Que de choses il y a dans un menuet, comme dit l'autre. Que de choses il
y a dans un combat de chiens! Mais je n'étais pas un disciple servile
et timoré, incapable de faire une réflexion opportune. Tout en
marchant, je lui fis part d'un doute. Je ne comprenais pas très bien
l'utilité de disputer la nourriture aux chiens. Il me répondit avec
une exceptionnelle bienveillance:
--Il est indiscutablement plus logique de la disputer aux autres hommes,
car leur condition est la même, et le plus fort l'emporte sur le plus
faible. Mais pourquoi ne serait-ce pas un spectacle grandiose de la
disputer aux chiens. On a mangé volontairement des sauterelles comme le
Précurseur, ou pis encore, comme Ézéchiel. Donc, ce qui est ignoble
est pourtant mangeable. Reste à savoir s'il est plus digne pour l'homme
de disputer de semblables aliments pour satisfaire une nécessité
naturelle, ou de manger ces mêmes aliments en vertu d'une exaltation
religieuse et qui peut être passagère, tandis que la faim est
éternelle comme la vie et comme la mort.
Nous étions arrivés sur le seuil de la maison. On me remit une lettre,
en me disant qu'elle venait de la part d'une dame. Nous rentrâmes, et
Quincas Borba, avec Indiscrétion propre à un philosophe, s'en fut lire
les titres des livres sur une étagère, tandis que je parcourais la
lettre, qui était de Virgilia.
Mon bon ami,
Dona Placida est au plus mal. Veuillez donc faire quelque chose pour
elle. Elle demeure dans l'impasse des _Escadinhas_; voyez s'il est
possible de la faire entrer à l'hôpital.
Votre amie dévouée,