OBLAT. _s. m._ Est un Moine lay que le Roi mettoit cy-devant en chaque
Abbaye ou Prieuré dépendant de sa nomination, auquel les Religieux
étoient obligez de donner une portion monachale, à la charge qu'il
sonneroit les cloches, qu'il balayeroit l'Eglise & la court. Ces places
étoient destinées à des soldats estropiez & invalides. Cette prestation
s'est convertie en argent, qui étoit taxée à vingt écus, puis à 100
livres, & enfin on l'a augmentée jusqu'à 150 livres. Depuis on a
transferé tous ces oblats avec leurs pensions, à l'Hôtel des Invalides
à Paris. Pasquier dit que les oblats commencerent à avoir lieu du temps
des _Capets_, & que le Roi se départant du droit qu'il avoit d'assister
à l'élection des Abbez, se réserva le privilege d'aumôner une place de
Religieux à un pauvre soldat impotent; & alors il donna de ces Oblats
dans les Monasteres électifs seulement.
OBTUS, _s. m._ Terme de Geometrie. Angle qui a plus de 90 degrez ou
d'un quart de cercle. Un triangle _obtus_ est celuy qui a un de ses
angles obtus.
OBTUS se dit figurément d'un esprit qui n'est point subtil ni pointu,
qui est émoussé. C'est un homme qui a l'esprit _obtus_.
OBTURATEURS. _adj._ Terme de Medecine qui se dit de deux muscles de la
cuisse, parce qu'ils bouchent le trou qui est entre l'os pubis & celuy
de la hanche.
OGIVE. _s. f._ Terme d'Architecture. C'est le trait d'une voute qui
au lieu d'être en berceau ou en plein ceintre, trace une diagonale en
forme d'arrête.
Les deux _ogives_ diagonales en se croisant forment la clef de la
voute. Les arcs en berceau d'où les _ogives_ sortent, s'appellent _arcs
doubleaux_; & ce qui est entre les _ogives_ & les arcs doubleaux,
s'appelle le _pendentif_ de la voute. Les parties des _ogives_ qui sont
en saillie, s'appellent les _nerfs_.
OGOESSES. Terme de Blason qui se dit des tourteaux de sable pour les
distinguer des autres qui se nomment _Gulpes_, quand ils sont de
pourpre; quand ils sont de geules, _guses_; quand ils sont d'azur,
_heurtes_; & quand ils sont de sinople, _pommes_ ou _volets_, quoy
qu'ils retiennent tous en général le nom de _tourteaux_.
OIGNEMENT. _s. m._ Action par laquelle on oint, on parfume. Le lavement
& l'oignement des pieds étoit une honnêteté que les juifs faisoient à
leurs hôtes, à ceux qu'ils vouloient honorer, comme celuy que fit la
Madelaine au Sauveur.
OISEAU. _s. m._ Animal qui s'éleve en l'air, qui le traverse, qui s'y
tient suspendu par le secours de ses plumes & de ses aîles. Le Phenix,
s'il y en a, passe pour le Roi des _oiseaux_. C'est une erreur de
croire que les _oiseaux_ de paradis volent toûjours, ils ont des pieds
avec lesquels ils s'attachent aux branches pour dormir. Les Romains
observoient avec soin le vol des _oiseaux_. A l'arrivée des Européans
dans les Isles de l'Amerique, tous les _oiseaux_, à ce qu'on dit,
étoient privez parce qu'on ne leur faisoit point la guerre. Ce mot
vient d'_Avicellus_, ou _Aucellus_, dont les Italiens ont fait aussi
_Augello_. Ménage & Du Cange.
On appelle en termes de Fauconnerie, _oiseaux_ de proye, les gros
_oiseaux_ qui vivent de grip, de rapt & de rapine, qu'on dresse &
qu'on apprivoise. On appelle _oiseaux_ niais ceux qui sont pris au
nid. _Oiseau_ branchier celuy qui n'a encore que la force de voler de
branche en branche. Un _oiseau_ sor, celuy qui n'a point encore mué, il
ne se dit que des oiseaux de passage, & non du niais & du branchier.
Un _oiseau_ hagard, celuy qui a été à soi, qui est plus farouche. Un
_oiseau_ de bonne ou de mauvaise affaire, celuy qui est docile ou
farouche. On appelle parement de l'_oiseau_, la maille qui luy couvre
le devant du col; manteau d'_oiseau_, le plumage des épaules, du dos &
du dessus des aîles. Serres d'_oiseau_, ce sont leurs griffes. Mains
d'_oiseau_, ce sont leurs pieds. La couronne de l'_oiseau_, c'est le
duvet qui couronne, qui joint le bec à la tête. On appelle train de
l'_oiseau_, son derriére, ou son vol.
On appelle _oiseau_ de poing, celuy qui étant reclamé, fond sur le
poing sans entremise de leurre, comme l'autour & l'éprevier; _oiseau_
de leurre, celuy qui fond sur le leurre, quand on le luy jette, & delà
sur le poing. On en compte dix ordinaires, faucon, gerfaut, sacre,
lanier, aigle, tagarot, émerillon & hobereau, le faucon & le sacre
bâtards, _oiseau_ de montée, est celuy qui s'éleve fort haut, comme
le milan, le heron, &c. Il y a des _oiseaux_ pour la haute & pour la
basse volerie. _Oiseau_ pillard celui qui pille & détrousse un autre;
_oiseau_ chariard, qui dérobe sa perdrix; _oiseau_ bas & tenu par le
Bec, c'est à dire, en faim. L'_oiseau_ Bâtard est, par exemple, un
faucon né d'un tiercelet de faucon & du lanier; ou un sacre né du
sacret & du lanier.
On appelle _oiseaux_ vilains, poltrons & tripiers ceux qui ne suivent
le gibier que pour la Cuisine, qu'on ne peut affaiter ni dresser, comme
les milans & les corbeaux, qui ne combattent que les poulets, lesquels
n'ont ni vol ni défense. Un _oiseau_ dépiteux, qui ne veut pas revenir,
quand il a perdu sa proye. Un _oiseau_ attrempé est celuy qui n'est
ni gras ni maigre. Un _oiseau_ âpre à la proye, bien armé de bec &
d'ongles. Un _oiseau_ fort à Delivre, qui n'a point de corsage qui est
quasi sans chair, comme le heron. On appelle _oiseau_ allongé, celuy
dont les pennes sont bien entieres, qui ont toute la longueur qu'elles
doivent avoir; un _oiseau_ trop en corps, celuy qui est trop gras. On
dit aussi un _oiseau_ de bonne aire, un _oiseau_ de grand travail &
de bon guet, un _oiseau_ de bonne compagnie, un _oiseau_ pantois ou
asthmé, un _oiseau_ égalé, quinteux, escartable, rebuté, un _oiseau_
d'échappe. Un _oiseau_ bon chaperonier. Il y a aussi des _oiseaux_ de
nuit, de mauvais augure, de voirie, des _oiseaux_ de jour, _oiseaux_
de parade, de babil, & cageolleurs, _oiseaux_ sauvages, passagers, de
combat, de volerie, de marais, de marine, qui rasent les étangs, & sont
bons poissonniers, &c.
Les _oiseaux_ de leurre doivent avoir les mahutes hautes, les reins
larges, bien croisez, bas assis, cour-jointez, les mains longues. On
dit aussi apoltronir un _oiseau_, l'acharner, l'abecher, l'abattre,
l'abaisser, l'entraver, l'essimer, & plusieurs autres phrases qui sont
expliquées à leur ordre.
On appelle _oiseaux_ de riviére, les canards, sarcelles & autres
aquatiques qui aiment les eaux. _Oiseaux_ de bois, les gelinottes,
les faisans. _Oiseaux_ passagers, les beccasses, les cailles, les
guignards. _Oiseaux_ domestiques, les poulles, les canes, oyes. On
appelle _oiseaux_ de voliére, ceux qu'on garde en cage pour leur chant,
leur ramage, leur gazoüillement, comme rossignols, serains, linottes,
chardonnerets, &c.
Il y a des _oiseaux_ qui ne sont bon qu'à mettre à l'engrais, comme les
coqs qu'on chaponne, qui perdent leur chant. Il y a des _oiseaux_ qui
ne volent jamais, comme l'Autruche & le casuel. Kircher dit qu'il y a
un _oiseau_ en la Chine qu'on appelle _hoang cio yu_, qui change de
nature deux fois l'an; il est _oiseau_ tout l'Eté & se transforme en
poisson durant l'hiver. Ce nom veut dire poisson jaune.
On appelle tirer à l'_oiseau_, quand on dispute le prix en s'exerçant
à tirer de l'arc ou du fusil sur un _oiseau_ de bois qu'on nomme le
papegay.
Les _oiseaux_ de leurre en terme de Blason témoignent la noblesse,
parce qu'ils sont des marques d'hommage & de redevance; ce qui a fait
que dans les sceaux anciens on a representé les Chevaliers avec une
épée nuë à la main droite & un _oiseau_ de leurre à la gauche. Les
Poëtes ont appellé l'Aigle l'_oiseau_ de Jupiter, le paon l'_oiseau_ de
Junon, le hibou l'_oiseau_ de Pallas, le pigeon l'_oiseau_ de Venus, &
le peuple appelle maintenant un bœuf _oiseau_ de S. Luc.
OISEAU de Limosin est une espece de vaisseau qui sert à porter le
mortier dans les ateliers: il est composé de deux ais joints d'un
côté en équerre & arrondis par l'autre extrêmité, il se porte sur les
épaules.
OISEAU se dit proverbialement en ces phrases: Petit à petit l'oiseau
fait son nid, en parlant des choses qui se font lentement & peu à peu.
On dit que la belle plume fait le bel _oiseau_. On dit aussi: Ce n'est
pas viande pour vos _oiseaux_, pour dire, Cela ne vous est pas destiné,
c'est pour des gens d'une plus grande qualité. On dit qu'un homme a
battu les buissons, & qu'un autre a pris les _oiseaux_, pour dire
qu'il a travaillé, & que les autres en ont profité. On dit qu'un homme
est comme l'_oiseau_ sur la branche, quand il n'a point de logement
d'employ, de fortune assurée.
On dit aussi qu'un homme est battu de l'_oiseau_, quand il lui est
arrivé plusieurs malheurs, plusieurs pertes qui lui ont abattu le
courage. On dit aussi d'un prisonnier qu'on a manqué, ou qui a brisé
les prisons, que l'_oiseau_ s'en est envolé. On dit aussi: Voilà
une grande cage pour un petit _oiseau_, quand un homme de peu de
considération est logé dans un logis magnifique. On dit qu'un _oiseau_
en a dans l'aîle, quand il a reçû un coup qui l'empêche de voler; on le
dit figurément des hommes, dont la santé ou la fortune sont ruinées. On
dit aussi ironiquement qu'un homme est un bel _oiseau_, pour témoigner
un grand mépris de sa personne.
OISELER. _v. act._ terme de Fauconnerie qui signifie dresser un
_oiseau_; oiseler un faucon pour le faire Bon gruyer, bon heronnier,
l'affaiter, le leurrer & assurer, commencer à le mettre dedans &
l'employer à voler. On dit aussi mettre l'_oiseau_ à poil, pour dire le
dresser à voler gibier à poil.
OISELERIE _s. f._ métier de prendre, d'élever & de vendre des _oiseaux_.
OISELET ou OISILLON _s. m._ petit oiseau.
OISELEUR. _s. m._ celui qui prend des oiseaux. On le dit
particuliérement de ceux qui prennent des _oiseaux_ de chasse au
passage. Ménage a fait une belle Eglogue intitulée l'_Oiseleur_.
OISELIER. _s. m._ celui qui vend des _oiseaux_ de voliére, qui les
éleve en cage.
OMBELLE. _s. f._ Terme de Blason qui se dit d'une espece de parassol
que le Doge de Venise met sur ses Armes par une concession d'Alexandre
III. quand il se réfugia à Venise en fuyant la persecution de Federic.
Elle est quelquefois sur les Armes de la République.
OMBELLE en termes de Botanique est une partie de la plante, dont
le bout de la tige se divise en plusieurs autres moindres tiges,
lesquelles portent des bouquets ou graines; comme le fenoüil & l'anet
sont des plantes à _ombelle_. Ce mot vient de ce que ces petites tiges
s'ouvrent & sont disposées de la même maniére que les bâtons qui
supportent un parassol, ou _ombelle_.
OREILLE. _s. f._ partie double de la tête des Animaux qui leur sert
à ouïr, à entendre les sons qui la frappent. Pour la perfection de
l'ouïe la Nature nous a donné une oreille exterieure & une interieure:
l'exterieure est d'une substance membraneuse, & cartilagineuse, c'est
à dire, mitoyenne entre l'os & la chair. Sa figure est presque en
demi cercle, & creuse par dedans, comme une petite caverne; le haut
de l'_oreille_ s'appelle l'aîle ou l'aîleron; l'extrêmité de son
tour enfoncé du devant au dedans s'appelle gibbeuse, le trou & le
creux de dedans s'appelle _la petite coquille_, ou _conque_, parce
qu'elle ressemble à l'entrée de la coquille d'un limaçon; la cavité
qui est auprés du conduit de l'_oreille_, en laquelle s'amassent ses
ordures, s'appelle _Ruche_; & cette glu ou ordure qu'on en tire avec
un cure-oreille, s'appelle le _suif_, & par quelques-uns la _cire_;
le bout ou tendon qui est plus gras & charnu, s'appelle _lobe_, ce
bout-là rougit d'ordinaire, quand on a de la honte; & tout le circuit
de l'_oreille_ se nomme _helix_, c'est à dire, _tour_ ou _tortis_. Le
conduit de l'_oreille_ est formé de parties cartilagineuses & osseuses.
Les animaux couverts de plumes ou d'écailles n'ont point d'_oreilles_
exterieures, mais ils ont un trou ouvert pour ouïr.
L'_oreille interne_ est située en l'os pierreux derriére l'apophyse
mamillaire, dans la partie écailleuse de l'os des temples, & est
separée de l'organe externe de l'ouïe par la membrane du tambour: Elle
est composée de quatre conduits; le premier qui est tourné vers le
dehors, & toûjours ouvert, est celui qui donne passage au son, il est
tortueux, biaisant, long & étroit, au bout duquel il y a cette membrane
qu'on nomme tambour, qui est mince & seche, déliée & qui a le sentiment
extrêmement vif. Ceux qui l'ont trop dense & épaisse dés leur naissance
sont des sourds incurables. Derriére cette membrane on trouve une
seconde cavité, que quelques-uns appellent la _quaisse_ du tambour, &
d'autres le _bassin_, dans laquelle est contenu un certain air naturel
& interne, que les anciens Medecins ont appellé implanté, qui selon
eux, reçoit aisément l'impression de celui de dehors, & ils tiennent
qu'il sert à l'ouïe, comme le crystalin à la vûë. Là on découvre
trois petits os à qui on a donné le nom de leur figure; le premier
est fait comme un petit _marteau_, le second comme une _enclume_, &
le troisiéme qu'on nomme _étrier_, est triangulaire, comme étoient
les étriers antiques. M. du Vernay en a découvert un quatriéme sur la
tête de l'étrier; & ce qui est à remarquer, c'est qu'ils sont aussi
gros & aussi grands aux enfans qu'aux hommes d'âge. Ils sont placez
dans la cavité de la quaisse. Il y a une corde fort deliée qui passe
derriére la peau du tambour, de même que le tymbre qui fait resonner
un tambour de guerre. On doute si c'est une veine, un nerf ou une
artere, tant elle est petite. Du Vernay dit que c'est un nerf. Il y a
aussi des muscles dans cette cavité, dont deux servent au mouvement
du marteau, & l'autre à celui de l'étrier. Ils sont si déliez qu'à
peine les peut-on voir. Ils servent au flux & au reflux, ou au double
mouvement du marteau: il y a aussi deux petites fenêtres, dont la plus
haute s'appelle _ovale_, à cause de sa figure. La seconde est sans nom;
& il y a un conduit qui va jusques dans le palais. La troisiéme cavité
qui est creusée dans l'os pierreux, s'appelle le _labyrinthe_, pour ce
qu'il y a plusieurs trous & chambrettes cachées. Elle est faite comme
une coquille d'escargot. Sa premiére partie s'appelle le _Vestibule_,
qui a 9. ouvertures, & la derniére le _limaçon_ ou _trou aveugle_,
parce qu'il est sans bout & issuë. Il est composé d'une lame spirale
montante, qui separe en deux un canal demi ovallaire, qui fait deux
tours & demi au tour du noyau du limaçon toûjours en diminuant, & forme
comme deux rampes d'escalier. C'est dans cette partie que du Vernay
met l'organe immédiat de l'ouïe. Enfin on trouve le nerf de l'ouïe
qu'on nomme le _nerf auditif_, qui prend son origine de la cinquiéme
conjugaison suivant les Anciens, & la septiéme suivant les Modernes. Il
y en a aussi un rameau de la seconde paire vertebrale, qui porte les
images de tous les sons au sens commun. Enfin il y a un petit conduit
cartilagineux, qui va de l'ovale dans le palais de la bouche, qu'on
nomme _aqueduc_, & qui est fermé par une petite valvule, ou sous pape:
de là vient que les sourds entendent un peu par la bouche, & qu'en leur
faisant prendre le manche d'un luth avec les dents, ils en entendent
l'harmonie. Dessous & derriére les oreilles il y a des glandules qu'on
appelle _parotides_, qui sont des émonctoires par où le cerveau se
décharge, & quand elles sont trop humectées, il s'y fait des tumeurs
que le peuple appelle _orillons_ ou _oripeaux_. Ce mot d'_oreille_
vient du Latin _auris_, que Dulaurens dérive de _haurire_, qui signifie
tirer ou puiser, parce que les oreilles tirent & reçoivent la voix &
les sons dans leurs cavitez. Quelques Medecins ont crû que quand les
_oreilles_ étoient coupées, les hommes devenoient stériles, & que de
là est venuë la coûtume de couper les _oreilles_ aux larrons de peur
qu'ils n'engendrassent de petits larronneaux.
Les _oreilles_ des Animaux sont faites diversement. Le Veau marin
& toutes les especes de lezards & de serpens n'ont point du tout
d'_oreilles_ externes; le singe & le porc-épic les ont applaties
contre la tête comme les hommes; il y a une espece de Baleine qui
a l'ouverture de l'_oreille_ sur les épaules. Les taupes ont le
conduit de l'_oreille_ fermée par une petite peau qui s'ouvre comme
une paupiére. La tortuë, le cameleon aussi bien que la plûpart des
poissons, ont le conduit de l'_oreille_ tout à fait bouché.
Les bruits, les tintoins, les bourdonnemens sont des maladies des
_oreilles_. Quand on dit qu'un homme a l'oreille dure, c'est à dire,
honnêtement qu'il est sourd.
Les Incas du Perou se faisoient particuliérement remarquer par
leurs _oreilles_, dont la largeur étoit si prodigieuse qu'elle est
incroyable. Ils accordoient aux Capitaines qui les avoient bien servis,
comme un grand privilege la permission de se percer les _oreilles_,
à condition que le trou n'en seroit pas la moitié si grand que celui
de l'Inca, & on leur donnoit même la mesure du trou, afin qu'il ne
fût pas plus grand que le privilege portoit. Ils y portoient des
pendans d'_oreille_ attachez à deux filets, longs d'un quart d'aune,
& gros d'environ la moitié d'un doigt, ce qui les fit appeller par
les Espagnols _orejones_, c'est à dire, hommes à grandes _oreilles_.
Cette coûtume de se percer les _oreilles_ étoit aussi en usage chez
les Indiens d'Orient, dont il est fait mention ci-aprés au mot PENDANS
D'OREILLE.
OREILLE en termes de Musique, se dit du jugement que l'_oreille_ fait
des sons. Cet homme danse bien, il a l'_oreille_ fine, juste, delicate,
il observe la cadence. Cet homme n'a point d'_oreille_, ne distingue
pas les tons & les mesures. On dit aussi des Orateurs & des Poëtes
qu'ils doivent avoir de l'_oreille_, pour dire qu'ils doivent observer
la cadence de leurs Vers, de leurs périodes, éviter les cacophonies. Un
Ancien a dit que le jugement de l'_oreille_ étoit fort rigoureux.
On dit en ce sens d'un discours, des paroles, qu'elles blessent,
qu'elles choquent les _oreilles_, quand elles déplaisent. Les
ordures blessent les _oreilles_ chastes. Les barbarismes choquent
les _oreilles_ des gens polis. Les belles paroles n'écorchent point
l'_oreille_. Les grands ont les _oreilles_ delicates, se choquent de
peu de chose. La Musique charme, flatte, chatoüille l'_oreille_. Il y
a bien des gens qui se laissent prendre par l'_oreille_, charmer par
une belle voix, persuader par un beau discours. On dit aussi qu'une
chose sonne mal aux _oreilles_, quand elle est odieuse, quand on en a
mauvaise opinion. On dit qu'un homme a l'_oreille_ d'un Prince, d'un
Ministre, pour dire qu'il en a de favorables audiences, & tant qu'il
veut; qu'il lui souffle, qu'il lui corne aux _oreilles_ quelque chose,
pour dire qu'il fait tant qu'il le persuade. Il lui a dit un mot à
l'_oreille_, pour dire qu'il lui a donné un avis secret.
A Syracuse il y a un lieu qu'on appelle l'_oreille_ de Denis le Tiran,
c'est un trou qui perce dans une montagne, & qui fait qu'on entend en
haut tout ce qui se dit en bas, quoi qu'à une grande distance.
On dit que la gelée, le vent, la grêle ont donné sur l'_oreille_ aux
fruits, au bleds, pour dire qu'ils en ont été endommagez, qu'ils
baissent l'_oreille_. On dit aussi d'un chapeau, qu'il baisse
l'_oreille_, pour dire que les bords ne le soûtiennent pas bien; qu'il
fait le clabaud: c'est une métaphore tirée des chiens de chasse qui ont
de grandes oreilles pendantes.
OREILLE de cochon, est la partie du cochon la plus delicate pour manger
en ragoût.
OREILLE de Parisien est un petit ouvrage de Patisserie fait de bœuf
fort épicé, enveloppé d'une pâte legere en forme d'_oreille_, qu'on
appelle autrement _rissolle_.
OREILLES du cœur sont deux petites parties ou ouvertures du cœur
faites en forme d'_oreilles_, dont la droite aboutit à la veine cave,
& la gauche à l'entrée de l'artere veineuse. Elles servent à recevoir
le sang, & à en faire la circulation dans le cœur; l'_oreille_ gauche
du cœur se dilate, quand le cœur se resserre pour en faire sortir le
sang.
OREILLE en terme de mer se dit des voiles Latines qui sont
triangulaires, qu'on appelle _oreilles_ de liévre ou à tiers point à
la difference de celles qui sont à trait quarré. On appelle aussi les
_oreilles_ ou les pattes d'un ancre.
OREILLE en termes d'Artisans, se dit aussi de deux petites avances
qu'on applique au bord d'une écuelle pour la tenir plus facilement. Une
écuelle à _oreilles_.
On appelle aussi _oreille_ la partie d'un cercle de fer qui est au haut
d'un chauderon dans laquelle l'anse est mobile; & dans un minot la
partie du cintre où sont attachez les deux bouts de la potence.
On appelle aussi _oreille_ les deux grosses dents d'un peigne qui sont
aux extrêmitez, qui conservent les autres.
On appelle _oreilles_ d'un cadenas, ses ouvertures dans lesquelles son
anse est mobile.
OREILLE se dit aussi du bord replié d'un livre, quand on veut y faire
quelque marque pour retrouver aisément quelque endroit singulier, ou
l'endroit où on en est demeuré en le lisant, cela arrive aussi aux
livres frippez, qu'on a beaucoup maniez avec peu de soin.
OREILLE se dit aussi de cette petite courroye où se termine le quartier
du soulier, qui sert à y attacher des rubans, ou des boucles pour le
serrer.
OREILLE en terme d'Organistes, se dit de deux petites plaques de plomb
que l'on soude sur les tuyaux à côté de leur bouche ou lumiére, qu'on
abaisse ou qu'on releve pour faire des sons plus graves ou plus aigus:
ils les nomment ainsi, parce qu'il semble qu'elles écoutent si les
tuyaux sont d'accord.
On appelle en termes de Blason _oreilles_ deux petites pointes qui
sont au haut des grandes coquilles, comme celles de S. Jaques.
On appelle _oreilles_ d'abricots des abricots confits dont on a ôté les
noyaux, & dont on a rejoint les deux moitiez, en sorte que l'extrêmité
de l'une n'aille qu'au milieu de l'autre, ce qui represente une espece
d'_oreille_.
_Oreille_ d'ours est une petite fleur printaniére qui pare agréablement
un parterre, quand on la sçait bien disposer: car il y en a de
plusieurs couleurs. Cette herbe est une espece de saniclet qui a les
feüilles grandes comme le plantain, & roulées dans le bourgeon: elles
ont certains replis ou bords fort artistement faits, on l'appelle en
Latin _Ursi auricula_, ou _dentaria minor_, ou _lunaria sanicula_, ou
_artritica_.
_Oreille d'âne_, est aussi un nom qu'on donne à la grande consolide qui
est une plante fameuse en Medecine. Voyez CONSOLIDE.
_Oreille_ de Rat, ou de souris, est le nom d'une plante qu'on appelle
en Latin _pilosella_, c'est une espece de mouron, elle rampe toûjours
par terre, & a des feüilles disposées en étoile, couvertes de poils
blancs, ses tiges aussi rampantes ressemblent à de petites cordes
souples rondes & veluës, qui prennent racine & poussent des branches
nouvelles. Ses fleurs sont jaunes, qui à leur maturité s'envolent en
bourre; ses racines sont déliées, & pourtant difficiles à arracher.
Si on coupe la plante, elle rend du lait: son suc est astringeant,
constipe le bêtail, & le fait mourir. Mathiole.
OREILLE se dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a
toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont
sujets à être battus. On dit que les murs ont des _oreilles_, pour
dire qu'on a beau parler secretement & à l'_oreille_, il y a toûjours
quelque espion qui écoute, &c.
On dit qu'un homme se fait tirer l'_oreille_, pour faire quelque chose,
quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume
qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne
vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient
vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'_oreille_,
afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages
dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.
OREILLÉ. ée. _adj._ terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque
leurs _oreilles_ sont d'un émail different de leurs corps; on le dit
aussi des grandes coquilles, quand elles ont des _oreilles_ aussi
d'émail different.
ORGUE. _s. f._ & autrefois _masculin_. C'est le plus grand & le plus
harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement
eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de
solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelques
_orgues_ portatives, qu'on nomme cabinets d'_orgues_, mais dans les
Eglises, on appelle buffet d'_orgues_ cette construction de menuiserie
qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu,
qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on
nomme le _positif_. Ce mot vient du Latin _organum_.
L'_orgue_ est composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de
gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen
de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces
tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes
touches du clavier.
On appelle accompagnement en l'_orgue_ les divers jeux qu'on touche
pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte,
le prestant, &c. Ceux de la grande _orgue_ sont differents de ceux du
positif.
La plûpart des piéces qui composent l'_orgue_ sont expliquées à leur
ordre alphabetique: on dira seulement ici que le _chassis_ est une des
principales piéces de l'_orgue_, parce qu'on enchasse dedans l'ais du
sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du
sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelle _Barreaux_,
éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à
48. _Raynures_ ou _crans_ ou _graveures_, sur lesquelles on met des
_chappes_ ou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de ces
_Raynures_, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de
lattes, qu'on nomme _Registres_, on perce ces trois piéces vis à vis
l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels
on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle
le _sommier_ de l'_orgue_. On appelle le _secret_ de l'_orgue_ une
layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour
le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve
nomme le _sommier canon musical_.
On appelle le _tamis_, la piéce de bois percée, à travers laquelle
passent les tuyaux de l'_orgue_, & qui les tient en état.
L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans
les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches,
comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13.
marches, & le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Une _orgue_
a pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le
positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32.
pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain,
ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres
bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas
que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que
l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire.
Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout
d'en haut d'un plus grand.
Les simples jeux de l'_orgue_ sont, la montre, le premier & le second
bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la
flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la
seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon,
le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette
& la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une
modification des jeux.
De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité
de façons. On appelle le plein jeu de l'_orgue_ celui qui est composé
de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la
doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'_orgue_ y
ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie,
ou la dépense qu'on y veut faire.
On appelle le _temperament de l'orgue_ une diminution du ton majeur
d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation
pour les rendre plus justes. L'invention de l'_orgue_ est fort
ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur
Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention
d'une _orgue_ qui avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de
deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en
avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.
On appelle aussi _orgue_ le lieu de l'Eglise où sont les _orgues_.
Il est allé aux _orgues_ entendre le Sermon. Ce mot vient du Latin
_organum_. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de
l'_orgue_ est Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne
a fait une ample description de l'_orgue_ aussi bien que Salomon de
Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'_orgue_, qui font
voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.
ORGUES en termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros
canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre
les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur
moyen plusieurs coups tout à la fois.
ORGUES est aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes
des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on
laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre
par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.
ORGUES en termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au
travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords
qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle
autrement _dalots_.
ORIFLAME. _s. f._ les Anciens le faisoient _masculin_. Etendart de
l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée
de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la
Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à
deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle
étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit
toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les
autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une
lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau
de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre
les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les
biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece de _labarum_ ou de
gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises,
qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoit
_cendal_ ou _samit vermeil_, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit
entouré de houppes de soye verde, &c.