BAN. _s. m._ publication à haute voix au son du tambour, ou de la
trompette, ou des tymbales, de l'ordre d'un Superieur, ou de la part
du Roi & de la Justice: On a fait un _ban_ portant défenses de sortir
du camp, d'aller à la petite guerre: On a fait un _ban_ dans les
carrefours, qui défend les passements d'or & d'argent. On trouve ces
phrases dans les Coûtumes, Crier au _ban_, Cas de _ban_, A peine de
_ban_, Proceder à _ban_, &c. On appelle aussi _ban_ la publication
& le cri que fait faire le Seigneur feodal pour se faire rendre les
hommages, ou lui payer les redevances, & le venir reconnoître. On
dit aussi, _ban_ de vendanges, ouverture de _ban_, &c. pour dire, la
publication de la permission des vendanges. Ménage dérive ce mot de
l'Allemand _ban_, qui signifie proprement _publication_, & en suite
_proscription_, parce qu'elle se faisoit à son de trompe, d'où sont
venus les mots de _Bannir_, _Ban_, _Bannissement_, de _Bandi_, de _Ban_
& _arriére-Ban_, _Banlieuë_, _Banniére_, _Bannal_, _abandonner_, &c.
Nicod le dérive d'un autre mot Allemand _Ban_, qui signifie champ &
territoire, dautant que c'est en vertu de ce qu'on tient des fiefs,
champs & heritages, qu'on est obligé au _ban_ & _arriére-ban_, & que
le four à _ban_ est le four du territoire de la Seigneurie. Borel le
dérive du Grec _pan_, qui signifie tout, parce que la convocation est
generale.
BAN se dit aussi des publications qui se font aux Prônes des Paroisses,
des noms de ceux qui veulent se marier, ou prendre les Ordres. Le
Concile de Trente a ordonné la publication de trois _Bans_, pour
empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de
l'essence du mariage, on obtient aisément dispense des _Bans_, on
achete les deux derniers _Bans_, quand le premier a été publié.
BAN se dit aussi de la publication qui se fait pour convoquer tous
les Nobles d'une Province pour servir le Roi dans ses armées, suivant
qu'ils y sont obligez par la Loy des Fiefs. On a publié le _Ban_ &
l'_Arriere-ban_.
BAN est aussi l'Assemblée de ces Nobles en corps d'armée. Le _Ban_ &
l'_Arriereban_ est long-temps à se mettre en campagne.
BAN se dit aussi des assignations qui se font à cri public aux vassaux
pour comparoir devant leur Souverain en certaines occasions, & pour
rendre compte de leurs actions. Les Princes d'Allemagne sont souvent
assignez, sont mis au _Ban_ de l'Empire, & on confisque leurs Fiefs
faute d'y rendre l'hommage, & le service dont ils sont tenus.
BAN signifie aussi bannissement, & on dit en termes de Palais: Il lui
est enjoint de garder son _Ban_ à peine de la hart: Il a obtenu un
Rappel de _Ban_.
BAN signifie encore un droit & un lieu public qu'ont les Seigneurs des
grands Fiefs, pour obliger les Habitans d'une Seigneurie de venir cuire
au four du Seigneur, moudre à son moulin, ou d'apporter leur vendange
à son pressoir. Ainsi on dit, un four à _Ban_, un moulin à _Ban_, un
pressoir à _Ban_; & on appelle sujets _banniers_ & droit de _bannée_,
ceux qui sont obligez à ce droit. En quelques Coûtumes on appelle four
_bandier_, moulin _banquier_, ce qu'on appelle ailleurs _Bannal_.
BANQUE. _s. f._ Trafic d'argent qu'on fait remettre de place en
place, d'une Ville à une autre, par des lettres de change & par
correspondance. Il est permis à toutes sortes de personnes de faire
la _Banque_ sans être Marchand. Ce Marchand a quitté le négoce, il ne
fait plus que la _Banque_. Ce mot vient de l'Italien _banca_, qui a été
fait de _banco_. C'étoit un siége où les Banquiers s'asseoient dans les
places de commerce, d'où on a fait aussi _banqueroute_. Ménage.
BANQUE se dit aussi du lieu public où s'exerce ce trafic, où les
Banquiers s'assemblent, & où ils avoient autrefois un Banc. On
l'appelle aussi d'autres noms; à Londres, c'est la _Bourse_; à Lyon,
le _Change_; à Paris, la place du _Change_. On met son argent à la
_Banque_, on y prête, & on y fait valoir son argent à gros interest,
même en quelques lieux à fonds perdu.
BANQUE se dit aussi des Sociétez, Villes ou Communautez qui se
chargent de l'argent des Particuliers, pour le leur faire valoir à gros
interest: la _Banque_ de Venise, de Hollande: la Ville de Lyon a établi
une _Banque_ pour prendre de l'argent à fonds perdu au denier huit & un
tiers.
BANQUE se dit aussi en plusieurs Jeux, comme à l'Occa, à la Bassette;
du fond de celui qui est maître du Jeu, qui se charge de payer ceux qui
gagneront.
BANQUEROUTE. _s. f._ Faillite, fuite, abandonnement de biens que font
des Banquiers, ou négocians publics à leurs créanciers avec fraude
& malice. Beaucoup de Marchands s'enrichissent par des banqueroutes
frauduleuses, en mettant leurs biens à couvert. La _Banqueroute_ est
differente de la faillite, parce que la _Banqueroute_ est volontaire
& frauduleuse, quand le _Banqueroutier_ s'enfuit & emporte le plus
liquide de ses biens; la _faillite_ est contrainte & necessaire, & est
causée par quelque fortune, ou accident. Et on tient qu'un homme a fait
_faillite_ dés qu'il a manqué à acquitter des lettres de change, ou
qu'il y a quelque desordre dans son négoce.
BANQUEROUTE se dit aussi de l'insolvabilité des Bourgeois, ou autres
personnes, qui doivent plus qu'ils n'ont vaillant, & qui ne payent pas
leurs dettes.
BANQUEROUTE se dit figurément en choses spirituelles: Il a fait
_Banqueroute_ à l'honneur, au bon sens, à Dieu; & on le dit encore
de ceux qui manquent à executer leurs promesses, à se trouver aux
rendez-vous qu'ils ont donnez, ou de ceux qui se retirent secrettement
d'une compagnie sans dire adieu. Ce mot vient de l'Italien _banca
Rotta_, banque rompuë.
BANQUEROUTIER. iere. _s. m. & f._ Marchand ou Banquier qui fait
Banqueroute: On n'est pas assez sévére pour condamner les
_Banqueroutiers_ frauduleux, on ne les met qu'au pilori, & souvent
ils méritent la corde, quoi que l'Ordonnance d'Henry IV. de l'an
1609. & celle de l'an 1673. ordonnent qu'ils soient poursuivis
extraordinairement & punis de mort, ce qui a eu peu souvent son
execution. On appelle proprement _banqueroutiers_ frauduleux ceux qui
divertissent leurs effets, ou qui les mettent à couvert sous des noms
interposez par de fausses ventes ou des transports simulez, ou qui font
paroître de faux créanciers. On les condamne en quelques lieux à porter
le bonnet verd, & à Luques à porter un bonnet orangé.
BANQUET. _s. m._ Festin, grand repas qu'on fait à ses amis: Assuerus
fit un fameux _Banquet_ à toute sa Cour, dont il est parlé au Livre
d'Esther. Plutarque a écrit du _Banquet_ des sept Sages. Ce mot
vieillit & vient de l'Allemand _pancket_, dont les Italiens ont fait
_banquetto_, & les Espagnols _banquette_.
BANQUET se dit aussi en matiére spirituelle: Tous les Chrêtiens doivent
participer au sacré _Banquet_ celeste.
BANQUET en termes de manége, est la petite partie de la branche de la
bride qui est au dessous de l'œüil, qui assemble les extrêmitez de
l'embouchure avec la branche, & qui est cachée sous le chaperon ou
fonceau.
BANQUETER. _v. act._ faire un festin, faire grande chere avec ses amis.
Ce mot vieillit.
BANQUETTE. _s. f._ Terme de fortification. C'est un degré ou deux qui
régnent tout le long des parapets, afin qu'on puisse tirer par dessus:
La _Banquette_ doit avoir un pied & demi de haut & trois pieds de large.
BANQUETTE se dit aussi d'une petite élevation au dessus du niveau de
la ruë, pour servir de chemin commode aux gens de pied; comme il y en a
à Paris au Pont-Neuf & au Pont-Marie.
BANQUIER. _s. m._ Negociant en argent, qui donne des lettres de change
pour faire tenir de l'argent de place en place.
BANQUIER Expeditionaire en Cour de Rome, est un Officier de nouvelle
création, qui se charge de faire venir toutes les bulles, dispenses &
autres expeditions qui se font en la Cour Romaine, & en la Legation
d'Avignon, soit de la Chancellerie, soit de la Penitencerie. L'origine
de ces Banquiers vient de ce que les Guelphes du temps des guerres
civiles d'Italie se réfugierent en Avignon & dans les Païs d'obédience;
& comme ils étoient favorisez des Papes, dont ils avoient soûtenu le
parti, ils se mêlerent de faire obtenir les graces & expeditions de
Cour de Rome, & s'appellerent _mercatores_ & _scambiatores Domini
Papæ_, comme témoigne Matthieu Paris: mais comme ils se rendirent
odieux alors par de grosses usures, on les appella _Carsins_, ou
_Caorsins_, du nom de _Caors_ Ville de Querci, dont le Pape Jean XXII.
qui siégeoit alors étoit natif, à cause que de son temps ces usuriers
étoient en leur plus haute élevation, comme témoigne Adam Theveneau en
ses Commentaires sur les Ordonnances, au titre des Usures. Les Italiens
en firent aussi pour eux le mot _scarsi_, qui signifie _avares_; & ils
eurent tant de haine pour cette Ville, que le Poëte Dante dans son
Enfer, met au même rang Sodome & Cahors, & y place tous les scelerats &
les usuriers. Les marques de cette haine ont duré long-temps en France,
& on a appellé en Chancellerie les _Lettres Lombardes_ les Lettres
qui s'expedioient en faveur des Lombards & Italiens, qui vouloient
trafiquer ou tenir _Banque_ en France, qui se taxoient au double
des autres, en haine de ce qu'on appelloit alors tous les Changeurs,
_Banquiers_, Revendeurs, & Usuriers d'Allemagne, & de Flandres même,
Lombards, de quelque nation qu'ils fussent, & on les appelle encore
ainsi en plusieurs lieux. La place du Change & la Fripperie d'Amsterdam
s'appellent _Places Lombardes_.
BANQUIER se dit aussi en certains Jeux, comme l'Occa, la Bassette, de
celui qui tient le Jeu & l'argent, & qui a le fonds devant lui, pour
payer ceux qui gagnent.
BEFFROY. _s. m._ lieu élevé où il y a une cloche dans une place
frontiére, où on fait le guet, & d'où on sonne l'allarme, quand les
ennemis paroissent. Nicod dérive ce mot de _bée_ & de _effroy_, parce
qu'il est fait pour beer & regarder, & en suite donner l'effroy.
BEFFROY est aussi la charpenterie qui soûtient les cloches dans un
clocher.
On appelle aussi _Beffroy_, ces tours ou machines de charpente qu'on
faisoit autrefois en assiégeant les places, auparavant l'invention de
l'Artillerie.
BEFFROY se dit aussi de certaines cloches qui sont dans des lieux
publics, qu'on ne sonne qu'en certaines occasions, comme de
réjouïssances, d'allarmes ou d'incendie: Il y a trois Beffrois à Paris,
celui de l'Hôtel de Ville, du Palais, & de la Samaritaine: quand il
naît un Fils de France, on donne ordre de tinter le _Beffroy_ pendant
24. heures.
BEFFROY en termes de Blason, est un nom que les Rois d'armes & Herauts
ont donné à un Ecu vairé, ou composé de trois titres de vair, parce
qu'il est fait en forme de cloches qui servent à sonner à l'effroy: &
quand on dit simplement _Beffroy_, on doit entendre qu'il est composé
d'argent & d'azur.
BILAN. _s. m._ terme de Banque. C'est un petit livre que les Marchands,
ou Banquiers portent sur eux, où d'un côté ils écrivent leurs dettes
actives, & de l'autre leurs dettes passives. Ce mot vient du Latin
_Bilanx_, parce que ce Livre leur sert à _balancer_ leurs gains & leurs
pertes. Il leur sert aussi au virement des parties. Les Marchands de
Lyon appelloient ci-devant _Bilan des acceptations_; un petit livre
qu'ils portoient sur la place, où ils écrivoient toutes les Lettres
de change tirées sur eux; & leur acceptation n'étoit autre chose que
de mettre à côté de la Lettre qu'ils avoient enregistrée dans leur
_Bilan_, une croix qui signifioit _acceptée_: s'ils vouloient déliberer
sur l'acceptation, ils mettoient un V, qui signifioit _vûë_; & s'ils
ne la vouloient point accepter, ils mettoient S. P. qui signifioit
_sous protest_. Mais depuis l'Ordonnance de 1677. il ne se fait plus
d'acceptation que par écrit.
On appelle l'entrée & l'ouverture du _Bilan_, le sixiéme jour du mois
des payemens, jusqu'à la fin duquel on fait le virement des parties, où
les Marchands écrivent chacun de leur côté les parties virées.
On appelle aussi _Bilan_, ou _Balance_ l'arrêté ou la clôture de
l'inventaire d'un Marchand, où on a écrit vis à vis tout ce qu'il
doit, & tout ce qui lui est dû: Un Marchand aprés sa faillite, pour
s'accommoder avec ses créanciers leur doit presenter un _Bilan_,
qui contienne l'état au vrai de ses affaires: Si un Négociant qui a
accoûtumé de porter _Bilan_ sur la place, ou autre pour lui, ne s'y
rencontre pendant le temps du payement, il est réputé avoir fait
faillite.
BILBOQUET. _s. m._ Jeu d'enfans fait d'un bâton creusé en rond par les
deux bouts, au milieu duquel est une corde, où une balle de plomb est
attachée, ils la jettent en l'air, & la reçoivent alternativement dans
ces deux concavitez. On appelle ironiquement un nombril, un _Bilboquet_.
BOIS. _s. m._ substance qui forme le corps des arbres, & qui prend
son accroissement du suc de la terre. Il y a des _Bois_ durs, comme
le cormier, le poirier; des _bois_ legers, comme le liége, &c. On a
peint ce lambris en couleur de _bois_. Monsieur Grew dans son Anatomie
des plantes a découvert que la partie qu'on appelle proprement le
_Bois_ dans un vegetable, n'est autre chose qu'une infinité de canaux
fort petits, ou de fibres creuses, dont les unes s'élevent en haut, &
se rangent en forme d'un cercle parfait, & les autres qu'il appelle
insertions, vont de la circonference au centre, elles se croisent
mutuellement comme les lignes de longitude & de latitude sur un globe,
ou les fils des tisserans étendus en long & en large, & entrelassez
ensemble. Nicod dérive ce mot du Grec _boscon_, qui signifie _lignum_;
Ménage de _boscium_, qu'on a fait de _boscum_ ou _boscus_, qui signifie
forest. Il vient plûtôt de l'Allemand _busch_, d'où les Italiens ont
fait _Bosco_, & les Espagnols _Bosqué_. En vieux François on disoit
_bos_; du diminutif _Boskettus_ on a fait _bosquet_ & _bouquet_, & de
_boscium_ on a fait pareillement _buisson_, de _bosca_, _busche_, & de
_boscagium_, _bocage_.
On appelle chez les Chrêtiens par excellence, le sacré _Bois_ de la
Croix, le _bois_ de la vraye Croix, celui où fut attaché nôtre Sauveur.
BOIS se distingue en plusieurs sortes, tant par sa nature, ses vertus
& ses qualitez, que par ses defauts, ses façons, ses voitures, ses
mesures, & ses emplois.
BOIS consideré selon ses diverses qualitez, utiles, curieuses, &
medicinales, est premiérement le _bois_ de charpente ou à bâtir, tels
que sont les chênes, le châtagnier, le sapin, qu'on scie & qu'on
équarrit, &c. qui sert à bâtir les maisons, à faire les planchers & les
toits, les moulins, les machines, &c.
Les _Bois_ estimez par curiosité sont les _Bois_ de citron, de cédre,
d'ébene, de Calemba ou Calembouc, de bouïs, à cause de leur odeur &
de leur dureté, & parce qu'ils reçoivent un beau poli dont on fait
des tables, des buffets, des chapelets, des peignes. Les _bois_ des
teintures sont _bois_ d'Inde, _bois_ de Bresil, _bois_ de campêche,
_bois_ jaune, &c.
Les _Bois_ medicinaux sont le Gayac, que les Espagnols appellent _Ligno
santo_, l'Aloës ou _agallochum_, le Kinquinna, le _bois_ d'aigle ou Pao
d'aquila, & autres qui seront expliquez à leur ordre.
BOIS en termes d'eaux & forêts, consideré suivant son état, s'appelle
_bois en étant_ lorsqu'il est debout & sur pied, vivant & prenant son
accroissement sur la terre. Cette expression vient de ce que ce mot,
_étant_, étoit autrefois un nom substantif, & on disoit qu'un homme
étoit en son _étant_, pour dire qu'il étoit debout sur ses pieds, comme
on dit encore qu'il est en son _séant_, pour dire qu'il est à demi
couché.
_Bois_ vif, est celui qui prend nourriture, ou qui porte du fruit, qui
pousse des branches & des feüilles.
_Bois d'entrée_ est celui que est entre verd, & sec, dont les arbres
ont les houppiers, ou quelques branches séches, & d'autres vertes, la
couppe en est défenduë aux Usagers.
_Bois gisant_, celui qui est couppé ou abattu & couché sur terre.
_Bois mort_, celui qui est seché sur pied, qui n'a plus de seve.
_Mort-bois_, est celui qui est expliqué & désigné dans la charte
Normande accordée par Louïs X. en 1313. il y en a neuf especes,
saux, marsaux, épines, puisnes, aulnes, le seur ou sureau, genest,
geniévre, & ronces. Dans l'Ordonnance de François I. sur le fait des
Chasses art. 55. le Roi déclare que pour ôter toute difficulté sur
ce qu'on doit appeller _bois mort_, & _mort bois_, il veut qu'on
suive l'interpretation & la restriction qui est contenuë en la charte
aux Normands, du Roi Louïs X. Les Ordonnances postérieures y sont
conformes. Ce mot s'est dit selon quelques-uns par corruption, pour
_maubois_ ou mauvais _bois_, qui ont voulu y comprendre tout le bois en
étant qui n'avoit ni fruit, ni graine. Cependant il y a bien d'autres
arbres qui ont vie, & qui ne portent point de fruit, qui ne sont pas
renfermez dans le petit nombre d'espéces que l'Ordonnance met sous ce
nom de _mort bois_, qui n'est en usage que suivant les restrictions qui
y sont comprises. Le _mort-bois_ n'est point sujet au tiers & danger.
_Bois blanc_, est le peuplier, le bouleau, le tremble, & autre _bois_
leger & peu solide. Il n'y doit avoir que le tiers au plus de _bois
blanc_ dans la voye de bois de corde ou à brûler, suivant l'Ordonnance.
_Bois en grume_, est tout le bois qu'on améne sans être équarri, qui
est avec son écorce, & tel qu'il est sur pied, comme sont les pilotis
& plusieurs _bois_ de charronage, & d'ouvrages. Il y a des Régles
pour réduire le _bois en grume_ au quarré, c'est à dire, pour sçavoir
combien un arbre sur pied de tant de pourtour donnera de pieds de
_bois_ équarri.
_Bois chablis_ sont _bois_ abattus, ou rompus par les vents, soit
par le pied, soit ailleurs, au corps, ou aux branches, ou déracinez;
on l'appelle aussi _caable_ ou _bois_ versé: tous les arbres de
condamnation pour forfaiture, ou délit y sont aussi compris.
_Bois encroüé_, est un arbre qui en l'abattant est tombé sur un
autre, & dont les branches sont engagées les unes dans les autres.
L'Ordonnance défend d'abattre les bois sur lesquels d'autres sont
_encroüez_.
Le BOIS consideré selon ses defauts, est premiérement le _bois roulé_,
c'est du _bois_ où les cruës de chaque année n'ont point fait corps
ensemble, mais sont demeurées de leur épaisseur sans aucune liaison. Ce
_bois_ ne peut être debité ni en fente, ni en autre marchandise.
_Bois trenché_, est celui qui a le fil de travers, qui au lieu de
suivre le long de l'arbre, le traverse d'un côté à l'autre de l'écorce:
il ne peut être employé à la fente, & il se casse aisément.
_Bois charmez_, sont des _bois_ auxquels on a fait quelque chose pour
les faire mourir, ou tomber.
_Bois arsins_, sont des bois où a été le feu, soit qu'on l'y ait mis
par malice, soit qu'il y ait pris par accident.
On appelle _louppes de bois_ des bosses ou gros nœuds qui s'élevent
sur l'écorce.
_Bois Rabougris_ ou _Abougris_, _Broutez_ ou _Avortez_ sont les _bois_
tortus & malfaits, qui ne croissent qu'à la maniére des pommiers, qui
ne sont pas de belle venuë, & qui doivent être récépez.
_Bois Rustique_ & _Noailleux_, est celui qui a crû sur le gravier, &
est exposé au soleil de midi, qui ne se peut fendre, si ce n'est un
peu vers le tronc. On le dit aussi des racines d'olivier, de noyer, &
d'autres _bois_ veinez, qui servent aux Ebenistes pour des ouvrages de
placage, on l'appelle aussi _bois madré_.
_Bois mouliné_ ou _bois carié_, est du _bois_ corrompu, pourri, & où il
y a des vers & des malandres.
_Bois bombé_, est celui qui est naturellement un peu courbe, & qu'on
pose sur son fort, quand on met par dessus sa partie la plus élevée, &
qui fait sa bosse.
Le BOIS se considere aussi, selon sa taille & ses façons.
_Bois d'équarrissage_, ou _Bois quarré_, est tout le _bois_ équarri
destiné à bâtir, qui est au dessus de six pouces, & selon qu'il est
debité, chaque grosseur porte son nom particulier.
_Bois flacheux_, est celui qui n'est pas bien équarri, & a vive arrête.
Un cent de _bois_ chez les Charpentiers c'est cent fois 72. pouces de
_bois_ en longueur, ou une piéce qui a 12. pieds de long sur six pouces
d'épaisseur & de largeur: de sorte qu'une seule poutre est souvent
comptée pour 15. ou 20. piéces de _bois_. Tout le _bois_ de charpente
se réduit à cette mesure, soit pour la vente, soit pour la voiture,
soit pour le toisé des ouvrages. Il est taillé en longueur depuis six
jusqu'à 30. pieds, en augmentant les piéces toûjours de trois pieds
en trois pieds. Celles de menuiserie ne vont guéres qu'à 15. pieds
avec la même gradation. Ainsi on dit en ce sens, qu'un Navire de 1100.
tonneaux, comme le Victorieux, qui a 120. pieds de quille portant sur
gréve, est composé de 17465. piéces de _bois_ réduites selon l'usage de
Paris; & sa mâture de 4000. qui font bien 1800. charretées de _bois_,
tant que deux chevaux en peuvent tirer, sans les affûts de canon & les
piéces de rechange. Le Caron Arpenteur a fait deux petits volumes de
la qualité & du toisé des _bois_ fort utiles pour les Marchands, ou
Bourgeois qui veulent acheter du _bois_ à bâtir.
_Bois de charronnage_, est celui qui sert à faire des Rouës, des
charriots & charrettes, comme l'orme & le chêne.
_Bois de sciage_, est le _bois_ couppé en planches, & en solives qui
sert pour les menuisiers: comme aussi tout le _bois_ quarré dont
l'épaisseur est moindre de six pouces, s'appelle _bois de sciage_.
_Bois d'ouvrage_, est celui qu'on travaille dans les forêts, dont on
fait des sabots, des pelles, des seaux, des lattes, des cercles, des
éclisses, &c.
On appelle aussi en général du _bois ouvré_, ou non _ouvré_, celui qui
est façonné par les mains des Ouvriers, ou celui qui est en état de
l'être.
_Bois merrein_, c'est du bois fendu en petits ais, dont on fait les
douves des tonneaux, des cuves. On l'appelle aussi _bois à Barils_,
_bois d'enfonçures_, _bois à douvin_, _bois à pipes_. Les Menuisiers
en font aussi des panneaux, mais il ne sert point à bâtir, quoi
qu'abusivement quelques-uns l'étendent à tout le _bois_ de charpente, &
plusieurs aux perches, échalats, &c.
Les Menuisiers appellent aussi du _bois refait_, du _bois_ équarri &
dressé sur toutes ses faces. Ils appellent courroyer le _bois_, quand
ils lui donnent cette façon; ils disent aussi que des _bois_ sont bien
poussez & bien rabbotez, quand ils sont bien unis.
Les Charpentiers appellent aussi _bois affoiblis_, les _bois_ qu'on
a taillez en cintre, qu'on a rendus courbes. Les _bois_ affoiblis
exprés sont toisez de la grandeur de leur bossage, & les courbes de la
grandeur de leur plein cintre; c'est à dire, qu'il faut comprendre le
plus grand vuide de la courbe avec sa largeur.
_Bois à brûler_, est celui qu'on destine à faire du feu, qui se divise
en plusieurs espéces.
_Bois flotté_, est celui qu'on améne en trains, & lié avec des perches
& des rouëttes, sur des riviéres.
_Bois perdu_, est celui qu'on jette dans les petites Riviéres qui n'ont
pas assez d'eau pour porter des trains, ni des bâteaux, & qu'on va
recueillir & mettre en trains aux lieux où elles commencent à porter.
Il est permis aux Marchands de jetter leurs _bois à bois perdu_, en
avertissant les Seigneurs dix jours auparavant: comme aussi de faire
des canaux, & de prendre les eaux des étangs pour les faire flotter, en
dédommageant.
_Bois volants_, sont les bois qui viennent par le flot droit au port,
où on les recueille.
_Bois échappez_, ceux qui par les innondations, s'échappent dans les
prez & dans les terres.
_Bois canars_, ceux qui demeurent au fond de l'eau, ou qui s'arrêtent
sur les bords des ruisseaux, où on a jetté un flot de _bois à bois
perdu_. Les Marchands ont 40. jours aprés que le flot est passé, pour
faire pêcher leurs _bois canars_ sans rien payer.
_Bois neuf_, est le bois qui vient dans des bateaux sans tremper dans
l'eau.
_Bois pelard_ est du bois menu & rond, dont on a ôté l'écorce pour
faire du tan.
_Bois de moulle_ ou de quartier, est du _bois_ qui est mesuré, il doit
avoir au moins 18. pouces de grosseur. Les Marchands Ventiers doivent
fournir aux Bûcherons des chaînes & mesures de ces longueurs.
_Bois de corde_, est du _bois_ fait ordinairement de branchages ou de
taillis, on l'appelle ainsi quand il est au dessous de 17. pouces de
grosseur. Il doit être au moins de six, & se vend à la membrure, qui a
quatre pieds de haut sur quatre pieds de large. Il est ainsi appellé à
cause qu'on le mesuroit n'aguéres à Paris avec des cordes, comme on le
fait encore sur les lieux. Tout _bois_ à brûler en général doit avoir
trois pieds & demi de long, y compris la taille. La corde de bois vaut
deux voyes de Paris. La mesure de la corde de _bois_ selon l'Ordonnance
est de 8. pieds de long & de 4. de haut. Du _bois_ en chantier, c'est
du _bois_ en pile & en magasin.
_Bois de compte_, est celui dont les 62. bûches au plus se trouveront
remplir les trois anneaux qui composent la voye de _bois_ par les
Ordonnances de la Ville, & ceux qui sont au dessous de 18. pouces de
grosseur doivent être rejettez & renvoyez parmi le _bois_ de corde.
Mouleur de _bois_ est un Officier de Ville établi sur les Ports, pour
faire mesurer le _bois_ dans les moulles ou membrures.
On appelle à Paris _bois de gravier_, un _bois_ demi flotté, qui vient
de la forest de Montargis, & qui est plus cher que le bois ordinaire.
On appelle du _bois d'Andelle_, un _bois_ de deux pieds & demi au plus,
qui vient par bateaux par la Riviére d'Andelle; il est ordinairement de
hestre.
Brin de _bois_, est un morceau de _bois_ de belle venuë, droit & long
qui n'est point scié, si ce n'est pour l'équarrissage, & qui est de
toute la grosseur de l'arbre: il est excellent pour faire des planchers.
On appelle aussi un Brin de _bois_, un _bois_ de pique, un _bois_ de
lance, ou les _bois_ de ces armes avant qu'ils soient ferrez.
Les anciens Chevaliers appelloient _bois_ leurs lances: leurs _bois_
volerent en éclats; & on disoit qu'ils portoient bien leurs _bois_,
lors qu'ils couroient en lice de bonne grace. C'est de là que
figurément on dit qu'une femme porte bien son _bois_, pour dire qu'elle
a bonne mine à marcher.
On dit en termes de guerre, quand on fait faire alte à l'Infanterie,
haut le _bois_, à cause qu'on leve alors les piques; & dans sa marche,
faire long _bois_, quand on veut augmenter l'intervale qui est entre
les rangs.
On appelle en Menuiserie des meubles de _bois_, des tables, des siéges,
des _bois_ de lit, quand ils n'ont point de garniture d'étoffe ni de
tapisserie.
En termes de venerie, on dit un _bois_ de cerf, ce qu'on appelle
autrement _corne de cerf_; & l'on dit qu'un cerf a touché au _bois_,
quand il a dépoüillé la peau de sa tête, en frottant contre des arbres.
On dit figurément en ce sens qu'une femme fait porter du _bois_ à son
mari, pour dire qu'elle lui fait porter les cornes, qu'elle lui est
infidéle.
En Agriculture _bois_ se dit des menuës branches, sions, ou rejettons
que les arbres poussent chaque année: ainsi on dit qu'un arbre nain
pousse trop de _bois_, qu'une vigne est trop chargée de _bois_, pour
dire qu'il la faut tailler, & qu'il faut émonder ou élaguer les arbres.
On appelle aussi la vigne, le _bois_ tortu.
_Bois gentil_ est une plante medicinale qui jette plusieurs surgeons,
qui a ses branches hautes d'un palme; ses feüilles sont semblables à
celles de l'olivier, quoi que plus menuës & plus améres. Elles ont un
goût si piquant, qu'elles écorchent la langue & le gosier, on l'appelle
en Latin _chamelœa_, & est de grand usage en Medecine.
BOIS est aussi un nom collectif, qui signifie les arbres qui sont
plantez fort épais & en grand nombre, soit dans un jardin, soit à la
campagne: un _bois_ épais: un _bois_ dégradé.
_Bois de haute fûtaye_, c'est le _bois_ qui est parvenu à sa plus
grande hauteur, qui est réputé immeuble, & qui ne peut être abattu par
un usufruitier.
On appelle _bois de haut revenu_, celui qui est de demie fûtaye de 40.
ou de 60. ans.
_Bois sur le retour_, est un _bois_ trop vieux, qui commence à diminuer
de prix, & à se corrompre, qui a plus de 200. ans à l'égard des chênes:
il est different du _bois_ taillis qui renaît sur les vieilles souches
de la haute fûtaye, coupées, & qu'on peut couper tous les neuf, douze,
ou quinze ans, qui tourne au profit de l'usufruitier.
_Bois taillis_, est le _bois_ qu'on met en coupes ordinaires tous les
dix ans, & qui est au dessous de 40. ans, car au delà c'est une _fûtaye
sur taillis_, c'est dont on fait le charbon & le _bois_ à brûler.
_Bois à faucillon_, est un petit taillis, qu'on peut couper avec un
petit ferrement.
_Bois en pueil_, c'est un _bois_ nouvellement coupé, & qui n'a pas
encore trois ans. Ce mot se trouve en plusieurs Coûtumes, & entr'autres
en celle d'Auvergne.
On appelle un _Bois en défens_, quand on a défendu de couper un _bois_,
qu'on a reconnu de belle venuë dans quelque triage, pour le conserver
& le laisser croître jusqu'à ce qu'on en ait besoin; & on dit qu'un
_bois_ est jugé _défensable_, quand le Juge a donné permission d'y
faire entrer les bestiaux en panage.
_Bois marmenteaux_ ou _bois de touche_, sont des _bois_ au tour d'une
maison ou d'un parterre, pour leur servir d'ornement, ausquels on
ne touche point. Les usufruitiers ne peuvent faire couper les _bois
marmenteaux_ & _bois de touche_, ni en haute fûtaye, ni en taillis,
quand ils servent à la décoration d'une maison ou d'un Château.
Une coupe de _bois_ réglée est une division qui se fait d'un grand
_bois_ en certaines portions, afin qu'on en coupe chaque année une
certaine quantité sans dégrader le _bois_, ni en diminuer le revenu. On
appelle l'âge du _bois_, ou l'essence du _bois_, le temps écoulé depuis
sa derniére coupe.
L'usance du _bois_ se dit de son exploitation.
_Garde Bois_, est l'Officier préposé pour empêcher les dégradations des
_bois_, & conserver le gibier.
En Poësie on appelle les Divinitez des _bois_ les Driades, Hamadriades,
les Faunes, les Satyres, &c.
En termes de Marine on dit faire du _bois_, pour dire descendre en
terre pour aller couper des _bois_ nécessaires à l'équipage. On dit
aussi qu'un vaisseau a reçû des coups en _bois_, pour dire dans les
bas, dans les œuvres vives.
HAUT BOIS. _s. m._ Est une flûte qui est de differente grandeur selon
les quatre parties, qui servent à en faire un concert. Il est devenu
depuis peu un instrument militaire, le Roi en ayant mis dans les
Compagnies des Mousquetaires.
On dit figurément qu'un homme jouë du _haut bois_, quand il fait
abattre, &c.