À l'extrémité de cette rue immonde, une rampe rapide, gravissant le
flanc d'une des sept collines, montait vers un petit monastère
inconnu, qui s'élevait dans une lueur du soleil au-dessus de la fumée
et du brouillard du faubourg, comme un promontoire éclairé des rayons
du jour qui s'éteint, pendant que la mer à ses pieds est déjà dans
l'ombre de la brume. On apercevait au-dessus du mur d'enceinte de ce
couvent les cimes vertes de quelques orangers qui contrastaient avec
la teinte sale et grisâtre des pierres, et qui faisaient imaginer
entre les murs du cloître un petit pan de terre végétale, une oasis de
prière, une ombre, une fraîcheur, peut-être une fontaine, peut-être un
jardin, peut-être le cimetière du couvent. La petite cloche du
campanile, comme une voix timide qui craignait d'éveiller l'étranger
maître à Rome, tintait l'Angelus du soir aux solitaires et aux pauvres
femmes du quartier: cette cloche avait dans son timbre argentin
quelque chose du gazouillement de l'alouette qui s'élève d'un champ
moissonné devant les pas du glaneur. La joie et la tristesse se
fondaient dans son accent; le site élevé, la touffe de verdure, le son
de la clochette, la lueur sereine du soleil sur ce groupe de
murailles, attirèrent machinalement mes pas vers le couvent. Je gravis
lentement la rampe pavée de cailloux luisants du Tibre, entre lesquels
la mousse et les herbes parasites poussaient sans être foulées. À
droite, de hautes murailles grises, percées de meurtrières, dominaient
la rampe; à gauche, un parapet en pierre soutenait le chemin et
laissait voir par-dessus ses dalles l'océan immobile et brumeux des
rues, des débris, des clochers, des ruines de Rome, qui s'étendait
sans bornes sous le regard et qui se confondait avec l'horizon des
montagnes de la Sabine.