l'Espagne. Elle livrait, disait le cabinet anglais, toutes ses
ressources à la France; c'était duperie de la ménager. Toutefois, si
elle voulait se déclarer contre la France, on lui rendrait ses
galions.
[Note en marge: Retour de M. de Nowosiltzoff à Pétersbourg.]
M. de Strogonoff partit pour Madrid, M. de Nowosiltzoff pour
Pétersbourg. Il fut convenu que lord Gower, depuis lord Granville,
alors ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg, serait chargé de
pouvoirs détaillés, pour conclure un traité sur les bases arrêtées
entre les deux cours.
Le plan russe n'avait subi que quelques jours d'élaboration à Londres,
et il revenait dépouillé de tout ce qu'il avait de généreux, et aussi
de peu pratique. Il était réduit à un projet de destruction contre la
France. Plus d'Italie, plus d'Allemagne, plus de Pologne
indépendantes! Le royaume de Piémont, le royaume des Deux-Belgiques,
avec une idée profondément haineuse, la Prusse sur le Rhin; la
restitution de Malte éludée, le nouveau droit des gens remis à un
futur congrès; enfin, avant de commencer les hostilités, un simulacre
de négociation, simulacre bien vain, car la guerre générale et
immédiate était au fond des choses, voilà ce qu'il restait de ce
fastueux projet de reconstitution européenne, éclos d'une sorte de
fermentation d'esprit dans les jeunes têtes qui gouvernaient la
Russie. On se mit donc à négocier à Pétersbourg, avec lord Gower, sur
les points admis à Londres, entre MM. Pitt et de Nowosiltzoff.
[Note en marge: Négociations avec la Prusse pour l'amener à concourir
au nouveau projet de médiation.]
Tandis qu'on se liguait ainsi avec l'Angleterre, il fallait
entreprendre un travail analogue auprès de l'Autriche et de la Prusse,
pour les amener à la nouvelle coalition. La Prusse, qui s'était
engagée avec la Russie à faire la guerre si les Français dépassaient
le Hanovre, mais qui, en même temps, avait promis à la France de
rester inviolablement neutre si le nombre des Français n'était pas
augmenté en Allemagne, la Prusse ne voulait pas sortir de ce périlleux
équilibre. Elle feignait de ne pas comprendre ce que lui disait la
Russie, et se renfermait dans son vieux système, devenu proverbial,
_la neutralité du nord de l'Allemagne_. Cette manière d'éluder la
question lui était d'autant plus facile, que, par crainte de voir les
secrets de la nouvelle coalition livrés à Napoléon, les diplomates
russes n'osaient pas s'expliquer ouvertement. Le cabinet de Berlin,
par ses hésitations, s'était donné une telle réputation de duplicité,
qu'on ne croyait pas pouvoir lui confier un secret, sans qu'il le
communiquât aussitôt à la France. On ne lui parlait donc pas du projet
porté à Londres, et de la négociation qui s'en était suivie, mais on
lui citait chaque jour les nouveaux empiétements de Napoléon,
notamment la conversion de la République italienne en royaume, ce qui
revenait, disait-on, à une réunion de la Lombardie à la France,
pareille à la réunion du Piémont. On annonçait les plans les plus
gigantesques. On répandait que Napoléon allait faire de Parme et de
Plaisance, de Naples, enfin de l'Espagne elle-même, des royaumes pour
sa famille; que la Hollande aurait bientôt un sort pareil; que la
Suisse serait incorporée, sous prétexte d'une rectification des
frontières françaises; que le cardinal Fesch serait prochainement
élevé à la papauté; qu'il fallait sauver l'Europe menacée d'une
domination universelle; que les cours qui s'obstineraient à vivre
dans l'incurie seraient cause de la perte commune, et finiraient par y
être enveloppées elles-mêmes. Sachant surtout que la rivalité de
l'Autriche et de la Prusse était la cause principale qui ramenait
celle-ci vers la France, on cherchait à les réconcilier toutes deux.
On demandait à la Prusse de fixer ses prétentions et de les faire
connaître; on lui disait qu'on tâcherait d'arracher à l'Autriche
l'aveu des siennes, et qu'on s'efforcerait de concilier les unes et
les autres par un arbitrage définitif. On annonçait que, moyennant
quelques voix catholiques de plus dans le Collége des princes,
concession de peu d'importance, l'Autriche se contenterait pour
toujours du recès de 1803, et consacrerait par son adhésion
irrévocable les nouveaux arrangements, auxquels la Prusse avait tant
gagné. On allait même jusqu'à insinuer que, si par malheur une lutte
devenait inévitable, la Prusse serait largement dédommagée des chances
de la guerre. Pourtant on n'avouait pas qu'une coalition fût prête à
se former, qu'elle était même conclue en principe; on paraissait
n'exprimer qu'un voeu, celui de voir la Prusse s'unir au reste de
l'Europe, pour garantir l'équilibre du monde, sérieusement menacé.
[Note en marge: Envoi à Berlin de M. de Vintzingerode.]
[Note en marge: Refus obstiné du roi de Prusse de se joindre à la
coalition.]
Afin d'aborder de plus près la cour de Prusse, on lui envoya un
général russe, officier d'état-major instruit, M. de Vintzingerode,
qui devait s'ouvrir peu à peu avec le roi, mais avec le roi seul, et
qui, ayant la connaissance du plan militaire, pouvait, s'il parvenait
à se faire écouter, proposer les moyens d'exécution, et régler
l'ensemble et les détails de la future guerre. M. de Vintzingerode,
arrivé à la fin de l'hiver de 1804, moment où Napoléon se disposait à
partir pour l'Italie, observa une grande réserve auprès du cabinet
prussien, mais s'avança un peu plus avec le roi, et, invoquant
l'amitié commencée à Memel entre les deux souverains, tâcha
d'entraîner ce prince au nom de cette amitié et de la cause commune
des rois. Le jeune Frédéric-Guillaume, se voyant pressé davantage et
comprenant enfin de quoi il s'agissait, protesta de son affection
personnelle pour Alexandre, de ses vives sympathies pour la cause de
l'Europe, mais objecta qu'il était exposé le premier aux coups de
Napoléon, qu'il ne se croyait pas assez fort pour lutter avec ce
puissant adversaire; que les secours qu'on lui faisait espérer
n'arriveraient que fort tard, parce qu'ils étaient fort loin, et qu'il
serait vaincu, détruit peut-être, avant qu'on fût venu à son aide. Il
refusa obstinément toute participation à une coalition, qu'on lui
avait laissé entrevoir sans la lui avouer expressément. Il fit valoir
aussi le danger de s'en rapporter aux suggestions de l'Angleterre, et
proposa même, pour prévenir une guerre générale, dont il était fort
effrayé, de servir d'intermédiaire entre la Russie et la France.
[Note en marge: Opinions de MM. d'Haugwitz et de Hardenberg.]
Dans cette conjoncture délicate, le roi avait appelé en consultation
M. d'Haugwitz, retiré depuis quelque temps dans ses terres de Silésie,
et avait trouvé dans ses avis un nouvel encouragement pour sa
politique ambiguë et pacifique. S'il fallait toutefois prendre une
résolution positive, M. d'Haugwitz aurait penché plutôt vers la
France. M. de Hardenberg, qui lui avait succédé, aurait plutôt penché
vers la Russie; mais ce dernier était prêt à se décider, disait-il, en
faveur de la France aussi bien qu'en faveur de la Russie, pourvu qu'on
prît un parti. Avec moins d'esprit, de tact et de prudence que M.
d'Haugwitz, il aimait à blâmer les tergiversations de celui-ci, et
professait, pour se distinguer de son prédécesseur, le goût des partis
fortement arrêtés. Il fallait, à son sens, se jeter du côté de la
France, si on le jugeait utile, embrasser sa cause, mais avoir dans ce
cas les avantages et recueillir le prix d'une option décidée. En cela,
il était moins agréable au roi que M. d'Haugwitz, qui laissait goûter
à ce prince la douceur de l'indécision; et on pouvait apercevoir déjà
entre M. d'Haugwitz et M. de Hardenberg cette diversité de langage,
par laquelle commencent les ruptures entre les ministres rivaux, soit
dans les cours, soit dans les États libres.
[Note en marge: Le roi de Prusse répond à l'envoi de M. de
Vintzingerode à Berlin par l'envoi de M. Zastrow à Pétersbourg.]
Le roi, pour répondre à l'envoi de M. de Vintzingerode, voulut aussi
envoyer un homme de confiance à Pétersbourg, et dépêcha M. de Zastrow,
avec mission d'expliquer sa position à l'empereur Alexandre, de lui
faire agréer sa conduite réservée, et de pénétrer, s'il était
possible, plus profondément le secret encore voilé de la nouvelle
coalition. Tandis qu'il expédiait M. de Zastrow à Pétersbourg pour y
dire de telles choses, Frédéric-Guillaume se vantait auprès de
Napoléon de sa résistance aux suggestions de la Russie; il parlait de
la neutralité du nord de l'Allemagne, non comme d'une véritable
neutralité, ce qu'elle était en effet, mais comme d'une alliance
positive, qui couvrirait la France au nord contre tous les ennemis
qu'elle pourrait avoir à combattre; ce prince lui offrait en outre,
ainsi qu'il l'avait offert à la Russie, de jouer le rôle de
conciliateur.
[Note en marge: Négociations avec l'Autriche.]
[Note en marge: Convention secrète de l'Autriche avec la Russie.]
M. de Vintzingerode, après avoir prolongé son séjour à Berlin jusqu'à
se rendre importun à la cour de Prusse, qui craignait d'être
compromise par la présence prolongée d'un agent russe, se rendit à
Vienne, où l'on tentait les mêmes efforts qu'à Berlin. Il n'était pas
besoin avec l'Autriche d'autant de dissimulation qu'avec la Prusse. Il
n'en fallait même pas du tout. L'Autriche était pleine de haine contre
Napoléon, et elle souhaitait ardemment l'expulsion des Français de
l'Italie. Avec elle, il n'était pas nécessaire, comme avec le roi de
Prusse, de se couvrir de beaux semblants de désintéressement. On
pouvait parler net, et dire ce qu'on voulait; car elle désirait ce
qu'on désirait à Pétersbourg; il n'y avait de moins chez elle que les
illusions de la jeunesse, et un faux sentimentalisme qui n'allait pas
à sa vieille expérience. De plus, elle savait garder un secret. Si en
apparence elle avait pour la France des ménagements infinis, et pour
la personne de Napoléon le langage constant de la flatterie, elle
nourrissait au fond du coeur tout le ressentiment d'une ambition
souffrante, et toujours maltraitée depuis dix années. Elle était donc
secrètement entrée, dès l'abord, dans les passions de la Russie; mais,
se souvenant de ses défaites, elle n'avait consenti à se lier qu'avec
une extrême prudence, et n'avait pris que des engagements
conditionnels et de pure précaution. Elle avait signé avec la Russie
une convention secrète, qui était pour le Midi de l'Europe ce qu'était
pour le Nord la convention signée par la Prusse. Elle promettait, dans
cette convention, de sortir de son rôle inactif, si la France,
commettant de nouvelles usurpations en Italie, étendait davantage
l'occupation du royaume de Naples, bornée actuellement au golfe de
Tarente, opérait de nouvelles incorporations, comme celle du Piémont,
ou menaçait quelque partie de l'empire turc, telle que l'Égypte. Trois
cent cinquante mille Autrichiens devaient être en ce cas son
contingent de guerre. Elle avait l'assurance, si la fortune était
favorable aux armes des coalisés, d'obtenir en Italie jusqu'à l'Adda
et au Pô, ce qui laissait le Milanais en dehors. On lui promettait en
outre de replacer les deux archiducs de Toscane et de Modène dans
leurs anciens États; de lui donner dès lors le pays de Salzbourg et le
Brisgau devenus vacants. La maison de Savoie devait avoir un grand
établissement en Italie, composé du Milanais, du Piémont, de Gênes.
Voilà encore ce que devenait le plan russe: à Vienne comme à Londres
il n'en restait que la partie hostile à la France, et avantageuse aux
coalisés. L'Autriche avait voulu et obtenu que cette convention[16]
demeurât ensevelie dans un profond mystère, afin de n'être pas
compromise trop tôt avec Napoléon. Il faut rendre cette justice à
l'Autriche, qu'au moins elle ne faisait pas, comme la Prusse et la
Russie, étalage de fausses vertus. Elle suivait son intérêt sans
distraction, sans légèreté, sans charlatanisme. On ne peut blâmer en
cette circonstance que la fausseté de son langage à Paris.
[Note 16: Cette convention est du 6 novembre 1804. Nous en donnons le
texte jusqu'ici inconnu, comme celui de la convention avec la Prusse.
_Déclaration signée le 25 octobre/6 novembre_, 1804.
L'influence prépondérante exercée par le Gouvernement français sur les
États circonvoisins, et le nombre de pays occupés par ses troupes,
inspirant de justes inquiétudes pour le maintien de la tranquillité et
de la sûreté générale de l'Europe; S. M. l'Empereur de toutes les
Russies partage avec S. M. l'Empereur roi la conviction que cet état
de choses réclame leur sollicitude mutuelle la plus sérieuse, et rend
urgent qu'elles s'unissent à cet effet par un concert étroit adapté à
l'état de crise et de danger auquel l'Europe se trouve exposée.
Les soussignés...... munis en conséquence des instructions et pouvoirs
pour négocier et conclure un ouvrage aussi salutaire avec le
plénipotentiaire de S. M. l'Empereur roi pour en traiter avec lui, et
après s'être mutuellement communiqué les pleins pouvoirs trouvés en
due forme, sont convenus avec ledit plénipotentiaire des stipulations
renfermées dans les articles suivants:
ARTICLE PREMIER. S. M. l'Empereur de toutes les Russies promet et
s'engage d'établir, à l'égard de la crise et du danger sus-mentionnés,
le concert le plus intime avec S. M. l'Empereur roi, et les deux
monarques auront soin de se prévenir et de s'entendre mutuellement sur
les négociations et les concerts qu'ils seront dans le cas de lier
avec d'autres puissances pour le même but convenu entre eux, et leurs
démarches à cet égard seront conduites de manière à ne compromettre en
aucune façon le présent engagement arrêté entre eux, avant qu'ils ne
se soient décidés en commun accord à le rendre public.
ART. 2. S. M. l'Empereur de toutes les Russies et S. M. l'Empereur roi
ne négligeront aucune occasion et facilité pour se mettre en état de
coopérer d'une manière efficace aux mesures actives qu'elles jugeront
nécessaires pour prévenir des dangers qui menaceraient immédiatement
la sûreté générale.
ART. 3. Si, en haine de l'opposition que les deux cours impériales
apporteront aux vues ambitieuses de la France en vertu de leurs
concerts mutuels, l'une d'elles se trouvait immédiatement attaquée
(les troupes russes stationnées pour le moment aux sept Îles Ioniennes
faisant partie de la présente stipulation), chacune des deux hautes
puissances contractantes s'oblige, de la manière la plus formelle, de
mettre en action, pour la défense commune, le plus tôt possible, les
forces ci-dessous énoncées dans l'article 8.
ART. 4. S'il arrivait que le Gouvernement français, abusant des
avantages que lui procure la position de ses troupes qui occupent
maintenant le territoire de l'Empire d'Allemagne, envahissait les pays
adjacents, dont l'intégrité et l'indépendance sont essentiellement
liées aux intérêts de la Russie, et que, par conséquent, ne pouvant
voir un tel empiétement d'un oeil indifférent, S. M. l'Empereur de
toutes les Russies se trouvât obligé d'y porter ses forces, S. M.
l'Empereur roi regardera une telle conduite de la part de la France
comme une agression qui lui imposera le devoir de se mettre au plus
tôt en état de fournir un prompt secours, conformément aux
stipulations du présent concert.
ART. 5. S. M. impériale de toutes les Russies partage complétement le
vif intérêt que S. M. impériale et royale apostolique prend au
maintien de la Porte Ottomane, dont le voisinage leur convient à tous
les deux; et comme une attaque dirigée contre la Turquie européenne
par toute autre puissance ne peut que compromettre la sûreté de la
Russie et de l'Autriche, et que la Porte, dans son état de trouble
actuel, ne saurait elle-même repousser une entreprise formée contre
elle, dans ladite supposition, et si la guerre se trouvait, par cette
raison, engagée directement entre l'une des deux cours impériales et
le Gouvernement français, l'autre se préparera aussitôt afin
d'assister, dans le plus court délai possible, la puissance en guerre,
et de contribuer de concert à la conservation de la Porte Ottomane
dans son état de possession actuel.
ART. 6. Le sort du royaume de Naples devant influer sur celui de
l'Italie, à l'indépendance de laquelle LL. MM. II. prennent un intérêt
tout particulier, il est entendu que les stipulations du présent
concert auront leur effet dans le cas que les Français voulussent
s'étendre dans le royaume de Naples, au delà de leurs bornes
actuelles, pour s'emparer de la capitale, des places fortes de ce
pays, pénétrer dans la Calabre; en un mot, s'ils forçaient S. M. le
roi de Naples de risquer le tout pour le tout, et de s'opposer par la
force à cette nouvelle violation de sa neutralité, et que S. M. I. de
toutes les Russies, par les secours que, dans cette supposition, elle
devrait fournir au roi des Deux-Siciles, se trouvant engagée dans une
guerre contre la France, S. M. impériale et royale s'oblige à
commencer de son côté les opérations contre l'ennemi commun d'après
les stipulations, et nommément d'après les articles 4, 5, 8 et 9 du
présent concert.
ART. 7. Vu l'incertitude où les deux hautes puissances contractantes
se trouvent encore actuellement sur les desseins futurs du
Gouvernement français, elles se réservent, en outre de ce qui est
stipulé ci-dessus, de convenir, suivant l'urgence des circonstances,
de différents cas qui seraient de nature à exiger aussi l'emploi de
leurs forces mutuelles.
ART. 8. Dans tous les cas où les deux cours impériales en viendront à
des mesures actives, en vertu du présent concert ou de ceux qu'elles
formeront ultérieurement entre elles, elles se promettent et
s'engagent de coopérer simultanément et d'après un plan qui sera
convenu incessamment entre elles, avec des forces suffisantes pour
espérer combattre avec succès celles de l'ennemi, et pour le repousser
dans ses foyers, lesquelles forces ne seront pas moins de 350 mille
hommes sous les armes pour les deux cours impériales; S. M. impériale
et royale fournira 235 mille pour sa part, et le reste sera donné par
S. M. l'Empereur de Russie. Ces troupes seront mises et entretenues
constamment des deux côtés sur un pied complet, et il sera laissé en
outre un corps d'observation pour s'assurer que la cour de Berlin
restera passive. Les armées respectives seront distribuées de manière
que les forces des deux cours impériales, qui agiront de concert, ne
seront pas inférieures en nombre à celles de l'ennemi qu'elles auront
à combattre.
ART. 9. Conformément au désir manifesté par la cour impériale, royale,
S. M. impériale de toutes les Russies s'engage d'employer ses bons
offices à l'effet d'obtenir de la cour de Londres à S. M. impériale et
royale apostolique, pour les cas d'une guerre avec la France énoncés
dans la présente déclaration, ou qui résulteront des concerts futurs
que les deux cours impériales se réservent de prendre dans l'article
7, des subsides tant pour la première mise en campagne, que
annuellement pour toute la durée de la guerre, qui soient, autant que
possible, à la convenance de la cour de Vienne.
ART. 10. Dans l'exécution des plans arrêtés, il sera porté un juste
égard aux obstacles qui résultent tant de l'état actuel des forces et
des frontières de la monarchie autrichienne, que des dangers imminents
auxquels elle serait exposée dans cet état par des démonstrations et
des armements qui provoqueraient immédiatement une invasion prématurée
de la part de la France. En conséquence, dans la détermination des
mesures actives dont on conviendra mutuellement, et tant que la sûreté
des deux Empires et l'intérêt essentiel de la chose commune le
permettront, il sera porté la plus grande attention à en combiner
l'emploi avec le temps et la possibilité de mettre les forces et les
frontières de S. M. l'Empereur roi en situation de pouvoir ouvrir la
campagne avec l'énergie nécessaire pour atteindre le but de la guerre.
Une fois cependant que les empiétements des Français auront établi les
cas dans lesquels sadite Majesté impériale et royale apostolique sera
engagée à prendre part à la guerre en vertu du présent concert et de
ceux qui seront formés mutuellement par la suite, elle s'engage à ne
pas perdre un instant pour se mettre en état dans le plus court délai
possible, et qui ne devra pas dépasser trois mois après la réclamation
faite de coopérer efficacement avec S. M. impériale de toutes les
Russies, et de procéder avec vigueur à l'exécution du plan qui sera
arrêté.
ART. 11. Les principes des deux souverains ne leur permettant pas, dans
aucun cas, de vouloir contraindre le libre voeu de la nation française,
le but de la guerre ne sera pas d'opérer la contre-révolution, mais
uniquement de remédier aux dangers communs de l'Europe.
ART. 12. S. M. l'Empereur de toutes les Russies, reconnaissant qu'il
est juste que, dans le cas d'une nouvelle explosion de guerre, la
maison d'Autriche soit dédommagée des immenses pertes qu'elle a
essuyées dans ses dernières guerres avec la France, s'engage à
coopérer pour lui obtenir ce dédommagement en pareil cas, autant que
le succès des armes le comportera. Cependant, dans le cas le plus
heureux, S. M. l'Empereur roi n'étendra pas en Italie sa limite
au-delà de l'Adda à l'occident, et du Pô au midi; bien entendu que des
différentes embouchures de ce dernier fleuve, c'est la plus
méridionale qui y serait employée. Les deux cours impériales désirent
que, dans le cas supposé de succès, S. A. R. l'électeur de Salzbourg
puisse être replacé en Italie, et qu'à cet effet il soit remis ou bien
en possession du grand-duché de Toscane, ou qu'il obtienne quelque
autre établissement convenable dans la partie septentrionale de
l'Italie, supposé que les événements rendent cet arrangement possible.
ART. 13. LL. MM. II., dans la même supposition, auront à coeur de
procurer le rétablissement du roi de Sardaigne dans le Piémont, même
avec un grand agrandissement ultérieur. Dans des hypothèses moins
heureuses, il conviendrait toujours de lui assurer un établissement
sortable en Italie.
ART. 14. Dans le même cas de grands succès, les deux cours impériales
s'entendront sur le sort des Légations et concourront à faire
restituer les duchés de Modène, de Massa et de Carrara aux légitimes
héritiers du dernier duc; mais, dans le cas où les événements
obligeraient de restreindre ces projets, lesdites Légations ou le
Modénois pourraient servir d'établissement au roi de Sardaigne;
l'archiduc Ferdinand resterait en Allemagne, et S. M. se contenterait
elle-même, s'il le fallait, d'une frontière en Italie plus rapprochée
que l'Adda de celle qui existe présentement.
ART. 15. Si les circonstances permettaient de replacer l'électeur de
Salzbourg en Italie, le pays de Salzbourg, Berchtolsgaden et Passau
seraient réunis à la monarchie autrichienne. Ce serait le seul cas où
S. M. obtiendrait aussi une extension de sa frontière en Allemagne.
Quant à la partie du pays d'Aichstaedt, possédée présentement par
l'électeur de Salzbourg, il en serait disposé alors de la manière dont
les deux cours en conviendraient entre elles, et notamment en faveur
de l'électeur de Bavière, si, par la part qu'il prendrait pour la
cause commune, il se mettait dans le cas d'être avantagé.
Pareillement, dans le cas supposé au précédent article du
rétablissement des héritiers du feu duc de Modène dans ses anciennes
possessions, la propriété de Brisgau et de l'Ortenau pourrait devenir
un moyen d'encouragement pour la bonne cause à un des principaux
princes de l'Allemagne, et nommément à l'électeur de Bade, en faveur
duquel il y serait renoncé par la maison d'Autriche.
ART. 16. Les deux hautes puissances contractantes s'engagent à ne
poser les armes et à ne traiter d'un accommodement avec l'ennemi
commun que du consentement mutuel et après un accord préalable entre
elles.