XLIII. MARQUISE: ATTENDU QUE JE SERAI MARQUIS

Positivement Virgilia était un petit diable, un petit diable

angélique, si l'on veut, mais c'en était un tout de même, et alors...

Alors apparut Lobo Neves. Il n'était ni plus svelte, ni plus élégant,

ni plus instruit, ni plus sympathique que moi, et cependant il m'enleva

de haute main Virgilia et la candidature, en peu de semaines, avec une

fougue vraiment césarienne. Il n'y eut de la part de Virgilia aucun

dépit, pas la moindre violence de la part de sa famille. Dutra me dit

un beau jour que je devais attendre une époque plus opportune pour ma

candidature, attendu que celle de Lobo Neves était appuyée par de

puissantes influences. Je cédai. Ce fut le commencement de ma défaite.

Une semaine plus tard, Virgilia demanda en souriant à Lobo Neves quand

il prétendait être ministre.

--Tout de suite, s'il dépendait de moi; d'ici un an, puisque cela

dépend de la volonté d'autrui.

Virgilia répliqua:

--Et vous me promettez qu'un jour vous me ferez baronne?

--Marquise, voulez-vous dire, car j'ai l'intention d'être marquis.

Dès lors je fus perdu. Virgilia compara l'aigle au dindon et choisit

l'aigle, abandonnant le dindon à sa stupeur, à son dépit, et au

souvenir de trois ou quatre baisers qu'elle lui avait donnés. Mais

quand c'eût été dix, qu'est-ce que cela signifiait? La lèvre de

l'homme n'est point comme le sabot du cheval d'Attila qui stérilisait

le sol qu'il avait foulé; c'est justement le contraire.

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 56 / 193 题