Nous avons, à plusieurs reprises, constaté la grande faveur qui a
accueilli la méthode de «gymnastique naturelle» enseignée, dans la
marine, par le lieutenant de vaisseau Hébert. Au moment où la création
du Collège d'Athlètes de Reims, dont il devient le directeur, va
consacrer ce succès, il est intéressant de signaler que son système
d'éducation physique, dès longtemps réglementaire dans notre flotte, a
été naguère appliqué, pendant quelque temps, dans l'armée, où il
promettait de donner des résultats excellents. M. le général Jourdy,
ancien commandant du 11e corps, nous rappelle aujourd'hui cet heureux
essai, qui eut lieu, sous ses auspices, en 1909. Frappé du remarquable,
entraînement auquel étaient parvenus les jeunes élèves du lieutenant de
vaisseau Hébert à Lorient, il recommanda sa méthode au colonel du 62e
régiment d'infanterie, qui tient garnison dans ce port de mer: il leur
sembla à tous deux que ce qui réussissait si bien aux fusiliers-marins
devait également convenir aux fantassins,--sauf à remplacer la natation
par un complément de marche.
«Quelques mois suffirent, en effet, nous écrit le général Jourdy, pour
inculquer aux contingents bretons et vendéens, naturellement un peu
lourds, un allant et un entrain endiablés: plus de malingres et
infiniment peu de malades, plus de traînards dans les marches,--mais des
gaillards souples, bien plantés, à l'allure fière, assurée, franchissant
allègrement haies et fossés aux manoeuvres. Un hasard voulut que le
capitaine Adlerstrahl, de la garde royale suédoise, accomplît à ce
moment un stage au régiment d'infanterie de Nantes; il fut conduit à
Lorient, et, témoin des exercices de nos soldats, déclara qu'on ne
faisait pas mieux en Suède, pays classique d'une gymnastique célèbre.
» Le régiment de Lorient, conclut le général Jourdy, a pu ainsi
emprunter à la méthode du lieutenant de vaisseau un procédé d'éducation
militaire dont on n'a eu qu'à se louer.»