CXLVII. LE PROBLÈME INSOLUBLE

Je publiai le journal. Vingt-quatre heures après son apparition, je lus

dans un autre une déclaration de Cotrim, disant en substance que, bien

qu'étranger à tous les partis, il jugeait devoir déclarer hautement

qu'il n'avait aucune part directe ou indirecte dans la publication de la

feuille de son beau-frère, le Dr Braz Cubas, dont il désapprouvait

entièrement les idées et les procédés en cette circonstance. Le

ministère actuel, comme d'ailleurs n'importe quel autre composé de

gens aussi éminents, lui paraissait propre à faire le bonheur de la

nation.

Je n'en pouvais croire mes yeux. Je me les frottai deux ou trois fois.

Puis je relus la déclaration inopportune, insolite et énigmatique.

S'il était étranger aux partis, que pouvait bien lui faire un incident

aussi banal que la publication d'un nouveau journal? Est-on donc obligé

de déclarer par la voie des journaux si l'on est ou non favorable à un

ministère? Réellement l'intrusion de Cotrim dans cette affaire était

aussi mystérieuse que son agression personnelle. Nos relations

s'étaient toujours maintenues dans les meilleurs termes, après notre

réconciliation. Nous n'avions plus eu l'ombre d'un dissentiment. Bien

au contraire, je lui avais rendu des services; comme par exemple, alors

que j'étais député, l'obtention pour lui d'une fourniture à la

marine, qui continuait encore, et qui, suivant ses propres calculs, et

comme il me l'avait dit deux ou trois semaines auparavant, devait lui

donner en trois ans près de deux cents contos de reis. Le souvenir du

bienfait ne l'avait point empêché de renier publiquement son

beau-frère. Il devait avoir un motif bien puissant pour venir si mal à

propos manifester son ingratitude, j'avoue que c'était pour moi un

problème insoluble...

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 179 / 193 题