CLIX. NÉGATIVES SUR NÉGATIVES

Entre la mort de Quincas Borba et la mienne, il faut intercaler tous les

événements que j'ai déjà racontés dans la première partie de ce

livre. Le principal fut l'invention de l'emplâtre Braz Cubas, dont

j'emportai le secret dans la tombe. Divin emplâtre, tu m'aurais donné

la première place parmi les hommes; tu m'aurais placé au-dessus des

savants et des riches, étant comme tu l'étais une inspiration directe

du ciel. Le hasard en décida autrement, et l'humanité demeurera

éternellement hypocondriaque.

Ce dernier chapitre est rempli de négatives. Je n'obtins pas la

célébrité que me méritait la découverte de l'emplâtre; je ne fus

ni ministre, ni calife, et j'ignorai les douceurs du mariage. Il est

vrai que, comme fiche de consolation, je n'ai pas eu besoin de gagner

mon pain à la sueur de mon front. Ma mort fut moins cruelle que celle

de Dona Placida, et j'échappai à la demi-démence de Quincas Borba.

Quiconque fera cet inventaire trouvera que la balance est égale, et que

je sortis quitte de la vie. Et ce sera une erreur; car, sur le

mystérieux rivage, il y a un petit solde à mon préjudice: et c'est la

dernière négative de ce chapitre de négatives. Je mourus sans laisser

d'enfants; je n'ai transmis à aucun être vivant l'héritage de notre

misère.

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 192 / 193 题