NAVIRE. _s. m._ Terme de Marine, Vaisseau de haut bord pour aller
sur la Mer avec des voiles; on le dit en général de toutes sortes
de grands Vaisseaux, à la réserve des Galéres, on l'appelle aussi
simplement _Bord_, ou _Vaisseau_, & ce mot est le plus en usage. Ce
Port est capable de tant de _Navires_. Les _Navires_ sont à l'ancre en
une telle Rade. _Navire_ de guerre, _Navire_ marchand. On dit armer,
équipper, fretter un _Navire_. La grandeur d'un _Navire_ s'estime par
son port, qui est de tant de tonneaux, dont chacun pese deux milliers.
On distingue aussi les _Navires_ du premier, du second, du troisiéme,
du quatriéme & du cinquiéme rang selon la grandeur de leur quille, leur
port ou capacité, le nombre de leurs ponts, ou des canons dont ils
sont montez. Les _Navires_ sont réputez meubles par le titre dix du
Livre second de l'Ordonnance de la Marine; ils peuvent être néanmoins
vendus par decret, si leur port est au dessus de dix tonneaux, suivant
les formalitez du tître quatorziéme du même Livre; ils ne laissent pas
d'être réputez immeubles à l'égard des hypotecques seulement; mais
ils ne doivent point de lods & ventes, & ils ne sont point sujets
au retrait lignager, ni à la licitation à l'égard des combourgeois.
Les affiches des criées s'appliquent au grand mast du _Vaisseau_, &
au parquet de l'Admirauté. Tout _Navire_ allant en guerre ou en long
cours doit être consideré en ces trois parties, la _Bourgeoisie_ à qui
appartient le _Vaisseau_, qu'elle doit fournir avec bons apparaux,
armes & artillerie; l'_Equipage_ qui consiste aux gens de guerre &
Mariniers, pages, garçons & gourmettes; le _Victuailleur_ qui fournit
les victuailles, les poudres, boulets, cloüages, chaînes, carreaux,
grenades, & tout ce qu'on nomme _armement_, & chez les Levantins
_sartie_. Le _Navire_ est composé de plusieurs parties qui seront
expliquées à leur ordre; ce mot vient du Latin _Navis_. Plusieurs
croient que Janus a été l'inventeur des _Navires_, à cause qu'il y en
avoit de marquées sur le revers des plus anciennes monnoyes de Gréce,
de Sicile & d'Italie, suivant le témoignage d'Athenée.
On dit au feminin la _Navire_ d'Argo, en parlant de ce fameux Vaisseau
qui le premier traversa la mer de la Gréce pour aller à la conquête
de la Toison d'or sous la conduite de Jason, & de cinquante-quatre
Argonautes.
Le plus fameux _Navire_ de l'Antiquité est celui de Ptolomée
Philopator, qui étoit long de 280. coudées, large de 38. haut de 48. &
qui du haut de la pouppe jusqu'à la mer en avoit 54. Il portoit 400.
rameurs, 400. matelots, & 3000. soldats; celui qu'il fit pour naviger
sur le Nil étoit long d'une demi stade, & large de 30. coudées, mais
ce n'est rien en comparaison du _Navire_ d'Hieron construit sous la
conduite d'Archimede, de la fabrique duquel Moschion, au rapport de
Snellius, a écrit un Livre entier; on y employa le bois destiné à faire
60. Galéres, & 300. Ouvriers sans les manœuvres; le dedans étoit
si bien distribué, qu'il y avoit une loge particuliére pour chacun
des rameurs, des matelots, des soldats & passagers: il y avoit aussi
plusieurs salles à manger, chambres, promenoirs, galeries, jardins,
viviers, fours, écuries, moulins, un Temple de Venus, des bains, des
salles de conference, &c. Outre cela il y avoit un rempart de fer, huit
tours, deux en prouë, deux en pouppe, les autres sur les côtez, avec
des murs & bastions, sur lesquels il y avoit plusieurs machines de
guerre, dont une entr'autres jettoit une pierre du poids de trois cens
livres, ou une fléche de douze coudées, à la portée de six cens pas,
avec plusieurs autres merveilles admirables dont Athenée fait mention.
En termes de blason on appelle un _Navire équippé_, & _habillé_
d'argent ou de gueules, & de sable, quand les agreils sont de ces émaux.
NAZAL. _s. m._ Terme de Blason, qui s'est dit de la partie supérieure
de l'ouverture d'un casque ou heaume qui tomboit sur le nez du
Chevalier quand il l'abaissoit; il est opposé à _ventaille_, qui est la
partie inferieure.
NAZARD. _s. m._ C'est un des jeux de l'orgue dont les tuyaux sont de
plomb, & d'environ cinq ou six pieds; ce jeu est bouché, & ses tuyaux
sont à cheminée accordez à la douziéme de la montre. Il y a aussi
un second _nazard_ qui est à l'octave du précédent, & une quarte du
_nazard_.
NAZARD, ou _nazillard_, se dit d'une personne qui parle du nez, & sur
le ton du jeu d'orgue qu'on appelle _nazard_.
NAZARDE. _s. f._ Chiquenaude que l'on donne sur le bout du nez. On
dit d'un homme ridicule & timide, qu'il a un nez à camouflets & à
_nazardes_.
NAZARDER. _v. act._ donner des _nazardes_. Les pages, les écoliers se
_nazardent_ les uns les autres.
NAZEAUX. _s. m._ Ouvertures du nez des animaux, particuliérement des
chevaux, qui leur servent à la respiration. On ouvre les _nazeaux_ aux
chevaux qui ont de la peine à respirer. Ovide dit, que les chevaux du
Soleil soufloient le feu par les _nazeaux_. On appelle proverbialement
un fanfaron, un fendeur de _nazeaux_.
NAZILLER. _v. n._ parler du nez, d'où vient le mot de nazillard, qui ne
parle pas distinctement. Il y a des Ordres de Religieux qui affectent
de _naziller_ en chantant, qui croyent que cela est plus devot.
On dit en termes de chasse, que le sanglier se foüille, ventroüille &
_nazille_ dans la bouë.
NEPHRETIQUE. _adj. & subst._ Maladie causée ordinairement par quelque
pierre ou gravier qui se forme dans les reins. La colique _nephretique_
est une douleur qui provient de cette cause; on la sent dans les
reins & sur les boyaux; & elle est plus cruelle que toutes les autres
coliques: ce mot est dérivé du Grec _nephros_, qui signifie le Rein.
NEPHRETIQUE, est aussi une pierre précieuse, ou espéce de jaspe, qui
ordinairement est mêlée de blanc, de jaune, de bleu, & de noir, & en
cela elle differe de l'heliotrope, parce qu'on y découvre ces couleurs
quand on la veut polir; ce qui n'arrive pas à l'heliotrope.
Il y a aussi un bois qu'on appelle _nephretique_, qui vient des Indes,
qui étant rappé ou fendu en petits morceaux, & infusé dans l'eau, la
teint en sorte qu'elle paroît d'or à travers le jour, & d'un bleu foncé
à contre jour. La pierre _girasole_ fait le même effet.
NICOTIANE. _s. f._ Tabac, Petun, herbe à la Reine. Ce sont les noms
qu'on donne à une herbe qui vient de l'Amerique, qui desseiche le
cerveau, & fait éternuer, à qui on donne diverses préparations pour
la prendre en poudre par le nez, ou en machicatoire par la bouche,
ou en fumée avec une pipe. Nicod l'envoya en France pendant qu'il
étoit Ambassadeur en Portugal en 1560. & il lui a donné son nom,
comme il témoigne lui-même dans son Dictionaire. Il dit qu'elle a une
merveilleuse vertu contre toutes les playes, dartres, ulceres, & _Noli
me tangere_. Catherine de Medicis la voulut faire appeller _Medicée_,
de son nom; de là vient qu'on l'appelle encore en plusieurs lieux
herbe à la Reine. Elle étoit venuë originairement de la Floride, où
quelques-uns disent qu'on l'appelloit _Petun_.
NIL. _s. m._ Fleuve qui traverse une grande partie de l'Afrique, il
s'employe dans la langue en cette phrase proverbiale; c'est un homme
obscur qui cache son logis, il est aussi inconnu que la source du
_Nil_, parce que cette source a été inconnuë jusqu'à ce dernier siécle;
elle est dans un territoire que les Habitans appellent _abavi_, ou
_sacahala_, c'est à dire, le pere des eaux; ce Fleuve sort de deux
fontaines éloignées de trente pas, chacune de la grandeur d'un de nos
puits. Les Habitans qui sont Payens adorent la plus grande, & lui
offrent plusieurs sacrifices de vaches, dont ils mangent la chair
comme sainte, & ils laissent les os dans un endroit destiné pour cela,
qui font maintenant une montagne assez considerable; ces Habitans
s'appellent _Agaus_ dans le Royaume de Goyam à douze degrez de latitude
Septentrionale, & 55. de longitude; c'est dans une plaine d'environ
trois quarts de lieuë, enfermée de montagnes; au sortir de là il entre
en un petit lac, puis il se perd sous terre par l'espace d'une portée
de mousquet, & à trois journées de sa source: il est assez large &
profond pour porter des Vaisseaux, mais à cent pas plus loin il passe à
travers des rochers, en sorte qu'on le passe aisément sans se moüiller
le pied; on y navige avec des bateaux de natte bien serrées: il reçoit
trois riviéres assez grandes nommées Gema, Linquetil & Brantil; &
quand il est sorti du lac de Dambea, qui a cinquante lieuës de large,
il reçoit de trés-grands fleuves, comme le Gamara, Abea, Baixo &
Aquers; & enfin prés de l'Egypte le Tacase. Il y a deux principales
cataractes ou saults; à la deuxième il tombe dans un profond abîme, le
bruit s'en entend à trois lieuës de là. L'eau est poussée avec tant de
violence qu'elle fait une arcade, sous laquelle elle laisse un grand
chemin; où on peut passer sans être moüillé, & où il y a des siéges
taillez dans le roc pour reposer les voyageurs. La premiére catadoupe
ou cataracte du _Nil_ est d'environ cinquante pieds; la seconde est
trois fois plus haute. On dit qu'Albuquerque eut dessein de faire un
traité avec les Abissins pour détourner le _Nil_, & le faire jetter
dans la mer Rouge, afin de rendre les campagnes d'Egypte stériles, &
que pour empêcher cela le Turc paye tribut au grand Negus; mais c'est
une fable, & la chose est entiérement impossible. Alexandre consulta
l'Oracle de Jupiter Ammon pour apprendre où étoit cette source,
Sesostris, Ptolemée, la firent chercher inutilement. Cambises, à ce que
dit Strabon, employa une armée pour la chercher. Lucain témoigne que
Cesar disoit qu'il eût quitté la guerre Civile s'il eût été assuré de
la trouver. Saint Augustin & Théodoret ont cru que c'étoit le Fleuve
appellé _Geon_, qui arrousoit le Paradis terrestre, & qui alloit par
dessous la mer Rouge renaître en Afrique. Ce que dessus est extrait de
l'histoire écrite en Portugais par le Reverend Pere Balthasar Tellés
Jesuïte. Isaac Vossius a écrit de l'Origine du _Nil_, & des autres
Fleuves, & en attribuë la source & le débordement aux pluyes abondantes
en ce païs là en Eté. Monsieur de la Chambre attribuë la cause de sa
cruë au nitre dont le lit de ce Fleuve est plein, qu'il dit être cause
d'une vehemente fermentation, mais il se trompe.
NILLE, ou _Nigle_, ou _Nelle_, terme de blason, qui se dit d'une espéce
de croix ancrée, beaucoup plus étroite & plus menuë qu'à l'ordinaire.
Il y en a qui confondent _Nille_ & _Anille_. Voyez croix _Nillée_.
_NOLI me tangere_, terme Latin. C'est un nom que donnent les Médecins à
un ulcére malin qui vient au visage.
NOLIS & _Nolissement_. _s. m._ Termes de Marine, ils signifient sur la
Méditerranée la même chose que fret & affrettement sur l'Ocean. On dit
aussi sur l'Ocean _naulage_, pour dire le _fret_ des Navires qu'on louë
pour aller en guerre, ou pour courir le bon bord; & on dit _noliger_ &
_nauliser_, pour dire loüer & fretter. Tout ces mots viennent du Latin
_naulum_.
NOMBRE. _s. m._ quantité discrete, assemblage de plusieurs corps
separez, considerez comme s'ils occupoient une certaine étenduë.
Euclide le définit une multitude composée de plusieurs unitez. La
quantité continuë est l'objet de la géometrie, la quantité discrette,
celui de l'Arithmetique, ou de la science des _nombres_: ce mot vient
du Latin _numerus_.
Dieu a tout fait en _nombre_, poids & mesure. 2. DIOPHANTE a bien écrit
des _nombres_. Il a été commenté par Gaspard Bachet de Meziriac, qui
a fait aussi des problêmes pour deviner les _nombres_ qu'un autre a
pensé. Les mystéres des _nombres_ de Pithagore avoient plus de vanité
que de solidité, aussi bien que toutes les allégories que plusieurs
Docteurs en ont voulu tirer. Voyez le traité des _nombres_ du Sieur
Freniel inseré dans les mémoires de l'Academie des sciences, où il en
fait voir plusieurs belles propriétez.
NOMBRE, signifie particuliérement le premier caractére d'une suite de
chifres, qui ne contient que des unitez; c'est un _nombre_ simple.
On commence à compter par _nombre_, dixaine, centaine, mille, &c. Le
_nombre_ binaire, ternaire, centenaire, se dit des caractéres qui
marquent ces quantitez.
NOMBRE _pair_ est celui qui se peut diviser en deux parties égales.
Tout _nombre_ pair multiplié par un _nombre_ pair fait un _nombre_ pair.
NOMBRE _impair_ qui ne se peut diviser également sans fraction, qui est
plus grand d'une unité que le pair. La somme de deux _nombres_ impairs
fait un _nombre_ pair.
NOMBRE _Pairement pair_, est celui qu'un _nombre_ pair mesure par
un _nombre_ pair, comme deux fois quatre c'est huit, ce huit est un
_nombre pairement pair_.
7. NOMBRE _pairement impair_, celui qu'un _nombre_ pair mesure par
un _nombre_ impair; quatre multiplié par cinq fait vingt, _nombre
pairement impair_.
NOMBRE _premier_, ou _primitif_, est celui qui ne peut être mesuré que
par la seule unité: comme 19. 29. dans la division desquels en quelque
partie qu'on les divise, il reste toûjours une unité.
NOMBRE _composé_, est celui qui se peut diviser en plusieurs parties
égales, qui peut être mesuré par d'autres _nombres_.
NOMBRE _parfait_, est celui qui est égal aux parties qui le composent,
si on les ajoûte ensemble, comme 6. est parfait, parce qu'il égale la
somme de 1. 2. 3. qui sont ses parties.
NOMBRE _sourd_, ou _irrationnel_, est un _nombre_ qui n'a pas de
proportion avec un autre.
NOMBRES _cosiques_. Terme d'Algebre: ce sont les diverses puissances
d'un _nombre_ multiplié plusieurs fois par lui-même. Racine, quarré,
cubique quarré de quarré, cubo cubique, &c. sont des _nombres cosiques_.
NOMBRE _entier_, est celui qui n'est point divisé, qui est sans
fraction.
NOMBRE _rompu_, c'est un _nombre_ divisé en plusieurs parties, ou
fractions, qu'on écrit avec deux rangs de chifres, divisez par une
barre, dont celui de dessus est le numerateur, celui de dessous le
dénominateur.
NOMBRE _poligone_, en termes d'algebre signifie un _nombre_ à plusieurs
angles qui se forme par des _nombres_ en progression Arithmetique ou
égale; en telle sorte que s'ils étoient arrangez & marquez en points,
ils feroient une figure à plusieurs angles. Par exemple, si on marque
un point en haut, & deux en bas, cela fera un triangle, & le _nombre_
de trois fera un trigone: Si on marque deux en haut & deux en bas, cela
fera un quadrangle, ou _nombre quarré_, qui fera quatre. Ce qui arrive
quand la progression va seulement par un ou deux: mais si la difference
des _nombres_ est de trois, elle fera un pentagone, si elle est de
quatre un exagone; si elle est de cinq un eptagone, & ainsi du reste.
Voyez l'Algebre du P. Malebranche, où les propriétez de ces _nombres_
sont bien expliquées.
NOMBRE, en termes de Palais, & en plusieurs Arts, se dit aussi d'une
quantité incertaine, indéterminée. Quand on dit j'ai été mille fois
chez lui, on prend un _nombre_ certain pour un incertain; un _nombre_
rond c'est cent ou mille, &c. Nous n'étions pas _nombre_, c'est à dire,
nous n'étions pas assez pour juger, pour tenir Chapitre, & déliberer:
il faut ceder au _nombre_, à la force, à la pluralité. Dans les grands
Corps, la plûpart ne servent que de _nombre_. Il a _nombre_ d'envieux:
il a un _nombre_ innombrable d'écus. On dit mettre au _nombre_, ou du
_nombre_, pour dire dans le rang, dans la liste, dans le Catalogue; on
l'a mis au _nombre_ des Saints. Il est du _nombre_ des exilez. Il s'est
mis du _nombre_, pour dire il s'est mis dans la troupe. On dit aussi
dans le blazon, des étoilles, des fleurs de lys sans _nombre_, quand
l'écu en est chargé sans qu'il y ait de _nombre_ prescrit.
NOMBRE en Musique, en Poësie, en Rhetorique, se dit de certaines
mesures, proportions, ou cadences qui rendent agréable à l'oreille un
air, un vers, une période. Il y a un certain _nombre_ qui rend les
périodes harmonieuses: les vers sont composez d'un certain _nombre_ de
pieds ou de syllabes. Toute musique a un certain _nombre_ de notes.
NOMBRE en termes de Grammaire, se dit du singulier & du plurier, &
du duel chez les Grecs & les Hebreux. Il faut que le substantif &
l'adjectif s'accordent en genre, en cas, & en nombre.
NOMBRE _d'or_, est un terme du comput Ecclésiastique, qui est une
période de dix-neuf ans, inventée par Methon Athenien, au bout de
laquelle on void arriver les mêmes lunations, & la même Epacte, quoi
que cette période ne soit pas tout à fait juste. Et on dit figurément
en ce sens, qu'un homme entend le _nombre d'or_, quand il a trouvé
l'art d'amasser beaucoup de bien.
En Théologie on appelle le Livre des _Nombres_ un des Livres du
Pentateuque, qui contient les cérémonies de la Loi de Moïse.
En agriculture on appelle un _nombre_ de gerbes, douze gerbes: Il faut
trois _nombres_ de bled pour faire un septier de grain. On a fourni
trente _nombres_ de gluis pour recouvrir cette bergerie.
NOMBRER. _v. act._ Compter sçavoir le nombre. Il y avoit une quantité
de peuple si prodigieuse qu'on ne la pouvoit _nombrer_. On met dans
tous les Contracts, cette somme a été comptée & nombrée en presence des
Notaires.
NOMBREUX. euse. _adj._ en grand nombre. La France est habitée par un
peuple fort _nombreux_; l'assemblée étoit fort _nombreuse_.
NOMBREUX, signifie aussi agréable à l'oreille, harmonieux. Cette
période est fort _nombreuse_, ces vers sont fort _nombreux_.
NOMBREUSEMENT. _adv._ en grand nombre. Le peuple vint _nombreusement_ &
en foule faire ses plaintes au Roi, &c.
NOMBRIL _s. m._ C'est une partie du corps de l'animal composée de
quatre vaisseaux umbilicaux, sçavoir une veine, deux artéres, &
l'ouraque qui s'unissent ensemble, & sont renfermez comme dans un canal
long, nerveux, tortillé; qu'on appelle _cordon_, _lacet_, ou _petit
intestin_; c'est par où le fœtus prend sa nourriture dans le ventre
de la mere, & quand l'enfant est né, ces quatre vaisseaux ayant fait
leur fonction, dégénérent en un ligament qui fait comme un nœud au
milieu du ventre, qu'on appelle le _nombril_. La veine du _nombril_ est
le lien du foye, quand elle est coupée il tombe & tire quand & soi le
diaphragme. Ce mot vient de _umbilicus_ Latin, & celui-ci de _umbo_,
qui signifie _bouton_, ou _bosse_ qui est au milieu d'un bouclier.
NOMBRIL de _Venus_, est une plante que les Grecs appellent _cotyledon_,
les Latins _umbilicus Veneris_, _myrepsus_, _cymbalium_; d'autres
_cymbalaria_, & d'autres _scatuucellus_.
En Botanique on appelle le _nombril_, ou _l'œil_, dans les poires,
les pommes, & autres fruits semblables l'endroit où sont enfermez les
pepins.
En termes de Blason, on appelle le _nombril_ de l'écu un point qui est
au milieu du dessous de la fasce, & qui la separe de la pointe. Il
portoit d'or à un écusson de gueules mis au _nombril_.
NORD. _s. m._ Terme de Marine dont on se sert sur la mer Oceane pour
signifier le pole arctique, ou Septentrional, qui est élevé sur nôtre
horison. L'étoile du _Nord_ est la derniére de la queuë de la petite
ourse, qui est à deux degrez du pole. On a fait virer le cap au _Nord_.
La boussole est ce qui marque le _Nord_. Depuis le _Nord_ jusqu'au Sud.
Le vent est tourné au _Nord_. Le Soleil revient en Eté vers le _Nord_.
_Nord_, signifie aussi la partie du monde qui est Septentrionale, à
l'égard de quelque autre païs. L'Angleterre est au _Nord_ de la France.
Les Princes du _Nord_ sont la Suéde, le Danemark, la Lapponie, &c.
Les peuples du _Nord_ aiment bien à boire. Les Navires Hollandois qui
n'osent entrer dans la Manche sont contraints de prendre leur route par
le _Nord_ d'Ecosse.
NORD, est aussi le nom qu'on donne à un des quatre vents cardinaux, qui
vient du côté du Septentrion, qu'on appelle autrement la _bise_, & sur
la Mediterranée _tramontane_. Le _Nord_ qui souffloit avec violence
nous empêcha d'aborder; le _Nord_ est un vent froid & sec. Ces mots de
_nord_, _sud_, _est_, & _oüest_ sont de vieux mots François dont on se
servoit du temps de Charlemagne, qu'on dit être celui qui leur a donné
ces noms; qui passent aujourd'hui pour Allemans.
NORDEST, est un quart de vent entre l'Orient & le Septentrion, que sur
la Mediterranée on appelle galerne: _Nordoüest_, est un quart de vent
entre le Septentrion & l'Occident, sur la Mediterranée on l'appelle
_maëstral_.
NORT _nordest_, _nordnord quart au nordest_, sont des subdivisions de
vent entre l'Orient & le Septentrion; on fait la même subdivision à
l'égard du _Nordoüest_.
NORDESTER. _v. n._ Terme de Marine qui se dit de l'aiguille aimantée,
lors qu'elle décline du _Nord_ vers _l'Est_, ou l'Orient; &
_Nordoüester_ se dit quand elle décline du même point vers _l'Oüest_,
ou l'Occident.
NOTA. _s. m._ Terme Latin dont on use au Palais & dans l'Ecole, pour
signifier une marque qu'on met en quelque endroit d'un livre ou d'un
écrit, quand il y a quelque chose de remarquable, & dont on veut se
souvenir.
NOTA, se dit aussi d'une explication, d'une restriction, ou d'une
observation que font les Auteurs d'un Livre, ou ceux qui en font faire
l'édition, soit dans le texte, soit dans la glose, pour empêcher que le
Lecteur ne se trompe: ou pour l'avertir de quelque chose. Cet article
de compte est alloüé, mais il y a un _nota_ qui montre qu'il en faut
faire la reprise.
NOTA, se dit dans le discours ordinaire pour tenir lieu de parenthese.
Cet importun me vouloit encore conter son procés, _nota_ qu'il étoit
deux heures, & que j'étois à jeun.
NOTABLES. _adj. m. & f. & s._ qui est excellent, rare, singulier,
remarquable, considerable; on le dit premiérement des personnes.
L'élection des Echevins se fait par les _notables_ Bourgeois qu'on
mande à la Ville pour cet effet. On a fait autrefois une Assemblée des
_notables_ à Roüen, des personnes considerables de l'Etat.
On le dit aussi des choses. Nous avons eu un avantage _notable_ sur les
ennemis. Ce Marchand a fait une perte _notable_ dans ce naufrage. Il
est engagé pour une somme _notable_ dans cette banqueroute. Plutarque
a fait un traité des Dits _notables_ des Lacedemoniens. Les Arrêts
_notables_ ont été recueillis par les Arrestographes.
NOTABLEMENT. _adv._ d'une maniére considerable. On a interessé
_notablement_ ce Favori en une telle affaire, pour la faire réüssir.
Cet homme a été _notablement_ blessé dans une telle mêlée.
NOTAIRE. _s. m._ Officier dépositaire de la foi publique, qui garde
les nottes & minutes des Contracts que les parties ont passé par
devant lui, & qui en delivre des expeditions qui sont authentiques
& obligatoires, & portent hypotéques. Les _Notaires_ du Châtelet
ont maintenant la qualité de Conseillers du Roy & Gardenottes. Les
Secretaires du Roy s'appellent Conseillers, _Notaires_ & Secretaires
du Roy. Il y a quatre _Notaires_ & Secretaires du Parlement. Ragueau
fait une distinction entre les _Notaires_ & _Tabellions_, & dit qu'en
plusieurs Villes les _Notaires_ reçoivent & passent seulement les
minutes & nottes des Contracts, & les peuvent délivrer aux parties en
Brevet; mais qu'ils sont tenus de les porter aux Tabellions pour les
garder & delivrer en grosse aux parties si elles le requérent pour
avoir une execution parée; & il se fonde sur des Edits de François
Premier dés années 1542. & 1543. mais ces Tabellions ont été supprimez
par le Roy Charles IX. en l'Ordonnance d'Orleans; & maintenant on
appelle _Notaires_ tous les Officiers Royaux qui reçoivent, & qui
delivrent des grosses de toutes sortes de Contracts & conventions,
& _Tabellions_ ceux qui font la même chose dans les Seigneuries &
Justices subalternes. On appelle maintenant l'étude des _Notaires_. On
disoit autrefois boutique, & on le dit encore en plusieurs Provinces.
Les _Notaires_ ont été ainsi appellez, parce qu'anciennement ils
écrivoient par nottes ou écritures abregées, une lettre signifiant un
mot entier; cela a donné occasion à Valerius Probus de travailler à
l'explication des nottes des Anciens, comme il a fait trés-utilement.
Magnon fit un traité des abbreviations du Droit dés le temps de Charles
le Chauve; & Pierre Diacre en fit un plus ample au temps de l'Empereur
Conrad; & Goltzius en a fait un pour l'intelligence des legendes des
médailles.
Notaire Apostolique, est un _Notaire_ qui reçoit & expedie des actes en
matiére spirituelle & beneficiale, comme les résignations de Benefices,
concordats de permutation, &c. Il a une commission du Pape confirmée &
approuvée par l'Evêque diocesain, & il est opposé à _Notaire_ Royal.
On dit proverbialement quand un homme est en réputation de garder sa
parole, c'est autant que si tous les _Notaires_ y avoient passé. On
dit aussi Dieu nous garde d'un &c. de _Notaires_, parce qu'ils font
quelquefois six rolles pour expliquer ces trois mots de leurs minutes,
promettant, &c. obligeant, &c. renonçant, &c.
NOTAMMENT. _adverb._ particuliérement: On a donné ordre à ce Sergent de
contraindre tous les cottisez, & _notamment_ tels & tels.
NOTARIAT. _s. m._ Qualité, charge, fonction de Notaire. On ne doit
admettre au _Notariat_ que des gens d'une vertu integre, d'une fidélité
inviolable.
NOTTE. _s. f._ terme de pratique, minute d'un Acte qu'on passe chez un
Notaire; il n'est plus en usage que dans le composé en cette phrase,
les Notaires sont créez _Gardenottes_ du Roy.
NOTTE, marque qu'on fait à quelque feüillet ou passage d'un livre pour
le retrouver au besoin. J'ai lû ce livre, & j'ai fait des _Nottes_ avec
un crayon, avec des coups d'ongle. On met un, _hic_, ou une _Notte_
à la marge d'un Contract pour en remarquer la clause décisive, ou
importante.
NOTTE. Est aussi une remarque ou explication qu'on met à la marge,
ou au bas de la page d'un livre, d'un écrit, pour en faciliter
l'intelligence. Le textuaire de Droit avec les _nottes_ de Godefroy est
estimé. Les _nottes_ de Dumoulin sur la Coûtume de Paris. Les _nottes_
de Cujas, &c. Cette Bible est imprimée avec des _nottes_ marginales.
NOTTE, se dit aussi de ce qui marque quelque défaut, ou imperfection.
Dans un Dictionnaire on doit mettre une _notte_ à un mot quand il
est vieux ou particulier à quelque art ou science; quand il est dans
l'usage commun il n'y faut point de _notte_. Cette fille a épousé un
honnête homme, mais il est bâtard, c'est une grande _notte_. Quand
quelqu'un est pendu, c'est une _notte_ pour toute sa famille. On
appelle aussi _notte_ d'infamie, celle dont une personne est marquée
par sa profession, ou par quelque jugement. Le métier de Comedien porte
avec soi une _notte_ d'infamie. Toute condamnation à peine afflictive
emporte _notte_ d'infamie.
NOTTES. Sont aussi des caractéres ou abreviations qu'on fait, soit
pour écrire promptement, soit pour signifier quelque chose. Herigone a
fait cinq tomes d'un cours de Mathematique en _nottes_, qu'il prétend
être une langue universelle, & pouvoir être entenduës de tout le
monde. Les Jurisconsultes ont des _nottes_, comme §. _paragrapho_, ff.
_digestis_. E. _extra_. _Scto. senatus consulto._ Les Romains avoient
des _nottes_ pour leurs inscriptions, _S. P. Q. R. Senatus, populusque
Romanus_, _p. p. pater patriæ_. Ce sont ces _nottes_ anciennes qu'a
expliqué Valerius Probus. Les Chimistes ont leurs nottes _a, a, a_,
Amalgamer, _s, s, s_, _stratum super stratum_. L'Algebre a aussi ses
_nottes_ expliquées à Algebre.
Les Medecins, Chirurgiens & Apoticaires se servent de _nottes_ ou
caracteres, pour marquer le poids & les doses de leurs Ordonnances.
NOTTE, en termes de Musique se dit des caracteres qui marquent les
tons, les élevations ou les abaissemens de la voix, & ses mouvemens
vîtes ou lents; enfin toutes les variations qui y doivent faire de
l'harmonie.
La _notte_ maxime est figurée par un quarré long avec une queuë, elle
vaut 8 mesures, quoi que le Pere Mersenne la fasse de 12. La longue est
un quarré avec une queuë qui en vaut la moitié, ou quatre mesures: la
bréve est un quarré sans queuë, qui vaut deux mesures; la semi-bréve
est un quarré sans queuë, qui est posé sur ses angles, ou en losange,
qui vaut une mesure, ou le lever & le baisser de la main; la minime
est une losange avec une queuë, qui vaut la moitié d'une mesure; la
noire a la même figure; mais elle est pochée & vaut un quart de mesure;
la crochuë est la même figure avec un croc par en bas, qui vaut un
huitiéme de mesure, & la double crochuë un seiziéme.
Il y a aussi des _nottes_ ou caracteres pour signifier les pauses, les
repos ou silences qui marquent qu'il faut se taire aussi long-temps
qu'on est à chanter la _notte_ qui précéde; elles se font avec des
points ou des lignes qui traversent d'un réglet à l'autre.
Les Grecs faisoient leurs _nottes_ de musique avec des lettres simples
ou doublées, droites ou renversées, comme on prouve par les Livres de
Bacchius, d'Alipius, de Porphire & de Boëce.
On dit en ce sens qu'un homme chante sur la _notte_, pour dire à livre
ouvert sur un Livre _notté_, ou qu'il fait des accords sur la _notte_,
sans avoir étudié ce qu'il chante.
NOTE, se dit aussi pour signifier le ton. Il y a sept _notes_ en
Musique qu'on appelle _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, _si_; les
six premiéres ont été inventées en l'an 1024. par Guy Aretin Moine
Benedictin, qui les trouva à Pompose dans le Duché de Ferrare, sous le
Pape Jean XX. lequel les reçût avec si grand applaudissement, qu'il
commanda de mettre cette maniére de chanter en usage; aussi est-elle si
facile, qu'on apprend plus de Musique en un jour avec cette méthode,
qu'on ne faisoit autrefois en un an avec celle des Grecs, dont on
s'étoit servi jusques alors. Il intitula _Micrologue_ le livre où il
publia cette invention. Aretin a pris les _nottes_ _ut_, _re_, _mi_,
_fa_, _sol_, _la_, de l'Hymne des Vêpres de S. Jean Baptiste, _Ut
queant laxis, &c._
La septiéme _notte_ a été inventée de nos jours par le Maire, qui est
un, _si_, qui differe d'un demi ton du, _la_; il sert à éviter la
difficulté des muances qui étoient restées dans la gamme de Guy Aretin;
cette syllabe est plus haute d'un demi ton que le, _la_, & quand on
voudra avoir un ton entier, on mettra une diése au dessous.
On peut faire 720 variétez des six _nottes_ de Musique sans repeter
la même deux fois; & on peut faire 40820 airs differens des _nottes_
de chaque octave. Il y a des Organistes qui font 32 _nottes_ dans la
mesure binaire, qui dure seulement une seconde de minute.
NOTTE, se dit proverbialement en ces phrases: on dit d'un Menêtrier
qu'il ne sçait qu'une _notte_, qu'il n'aura qu'un double, pour dire
qu'il ne sçait qu'une chanson. On dit aussi qu'un homme change de
_notte_, quand il parle d'une autre maniére qu'il n'avoit fait, quand
il supplie au lieu de menacer. On dit aussi de celuy qui ne sçait rien
de la matiére dont on l'interroge, qu'il n'en sçait _notte_, qu'il n'en
a pas retenu une _notte_.
NYMPHE. _s. f._ Fausse divinité que les Payens croyoient présider aux
eaux, fleuves & fontaines. Quelques-uns en ont étendu la signification,
& les ont prises pour Déesses des montagnes, des forêts, & des arbres,
qu'on appelle particuliérement, _Oreades_, _Dryades_, _Hamadryades_ &
_Napées_, la _Nymphe_ de la Seine, de la Loire.
NYMPHE. Dans les Romans se dit des Dames de condition qu'on introduit,
à qui on donne un rang au dessus des Bergeres, comme dans l'Astrée la
_Nymphe Galathée_.
NYMPHE se dit en ce sens des Maîtresses, que chacun se fait, en
une compagnie, ou qu'on meine en une promenade. En cette partie de
divertissement chacun avoit sa _Nymphe_, chacun fit danser sa _Nymphe_
à ce Bal.
NYMPHES, en termes de Medecine sont de petits aîlerons, ou parties
molles & spongieuses qui sortent & avancent hors les lévres de la
matrice; elles servent à guider l'urine, & à la conduire comme entre
deux parois, ce qui leur a donné le nom de _Nymphes_, comme qui diroit
Dames des eaux, ou du conduit d'où l'urine coule comme d'une source.
On les appelle aussi aîles.
Les Naturalistes appellent _Nymphe_ la petite coque des vers à soye
qui reste aprés qu'on en a devidé le cocon; c'est une pellicule jaune
dans laquelle sont enfermez leurs œufs; ils l'appellent en Latin
_nympha aurea_, autrement _chrysalis_. Tous les insectes volans, comme
papillons, mouches & chenilles ont de semblables _nymphes_, mais qui
ne sont pas si sensibles. Voyez Swammerdam, qui en a fait un excellent
volume.