C.

CACAO. _s. m._ Fruit dont on fait le chocolate avec quelques autres

ingrédiens; il croît en abondance dans la nouvelle Espagne à un arbre

qui se nomme la _cucuhua-guahuilt_; il est de la même grandeur que

l'oranger; il a les mêmes feüilles, mais un peu plus grandes. Ce fruit

est de la figure d'un concombre, ou melon, qui est rayé, cannelé &

roux, plein de plusieurs noix qui sont proprement appellées _cacao_,

plus petites qu'une amende: il est d'une moyenne saveur, entre le doux

& l'amer; d'un temperament froid & humide. Il y a dix ou douze _cacao_

enfermez dans une même coque; cet arbre est si delicat qu'il le faut

planter auprés d'un grand arbre nommé _atlinan_ afin qu'il le couvre

de sa grande ombre, autrement le Soleil le brûle. On en tire aussi du

beurre, dont les femmes se font un fard pour le visage. Le _cacao_ sert

aussi de menuë monnoye dans la Province; _Laët_, _Acosta_, _Clusius_ en

ont écrit.

CALANDRE. _s. f._ Terme de Manufactures. C'est une machine propre

pour presser les draps, les toiles, & autres étoffes, & pour les

rendre polies, unies & lissées: elle sert aussi pour y faire ces ondes

qui sont sur le tabis & les moheres: Elle est composée de deux gros

rouleaux de bois, autour desquels on roule les piéces d'étoffe; on les

met entre deux gros madriers de bois dur, large, épais & poli; celui de

dessous sert de base, celui de dessus est mobile, par le moyen d'une

rouë telle que celle des gruës. Un cable est attaché à un tour qui

compose son axe; cette partie du dessus est d'un poids prodigieux, par

fois de cinquante ou soixante milliers; c'est cette pesanteur qui fait

les ondes sur les étoffes qui sont autour de ces rouleaux par le moyen

d'une legere gravûre qu'ils contiennent: on met & on ôte ces rouleaux

en inclinant un peu la machine. Ce mot vient du Latin _cylindrus_,

parce que tout l'effet de la machine vient d'un cylindre. Borel dit que

ce nom lui vient d'un petit oiseau de même nom, parce que les marques

qu'elle imprime sont semblables à ses plumes.

CALANDRE, petit oiseau du genre des alloüettes, qui n'a point de

crête: En Latin _corydalos minima_.

CALANDRE, petit ver qui se fourre dans le bled & le mange, qu'on

appelle aussi _charançon_, ou _patepeluë_: en Latin _curculio_.

CALANDRER. _v. act._ Mettre une étoffe sous la _calandre_ pour la

presser ou tabiser.

CALANDRÉ éé. part.

CALCINATION. _s. f._ Action par laquelle on réduit en chaux, ou en

poudre trés-subtile les métaux & les minéraux, avec un feu violent. La

_calcination_ actuelle se fait seulement par le feu, la potencielle se

fait par le moyen d'un esprit corrosif, qui les pénétre & les dissout,

comme l'argent & l'or par les eaux fortes & l'eau régale, & cette

_calcination_ est appellée _immersive_.

CALCINER. _v. act._ Terme de Chimie. Réduire les métaux ou les minéraux

en chaux, ou poudre trés-subtile par le moyen du feu. L'or se calcine

au feu de Reverbere avec le mercure & le sel armoniac. L'argent avec le

sel commun & le sel alkali: le cuivre avec le sel & le soulfre: le fer

avec le sel armoniac & le vinaigre: l'étain avec l'antimoine, le plomb

& le soulfre: le mercure avec l'eau forte, il se calcine aussi tout

seul par le feu. Tous les autres minéraux se calcinent au feu, sans

addition d'aucune drogue.

CAMPHRE. _s. m._ C'est la gomme d'un arbre qui croît aux Indes dans

les montagnes maritimes, lequel est de telle hauteur & largeur,

qu'un escadron de cent hommes pourroit demeurer dessous à l'ombre.

On dit qu'elle sort en plus grande abondance durant la tempête &

les tremblemens de terre. Il y en a de plusieurs sortes, car on en

trouve une entre les veines du bois, & une autre qui sort par l'écorce

rompuë, comme une résine, & demeure attachée à l'arbre: elle est rouge

d'abord, & devient blanche, ou par la chaleur du Soleil, ou à force

de feu. Il y en a une brune & obscure qui est moins estimée. Il y a

aussi un _camphre_ en rose, qui n'a point passé par le feu, & un autre

qui a été purifié & blanchi, & fait par sublimation. Le _camphre_ est

si subtil que souvent de lui-même il se resout en fumée. Il est si

odorant, que sur les lieux on s'en sert en guise d'encens; pour être

bon il doit être blanc, pur, reluisant, transparent, de forte odeur,

& il faut qu'il devienne moüillé quand on le met sur un pain chaud.

Quelques-uns, comme Fuchsius, croyent que c'est un Bitume des Indes. On

l'appelle en Latin _camphora_, qui vient du mot Hebreu _copher_.

On fait du _camphre_ artificiel avec de la sandaraque, qu'on appelle

autrement gomme de genévre, vernis blanc, ou mastic bien pulvérisé, du

vinaigre blanc bien distilé, qu'on met vingt jours dans le fumier de

cheval, & qu'on laisse aprés au Soleil pendant un mois pour secher, &

on trouve le _camphre_ fait comme une croûte de pain blanc. La chymie

ne travaille point sur le _camphre_, puisqu'il surmonte en pureté, en

subtilité, en volatilité & en pénétration tout ce qu'on en pourroit

tirer par la distillation: Elle ne peut enchérir sur sa perfection: sa

diaphanéïté est grande, sa blancheur égale à celle de la neige; son

goût acre, son odeur forte témoignent sa volatilité; son inflammabilité

dans l'eau, & sa totale consomption sans laisser aucune trace au

vaisseau dans lequel on l'allume, montrent sa pureté & la subtilité de

ses parties. On a fait ce proverbe sur le _camphre_.

_Camphora per nares castrat odore mares._

La principale qualité du _camphre_ est de retenir & de conserver un feu

inextinguible qui brûle dans l'eau, sur la glace, & dans la neige, à

cause qu'il est d'une nature fort tenuë & grasse, jusques-là que si on

en jette dans un bassin sur de l'eau de vie, & qu'on les fasse boüillir

jusqu'à leur entiére évaporation dans quelque lieu étroit & bien fermé,

& que par aprés on y entre avec un flambeau allumé, tout cet air

renfermé conçoit en un moment le feu qui paroît comme un éclair sans

incommoder le bâtiment, ni les spectateurs.

CHARTEPARTIE. _s. f._ Terme de marine, c'est l'acte d'affretement

sur l'Ocean, ou de nolissement sur la Mediterranée; c'est un écrit

contenant la convention pour le loüage d'un Vaisseau, ou la Lettre de

facture & le Contract de cargaison du Vaisseau: elle doit être rédigée

par écrit, & passée entre les Marchands & le Maître, ou le propriétaire

du Bâtiment: Elle doit contenir le nom & le port du Vaisseau, celui du

Maître & de l'Affreteur, le prix du fret, & les autres conditions dont

les parties seront convenuës, comme il est porté au Livre troisiéme de

l'Ordonnance de la marine: dans cet acte les Capitaines & Officiers

confessent avoir reçû un tel Navire bien & dûment calfeutré, étanché,

victuaillé, munitionné, & agréé pour un tel voyage. La _chartepartie_

est distinguée d'avec le connoissement, parce que celle-la se fait

pour l'entier affrettement du Navire, & pour l'aller & pour le retour;

au lieu que le connoissement n'est fait que pour une partie de la

charge, & se fait par une promesse particuliére, pour l'aller ou pour

le retour seulement. Le Président Boyer dit que ce mot vient de ce que

_per medium carta incidebatur & sic fiebat carta partita_; parce qu'au

temps que les Notaires étoient moins communs, on n'expédioit qu'un

acte de la convention qui servoit aux deux parties, on le coupoit en

deux pour en donner à chacune sa portion; elles les rassembloient au

retour pour connoître si elles avoient satisfait à leurs obligations;

ce qu'il atteste avoir vû encore pratiquer de son temps, de même qu'en

usoient les Romains dans leurs stipulation, au rapport d'Isidore, qui

rompoient un bâton dont chacun gardoit un morceau pour en conserver la

marque.

CHIEN. _s. m._ Chienne. _s. f._ Animal domestique, qui aboye, qui

sert à garder la maison, & à la chasse. Le _chien_ est le simbole de

la fidélité. Les _chiens_ sont en telle abomination aux Maldives, que

si un _chien_ avoit touché quelqu'un du païs, il s'iroit incontinent

baigner pour se purifier. Peirard. Au contraire chez les Gaures ils

sont en si grande vénération, que les Prêtres se servent des _chiens_

pour purifier leurs penitens. Tavernier.

Il y a plusieurs sortes de _chiens_ differens, tant pour la taille que

pour le naturel, ou le service qu'ils rendent aux hommes.

Les premiers sont les _chiens_ de chasse dont les plus nobles sont les

_chiens_ courans, ou _allans_, qui chassent par la force de l'odorat.

Entre les _chiens_ François, quelques-uns sont appellez de _race

Royale_, qui courent à force les cerfs, chevreüils, loups, & sangliers.

Les _chiens_ courans appellent les Veneurs, & pour cela dit qu'ils

chassent de gueule.

Il y en a d'autres de race commune, qui chassent seulement le

chevreüil, le loup & le sanglier; d'autres de race mêlée, ou petite

racine, qui chassent les liévres tant dans les bois que dans la plaine.

Il y a aussi des _chiens_ Anglois de trois sortes, ceux de la race

Royale servent à chasser cerfs, daims, & chevreüils. Les chiens

_Baubis_ sont pour les liévres, renards & sangliers, on leur couppe

presque à tous la queuë; ils sont plus bas de terre & plus longs que

les autres, de gorge effroyable, qui heurlent sur la voye, & qui ont le

nez dur, & sont barbets à demi poil. Les _Bigles_ sont pour les liévres

& lapins; il y en a de grands & de petits, & sont excellens pour courir

le liévre dans les plaines.

Les levriers sont _chiens_ à hautes jambes, qui chassent de vîtesse.

Voyez Levrier.

Limiers sont des _chiens_ muets, qui servent à quêter & à détourner le

cerf, _chien_ quêtant & requerant.

Chiens _Baux_, qu'on surnomme _Greffiers_, sont des _chiens_ blancs,

dont la race vient de Barbarie, ils sont bons chasseurs requerans &

forcenans; ils chassent de haut nez, gardent bien le change; ils sont

de bonne creance, & tiennent mieux dans les chaleurs; ce sont les

meilleurs pour courir le cerf.

Les _chiens gris_ sçavent faire tous métiers, & courent toutes sortes

de bêtes. Les _chiens noirs_, qu'on appelle _de saint Huber_, sont

bons pour les bêtes puantes; on en conserve sa race en mémoire de ce

Saint, en l'Abbaye qui porte son nom dans les Ardennes. Les _chiens_

fauves ou rouges sont _chiens_ de grand cœur, fort hardis & _chiens_

d'entreprise. On appelle _chiens_ tout d'une piéce ceux qui sont tout

d'une couleur, tout blancs, ou tout noirs, &c.

Les _chiens_ couchans sont _chiens_ de l'arquebuse, qui chassent de

haut nez, & arrêtent tout: les meilleurs viennent d'Espagne, ils

servent à faire lever les perdrix & les cailles, & ces _chiens_ sont au

poil & à la plume; & on dit que des _chiens_ piquent la sonnette, pour

dire qu'ils courent trop vigoureusement aprés l'oiseau.

Braques sont des _chiens_ de même allure, aussi bien que les turquets &

metis.

Epagneuls, ou espagnols sont des _chiens_ qui chassent de gueule, &

forcent les lapins dans les brossailles, ils rident ou suivent la piste

de la bête sans crier, ils sont bons aussi pour les oiseaux, & chassent

le nez bas.

Griffon, se dit aussi d'une espece de _chiens_ qui chassent le nez

haut, & qui arrêtent tout; ils viennent d'Italie & de Piedmont.

Bassets, qu'on appelle autrement _chiens de terre_, sont des _chiens_

qui entrent dans les taniéres des renards & taissons; ils viennent

de Flandres & d'Artois; ils attaquent tout ce qui se terre, comme

blereaux, renards, chats harets, foüines, putois; ils quêtent bien &

servent aussi à l'arquebuse; ils sont noirs à demi poil, avec la queuë

en trompe: il y en a qui ont double rang de dents comme les loups, &

qui sont sujets à mordre, qui ont les pattes de devant tortuës. On

parle aux bassets en leur criant, _coule, coule Bassets_.

Barbets, sont _chiens_ frisez qui chassent le nez bas quand le gibier

fuit, & le nez haut quand il demeure; Ils l'arrêtent sur terre & dans

l'eau: leur principale nature est de rapporter, & ce sont les plus

fideles _chiens_ du monde, qui ne veulent connoître qu'un maître, & ne

le perdre jamais de vûë: on les appelle aussi _chiens à gros poil_.

Dogues, sont _chiens_ de combat, qui servent à assaillir les grosses

bêtes, comme des taureaux, des lions, &c. Les Espagnols doivent une

partie des conquêtes de l'Amerique à des _Dogues_ d'Angleterre, comme

on voit dans Herrera.

Mâtins, sont _chiens_ de garde qu'on laisse dans les bassecours pour

aboyer. Il y a aussi des _Mâtins_ dans le vautrait, pour chasser au

sanglier.

Chiens _allans_ ou _gentils_ sont de gros _chiens_, qui en allant

détournent le gibier: On le dit aussi des _chiens_ de Bouchers qui

servent à conduire leurs troupeaux.

On appelle _chiens_ trouveurs, des _chiens_ qui vont requerir un

Renard, quand il y auroit vingt-quatre heures qu'il seroit passé.

CHIEN _barreur_ est le meilleur _chien_ pour le chevreüil.

On appelle un _chien_ secret, un limier qui pousse la voye sans

appeller; on l'appelle aussi muet, & on dit qu'il ride.

Un _chien_ babillard, ou qui caquette, est celui qui crie hors la voye,

& le plus souvent d'ardeur, ou qui crie des matinées entiéres.

Un _chien_ menteur est un _chien_ qui cele la voye pour gagner le

devant.

Un _chien_ vicieux, celui qui chasse tout ce qu'il rencontre, & qui

s'écarte toûjours de la meute.

Un _chien_ de bonne créance, de bonne affaire, celui qui est docile

& obéïssant: un _chien_ qui chasse de forlonge, qui sent de loin le

gibier; un _chien_ qui ne se rompt point au bruit.

Un _chien_ sage, qui chasse bien, qui tourne juste, _chien_ de tête &

un _chien_ d'entreprise, qui est hardi & vigoureux.

On dit qu'un _chien_ a le nez dur, lors qu'il rentre mal-aisément dans

la voye, & qu'il reprend lentement; qu'il est de haut nez lors qu'il va

requerir sur le haut du jour; & qu'il a le nez fin lors qu'il chasse

bien dans les chaleurs, & dans la poussiére.

On appelle _chien d'aiguail_, celui qui chasse bien le matin lors que

la rosée est sur la terre, & qui ne vaut rien au haut du jour; & au

contraire un _chien_ du haut du jour, qui ne vaut rien dans l'aiguail.

On appelle _chien étruffé_ celui qui a une cuisse qui ne prend point de

nourriture, & qui est boiteux; _chien butté_ celui à qui la jointure

des jambes de devant grossit; _chien épointé_, celui qui a des os des

cuisses rompus; _chien allongé_, celui qui a les doigts du pied étendus

par quelque blessure qui a touché les nerfs; & _chiens courtauts_ ceux

à qui on a coupé la queuë.

On dit qu'un _chien_ a belle gorge lors qu'il crie bien, & qu'il a

la voix grosse & forte, qu'un _chien_ aboye quand il sent le gibier;

ou quelque chose d'étrange; qu'un _chien_ jappe lors qu'il crie sans

sujet, ou au moindre bruit de nuit ou de jour; & qui hurle lors qu'il

sent des loups, ou une _chienne_ chaude qu'il ne peut joindre. On dit

que le _chien_ sonne, pour dire qu'il appelle au bon chemin ayant

trouvé la trace.

On appelle _chien armé_, quand il est couvert pour attaquer un sanglier.

C'est une bonne qualité de _chien_ d'avoir le jarret droit & bien herbé.

A la chasse on dit parler aux _chiens_, pour dire les réjouïr comme on

fait à la chasse du cerf; ou les exciter ou les menacer, comme on fait

à celle du sanglier avec des cris rudes & furieux, & avec la trompe.

On appelle titre de _chiens_ le lieu où on pose les _chiens_, afin que

quand la bête passera ils la courent bien à propos. Ces _chiens_ sont

mis en bon titre, pour dire sont postez en un bon relais.

Trait de _chiens_ se dit des laisses de crin, & des colliers qui

servent à coupler les _chiens_; ainsi on dit qu'un cerf, ou une autre

bête, a senti le vent du trait, pour dire des _chiens_.

Rompre les _chiens_ se dit de la faute d'un Piqueur & Chasseur, lors

qu'ils passent à travers des _chiens_, pendant qu'ils courent, & ainsi

rompent leur course. Il faut quelquefois rompre les _chiens_, les

menacer, les recoupler, & frapper à route, afin de suivre & relancer le

cerf, qui leur a donné le change & les a fait tomber en defaut.

On dit figurément en ce sens rompre les _chiens_, quand on interrompt

quelqu'un dans son discours, pour empêcher qu'il ne dise quelque chose

desavantageuse, ou qu'il n'entreprenne quelque affaire.

Le droit des _chiens_ est ce qu'on leur donne à la curée, comme la

langue, le muffle, les oreilles d'un cerf.

Il y a enfin des _chiens_ de chambre pour le divertissement des

Dames, qu'on nourrit pour leur petitesse, & leur beauté, & qu'on

appelle _chiens_ de manchon, comme les _chiens_ de Boulogne, d'Artois,

épagneuls, bichons, barbets, levrons, _chiens_ ras ou de Barbarie, &c.

CHIEN, se dit aussi par injure, & pour reprocher à quelqu'un ses

defauts. Les Turcs nous appellent _chiens_, nous traitent comme des

_chiens_. On appelle un _chien_ de valet, un _chien_ de Procureur, un

_chien_ de frippon. On appelle une femme paillarde une _chienne_, une

carogne, une _chienne_ chaude, _chienne_ de voirie: ce qui se dit aussi

des choses: voilà des beaux _chiens_ de vers; voilà un beau logement de

_chien_, un beau present de _chien_.

On appelle Cerbere le _chien_ à trois têtes, que les Poëtes ont feint

être commis à la garde des Enfers.

Le _chien_ céleste est une constellation; il y en a deux; le grand

_chien_, qu'on nomme autrement _Sirius_, est une constellation composée

de 18 étoiles selon Ptolomée, de la nature de Jupiter & de Venus,

dont la principale est tenuë plus grande que tous les autres Astres,

même que le Soleil. La petite _chienne_, qu'on appelle autrement la

_canicule_, on _Procyon_, n'a que deux étoiles, dont l'une est de la

premiére grandeur, & de la nature de Mars, c'est celle qui cause les

plus grandes chaleurs de l'Eté.

CHIEN de mer ou marin, est un poisson long & à museau pointu, qui a

des dents, en Latin _galeus_. Le grand _chien_ de mer qu'on appelle

_canis carcharias_, a quatre ou cinq rangs de dents à chaque mâchoire,

dont quelques-unes ont un pouce de long, & sont extrêmement rudes,

tranchantes & pointuës, qui ne leur servent pourtant point à manger

leur proye, parce qu'on a trouvé des hommes tout entiers dans leur

ventre.

CHIEN de pistolet, est une piéce de fer mobile appliquée sur la platine

d'un pistolet, d'un fusil, d'une arquebuse; elle tient la pierre & fait

le feu, quand elle est lâchée. Il courut le pistolet bandé, la carabine

à la main, avec le _chien_ abattu, &c.

CHIEN se dit proverbialement en ces phrases; on dit de deux amis qui ne

vont point l'un sans l'autre, que c'est saint Roch & son _chien_. On

dit, qui aime Bertrand aime son _chien_, pour dire qu'il faut prendre

les passions, les intérêts, & les sentimens de son ami. On dit d'un

traître, d'un hypocrite, d'un flatteur, qu'il fait bien le _chien_

couchant. On dit de deux ennemis, que leurs _chiens_ ne chassent pas

ensemble. On dit d'un homme odieux qui entre en quelque lieu, qu'il

y est bien venu comme un _chien_ dans un jeu de quilles. On dit des

gens qui se haïssent, qu'ils s'accordent comme _chiens_ & chats. On

dit encore de celui dont on souhaite la mort, & qui échappe de quelque

péril, qu'il mourroit plûtôt un bon _chien_ de Berger. On dit qu'il

vaut autant être mordu d'un _chien_ que d'une _chienne_, pour dire que

de quelque côté que vienne le mal, il est également sensible. On dit

qu'il ne se faut pas moquer des _chiens_ qu'on ne soit hors du village,

pour dire qu'il ne faut pas choquer un homme tant qu'on est en un lieu,

où il est le plus fort, où il nous peut nuire.

On dit à un glorieux qui se fâche, qu'on le regarde trop fixement, un

_chien_ regarde bien un Evêque. On dit encore, il ne faut pas tant de

_chiens_ aprés un os, pour dire qu'il est fâcheux de partager un profit

avec beaucoup de personnes, ou d'être plusieurs à avoir les mêmes

prétentions. On dit aussi, jamais à un bon _chien_ il ne vient un bon

os, pour dire que ceux qui ont bonne envie de travailler, n'en trouvent

pas les occasions. On dit jetter un os à la gueule d'un _chien_ pour

le faire taire, ce qui a lieu au figuré, pour dire faire un present à

quelqu'un pour l'empêcher de crier & de venir troubler quelque affaire

importante. On dit qu'il n'est telle chasse que de vieux _chiens_,

& qu'un bon _chien_ chasse de race, pour dire que la naissance &

l'experience donnent de grands avantages sur les autres. On dit d'un

homme peu consideré, qu'il a du crédit comme un _chien_ à la boucherie.

On dit cela n'est pas tant _chien_, pour dire cela n'est pas mauvais.

On dit qu'un homme n'est pas bon à jetter aux _chiens_, quand il a

fait quelque lâcheté, quelque indignité. On dit, de celui qui a des

prétentions à quelque chose, quoi que fort éloignées, qu'il n'en jette

pas sa part aux _chiens_. On dit aussi, petit _chien_ belle queuë. On

dit à ceux qui ont une méchante cause, si vous n'avez pas d'autre filet

vôtre _chien_ est perdu. On dit d'un homme peu complaisant, qui ne fait

rien de ce qu'on desire, que c'est un _chien_ de Jean de Nivelle qui

s'enfuit quand on l'appelle. Voyez l'origine de ce proverbe au mot de

_Jean_. On dit d'un envieux qu'il est comme le _chien_ du Jardinier, il

ne mange point de choux, & ne veut pas que les autres en mangent. On

dit de ceux qui entreprennent quelque chose au delà de leurs forces,

qu'ils font comme les grands _chiens_, qu'ils veulent pisser contre les

murailles. On dit des pécheurs qu'ils font comme les _chiens_, qu'ils

retournent à leur vomissement. On dit de ceux qui font quantité de

cris & d'imprécations inutiles, que ce sont des _chiens_ qui aboyent

à la Lune. On dit aussi de ceux qui font des menaces vaines, _chien_

qui aboye ne mord pas. On dit aux gens quéreleux, que les _chiens_

hargneux ont toûjours les oreilles déchirées. On dit des gens timides,

entrez il n'y a point de danger, nos _chiens_ sont liez: On dit aussi

pour reprocher ou plaindre la misere de quelqu'un, on l'abandonne comme

un pauvre _chien_, il mene une vie de _chien_; il n'a ni foy ni loy,

il vit comme un _chien_; il est comme un _chien_ à l'attache, il est

las comme un _chien_, on l'a battu, on l'a étrillé comme un _chien_

courtaut. Les coups de bâton sont pour les _chiens_. On dit d'un

miserable qu'on abandonne, qu'on ne lui demande pas, és-tu _chien_,

és-tu loup. On dit aussi quand on veut noyer son _chien_, on l'accuse

de la rage. On dit d'un jeune étourdi, qu'il est foû comme un jeune

_chien_, qu'il court comme un _chien_ foû. On dit d'une chose tortuë,

d'une jambe mal faite, qu'elle est droite comme la jambe d'un _chien_.

On appelle figurément un _chien_ au grand collier celui qui meine les

autres, qui est principal dans une maison, dans une assemblée. On dit

d'un homme accoûtumé à la fatigue, il y est accoûtumé comme un _chien_

à aller nud tête, d'aller à pied. On dit encore tandis que le _chien_

pisse le loup s'enfuit, pour dire que tous les momens sont précieux

en certaines occasions. Un bon _chien_ n'abboye point à faux, ce qui

se dit au figuré d'un habile homme qui fait toûjours bien réüssir ses

entreprises, parce qu'il sçait bien prendre son temps, & ménager les

occasions. On dit battre le _chien_ devant le lion, pour dire châtier

un petit devant un plus puissant, qui a commis la même faute. On dit

encore entre _chien_ & loup, pour signifier le crepuscule, ou le temps

sombre qui est entre le jour & la nuit, & où on ne peut discerner le

_chien_ d'avec le loup.

COCAGNE. _s. f._ C'est le nom qu'on donne en Languedoc à un petit pain

de pastel avant qu'il soit réduit en poudre, & vendu aux Teinturiers:

on en fait grand trafic en ce païs-là; & parce qu'il ne vient que

dans des terres fort fertiles, & qu'il apporte un trés-grand revenu

à ses maîtres, vû qu'on en fait jusqu'à cinq ou six récoltes par an;

quelques-uns ont nommé le haut Languedoc un païs de _cocagne_. Et c'est

là-dessus qu'est fondée la fable du Royaume de _Cocagne_, des païs

imaginaires, où les habitans vivent fort heureux sans rien faire.

COCATRIX. _s. m._ Espece de basilic qui s'engendre dans les cavernes &

les puits, en Latin _Basiliscus_, _regulus_. Il y a en la Cité de Paris

un fief qui s'appelle _Cocatrix_, dans une ruë du même nom.

COHUE. _s. f._ Vieux mot qui signifioit autrefois l'assemblée des

Officiers de Justice, que se faisoit en certain lieu pour juger les

procés, comme on voit dans les Ordonnances de l'Echiquier de Normandie

de l'an 1383. On s'en est servi depuis pour signifier le lieu destiné

à tenir la Justice dans les Villages par des Juges pedanées, ainsi

appellez _à coëunte multitudine_. Ménage témoigne que _coüa_ a été

dit autrefois pour halle; or c'est dans les halles que se tiennent la

plûpart des petites Justices. On appelle encore la halle & _cohuë_ de

Quintin en Bretagne, le lieu où se font les publications de justice.

COHÜE, se dit figurément des assemblées tumultuaires où il n'y a point

d'ordre, où chacun parle en confusion. On tenoit autrefois de belles

conferences chez un tel, mais il y est venu tant d'impertinens, que

cela est dégéneré en _cohuë_.

COULEUR. _s. f._ lumiére refléchie & modifiée selon la disposition

des corps, qui les fait paroître bleus, jaunes, rouges, &c. & qui les

rend objets de la vûë. Les experiences modernes ont prouvé clairement

que les Anciens se sont fort trompez, en distinguant les _couleurs_ en

vrayes & en apparentes. Virgile a eu raison de dire que la nuit ôtoit

la _couleur_ à toutes choses. Il y a des _couleurs_ simples, comme sont

les cinq _couleurs matrices_ des Teinturiers, dont toutes les autres

dérivent; il y en a de composées, sçavoir le bleu, le rouge, le jaune,

le fauve, ou _couleur_ de racine, & le noir. A l'égard du verd il n'y a

point dans la nature de drogue qui serve à teindre en cette _couleur_,

mais on teint les étoffes deux fois, d'abord en bleu, & puis en jaune,

& elles deviennent verdes. Du mêlange des premiéres _couleurs_ il s'en

fait un grand nombre, comme le violet, le gris de lin, incarnat, &c.

expliquées à leur ordre. Le mercure est le fondement des _couleurs_,

comme le sel des saveurs, & le soulfre des odeurs.

On appelle aussi _couleurs_ simples, celles qui servent aux Enlumineurs

& aux Peintres, qui viennent des vegetaux, & qui ne peuvent pas

souffrir le feu, comme le jaune fait de safran ou de graine d'Avignon,

la laque, & autres teintures extraites des fleurs. Les autres sont

minerales, qui se tirent des métaux, & qui souffrent le feu; ce sont

les seules propres à faire l'émail: ainsi on tire de l'or & du fer

le rouge, de l'argent le bleu, du cuivre le verd, du plomb le blanc

ou la ceruse, quand il est dissous avec le seul vinaigre; mais quand

la ceruse a été cuite dans le fourneau, elle donne du massicot, & du

minium quand elle est poussée davantage au feu.

Les Peintres distinguent aussi les _couleurs_ en legéres & en pesantes;

sous le blanc on comprend toutes les _couleurs_ légéres. L'outremer est

mis au rang des _couleurs_ légéres. Sous le noir on comprend toutes

les _couleurs_ pesantes & terrestres. Le brun-rouge, la terre d'ombre:

le verd-brun & le bistre sont les _couleurs_ les plus pesantes & les

plus terrestres aprés le noir. Les Peintres appellent aussi _couleurs_

rompuës, les _couleurs_ trop vives qu'ils affoiblissent par le mêlange

d'autres plus sombres. On dit que l'azur d'outremer est rompu de laque

& d'ocre jaune, pour dire qu'il y entre un peu de ces _couleurs_. Les

_couleurs_ rompuës servent à l'union & à l'accord des _couleurs_,

soit dans les tournans des corps, soit dans leurs ombres. On appelle

_couleurs_ noyées, celles qui s'affoiblissent insensiblement, comme

sont celles que forment les nuances. Et on appelle un ton de _couleur_,

un degré de _couleur_, par rapport au clair obscur. Les _couleurs_

changeantes sont celles qui dépendent de la situation des objets à

l'égard de la lumiére, comme celle des taffetas changeans, de la

gorge des pigeons, &c. néanmoins quand on regarde attentivement avec

un bon microscope les plumes de la gorge d'un pigeon, on voit que

chaque petit fil de ses plumes est composé de plusieurs petits carrez

alternativement rouges & verds, & ainsi ce sont des _couleurs_ fixes.

Le Pere Kircher dit que les _couleurs_ changeantes qu'on void sur

les plumes des pigeons & des paons viennent de ce que ces plumes sont

diaphanes, & d'une figure semblable à celle des triangles de cristal,

ou primes de verre, qui étant opposez à la lumiére font voir des

iris. Les _couleurs_ fixes & permanentes ne se font point par des

réflexions comme les changeantes, mais par le passage de la lumiére à

travers certains corps, soit en les traversant entiérement, soit en se

reflêchissant sur quelques-unes de leurs parties internes, ou aprés

avoir un peu pénétré leurs superficies. Il y a deux ordres differens

dans les _couleurs_, pour passer du blanc au noir; l'un est le blanc,

le jaune, le rouge, & le noir; l'autre est le blanc, le bleu, le violet

& le noir; c'est la doctrine du Sieur Mariotte dans l'excellent Livre

qu'il a fait des _couleurs_. Il y a des _couleurs_ ou teintures fixes,

comme la teinture jaune de l'or, ou la bleuë du _lapis lazuli_, que

le feu ne diminuë point, & il est trés-difficile de les tirer par les

dissolvans ordinaires.

COULEUR, se dit encore des corps solides, des drogues qui servent aux

Peintres & aux Teinturiers pour faire paroître ces _couleurs_. Un

Peintre prépare ses _couleurs_ sur sa palette. On appelle de mauvais

Peintres des broyeurs de _couleurs_; & quand on dit que l'air mange les

_couleurs_, on entend que son intemperie détache de petits corps des

sujets, sur lesquels elles avoient été attachées, lors de leur teinture.

COULEUR, est quelquefois opposée au noir, parce qu'en effet le noir

n'est pas une _couleur_, à cause qu'il imbibe toute la lumiére, & qu'il

n'en refléchit aucune partie. En ce sens on dit que les gens de guerre,

& les Courtisans portent des habits de _couleur_, & que les gens de

robbe, ou d'Eglise en portent de noirs.

En approchant de ce sens on appelle _couleur_ haute, _couleur_ rude,

_couleur_ forte, gaye, _couleur_ éclatante, _couleur_ claire, celle

qui refléchit à nos yeux plus de rayons de lumiére, comme la _couleur_

de cerise, la _couleur_ de feu, l'incarnat; & au contraire on appelle

_couleur_ douce, sombre, morne, triste, modeste, celle qui en refléchit

le moins, comme le gris de lin, feüille-morte, _couleur_ d'olive,

_couleur_ de pensée, &c.

COULEUR d'eau, c'est un certain brillant violet qu'acquiert le fer bien

poli, quand il a passé au feu dans un certain degré de chaleur.

On dit qu'on met une chose en _couleur_, quand on rafraîchit les

peintures, quand on les décrasse, quand on y met du vernis, & autres

drogues qui en font revivre, ou paroître les _couleurs_ à demi effacées.

Nuance de _couleurs_, est une certaine disposition de la même

_couleur_, mêlangée & montant par degrez depuis le plus clair jusqu'au

plus obscur: leurs noms seront expliquez à leur ordre.

COULEUR se dit aussi de la disposition du teint, du visage, & des

chairs. Les gens qui se portent bien ont la _couleur_ vermeille,

sont hauts en _couleur_. Les Espagnols ont la _couleur_ olivastre.

Les filles qui ont leurs ordinaires ont la _couleur_ plombée; celles

qui sont trop amoureuses ont les pâles _couleurs_. Quand la cangrene

paroît, elle rend la chair de _couleur_ livide.

On le dit aussi des alterations qui se font au visage par les mouvemens

interieurs de l'Ame. Un reproche veritable fait à un homme, le fait

changer de _couleur_, il rougit de honte, & pâlit de colere. La

_couleur_ lui a monté au visage, pour dire il a rougi.

COULEUR, se dit encore des changemens qui arrivent aux corps par la

differente cuisson & application du feu, & sur tout en Chymie. Ce

pain, ce rost est cuit, mais il n'a pas encore assez de _couleur_. Les

Chymistes admirent les changemens de _couleurs_ qui se font dans les

métaux, & cherchent sur tout le beau rouge, le beau citrin, qui sont

les _couleurs_ de la Benoiste.

COULEUR, en termes de Fleuriste, se dit d'une tulippe qui n'est que

d'une _couleur_, dont la plus fantasque est la plus estimée: On a

mis les panachées dans ces carreaux, & les _couleurs_ sont dans les

costieres.

COULEUR, en termes de blason, est une des principales désignations des

piéces de l'Ecu: On n'en admet que cinq, gueule c'est le rouge, azur

le bleu, sinople le verd, le sable le noir, le pourpre est mêlangé de

gueules & d'azur: leurs significations seront expliquées à leur ordre,

c'est une maxime qu'il ne faut point mettre _couleur_ sur _couleur_, ni

métail sur métail.

COUPELLE. _s. f._ Petit vaisseau plat préparé pour essayer les métaux;

il est fait de cendres de bois leger, comme aubier de chêne, & de

cendres d'os sans moëlle, comme de pieds de mouton. Dans ce vaisseau

on fait fondre l'or, ou l'argent qu'on veut éprouver, ou purger, sur

un feu ardent de charbon, & on y mêle un peu de plomb, lequel s'imbibe

dans ce creuset, ou s'évapore; & il emporte avec lui toute l'impureté

du métail.

On dit figurément qu'un homme a passé par la _coupelle_, quand il a

subi un trés-severe examen, quand il a été bien seigné, & bien purgé,

aprés une grande maladie, comme on examine & on purge les métaux par la

_coupelle_.

Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts · 第 17 / 35 题