V.

À l'extrémité de cette rue immonde, une rampe rapide, gravissant le

flanc d'une des sept collines, montait vers un petit monastère

inconnu, qui s'élevait dans une lueur du soleil au-dessus de la fumée

et du brouillard du faubourg, comme un promontoire éclairé des rayons

du jour qui s'éteint, pendant que la mer à ses pieds est déjà dans

l'ombre de la brume. On apercevait au-dessus du mur d'enceinte de ce

couvent les cimes vertes de quelques orangers qui contrastaient avec

la teinte sale et grisâtre des pierres, et qui faisaient imaginer

entre les murs du cloître un petit pan de terre végétale, une oasis de

prière, une ombre, une fraîcheur, peut-être une fontaine, peut-être un

jardin, peut-être le cimetière du couvent. La petite cloche du

campanile, comme une voix timide qui craignait d'éveiller l'étranger

maître à Rome, tintait l'Angelus du soir aux solitaires et aux pauvres

femmes du quartier: cette cloche avait dans son timbre argentin

quelque chose du gazouillement de l'alouette qui s'élève d'un champ

moissonné devant les pas du glaneur. La joie et la tristesse se

fondaient dans son accent; le site élevé, la touffe de verdure, le son

de la clochette, la lueur sereine du soleil sur ce groupe de

murailles, attirèrent machinalement mes pas vers le couvent. Je gravis

lentement la rampe pavée de cailloux luisants du Tibre, entre lesquels

la mousse et les herbes parasites poussaient sans être foulées. À

droite, de hautes murailles grises, percées de meurtrières, dominaient

la rampe; à gauche, un parapet en pierre soutenait le chemin et

laissait voir par-dessus ses dalles l'océan immobile et brumeux des

rues, des débris, des clochers, des ruines de Rome, qui s'étendait

sans bornes sous le regard et qui se confondait avec l'horizon des

montagnes de la Sabine.

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 13 / 254 题