LABORATOIRE. _s. m._ terme de Chymie. C'est le lieu où les Chymistes
font leurs operations, où sont leurs fourneaux, leurs drogues, leurs
vaisseaux. Le Roy a deux beaux _Laboratoires_, l'un à sa Bibliotheque,
l'autre à son Jardin des Plantes; on y enseigne la Chymie.
LAIE. _s. f._ terme de Chasse, la femelle d'un sanglier, ainsi nommée,
parce que les Chasseurs la laissent pour faire des petits, ou de ce
qu'on la laisse parmi des arbrisseaux qu'on appelle _lais_. On les
distingue selon leurs âges, en jeunes, grandes & vieilles.
LAIE en termes de Forêtier, est une route coupée dans une forest. Il
est permis aux Arpenteurs de faire des _laies_ de trois pieds pour
porter leur chaîne, quand ils en ont besoin pour arpenter ou marquer
les coupes. L'Ordonnance défend aux Gardes d'enlever le bois qui a été
abattu pour faire des _laies_.
LAIE en termes de Maçonnerie, est un marteau de Tailleur de pierre,
brettelé & dentelé, qui laisse sur les pierres taillées des rayes ou
brettures, qui s'appellent aussi _laies_.
LAIER. _v. act._ faire des routes dans une forest.
LAIER signifie aussi, marquer les Lais, ou bois à réserver dans la
coupe des taillis.
LAIER signifie aussi, tailler une pierre avec une laie.
LAIS. _s. m._ jeune bailliveau de l'âge du bois, qu'on laisse quand
on coupe le taillis, afin qu'il revienne en haute fûtaye. Toutes les
Ordonnances sur le fait des Eaux & Forêts enjoignent de laisser par
chacun arpent 16. bailliveaux de l'âge du bois, qu'on nomme des lais,
outre les autres bailliveaux anciens & modernes.
LAMANEUR. _s. m._ Terme de Marine, pilote ou marinier qui fait le
_lamanage_: c'est un homme qui réside dans un port, qui en connoit
les entrées & les issuës, & qui conduit les vaisseaux étrangers dans
les rades ou dans les ports, lorsque les parages sont dangereux &
sont inconnus à ceux qui y abordent. On les appelle aussi _locmans_,
ou _lormans_, ou _lomens_. Le titre 3. du 4. Livre des nouvelles
Ordonnances de la Marine contient les réglemens faits pour les pilotes
_lamaneurs_, ou _locmans_. Ils doivent avoir 25. ans pour être reçûs,
aprés un rude examen en la Justice de l'Amirauté, où on leur taxe leur
salaire; & si le vaisseau qu'ils conduisent, échouë par leur ignorance,
ils sont condamnez au foüet, si c'est par malice, ils sont pendus à un
mast. Les _lamaneurs_ sont aussi des pilotes de riviéres vers leurs
emboucheures, qu'on louë pour éviter les bancs, secques, syrtes &
autres dangers, parce que l'Ocean & les eaux d'amont les font changer
de place presque tous les ans, & sur tout vers Roüen, où il y a des
_lamaneurs_ jurez de deux lieuës en deux lieuës. Luitprandus dit que ce
mot vient de _lomen_, ou _guide_; d'autres disent que _lamaneur_ est
dit _quasi laborans manu_, à cause qu'il se sert souvent de cordes,
crocs, harpins & avirons pour mettre un vaisseau en rade ou en furin.
LANTERNE. _s. f._ vaisseau fait de matiére transparente servant à
conserver la lumiére qu'on transporte, ou qui est exposée au vent &
à la pluye. _Lanterne_ de verre, de corne, de papier, de talc, de
toile. On taxe pour les _lanternes_ qu'on met la nuit dans les ruës. La
_lanterne_ d'Epictete fut venduë autrefois 3000. dragmes. La _lanterne_
de Diogene étoit une piéce curieuse chez les Anciens. La _lanterne_
de Judas se garde au Tresor de Saint Denys comme une piéce curieuse &
antique. On fait commandement aux Bourgeois de mettre des _lanternes_
aux fenêtres dans les réjouïssances publiques. _Lanterne_ sourde est
une _lanterne_ de fer blanc ou noirci, qui n'a qu'une ouverture, qu'on
ferme quand on veut cacher la lumiére, & qu'on presente au nez de
ceux qu'on veut voir, sans qu'on en puisse être apperçû. On appelle
soufflets à _lanternes_ ceux qui representent une _lanterne_ de papier
dont l'ais superieur quand on le leve, demeure paralelle à l'inferieur.
LANTERNE en termes de Guerre, c'est un instrument pour prendre la
poudre, & en charger le canon: elle est faite en forme d'une longue
cuillier ronde, & est attachée au bout d'un bâton.
LANTERNE en termes d'Orfévres, est la partie d'une crosse d'Evêque ou
d'un bâton de Chantre, qui est grosse & à jour, qui en quelque façon
represente une _lanterne_. Les crosses & bâtons d'argent doivent
être contremarquez aux vases, fonds de _lanterne_, dômes, douïlles &
croisillons, suivant les Statuts des Orfévres.
LANTERNE est aussi une construction de charpente qui se met au plus
haut des dômes & des pavillons, où il y a d'ordinaire quelques fenêtres
pour leur donner plus de jour.
LANTERNE est aussi un petit cabinet de menuiserie qu'on éleve dans
quelques auditoires, pour placer quelques personnes qui veulent
écouter sans être vûës. Il s'étoit glissé dans la _lanterne_ de la
Grand'Chambre, quand on rapportoit son procés.
LANTERNE de _moulin_ est un certain pignon à jour fait en forme de
_lanterne_, qui est composé de deux tourtes, ou piéces de bois rondes,
au bord desquelles sont dix fuseaux où s'engrenent les dents de la rouë
interieure du moulin qui fait tourner les meules.
LANTERNE _magique_ est une petite machine d'Optique, qui fait voir dans
l'obscurité sur une muraille blanche plusieurs spectres & monstres si
affreux, que celui qui n'en sçait pas le secret, croit que cela se fait
par magie. Elle est composée d'un miroir parabolique qui refléchit
la lumiére d'une bougie, dont la lumiére sort par le petit trou d'un
tuyau, au bout duquel il y a un verre de lunette, & entre-deux on
y coule successivement plusieurs petits verres peints de diverses
figures extraordinaires & affreuses, lesquelles se representent sur
la muraille opposée en plus grand volume. Le premier qui a enseigné
la construction de la _lanterne magique_ est _Swenterus_ en son Livre
_Deliciæ Mathematicæ_. Les Peres Kirker & _Kestlerus_ Jesuites en ont
aussi écrit, & avant tous Roger Bacon Anglois en avoit donné quelque
idée.
LANTERNES au plurier se dit des discours, des choses de néant. Tout ce
que vous me dites, ce sont des _lanternes_, je n'y aurai point d'égard.
On dit proverbialement en parlant d'un sot & d'un crédule, qu'on lui
feroit croire que des vessies sont _lanternes_, & que les nuées sont
poëles d'airain.
LATITUDE. _s. f._ terme de Géographie. C'est la distance de l'Equateur
au Zenit ou point vertical de quelque Ville ou autre endroit de la
terre, qu'on compte sur les degrez du Meridien: on la nomme autrement
l'élevation du Pole sur l'Horizon. Les paralelles de l'Equateur sont
appellez Cercles de _latitude_, à cause qu'ils la marquent par leur
intersection avec le Meridien. Paris a 48. degrez 50. minutes de
_latitude Boreale_, ou Septentrionale, ou d'élevation de Pole. Quand
on a passé l'Equateur, on l'appelle _latitude Australe_. On dit sur la
mer, Bande du Nord, ou Bande du Sud, pour dire, deçà, ou delà la Ligne.
LATITUDE en termes d'Astronomie, est l'éloignement d'un astre de
l'Ecliptique, ou de l'orbite du Soleil vers un des Poles du Zodiaque; &
elle differe en ce point de la déclinaison, laquelle est un éloignement
de l'Equateur vers un des Poles du monde: ainsi le Soleil n'a jamais
de _latitude_; & on dit que les Planettes ont quelque _latitude_,
quand elles s'éloignent de l'Ecliptique: & c'est pour cela que dans
la sphere ordinaire on donne au Zodiaque quelque largeur. Les Anciens
ne la faisoient que de six degrez de chaque côté de l'Ecliptique.
Les Modernes l'ont étenduë jusqu'à neuf: car par les observations
de Tycobrahé Venus a de _latitude Boreale_ 9. degrez 2. minutes;
Mercure trois degrez 33. minutes; la Lune dans son quadrat avec le
Soleil cinq degrez 17. minutes, & en son opposition & conjonction
quatre degrez 58. minutes; Saturne 2. degrez 48. minutes; Jupiter 1.
degré 38. minutes; Mars 4. degrez 31. minutes. Cette _latitude_ est
quelquefois plus grande du côté du Midi. Quand les Planettes sont dans
leurs plus grandes _latitudes_, on dit qu'elles sont dans le ventre
de leur Dragon; quand elles n'ont aucune _latitude_, on dit qu'elles
sont dans les nœuds de l'Ecliptique, ou dans l'intersection de leur
orbite avec celle du Soleil qu'on appelle la tête & la queuë du Dragon:
& c'est alors qu'elles causent ou souffrent l'éclipse. A l'égard des
étoiles fixes, leur _latitude_ peut aller jusqu'à 90. degrez, selon
qu'elles sont éloignées de l'Ecliptique vers les Poles du Zodiaque.
La _latitude_ ortive d'un astre ou d'un degré de l'Ecliptique, est
l'arc de l'Horizon compris entre le point du lever ou du coucher de
l'Equateur, & le point du lever ou du coucher de cet astre; c'est ce
qui fait connoître l'étenduë de l'arc diurne ou nocturne, ou la durée
du jour & de la nuit, en telle sorte que plus cette _latitude_ est
grande, & plus il y a de difference entre les deux arcs, ou entre le
jour & la nuit. Quand elle est Boreale, le jour est plus grand; quand
elle est Australe, il est plus petit. On l'appelle autrement _amplitude
ortive_.
LIGE. _adj. m. & f._ Vassal qui tient une certaine sorte de Fief qui
le lie envers son Seigneur dominant d'une obligation plus étroite que
les autres. Ce mot vient d'une cérémonie qu'on faisoit en rendant la
foy & hommage, de lier le pouce au vassal, ou de lui serrer les mains
dans celles du Seigneur, pour montrer qu'il étoit lié par son serment
de fidélité. Il étoit obligé à servir son Seigneur tant en Guerre qu'en
Jugement, c'est à dire, à servir d'Assesseur pour juger les causes.
Par l'hommage _lige_ le vassal étoit obligé de servir son Seigneur
envers tous & contre tous, excepté contre son pere. Ce mot est opposé
à l'hommage simple, qui obligeoit simplement à payer les droits &
devoirs ordinaires, & non point au service contre l'Empereur, le Duc
ou autre Seigneur superieur, en sorte que l'homme _lige_ étoit comme
donné & dévoüé au Seigneur, & étoit entiérement sous sa puissance. Le
Seigneur _lige_ est le Seigneur prochain & immédiat dont on releve
nuëment, _ligement_ & _à ligence_, c'est à dire, sans moyen. Tels
étoient les hommages que le Roy d'Angleterre a rendus au Roy de France
à cause du Duché de Guyenne, & les Comtes de Flandre & d'Artois pour
leurs Seigneuries.
Homme _lige_, hommage, _lige_, Fief _lige_, garde _lige_, se dit en
parlant de l'obligation qu'a le vassal à garder le Château ou la
personne du Seigneur.
LIGE est aussi un droit de relief qui se paye au Seigneur en cas de
mutation de Fief. Il est fixé en quelques lieux à dix livres pour plein
_lige_; en d'autres, à la moitié ou au quart de cette somme; & on le
nomme alors demy _lige_ ou quart de _lige_.
LIGEMENT. _adv._ d'une maniére _lige_. Il tient cette Terre _ligement_,
avec la condition des Fiefs _liges_.
LIGNE. _s. f._ Terme de Géometrie. C'est une quantité étenduë en long.
Euclide la définit, longueur sans largeur; Candale son Commentateur,
l'écoulement d'un point. _Ligne_ droite est celle qui est la plus
courte entre deux points. Les _lignes_ courbes réguliéres sont
la circulaire, ecliptique, parabolique, hyperbolique, cycloïde,
conchile, helice, spirale, asymptote. On dit aussi _ligne_ paralelle,
incommensurable, infinie, tangente, secante, qui sont définies à leur
ordre. L'inclination de deux _lignes_ fait un angle. On n'a pû trouver
encore deux _lignes_ moyennes & continuellement proportionelles. Les
Ouvriers parlant des lignes & des traits, quand elles sont paralelles,
les nomment _jaugées_; & quand elles sont irréguliéres, ils les nomment
_tastées_ ou corrompuës.
LIGNE signifie encore la premiére & la plus petite des longueurs, c'est
la douziéme partie d'un pouce, & la cent quarante-quatriéme partie
d'un pied de Roi: on l'appelle autrement _grain d'orge_. Cet ais a six
_lignes_ d'épaisseur.
LIGNE _de foi_ est un cheveu ou un petit fil d'argent le plus délié
qu'on peut trouver, qu'on applique sur le verre d'une lunette, posée
sur une alhidade ou un niveau pour faire de plus justes observations,
soit au Ciel, soit sur la terre.
LIGNE signifie aussi un trait de plume ou de pinceau fort délié, quoi
qu'il ne contienne aucun caractére.
LIGNE en termes d'Ecrivains & Imprimeurs, est une rangée ou suite de
caractéres couchez sur du papier, du parchemin ou autre matiére propre,
à côté les uns des autres, qu'on lit de gauche à droit. Les grosses
des écritures d'Avocats doivent avoir vingt & une _lignes_ à la page
suivant l'Ordonnance. Il n'y a pas assez d'espace entre vos _lignes_.
Ces _lignes_ ne sont pas droites. Ce mot vient du Latin _Linea_.
LIGNES se dit au plurier d'un écrit, d'une lettre. Je vous écris ces
_lignes_ pour vous donner avis que, &c. c'est à dire, je vous écris
une lettre. Je vous demande deux _lignes_ de vôtre main sur une telle
difficulté.
On dit en ce sens, lors qu'on écrit en cérémonie: Il ne lui a pas
laissé la _ligne_. Il lui a donné la _ligne_, lors qu'on remplit ou
qu'on laisse en blanc la premiére _ligne_ aprés le mot de _Monsieur_.
C'est une cérémonie que font les Grands, quand ils veulent faire
distinction de la qualité des gens à qui ils écrivent.
On dit absolument _à la ligne_; lors qu'on veut marquer un nouvel
article, pour dire qu'il faut recommencer une nouvelle _ligne_, &
laisser la précédente imparfaite.
LIGNE en termes d'Astronomie & de Géographie se dit par excellence de
la _ligne_ Equinoctiale ou de l'Equateur. Les Matelots baptizent les
passagers la premiére fois qu'ils passent la _Ligne_. Cette Isle est
sous la _Ligne_, à deux degrez de la _Ligne_: c'est là que commencent
les latitudes Australes & Septentrionales.
En termes de Gnomonique on appelle la _ligne_ de Midi, ou la _ligne_
Meridienne, celle qui tend d'un Pole à l'autre, qui représente le
cercle Meridien. Dans les cadrans verticaux la _ligne_ de Midi est
toûjours perpendiculaire à l'Horizon; Dans les horizontaux le stile ne
fait point d'ombre vers l'Orient, ni vers l'Occident, quand il est sur
la _ligne_ de Midi.
En termes d'Escrime on appelle la _ligne_, celle qui est droitement
opposée à l'ennemi, dans laquelle doivent être les épaules, le bras
droit & l'épée, & sur laquelle sont aussi posez les pieds à la distance
de 18. pouces l'un de l'autre; & ainsi on dit, être dans la _ligne_,
sortir de la _ligne_.
En termes de Statique ou de Méchanique, la _ligne_ de direction est
celle qui passe par le centre de gravité du corps grave jusqu'au centre
de la terre, laquelle doit passer aussi par le soûtien du corps
pesant, autrement il est de nécessité qu'il tombe.
En termes de Pesche, on appelle aussi une _ligne_ un hameçon attaché à
une ficelle penduë au bout d'un bâton, qui sert à pescher de médiocre
poisson. _Ligne_ dormante est celle qu'on attache à un arbre pour
pescher en secret. Elle est défenduë par l'Ordonnance. Ménage croit
que ce mot de _ligne_ a été dit à _lino_, à cause que les pescheurs
faisoient leurs _lignes_ de lin.
En termes d'Optique ou de Perspective, on appelle la _ligne_ visuelle,
la _ligne_ ou le rayon qu'on s'imagine s'étendre depuis l'œil jusqu'à
l'objet. La _ligne_ de terre, est celle où l'on met le plan géometral
qu'on veut tirer en perspective.
En termes de Chiromance, on appelle _lignes_ les traits ou incisures
qui sont marquez dans la main, dont les observations servent de
fondement à cette vaine science. On en décrit ordinairement 14. dont il
y en a trois principales. La premiére qui est au dessous du pouce, se
nomme _ligne de vie_, ou la _ligne_ du cœur, & la _ligne de l'âge_; la
seconde s'appelle _hepotique_ ou la _ligne du foye_, & naturelle, qui
passe par le milieu de la paulme de la main, & qui la coupe en travers,
& va jusqu'au mont de la Lune; la troisiéme qui va dans le même sens, &
qui lui est paralelle, prend depuis l'indice jusqu'à l'autre bout de la
main, & s'appelle _mensale_, _thorale_, ou la _ligne de Venus_.
En termes d'Architecture, d'Arpentage & de Jardinage on appelle
_ligne_, le cordeau avec lequel on trace sur terre les desseins des
bâtimens, on mesure les longueurs, on dresse les allées. Ces ruës sont
tirées à la _ligne_. Voilà des arbres plantez à la _ligne_, en droite
_ligne_.
En termes de Manége on appelle _ligne_ du banquet, celle que les
éperonniers s'imaginent en forgeant un mors pour déterminer la force ou
la foiblesse qu'ils veulent donner à la branche, pour la rendre hardie
ou flaque.
LIGNE en termes de Guerre se dit de la disposition d'une armée rangée
en bataille. L'avant-garde est placée en droite _ligne_, & se divise
en plusieurs Bataillons & Escadrons postez sur le devant, & c'est la
premiére _ligne_. Le corps de Bataille forme la seconde _ligne_, où est
le poste du Général; & la troisiéme _ligne_ est le corps de réserve ou
l'arriére-garde. Il faut laisser 150. pas de terrain pour se rallier,
entre la premiére & la seconde _ligne_, & deux fois autant entre la
seconde & la troisiéme. Dans cette Bataille Navale tous les Vaisseaux
étoient rangez sur une même _ligne_.
LIGNE en termes de Fortification, est un travail fait de terres
remuées, un fossé, un parapet, ou une couverture faite de rangées de
fascines, gabions ou sacs à terre, pour défendre un camp, une place
d'armes.
_Lignes de circonvallation_ sont des fossez couverts de parapets, qui
se font autour d'une place à la portée du Canon, pour se défendre
du secours qu'on pourroit craindre; & parce que d'espace en espace
elles sont fortifiées de forts & de redoutes, elles sont appellées de
_communication_ d'un quartier à l'autre.
_Lignes de contrevallation_ sont de semblables _lignes_ par lesquelles
on se fortifie contre les assiégez, quand la garnison est trop forte.
On les appelle aussi _contrelignes_.
_Ligne de défense rasante_ ou _flanquante_ est la _ligne_ qui étant
tirée le long de la face du bastion aboutit à quelque point de la
courtine. La _ligne_ de défense doit être de 120. toises ou environ.
_La ligne de défense fichante_, est celle qui est tirée de l'angle, de
la courtine, & du flanc, ou de quelque autre partie du flanc qui fait
un angle avec la face, d'où les coups tirez peuvent entrer & se ficher
dans la face du bastion opposé.
On appelle aussi _lignes d'attaques_, _lignes d'approches_, les
tranchées, & semblables travaux qui sont faits pour s'approcher de la
place & l'attaquer.
On appelle la _ligne fondamentale_, la premiére _ligne_, qu'on décrit
quand on veut tracer le plan d'une place, & qui en figure toute
l'enceinte. _La ligne capitale_ est celle qui va du centre du bastion à
sa pointe.
En termes de Marine, on appelle _lignes_ plusieurs cordes qui servent
à amarer, lier ou arrêter les manœuvres, comme les rabans, rides &
garcettes. On appelle aussi _ligne_ d'eau, la _ligne_ que marque sur le
bordage la surface de l'eau, quand le vaisseau est à flot. On appelle
aussi la _ligne_ de la seconde, le cordeau où est attachée la seconde.
LIGNE _blanche_ en termes de Médecine, est la termination des muscles
de l'Epigastre continuée depuis le cartilage scutiforme jusqu'à l'os
pubis. Elle est appellée _blanche_ tant à cause de sa couleur, que
parce qu'il n'y a point de parties charneuses, ni au dessus, ni au
dessous d'elle.
En termes de Finance on appelle _ligne de compte_, les articles qu'on
couche dans un compte; & on dit qu'une somme est tirée hors _ligne_,
quand elle est mise en chiffre à la marge droite du compte, pour en
faciliter le calcul.
En ce sens on dit au figuré, mettre en _ligne_ de compte les graces
qu'on reçoit de ses amis, les services qu'on leur rend, suivant qu'on
en fait plus ou moins d'état. Cette faveur est trop legére, ne la
mettez pas en _ligne_ de compte.
LIGNE en termes de Généalogie, est une suite de Parens en divers degrez
descendans d'une même souche ou pere commun. La _ligne_ directe est
celle qui va de pere en fils, la collaterale est celle où sont placez
les oncles, tantes, cousins, neveux. La _ligne ascendante_, la _ligne
descendante_. Un lignager est celui qui est de l'estoc & _ligne_ de
quelqu'un. La _ligne_ masculine a fini à un tel.
LITARGE. _s. f._ est la fumée du plomb évaporé dans l'affinement de
l'or & de l'argent; c'est comme une suye qui s'attache à la cheminée
du fourneau: celle d'or est jaune, & celle d'argent est blanche. C'est
aussi l'écume du plomb brûlé, hors qu'il est fondu avec de l'argent:
car cette écume étant ôtée, elle est de la couleur d'argent; mais
si elle est poussée davantage au feu, elle devient de couleur d'or:
de sorte qu'il n'y a que la difference de la cuisson, qui distingue
la _litarge_ d'or ou d'argent. Dioscoride en parlant des _litarges_
d'argent qu'il appelle _spuma argenti_, dit qu'il y en a une faite
de sablon plombin; l'autre d'argent & de plomb. La meilleure est de
couleur d'or, qu'il nomme _chrysitis_. Celle de Sicile s'appelle
_argentine_ à cause de sa couleur; mais celle qui est faite d'argent,
s'appelle Calabroise. Mathiole la définit plomb mêlé de vapeurs de
bronze & d'argent; il dit aussi que la _litarge_ est un poison.
LUNETTE. _s. f._ terme d'Optique, Instrument qui sert à grossir les
objets, à conserver, à faciliter l'action de la vûë. Les Auteurs qui
ont écrit des _lunettes_, & sur tout du Telescope, ont été entr'autres
Kepler dés l'année 1611. _Johannes Hevelius_, _Scheinerus_, Emanuel
Magnan, Galilée, Descartes, _Sirturus_, _Maurolicus_, _Antonius
de Dominis_, _Malapertius_, _Aquilonius_, _Vitellio_, _Tardeus_,
_Fontana_, le Pere Schot Jesuïte, le Pere de Rheita Capucin, &
Pierre _Borelli_, dans divers Traitez d'Optique, de Perspective &
d'Astronomie. Les Ouvriers fameux ont été _Torricelli_, _Fontana_,
Ferrier, Chorez, _Campani_, _Divini_, & maintenant le Sieur _Borelli_
Chymiste, qui est de l'Academie Royale des Sciences, qui a fait les
verres de _lunettes_ de l'Observatoire.
Le Telescope est une _lunette_ à longue vûë, qui approche les espéces
des corps éloignez, & qui les grossit. On l'appelle aussi une
_lunette_ d'Hollande, de Galilée. Il y a de ces lunettes simples à
deux verres, qui sont l'objectif & l'oculaire, & d'autres à quatre
verres. La _lunette_ de l'Observatoire de Paris a septante six pieds
de tuyau. Messieurs Descartes & Hook n'ont pas desesperé de pouvoir
découvrir quelque jour des animaux dans la Lune par le moyen des
grandes _lunettes_; mais Monsieur Auzout a prétendu qu'on n'en peut
faire de plus longues que de trois cens pieds, & qu'en ce cas on ne
pourroit voir la Lune que comme on la verroit de soixante lieuës loin
sans _lunettes_, à laquelle distance on ne pourroit pas découvrir des
animaux sur la Terre. Voyez TELESCOPE.
Le Microscope est une autre _lunette_ courte, qui sert à découvrir les
plus petites parties des objets qu'elle grossit extraordinairement.
Il s'en fait aussi à plusieurs verres. Il y a d'autres Microscopes si
petits, qu'ils sont faits d'un verre qui n'est gros que comme la tête
d'une épingle, & ils font des effets merveilleux. Gassendi dit avoir
vû émeutir un ciron avec le Microscope. Il y en a aussi pour le Peuple
qu'on appelle _lunettes_ à puces, qui ne sont autre chose qu'une petite
bouteille, dans laquelle on regarde par un fort petit trou.
_Lunette_ Poliedre ou à Facette, est ce que le Peuple appelle _lunette_
d'Avaricieux, qui se fait avec un verre taillé, qui multiplie autant
de fois l'objet qu'il a de faces. Il se fait de belles perspectives de
piéces rapportées avec des _lunettes_ à Facettes, dont l'art est décrit
par le Pere Niceron dans sa Perspective, & par le Pere Kircher en son
Livre de la Magie, de la Lumiére, & de l'Ombre.
LUNETTES au plurier, ce sont deux verres enchassez dans de la corne ou
autre matiére qu'on applique sur le nez, & devant les yeux, pour aider
aux vieillards & à ceux qui ont la vûë courte, à lire & à écrire, ou à
découvrir mieux les objets. On les appelle aussi _Besicles_. Il y en
a qui servent à grossir les objets, les autres à conserver seulement
la vûë, qu'on appelle _Conserves_. On a fait aussi des _lunettes_ à
longue vûë, pour appliquer aux deux yeux qu'on appelle _Binocles_, dont
a écrit le Pere Cherubin Capucin, & avant lui le Pere Rheita du même
Ordre, en son Livre intitulé _Oculus Enoch & Eliæ_, lequel avoit trouvé
aussi l'invention des _lunettes_ à trois ou à quatre verres. Voyez
BINOCLE.
Pour achever la perfection des lunettes, on a trouvé le moyen
d'appliquer un treillis ou grille de filets trés-déliez sur le verre
oculaire convexe, ce qui rend l'observation plus juste. On en voit la
figure dans le Journal des Sçavans de l'année 1667.
Les _lunettes_ ont certainement été inconnuës aux Anciens, mais aussi
elles ne sont pas si modernes que le Telescope. Un Frere Alexandre
Despina de l'Ordre des Freres Prêcheurs de Sainte Catherine de Pise,
qui mourut dés l'an 1311. en communiqua l'invention, qu'il trouva
de lui-même, aprés qu'il eut appris qu'un autre en avoit trouvé le
secret, lequel il ne vouloit pas communiquer. Cela est écrit dans la
Chronique de ce Convent; & il est fait mention de ces _lunettes_ dans
le Dictionaire _de la Crusca_ au mot _occhiale_. Il en est fait aussi
mention dans le Livre de Guy de Chauliac Professeur de Medecine à
Montpellier, intitulé la Grande Chirurgie, composé dés l'année 1363.
Il y a aussi un Arrest du 12. Novembre 1416, rapporté par Ménage en
son livre _Amœnitates Juris_, qui fait mention de ces _lunettes_, &
d'autres témoignages anciens citez par le sieur Comiers en son Traité
des _Lunettes_.
On appelle aussi en Architecture des voutes à _lunettes_, lorsque dans
les deux côtez du berceau d'une voute on y fait de petites arcades pour
y pratiquer quelques jours ou veuës.
LUNETTES se dit aussi par antiphrase en matiére de bâtimens, de ce
qui bouche ou qui ôte la veuë. Cette maison avoit veuë sur plusieurs
jardins; mais le voisin a élevé son mur, & il lui a donné des
_lunettes_.
LUNETTE se dit aussi d'une petite ouverture qui se fait dans le toit
d'une maison.
LUNETTE en termes de Menuiserie, est une planche de bois percée, qui
sert de siége à un privé. On a commandé à ce menuisier une _lunette_
pour un privé. On appelle aussi une _lunette_, cette ouverture qui est
au derriere des soufflets, par où entre le vent, & qui se ferme en
dedans par la souspape.
LUNETTES en termes de fortifications, sont des enveloppes qui se font
au devant de la courtine. Elles sont composées de deux faces qui font
un angle rentrant, & se construisent ordinairement dans des fossez
pleins d'eau, pour y faire l'effet d'une fausse braye. Elles ont cinq
toises de large dont le parapet en a trois.
LUNETTES en termes de Manége, sont deux petites piéces de feûtre
relevées en bosse, qu'on applique sur les yeux d'un cheval vicieux, ou
qui ne veut point se laisser ferrer ni monter.
On dit aussi ferrer un cheval à _lunettes_, ou à demi fer, c'est à
dire, avec un fer dont on a retranché la partie des branches, qui est
vers le quartier du pied, ce qu'on appelle les éponges.
On appelle aussi _lunette_ le cercle de métail qui enferme & soûtient
le crystal d'une montre.
LUNETTE chez les Tourneurs, est cette piéce de bois troüée qu'ils
appliquent sur leur tour, pour faire diverses sortes d'ouvrages qui se
tournent en l'air.
LUNETTE de volaille, est la partie du chappon qui est entre le col &
l'estomac, qui est soûtenuë par deux petits os qui forment un angle
aigu. On tient que la _lunette_ est la partie la plus excellente du
chappon.
On dit proverbialement à celui qui s'est trompé en regardant quelque
chose: Prenez vos _lunettes_, chaussez vos _lunettes_. On dit aussi en
se mocquant d'un grand nez: Voilà un beau nez à porter _lunettes_.
LUNETTIER. _s. m._ Ouvrier qui fait & qui vend des _lunettes_. Les
Miroitiers & les _Lunettiers_ ne font qu'un Corps & une même Maîtrise.
LUT. _s. m._ En termes de Chymie, se dit de toute sorte de ciment
ou d'enduit qui sert tant pour le bâtiment des fourneaux, que pour
mettre autour des vaisseaux de verre & de terre qui doivent résister
à un feu violent. On le fait de terre grasse, de sable de riviére, de
fiente de cheval, de la poudre des pots de beurre cassez, de la tête
morte du vitriol, du machefer, du verre pillé & de la bourre ou laine
courte des Tondeurs, mêlez avec de l'eau salée ou sang de bœuf. Il y
a aussi un _Lut_ qui sert à luter les chappes avec les cucurbites ou
recipiens, ou pour réparer les fentes des vaisseaux, qui se fait avec
de l'amidon cuit, ou de la colle de poisson dissoute dans l'esprit de
vin & des fleurs de soulfre, du mastic & de la chaux éteinte dans du
petit lait. On appelle aussi _lut de sapience_ le sceau hermetique qui
se fait en fondant le bout d'un matras de verre au feu de lampe, & en
le tortillant avec la pincette. Ce mot vient de _lutum_.
LUTH. _s. m._ Instrument de musique monté de cordes de boyau, qui
n'avoit autrefois que six rangs de cordes; mais avec le temps on y
a ajoûté quatre, cinq, ou six autres rangs plus bas. Le _luth_ est
composé de quatre parties, de la table de sapin ou de cedre, du corps
composé de neuf ou dix éclisses, qu'on appelle aussi le _ventre_ ou _la
donte_; du manche qui a neuf touches ou divisions marquées avec des
cordes de boyau; & de la tête ou de la crosse où sont les chevilles.
Il y a aussi une rose au milieu de la table par où sort le son; un
chevalet où sont attachées les cordes, & un fillet ou mourceau d'ivoire
qui est entre le manche & la tête, sur lequel les cordes portent par
l'autre extrêmité. On pince les cordes de la main droite, & de la
gauche on appuye sur les touches. On appelle le _temperament du luth_,
l'alteration convenable que l'on est obligé de faire des intervalles
tant à l'égard des consonances, que des dissonances, pour les rendre
plus justes sur l'instrument. Les _luths_ de Boulogne sont les plus
estimez par la qualité du bois, qui est cause qu'on en tire un plus
beau son. On est plus long-temps à accorder un _luth_ qu'à en jouër.
Les concerts se font avec des dessus & des basses de _luths_. On dit
qu'un _luth_ est bien monté quand on y a mis de bonnes cordes, qui sont
bien d'accord & au ton convenable. Un Auteur digne de foy dit qu'on
a vû à Paris un _luth_ d'or, qui revenoit à trente-deux mille écus.
Ce mot vient de _laud_ Espagnol, qui est venu de _allaud_ des Maures,
qui signifie la même chose, comme témoigne Scaliger. Quand on le veut
nommer en Latin, on l'appelle _testudo_, _cythara_, _chelys_.
LUTHÉE. _s. f._ Est une épithete qu'on donne à la Mandore, lors qu'elle
a plus de quatre rangs de cordes, & qu'elle approche plus prés du
_luth_.