sa vie

avait eu la médiocrité et la régularité du bon sens. Sous le poëte on

sentait le philosophe à caractère sobre; l'Arioste se retrouvait dans

sa maison.

Parva sed apta mihi, etc.

Rentré le soir à l'hôtellerie, à Ferrare, et encore tout ému de mes

impressions dans le cachot du Tasse, j'écrivis les strophes suivantes

qui n'ont jamais, je crois, été imprimées.

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 15 / 254 题