MAGDALLON. _s. m._ C'est ainsi qu'on appelle un rouleau ou petit
cylindre de soulfre, d'onguent, &c. tels qu'on les vend chez les
Epiciers & Apotiquaires: ce mot vient de Magdalis Latin, tiré du Grec
Magdalis, signifiant la même chose.
MAGISTERE. _s. m._ Terme de Chymie & de Pharmacie: c'est la préparation
d'un corps mixte par art de Chymie, par laquelle toutes ses parties
homogenes sont exaltées en un degré de qualité ou substance plus noble
qu'auparavant, en rejettant seulement ses impuretez externes sans faire
aucune extraction. Le _magistere_ differe de l'extrait, en ce que dans
le _magistere_ toutes les parties du mixte y demeurent, quoi qu'elles
soient changées en des qualitez ou consistances plus exquises, & dans
l'extrait on ne prend que la plus noble partie de la substance, qui est
tout à fait séparée d'avec la plus grossiere & élementaire.
On fait des _magisteres_ de tartre, de perles, de coraux. Des
_magisteres_ de lait, cremeur, ou beurre de soulfre. Des _magisteres_
d'agaric, de turbit, d'hermodax, &c. L'effervescence de l'esprit
de vitriol mêlé avec l'huile de tartre, leur a fait donner par
quelques-uns le nom de _magistere_.
MAGNESIE. _s. f._ Est une pierre minerale, fossile, noire, opâque,
tirant de la couleur de fer au pourpre, qui ne contient aucun métal;
mais un soulfre fixe & un peu inflammable. Elle entre en la composition
du verre, le purifie & le blanchit, si elle est en petite quantité.
Autrement elle le rend bleu ou de couleur de pourpre; elle la donne
aussi aux pots de terre si avant leur cuitte on les peint de cette
magnesie dissoûte. C'est la même chose que le saffre; on l'appelle
aussi _manganese_, & chez les artisans, _perigueux_.
MALACHITE. _s. f._ Est une pierre précieuse qui est d'une nature
mitoyenne entre le jaspe & la turquoise, & qui est tout à fait opaque:
Elle a des veines blanches mêlées de taches noires & de plusieurs
autres couleurs qui en font faire plusieurs distinctions. La plus
estimée est celle qui approche le plus de la turquoise, & qui a le plus
de bleu.
MALTHE. _s. f._ Ciment dont on se servoit autrefois, qui étoit un
mêlange de poix, de cire, de plâtre & de graisse. Dans le Pontificial
il est parlé de ce ciment, dont on avoit besoin quand on faisoit la
Dédicace des Eglises, en Latin _malta_; d'où quelques-uns prétendent
qu'on a fait les mots de _Smaltire_, d'où viennent émailler, & émeutir.
MANDRIN. _s. m._ Est le principal outil d'un tourneur; l'arbre qui
tourne dans la lunette, au bout duquel on monte ou on attache les
piéces que l'on veut tourner en l'air & hors les pointes.
MANDRIN, se dit aussi de plusieurs poinçons qui servent aux artisans à
percer le fer ou les métaux sur lesquels ils travaillent.
MANICORDION. _s. m._ Instrument de Musique, fait en forme d'Epinette,
qui a 49 ou 50 touches ou marches, & 70 cordes, qui portent sur cinq
chevalets, dont le premier est le plus haut, les autres vont en
diminuant. Il y a quelques rangs de cordes à l'unisson, parce qu'il y
en a plus que de touches, chaque chevalet en contient divers rangs: Il
a plusieurs petites mortaises pour faire passer les sautereaux armez de
petits crampons d'airain qui touchent & haussent les cordes, au lieu
de la plume de corbeau qu'ont ceux des clavessins & des épinettes; ce
qu'il a de particulier: c'est qu'il a plusieurs morceaux d'écarlate ou
de drap, qui couvrent les cordes depuis le clavier jusqu'aux mortaises,
qui rendent le son plus doux, & l'étouffent tellement qu'on ne le peut
entendre de loin; d'où vient que quelques-uns le nomment _Epinette
sourde_ ou _muette_; aussi est-il particuliérement en usage chez les
Religieuses qui apprennent à en jouër, & qui craignent de troubler le
silence du dortoir. Cet instrument est plus ancien que le clavessin &
l'Epinette, comme témoigne Scaliger, qui ne lui donne que trente-cinq
cordes.
On dit proverbialement & burlesquement qu'une fille a joüé du
_manicordion_ quand elle a eu quelque amourette, qui a duré long-temps
sans faire bruit.
MANIPULE. _s. m._ Ornement Ecclesiastique que les officians Prêtre,
Diacre & Soûdiacre portent au bras gauche: il est fait en forme de
petite étolle, & de la même étoffe que les chasubles, & tuniques. Il
signifie & represente un mouchoir que les Prêtres de la primitive
Eglise portoient au bras pour essuyer les larmes qu'ils versoient
continuellement pour les péchez du peuple, dont il reste encore une
marque dans l'oraison que disent ceux qui s'en revêtent. _Merear,
Domine, portare manipulum fletus & doloris._ En beaucoup d'endroits on
l'appelle le _fanon_.
MANIPULE, en termes de Medecine est une mesure d'herbes, qui s'entend
de ce que la main peut serrer, les Medecins le désignent dans leurs
Ordonnances par M.
MANIPULE, signifioit encore chez les Romains une petite troupe ou
compagnie de soldats, parce que chez eux le _manipule_ signifioit au
propre une poignée de foin qu'ils attachoient au bout d'une perche pour
se reconnoître avant qu'ils eussent pris les aigles pour enseignes; de
là vient que nous disons encore en ce sens une poignée de gens.
MANIPULE pyrotecnique, se dit à la guerre d'une certaine quantité
de petards de fer ou de cuivre qu'on peut jetter à la main sur les
ennemis, la maniére de les faire est enseignée par Casimir dans son
Livre de l'Artillerie.
MANŒUVRE. _s. m._ Homme de peine qu'on prend à la journée dans les
âteliers pour servir les Massons, & faire autres fonctions qui n'ont
besoin d'aucun art ou apprentissage. Ce mot vient de _manopera_,
ouvrage de main. Ménage.
On appelle proverbialement & ironiquement un homme fin & adroit, un
_rusé manœuvre_.
MANŒUVRES, en terme de marine, ce sont les cordes qui servent à manier
les voiles en diverses façons, comme les _Issas_ ou _Drisses_ qui sont
le long des masts servent à les hausser. Les _valencines_ servent à
faire pancher les antennes d'un côté ou d'autre. Les _bras_ tirent le
bout des antennes vers la pouppe. Les _escoutes_, ou _contre-escoutes_
tiennent le bout des voiles: les _breuils_ ou _martinets_ servent à
embroüiller promptement les voiles, & les _garcettes_, à les ferler,
les _ralingues_ à les fortifier, les _boulines_ ou _boulinettes_
servent à ouvrir les bords des voiles pour recevoir le vent qui vient
de biais: cela fait dix ou onze cordes qui sont le plus souvent
doubles, & étant multipliées par les dix voiles, font plus de deux cens
cordes, ou manœuvres. L'_Itacle_ est la plus grosse des manœuvres,
elle soûtient & éleve l'antenne passant à une poulie qui est sous la
hune, & aboutit à un moufle de poulies où sont les Issas.
Il y a des _manœuvres dormantes_ qui sont fixes, ausquelles on
touche rarement, & _d'autre coulantes_ qui sont presque en mouvement
continuel, comme celles qui servent à manier les voiles.
MANŒUVRE, signifie aussi l'usage & le service de ce cordage, & le
service des Matelots qui les font mouvoir. Les _manœuvres_ sont en
desordre pendant la tempête. Ce matelot entend bien la _manœuvre_, il
execute soudain les commandemens.
MANNE. _s. f._ Terme de pharmacie, drogue médicinale, c'est un suc
ou une liqueur blanche, douce, qui découle d'elle-même, par incision
des branches & des feüilles même des frênes tant ordinaires que
sauvages pendant la canicule, & un peu auparavant. On ne la trouve que
sur ces arbres, encore n'est-ce pas sur tous, mais principalement en
Calabre & aux environs de Briançon; c'est pourquoi ceux là se trompent
lourdement, qui disent que c'est un miel de l'air, ou une espéce de
rosée, qui vient d'une vapeur élevée de la terre & digerée dans l'air,
condensée par le froid qu'on recuëille dans les païs chauds avant le
lever du Soleil, tant sur les plantes & les arbres que sur les rochers
& la terre même, qui disparoît lorsque la chaleur survient; car au
contraire on l'amasse en plein Soleil, lequel la seche & la condense,
de sorte qu'on la doit mettre au rang des gommes qui s'épaississent par
la chaleur, & se résolvent dans l'humidité.
Les Italiens en connoissent de trois sortes, _manna di corpo_, qui
sort d'elle-même des branches de l'arbre dés le mois de Juillet; la
seconde _manna forzata_, ou _forzatella_, qui ne se recueille au
mois d'Août qu'aprés l'incision de l'arbre, & lorsque la premiére a
cessé de couler. La troisiéme _manna di fronda_, qui sort d'elle-même
en forme de petites gouttes d'eau comme un espéce de sueur, de la
partie nerveuse des feüilles du frêne, qui sont de la grosseur des
grains de froment, & qui s'endurcissent au Soleil au mois d'Août; on
voit quelquefois ces feüilles si chargées de ces grains qu'il semble
qu'elles soient couvertes de neige. La _manne_ est une medecine qui
purge fort doucement, & qu'on prend dans les boüillons. Altomatus
Medecin de Naples en a fait un traité exprés; & Joseph Donzellus
confirme ce qu'il en a dit. La _manne_ purge la bile, quoi qu'on la
tienne une espéce de miel, & au contraire le miel ordinaire l'augmente.
Fuchsius dit que les païsans du Mont-Liban mangent ordinairement la
_manne_, comme ailleurs on fait le miel.
A Mexique ils ont de la _manne_ que l'on mange comme on fait le fromage
en Europe.
MANNE en termes de l'Ecriture, est une viande miraculeuse que Dieu fit
tomber du Ciel pour nourrir son peuple Hebreu dans le desert pendant
quarante ans. La _manne_ étoit en façon de coriandre. Les Israëlites
murmurerent contre la _manne_, & en eurent du dégoût. La _manne_ est
une des figures de l'Eucharistie.
MANNE, se dit figurément de toutes sortes de viandes & de fruits,
principalement quand ils sont de garde, quand ils peuvent nourrir,
& faire subsister une maison. C'est une bonne _manne_ dans un logis
qu'une provision de pois, de féves, de ris pour le Carême.
MANNE est aussi un grand panier d'osier fait en quarré long, qui
sert quelquefois de berceau pour coucher un enfant à la mammelle,
quelquefois elle est plus petite, & elle sert à transporter les habits
d'un ballet, ou le linge & la vaisselle pour mettre le couvert, &c.
On appelle aussi _mannes_ sur la mer des paniers à rebords faits comme
un chapeau.
MANNEQUIN. _s. m._ Panier d'osier haut & assez étroit, plus large par
en haut que par en bas, qui sert à differens usages. On a mis ces
plantes dans un _mannequin_ pour les transporter. Les marchands de
fruits les transportent dans des _mannequins_: ce mot est diminutif de
manne quand il signifie panier.
MANNEQUIN, chez les Peintres se dit d'une certaine figure de bois qui
a des charniéres en la plûpart de ses membres, par le moyen de quoi
elle est mobile, & on la met en toute sorte de postures ou d'attitudes,
elle leur sert pour disposer leurs drapperies en la revêtant d'habits
tels qu'ils desirent. Borel dérive ce mot en ce sens de _man_, qui
en Allemand & en vieux François signifioit un _homme_, dont il est
diminutif, comme qui diroit _petit homme_.
MARESCHAL. _s. m._ Officier de la Couronne qui commande les Armées;
on l'appelle par excellence _Mareschal_ de France. Chez quelques
étrangers il fait la même fonction. Le grand _Mareschal_ de Pologne,
de Lithuanie. L'Electeur de Saxe est grand _Mareschal_ de l'Empire. On
dit qu'on a donné à un homme le Bâton de _Mareschal_, ou simplement le
Bâton, pour dire qu'on l'a fait _Mareschal_ de France; c'est un Bâton
fleurdelisé qui marque la dignité, & qu'il met en sautoir sous l'écu de
ses armes. Ce sont les _Mareschaux_ de France qui sont Juges du point
d'honneur entre les Gentilshommes, qui accordent leurs querelles.
Les Prévôts des _Mareschaux_ sont des Officiers Royaux & Juges d'épée
établis pour la seureté de la campagne, pour prendre & juger les
voleurs, vagabonds & gens non domiciliez; on leur a aussi attribué
la connoissance des cas Royaux par prévention: ils sont reçûs à la
Connestablie, & y ont attribution de Jurisdiction, & sont réputez du
corps de la gendarmerie.
MARESCHAL de Camp, est le second Officier de l'Armée, le premier
Officier aprés le Lieutenant général, c'est celuy qui ordonne du
campement & du logement de l'Armée, & qui prend les devans pour la
faire marcher en seureté, & reconnoître le terrain.
MARESCHAL de Bataille, étoit autrefois un Officier qui rangeoit les
troupes en bataille, qui avoit soin de leur marche & de leur ordre; ce
sont aujourd'hui les _Mareschaux_ de camp, & les Majors généraux qui
en font la charge.
MARESCHAL des Logis, est un Officier de guerre, qui a soin du logement
des soldats. Il y a un _Mareschal_ des Logis de l'Armée. Il y en a un
dans chaque Régiment d'infanterie, & en chaque compagnie de cavalerie,
deux en chaque compagnie de gend'armes & de chevaux legers, & six en
chacune des compagnies des Mousquetaires.
Il y a aussi un grand _Mareschal_ des Logis chez le Roi, qui marque les
logemens de la suite de la Cour quand le Roi fait voyage; Il y en a
aussi chez la Reine & chez les Fils de France.
MARESCHAL ferrant, ou simplement _Maréchal_, est un artisan qui ferre
les chevaux, & qui les pense quand ils sont malades. En Espagne ce sont
deux métiers separez, les premiers s'appellent _herradores_, & les
autres _alveytares_.
Ce mot vient selon Nicod de _Polemarchus_, comme qui diroit Maire de
camp; en vieux Gaulois & encore en Breton _Mark_ signifioit cheval,
comme on recueille de Pausanias, qui dit que ce mot étoit en usage
chez les Celtes, mais c'est plûtôt un mot Allemand dont il est fait
mention dans la loi salique, & dont on a fait _marchal_, pour dire
celui qui commandoit la cavalerie. Ménage le dérive de _Mareschalcus_,
qui se trouve dans les loix des Allemands, composé de _Marck_ cheval,
& de _schalk_ signifiant serviteur; ce qui a donné ce nom à celuy qui
pense les chevaux, & par succession de temps à celuy qui les commande.
Borel dit qu'originairement _Mareschal_ signifioit gouverneur de
jumens, & que _mark_ signifie jument, dont les anciens se servoient
d'ordinaire pour épargner le fourrage, parce que les jumens gâtent
moins de litiere, à cause qu'elles jettent en arriére leur urine.
Il dit aussi que ce mot de _mark_, qui en vieux Gaulois & en ancien
Allemand signifioit _cheval_, vient de l'Hebreu _Ramak_, où il veut
dire une _jument_. Quelques-uns ont dit que le mot de _mareschal_ étoit
un abregé de _mire cheval_, car _mire_ signifie Medecin, & les Rois en
avoient autrefois pour leurs chevaux, comme témoigne Nicod. Pasquier
fait distinction pour l'origine de _Mareschal_ des logis, & _Mareschal_
de camp, d'avec ceux de _Mareschal_ de France, & _Mareschal_ ferrant;
A l'égard des premiers, il dit que ce mot vient de _marche_, ou
_marchir_, qui signifioit _marquer_, _limiter_, & il prétend qu'il faut
dire _marchal_, & non pas _Mareschal_. A l'égard des derniers, il dit
que le mot est composé de _maire_, qui signifioit _maître_, & de _chal_
qui signifioit _cheval_. Lecteur choisissez.
MARESCHAUSSÉE. _s. f._ Jurisdiction des Prévôts des _Mareschaux_; il y
a dans l'enclos du Palais la Connestablie & _Mareschaussée_ de France,
où sont des Juges de Robbe qui prennent connoissance de la réception
des Officiers des autres _Mareschaussées_, & de leurs differens. Il y
a d'ailleurs 180 _Mareschaussées_ en France, qui sont des siéges de
Juges d'épée, qui instruisent les procés des voleurs & des vagabonds, &
autres cas dont ils sont competens; qui les jugent souverainement avec
sept Officiers du plus prochain Présidial. Le Prévôt qui tient à Paris
cette _Mareschaussée_ s'appelle le Prévôt de l'Ile.
On dit aussi que la _Mareschaussée_ se tient chez un tel Doyen des
_Mareschaux_ de France, quand quelques Exempts & Gardes se trouvent
chez luy pour executer les ordres qu'il aura à donner dans les
occasions pour les querelles de la Noblesse.
MARESCHAUSSÉE a signifié aussi en Lorraine, un grand lieu ou enclos,
où on enferme le bêtail, d'où le Bon Medecin de ce païs-là trouve
occasion de dériver le mot de _Mareschaussée_, parce que, dit-il,
il y avoit plusieurs lieux marécageux qui obligeoient à faire des
places relevées pour mettre à sec le bêtail, lesquelles on appelloit
_chaussées_ comme tout autre chemin levé & pavé; & parce que dans ces
lieux on faisoit souvent des vols de bestiaux, on y établit un Juge qui
jugeoit dans l'étenduë de la _Mareschaussée_, ou village; ce qu'on a
depuis étendu à d'autres Officiers.
Dans plusieurs Coûtumes on appelle _mareschaussée_, les matériaux
assemblez pour bâtir, comme en celles de Montreüil, Arthois, Bapaume,
&c.
MARFIL. _s. m._ est un nom que les marchands en gros donnent à
l'yvoire, ils l'ont pris de l'Espagnol, où il signifie la même chose.
MARIN. ine. adj. qui vient de la mer, qui appartient à la mer. Les
Anciens appelloient les Tritons des Dieux _marins_. Ce fut un monstre
_marin_ qui fit périr Hypolite. On peignoit le char de Neptune attelé
de chevaux _marins_. Il y a des veaux _marins_; des chiens & des loups
_marins_. Le sel _marin_ est celui qui se fait de l'eau de la mer, qui
est de figure cubique, & le plus fort de tous les sels.
La carte _marine_, ou _hydrographique_, est celle qui sert pour la
conduite des vaisseaux, où sont marquez les rumbs des vents, les côtes,
les rades, & les bancs de sable.
On dit qu'un homme a le pied _marin_, quand il est accoûtumé à l'air &
à la fatigue de la mer, quand il a été long-temps sur les vaisseaux.
La trompette _marine_, est un instrument qui n'a qu'une grosse & longue
corde de boyau, tenduë sur un chevalet, & qu'on touche avec un archet;
elle a le corps triangulaire, & elle imite fort bien le son des
trompettes ordinaires. Voyez trompette.
LA MARINE. _s. f._ est la science de la navigation, ou l'art de naviger
dont les Anciens n'ont rien laissé par écrit avant l'invention de la
boussole. On tient que la _marine_ est la science qui approche le
plus de la perfection. Pierre Nonius est un célébre Mathématicien
Portugais, qui le premier en a écrit deux livres en l'année 1530. à
l'occasion de quelques doutes que lui proposa Martin Alphonse Sosa:
en suite Pierre Medina Espagnol; & en 1606. André Garcia Cespedes
fit imprimer _Regimiento de la navigation_: en 1608. Simon Stevin
Mathématicien du Prince d'Orange. En 1620. Willebrordus Snellius a
fait imprimer son Typhys Batavus. En 1631. Adrianus Metius a écrit de
l'art de naviger par le globe. En 1640. le Pere Fournier Jesuite a
écrit de l'hydrographie. En 1661. le Pere Riccioli & le Pere Gaspard
Schotus Jesuites en ont donné quelques traitez dans leurs Œuvres; &
en 1666. le Sieur Denis Hydrographe & Professeur à Dieppe, Rodericus
Zamoranus, Pierre Appian, Rodericus Crescentius, Augustinus Cæsareus,
Robert Dutlé, Jacques Colomb, Jean Janson, & le Pere Mersene Minime
en ont fait quelques traitez; le dernier qui en a écrit est le Pere
Deschales Jesuite, des œuvres duquel ceci est tiré en faveur de ceux
qui s'adonnent à la navigation, que maintenant on cultive heureusement
en France. Les Livres ordinaires de _marine_ qu'ont les pilotes sont
les Routiers de Pierre de Medine, de Manuel Figueirido, le miroir, le
tresor, la colomne de la mer, le flambeau de la navigation dressé par
Guillaume Jeanszoon.
On appelle des marchandises _marinées_, lorsqu'elles sont imbuës &
soüillées de l'eau de la mer.
MARINÉ. En termes de blason, se dit des animaux dépeints sur les écus,
qui ont la moitié du corps de poisson. Il portoit de gueules au cerf
estropié (ou qui n'a point de pieds) _mariné_ d'or.
MARINETTE. _s. f._ Vieux mot qui signifioit autrefois la pierre
d'aimant, & même la boussole qui en est touchée, parce qu'elle servoit
principalement à la _marine_. Voyez Boussole.
MASCARET. _s. f._ terme de navigation: C'est un reflus violent de la
mer qui remonte impetueusement dans la riviére de Dordogne, qui fait
le même effet sur cette riviére que celui qu'on appelle la _Barre_ sur
la Seine. Les Naturalistes ont de la peine à expliquer cette sorte de
reflus, qui est particulier à ces deux riviéres.
MASCARADE. _s. f._ Troupe de personnes masquées qui vont danser & se
divertir, sur tout en la saison du Carnaval. Cette compagnie a fait
une jolie _mascarade_, a dansé une espece de ballet. Ce mot vient
de l'Italien _mascarata_, dérivé de l'Arabe _Mascara_, qui signifie
raillerie, bouffonnerie. Ménage.
MASCARADE est aussi un titre que quelques Poëtes ont donné à des vers
qu'ils ont fait pour les personnages de ces petites danses ou ballets.
MASCARADE, se dit aussi d'une personne mal mise, ou mal proprement
ajustée, comme si elle vouloit se déguiser, & aller en masque. Cette
femme affecte des ornemens, des parures extravagantes, & hors de mode;
c'est une vraye _mascarade_. Les chevaux l'ont tellement éclaboussée
qu'elle avoit le visage comme une vraye _mascarade_.
MASCARADE, se dit aussi d'une vaine pompe & cérémonie, d'un appareil
éclatant qui ébloüit le sot peuple, et dont les sages ne sont point
touchez. Démocrite traitoit tout le genre humain de _mascarade_, se
mocquoit de ses vanitez & _mascarades_. On le dit aussi de ceux qui
trompent sous apparence d'honnêteté, qui déguisent leurs sentimens. Les
hypocrites sont des continuelles _mascarades_.
MASSORE. _s. f._ Terme de Théologie. C'est un travail fait sur la Bible
par quelques sçavans Rabbins pour en empêcher l'alteration. Buxtorfe la
définie une Critique d'un texte Hebreu, que les anciens Docteurs Juifs
ont inventée, par le moyen de laquelle on a compté les versets, les
mots, & les lettres de texte, & l'on en a marqué toutes les diversitez;
car le texte des Livres sacrez étoit autrefois écrit tout d'une suite,
sans aucune distinction de Chapitres, ni de versets, ni même de mots;
de maniére que tout un Livre n'étoit qu'un mot continu à la maniére
des Anciens, dont on voit encore plusieurs manuscrits Grecs & Latins,
écrits de cette sorte. Ce mot ne signifie que _tradition_, comme si
cette critique n'étoit autre chose qu'une tradition que les Juifs
avoient reçûë de leurs peres. On tient que ce sont les Juifs d'une
école fameuse qu'ils avoient à Tiberiade qui ont fait, ou du moins
commencé cette _Massore_, comme dit Elias Levita. Aben Esra les fait
Auteurs des Points & des accens qui sont dans le texte Hebreu qu'on
a aujourd'hui, qui servent de voyelles. Les Arabes ont fait aussi la
même chose sur leur Alcoran, que les _Massoretes_ sur la Bible. Il y a
une grande & une petite _Massore_ imprimées à Venise & à Bâle avec le
texte Hebreu en different caractére. Voyez là-dessus le P. Morin & le
P. Simon, Buxtorfe dans le Commentaire _Massoretique_ qu'il a intitulé
Tiberias. On appelle _Massoretes_ ces Auteurs qui ont travaillé à la
_Massore_, & l'exemplaire _Massoretigue_ est le texte Hebreu dont on se
sert aujourd'hui.
MAST. _s. m._ grand arbre posé dans les Vaisseaux, où on attache les
vergues & les voiles pour recevoir le vent nécessaire à la navigation.
Il y en a quatre dans les grands Vaisseaux, quelquefois on y en ajoûte
un cinquiéme qui est un double artimon. Le grand _mast_, ou le _mast_
de maître est le principal _mast_ du Vaisseau; le second s'appelle
de _misaine_, _mast de bourset_, ou _mast d'avant_, qui est entre le
grand _mast_ & la prouë; le troisiéme l'_artimon_, qui est entre le
grand _mast_ & la pouppe; & le quatriéme _beaupré_, qui est couché sur
l'esperon à la prouë. Le _mast_ de _contremisaine_, ou petit artimon
est sur l'arriére dans les galions, Naos, ou grands Vaisseaux. Le grand
_mast_ jusqu'à la premiére hune est ordinairement égal à la quille du
Vaisseau.
On appelle aussi _mâts_ les brisures ou divisions des _mâts_ qui sont
posez les uns sur les autres: le grand _mast_ & celui de _misaine_
en ont chacun trois, le grand _mast_, le _mast de hune_, qui est au
dessus & tout d'une piéce, & le _mast_ de perroquet qui est sur celui
de hune; & au dessus encore est le bâton du pavillon, ce qui fait
quelquefois plus de trente-quatre toises. L'artimon qu'on appelle
aussi _mast de foule_, & le beaupré n'ont qu'une brisure chacun, on
l'appelle de _perroquet_, & non de _hune_. Le grand _mast_ est posé
au milieu du premier pont ou franc tillac, & descend au fond de cale,
sur la contrequille; il n'est pas tout à fait perpendiculaire, mais
il panche du côté de la pouppe à proportion de sa hauteur depuis deux
jusqu'à six pieds. Sa plus grande grosseur est au franc tillac, & il
va en diminuant par haut & par bas du tiers de sa grosseur. Le _mast_
de misaine passe à travers le château d'avant au dessus de l'estrave,
à l'extrêmité de l'escarlingue. Le _mast_ de beaupré est enchassé par
le bout d'embas sur le premier pont dans le _mast_ de misaine. Le mot
de _mast_ en est François, en Allemand, en Flamand & en Anglois la même
chose; l'Italien dit _masto_, & l'Espagnol _mastel_.
MAST _gemellé_ ou _jumellé_, est celui qui est fortifié par plusieurs
piéces de bois qui y sont étroitement jointes, qu'on appelle _jumelles_
ou _gaburons_, ou _costons_. On l'appelle aussi _mast reclampé_,
_renforcé_, ou _surlié_, & s'il est enté par le haut, on le nomme _mast
affusté_, _ajusté_. On dit aller à _mâts_ & à cordes, ou se _mettre à
sec_, quand on a abaissé toutes les voiles & les vergues pour éviter la
furie du vent.
Les bateaux navigeans sur les riviéres ont aussi un _mast_ par où passe
le cable, qui sert à les tirer avec des chevaux.
MAST, se prend quelquefois pour un Vaisseau. Il y avoit cent _mâts_
dans cette armée, c'est à dire, cent vaisseaux. On voit une forest de
_mâts_ dans le port d'Amsterdam.
On appelle aussi _mâts_ dans un camp les piéces de bois qui servent à
soûtenir les tentes.
En termes de blason on appelle un _mast_ desarmé, quand il est peint
sans voiles.
MEDIASTIN. _s. m._ terme d'anatomie; c'est une continuation de la
membrane qui s'appelle _pleure_, laquelle est tenduë sous toutes les
côtes & enferme la région moyenne ou vitale, autrement nommée le
_thorax_. Quand cette membrane est arrivée au milieu de la poitrine,
elle se double de part & d'autre, & va de l'épine du dos au brechet
séparant le côté droit d'avec le gauche, & c'est ce qu'on appelle
vulgairement le _mediastin_, qui s'étend en longueur depuis les
clavicules jusqu'au diaphragme, & en hauteur depuis l'os de la poitrine
jusqu'au corps des vertebres, il soûtient les visceres, de peur qu'ils
ne tombent d'un côté ni d'autre.
MEDIN, terme de relations, c'est une monnoye de Turquie, d'argent fin
qui vaut dix-huit deniers monnoye de France, ou deux aspres de Turquie.
Il y a aussi des _Medins_ de Barbarie, qui est une monnoye Africaine
dont Bodin fait mention.
MENEAU. _s. m._ terme d'architecture; c'est la séparation des
ouvertures des fenêtres ou grandes croisées. Autrefois on faisoit de
gros _meneaux_ & croisillons de pierre au milieu des croisées qui
défiguroient tout un bâtiment. Les _meneaux_ ou croisillons doivent
avoir quatre ou cinq pouces d'épaisseur.
MESOLABE. _s. m._ instrument de Mathematique inventé par les Anciens
pour trouver méchaniquement deux moyennes proportionnelles, lesquelles
on n'a pû faire encore géometriquement; il est composé de trois
parallelogrames qu'on fait mouvoir dans une coulisse jusqu'à certaines
intersections. Sa figure est décrite dans Eutocius en ses Comm. sur
Archimede.
MESPLAT. _adj._ Terme d'artisan, qui se dit des piéces des ouvrages qui
ont plus d'épaisseur d'un côté que d'autre, & particuliérement des
piéces de bois de sciage.
METACARPE. _s. m._ Terme d'anatomie. C'est une partie du squelet qui
contient quatre os de la paume de la main, situez entre ceux du poignet
& ceux des doigts: on l'appelle aussi avant-poignet, & c'est ce qui
forme la paume de la main: les Latins l'appellent _post brachiale_.
METAPHYSIQUE. _s. f._ Derniére partie de la Philosophie dans laquelle
l'esprit s'éleve au dessus des êtres créez & corporels, s'attache
à la contemplation de Dieu, des Anges & des choses spirituelles,
& juge des principes de toutes connoissances par abstraction &
détachement des choses materielles. Aristote a écrit plusieurs
Livres de _Métaphysique_. Descartes a laissé plusieurs méditations
_métaphysiques_ incomparables. On l'appelle aussi Théologie naturelle,
& c'est comme le tronc ou la racine de toutes les sciences; son objet
est l'être en général en tant qu'il est séparé de toute matiére, soit
réellement, soit par la pensée. M. Duhamel prétend que ce nom a été
forgé par les sectateurs d'Aristote, & qu'il lui a été tout à fait
inconnu.
METAPHYSIQUEMENT. _adv._ D'une maniére _métaphysique_ élevée au dessus
de la matiére & des êtres sensibles. Il y a des choses qu'on ne peut
concevoir que _métaphysiquement_.
METATARSE. _s. m._ Terme de Medecine. C'est une partie du
squelet de l'homme, qui compose la partie mitoyenne du petit pied, &
qui contient cinq os entre le talon & les arteils.
METOPE. _s. m._ Terme d'Architecture. C'est l'intervalle ou quarré
qu'on laisse entre les trigliphes de la frise de l'ordre dorique, il
represente l'endroit où aboutissent les solives ou poutrelles d'un
bâtiment: ces quarrez sont quelquefois emplis d'ornement, comme de
têtes de bœuf, & autres choses qui servoient aux sacrifices des Payens.
METOPION. _s. m._ Est un arbre qui naît en Afrique vers l'Ethiopie,
d'où, selon Pline, distile sur le sable la gomme de l'ammoniac; mais
Pline se trompe, & l'ammoniac est un sel & non une gomme. Dioscoride
dit que _Metopion_ est une plante de Syrie, d'où distile le galbanum.
METOPOSCOPIE. _s. f._ Art qui enseigne à connoître le temperament & les
mœurs des personnes par la seule inspection des traits du visage. Ce
n'est qu'une partie de la physionomie, parce que celle-ci fonde ses
conjectures sur toutes les parties du corps. L'une & l'autre sont fort
incertaines. Le mot est Grec & signifie inspection du visage.
MEZZANIN. _s. m._ terme de Marine. C'est un arbre ou troisiéme mast
qu'on met quelquefois sur la Mediterranée, dans les Galeres entre
l'arbre de mestre & la pouppe, qui est garni de sa voile.
MEZZANINE. _s. f._ Est un terme qui se trouve employé par quelques
Architectes, pour signifier une _entre-solle_.
MEZELINE. _s. f._ Est une sorte d'étoffe mêlée de soye & de laine.
MEZEAU. _s. m._ Vieux mot qui signifioit autrefois _ladre_, d'où on
a fait _mezelerie_, qui a signifié ladrerie; il vient de l'Italien
_mezzo_, qui veut dire _pourri_, _gâté_, _corrompu_, Ménage: d'autres
le dérivent de _miser_ & _miseria_, & de _misellus_.
MEZARAIQUE. _adj._ Terme de Medecine, qui se dit des veines du
mesentere qui succent le chyle des intestins pour le porter au foye: on
les appelle aussi _mesenteriques_.
MEZAIL. _s. m._ Terme de Blason, qui se dit du devant, ou plûtôt du
milieu du devant du heaume qui s'avance à l'endroit du nez, & comprend
le nazal & le ventail; de là vient que les Princes & grands Seigneurs
portent leurs timbres ayant le _mezail_ tarré ou tourné de front, c'est
à dire, le _mezail_ paroissant également éloigné des oreilles. Ce mot
vient du Grec _messon_. Borel.
MEZEREON. _s. m._ terme de Pharmacie: c'est une plante medicinale
qu'on appelle _thimælea_, qui porte le granum gnidium, que plusieurs
confondent avec la laureole, dont les Apoticaires font des pilules qui
sont si violentes & dangereuses dans les purgations, que les Arabes
l'appellent _lyon de la terre_, ou herbe qui fait les femmes veuves:
les Païsans appellent son fruit _poivre de montagne_, à cause qu'étant
seche il ressemble au poivre, & qu'il est si piquant au goût qu'on ne
le sçauroit souffrir tout seul.
MICROSCOPE _s. m._ Terme d'Optique. C'est une lunette qui sert à
découvrir les moindres parties des plus petits corps de la nature,
parce qu'elle grossit les objets extraordinairement. Il s'en fait de
plusieurs façons, les uns avec quatre verres qui ont un tuyau long d'un
pied; d'autres avec une petite lentille grosse comme une tête d'épingle
qui font un fort bel effet. L'Inventeur du _Microscope_ est le même que
celui qui a inventé le Telescope, appellé Zacharias Jansen ou Joanides;
on attribuë à M. Hugenes l'invention de celui qui est fait avec une
petite lentille, & néanmoins on trouve que le Pere Maignan Minime en a
parlé long-temps auparavant dans le 4. tome de son Cours Philosophique,
&c.