Pourtant, comme cette question des phénomènes physiques occultes est

très importante et plus que jamais à l'ordre du jour, comme, d'autre

part, notre étude doit contenir les plus récentes recherches faites à

leur endroit, nous allons terminer cette seconde partie de notre sujet

par le compte rendu paru, il y a quelques jours, des expériences

instituées, en septembre dernier, à Milan, avec le concours du médium

Eusapia Paladino, par MM. Richet, Aksakof, Lombroso et plusieurs

autres savants italiens.

Ce compte rendu constitue, dans les archives des Sciences psychiques,

un document de la plus précieuse valeur. C'est, en effet, la première

fois que l'on voit plusieurs hommes, d'une réputation scientifique

incontestée, se réunir dans le but de soumettre à des investigations

méthodiques des phénomènes jusqu'ici suspects et rejetés

impitoyablement par les Académies. Ce fait seul indique le progrès

accompli par les idées relatives à l'Occulte et à quel point ces idées

sont «dans l'air». Ce document ne conclut pas, c'est vrai, mais cette

conclusion, il nous la fait entrevoir prochaine; de plus, en nous

mettant à même d'apprécier leur méthode si rigoureuse et leurs

scrupules si tenaces, il nous montre que, lorsque ces mêmes hommes

proclameront la réalité des merveilles de l'Occulte, on pourra et même

il faudra les croire en toute sûreté d'esprit.

Que l'on veuille donc considérer ce qui va suivre comme le dernier mot

dit par la Science officielle sur les phénomènes qui nous occupent.

Que l'on veuille aussi le considérer comme une sorte de résumé

synthétique de la seconde partie de notre étude, et regarder les

opinions émises par les auteurs comme un exposé de ce que nous pensons

nous-même.

Comme ce rapport est passablement long, nous nous voyons forcé de n'en

citer que les passages les plus caractéristiques. Le lecteur trouvera

les autres dans le numéro de février 1893 des _Annales des Sciences

psychiques_.

RAPPORT DE LA COMMISSION

_Réunie à Milan pour l'étude des Phénomènes psychiques_

Prenant en considération le témoignage du professeur Cesare Lombroso,

au sujet des phénomènes médianimiques qui se produisent par

l'intermédiaire de Mme Eusapia Paladino, les soussignés se sont réunis

ici, à Milan, pour faire avec elle une série d'études, en vue de

vérifier ces phénomènes, en la soumettant à des expériences et à des

observations aussi rigoureuses que possible. Il y a eu en tout

dix-sept séances, qui se sont tenues dans l'appartement de M. Finzi

(rue du Mont-de Piété), entre 9 heures du soir et minuit.

Le médium invité à ces séances par M. Aksakof fut présenté par le

chevalier Chiaia, qui assista seulement à un tiers des séances, et

presque uniquement aux premières et aux moins importantes.

Vu l'émotion produite dans le monde de la Presse par l'annonce de ces

séances et les diverses appréciations qui y furent émises à l'égard de

Mme Eusapia et du chevalier Chiaia, nous croyons devoir publier sans

retard ce court compte rendu de toutes nos observations et

expériences.

Avant d'entrer en matière, nous devons faire immédiatement remarquer

que les résultats obtenus ne correspondent pas toujours à notre

attente. Non pas que nous n'ayons en grande quantité des faits, en

apparence ou réellement importants et merveilleux; mais, dans la

plupart des cas, nous n'avons pu appliquer les règles de l'art

expérimental qui, dans d'autres champs d'observation, sont regardées

comme nécessaires pour arriver à des résultats certains et

incontestables.

La plus importante de ces règles consiste à changer l'un après l'autre

les modes d'expérimentation, de façon à dégager la vraie cause, ou au

moins les vraies conditions de tous les faits. Or, c'est précisément à

ce point de vue que nos expériences nous semblent encore trop

incomplètes.

Il est bien vrai que souvent le médium, pour prouver sa bonne foi,

proposa spontanément de changer quelque particularité de l'une ou de

l'autre expérience et, bien des fois, prit lui-même l'initiative de

ces changements. Mais cela se rapportait surtout à des circonstances

indifférentes en apparence, d'après notre manière de voir. Les

changements, au contraire, qui nous semblaient nécessaires pour mettre

hors de doute le vrai caractère des résultats, ou ne furent pas

acceptés comme possibles par le médium, ou, s'ils furent réalisés,

réussirent, la plupart du temps, à rendre l'expérience nulle ou au

moins aboutirent à des résultats obscurs.

Nous ne nous croyons pas en droit d'expliquer ces faits, à l'aide de

ces suppositions injurieuses que beaucoup trouvent encore les plus

simples et dont les journaux se sont fait les champions.

Nous pensons, au contraire, qu'il s'agit ici de phénomènes d'une

nature inconnue, et nous avouons ne pas connaître les conditions

nécessaires pour qu'ils se produisent. Vouloir fixer ces conditions de

notre propre chef serait donc aussi extravagant que de prétendre faire

l'expérience du baromètre de Torricelli, avec un tube fermé en bas, ou

des expériences électrostatiques, dans une atmosphère saturée

d'humidité, ou encore de faire de la photographie en exposant la

plaque sensible à la pleine lumière, avant de la placer dans la

chambre obscure. Mais pourtant, en admettant tout cela (et pas un

homme raisonnable n'en peut douter), il n'en reste pas moins vrai que

l'impossibilité bien marquée de varier les expériences, à notre guise,

a singulièrement diminué la valeur et l'intérêt des résultats obtenus,

en leur enlevant, dans bien des cas, cette rigueur de démonstration

qu'on est en droit d'exiger pour des faits de cette nature, ou plutôt

à laquelle on doit aspirer.

Pour ces raisons, parmi les innombrables expériences effectuées, nous

passerons sous silence ou nous mentionnerons rapidement celles qui

nous paraîtront peu probantes et à l'égard desquelles les conclusions

ont pu facilement varier chez les divers expérimentateurs. Nous

noterons, au contraire, avec plus de détails, les circonstances dans

lesquelles, malgré l'obstacle que nous venons d'indiquer, il nous

semble avoir atteint un degré suffisant de probabilité.

I.--PHÉNOMÈNES OBSERVÉS A LA LUMIÈRE

....................................................................

_3º Mouvements d'objets à distance, sans aucun contact avec une des

personnes présentes_

_a_) Mouvements spontanés d'objets.

Ces phénomènes ont été observés à plusieurs reprises pendant nos

séances; fréquemment, une chaise placée, dans ce but, non loin de la

table, entre le médium et un de ses voisins, se mit en mouvement et

quelquefois s'approcha de la table. Un exemple remarquable se

produisit dans la seconde séance, _toujours en pleine lumière_; une

lourde chaise (10 kilog.), qui se trouvait à 1 mètre de la table et

derrière le médium, s'approcha de M. Schiaparelli, qui se trouvait

assis près du médium; il se leva pour la remettre en place, mais à

peine s'était-il rassis que la chaise s'avança une seconde fois vers

lui.

_b_) Mouvements de la table sans contact.

Il était désirable d'obtenir ce phénomène par voie d'expérience.

Pour cela, la table fut placée sur des roulettes, les pieds du médium

furent surveillés et tous les assistants firent la chaîne avec les

mains, y compris celles du médium. Quand la table se mit en mouvement,

nous soulevâmes, tous, les mains, sans rompre la chaîne, et la table,

ainsi isolée, fit plusieurs mouvements, comme dans la seconde

expérience. Cette expérience fut renouvelée plusieurs fois.

_c_) Mouvement du levier de la balance à bascule.

Cette expérience fut faite, pour la première fois, dans la séance du

21 septembre.

Après avoir constaté l'influence que le corps du médium exerçait sur

la balance, pendant qu'il s'y tenait assis, il était intéressant de

voir si cette expérience pouvait réussir à distance. Pour cela, la

balance fut placée derrière le dos du médium assis à la table, de

telle sorte que la plate-forme fût à 10 centimètres de sa chaise. On

mit, en premier lieu, le bord de sa robe en contact avec la

plate-forme; le levier commença à se mouvoir. Alors, M. Brofferio se

mit à terre et tint le bord avec la main; il constata qu'il n'était

pas tout à fait droit, puis il reprit sa place.

Les mouvements continuant avec assez de force, M. Aksakof se mit à

terre, derrière le médium, isola complètement la plate-forme du bord

de sa robe, replia celui-ci sous la chaise et s'assura avec la main

que l'espace était bien libre entre la plate-forme et la chaise, ce

qu'il nous fit connaître aussitôt.

Pendant qu'il restait dans cette position, le levier continuait à se

mouvoir et à battre contre la barre d'arrêt, ce que nous avons tous vu

et entendu. Une seconde fois, la même expérience fut faite, dans la

séance du 27 septembre, devant le professeur Richet. Quand, après une

certaine attente, le mouvement du levier se produisit à la vue de

tous, battant contre l'arrêt, M. Richet quitta aussitôt sa place

auprès du médium et s'assura, en passant la main en l'air et par

terre, entre le médium et la plate-forme, que cet espace était libre

de toute communication, de toute ficelle ou artifice.

_4º Coups et reproductions de sons dans la table_

Ces coups se sont toujours produits pendant nos séances, pour exprimer

_oui_ ou _non_; quelquefois ils étaient forts et nets et semblaient

résonner dans le bois de la table; mais, comme on l'a remarqué, la

localisation du son n'est pas chose facile, et nous n'avons pu

essayer, sur ce point, aucune expérience, à l'exception des coups

rythmés ou des divers frottements que nous faisions sur la table et

qui semblaient se reproduire, ensuite, _dans l'intérieur de la table_,

mais faiblement.

II.--PHÉNOMÈNES OBSERVÉS DANS L'OBSCURITÉ

Les phénomènes observés dans l'obscurité complète se produisirent

pendant que nous étions tous assis autour de la table, faisant la

chaîne (au moins pendant les premières minutes). Les mains et les

pieds du médium étaient tenus par ses deux voisins. Invariablement,

les choses étant en cet état, ne tardèrent pas à se produire les faits

les plus variés et les plus singuliers que, dans la pleine lumière,

nous aurions en vain désirés; l'obscurité augmentant évidemment la

facilité de ces manifestations, que l'on peut classer comme il suit:

_1. Coups sur la table sensiblement plus forts que ceux que l'on

entendait en pleine lumière sous ou dans la table; fracas terrible,

comme celui d'un coup de poing ou d'un fort soufflet donné sur la

table._

_2. Chocs et coups frappés contre les chaises des voisins du médium,

parfois assez forts pour faire tourner la chaise avec la personne.

Quelquefois cette personne se soulevant, sa chaise était retirée._

_3. Transport sur les tables d'objets divers, tels que des chaises,

des vêtements et d'autres choses, quelquefois «éloignés de plusieurs

mètres» et pesant «plusieurs kilogrammes.»_

_4. Transport dans l'air d'objets divers, d'instruments de musique,

par exemple; percussions et sons produits par ces objets._

_5. Transport sur la table du médium, avec la chaise sur laquelle il

était assis._

_6. Apparitions de points phosphorescents de très courte durée (une

fraction de seconde) et de lueurs, notamment de disques lumineux, qui

souvent se dédoublaient, d'une durée également très courte._

_7. Bruit de deux mains qui frappaient en l'air l'une contre l'autre._

_8. Souffles d'air sensibles, comme un léger vent limité à un petit

espace._

_9. Attouchements produits par une main mystérieuse, soit sur les

parties vêtues de notre corps, soit sur les parties nues (visage et

mains), et, dans ce dernier cas, on éprouve exactement cette sensation

de contact et de chaleur que produit une main humaine. Parfois, on

perçoit réellement de ces attouchements, qui produisent un bruit

correspondant._

_10. Vision d'une ou deux mains projetées sur un papier phosphorescent

ou une fenêtre faiblement éclairée._

_11. Divers ouvrages effectués par ces mains: nœuds faits et défaits,

traces de crayon (selon toute apparence) laissées sur une feuille de

papier ou autre part. Empreintes de ces mains sur une feuille de

papier noircie._

_12. Contact de nos mains avec une figure mystérieuse, «qui n'est

certainement pas celle du médium»._

Tous ceux qui nient la possibilité des phénomènes médianimiques

essaient d'expliquer ces faits, en supposant que le médium a la

faculté (déclarée impossible par le professeur Richet) de voir dans

l'obscurité complète où se faisaient les expériences, et que celui-ci,

par un habile artifice, en s'agitant de mille manières dans

l'obscurité, finit par faire tenir la même main par ses deux voisins,

en rendant l'autre libre, pour produire les attouchements. Ceux

d'entre nous qui ont eu l'occasion d'avoir en garde les mains

d'Eusapia sont obligés d'avouer que celle-ci ne se prêtait assurément

pas à faciliter leur surveillance et à les rendre à tout instant sûrs

de leur fait.

Au moment où allait se produire quelque phénomène important, elle

commençait à s'agiter de tout son corps, se tordant et essayant de

délivrer ses mains, surtout la droite, comme d'un contact gênant. Pour

rendre leur surveillance continue, ses voisins étaient obligés de

suivre tous les mouvements de la main fugitive, opération pendant

laquelle il n'était pas rare de perdre son contact pendant quelques

instants, juste au moment où il était le plus désirable de s'en bien

assurer. Il n'était pas toujours facile de savoir si l'on tenait la

main droite ou la main gauche du médium.

Pour cette raison, beaucoup des manifestations très nombreuses,

observées dans l'obscurité, ont été considérées comme d'une valeur

démonstrative insuffisante, quoiqu'en réalité probable: aussi les

passerons-nous sous silence, exposant seulement quelques cas sur

lesquels on ne peut avoir aucun doute, soit à cause de la certitude du

contrôle exercé, soit par _l'impossibilité manifeste_ qu'ils fussent

l'œuvre du médium.

_a_) Apports de différents objets, pendant que les mains du médium

étaient attachées à celles de ses voisins.

Pour nous assurer que nous n'étions pas victimes d'une illusion, nous

attachâmes les mains du médium à celles de ses deux voisins, au moyen

d'une simple ficelle de 3 millim. de diamètre, de façon que les

mouvements des quatre mains se contrôlassent réciproquement...

L'attache fut faite de la façon suivante: autour de chaque poignet du

médium, on fit trois tours de ficelle, sans laisser de jeu, serrés

presque au point de lui faire mal, et ensuite on fit deux fois un

nœud simple. Ceci fait, une sonnette fut placée sur une chaise, à

droite du médium. On fit la chaîne et les mains du médium furent, en

outre, tenues comme d'habitude, ainsi que ses pieds. On fit

l'obscurité, en exprimant le désir que la sonnette tintât

immédiatement, après quoi nous aurions détaché le médium.

_Immédiatement_, nous entendîmes la chaise se renverser, décrire une

courbe sur le sol, s'approcher de la table et bientôt se placer sur

celle-ci. La sonnette tinta, puis fut projetée sur la table. Ayant

fait brusquement la lumière, on constata que les nœuds étaient dans

un ordre parfait. Il est clair que l'apport de la chaise n'a pu être

produit par l'action des mains du médium, pendant cette expérience,

qui ne dura en tout que dix minutes.

_b_) Empreintes de doigts obtenues sur du papier enfumé.

Pour nous assurer que nous avions vraiment affaire à une main humaine,

nous fixâmes sur la table, du côté opposé à celui du médium, une

feuille de papier noirci avec du noir de fumée, en exprimant le désir

que la main y laissât une empreinte, que la main du médium restât

propre, et que le noir de fumée fût transporté sur l'une de nos mains.

Les mains du médium étaient tenues par celles de MM. Schiaparelli et

Du Prel. On fit la chaîne et l'obscurité; nous entendîmes alors une

main frapper légèrement sur la table, et bientôt M. Du Prel annonça

que sa main gauche, qu'il tenait sur la main droite de M. Finzi, avait

senti des doigts qui la frottaient.

Ayant fait la lumière, nous trouvâmes sur le papier plusieurs

empreintes de doigts et le dos de la main de M. Du Prel teint de noir

de fumée; les mains du médium, examinées immédiatement, ne portaient

aucune trace. Cette expérience fut répétée trois fois, en insistant

pour avoir une empreinte complète: sur une seconde feuille, on obtint

cinq doigts et sur une troisième, l'empreinte d'une main gauche

presque entière. Après cela, le dos de la main de M. Du Prel était

complètement noirci et les mains du médium parfaitement nettes.

_c_) Apparition de mains sur un fond légèrement éclairé.

Nous plaçâmes sur la table un carton enduit d'une substance

phosphorescente (sulfure de calcium) et nous en plaçâmes d'autres sur

des chaises, en différents points de la chambre. Dans ces conditions,

nous vîmes très bien le profil d'une main qui se posait sur le carton

de la table et sur le fond formé par les autres cartons; on vit

l'ombre de la main passer et repasser autour de nous.

Le soir du 21 septembre, l'un de nous vit, à plusieurs reprises, non

pas une, mais _deux mains à la fois_ se projeter sur la faible lumière

d'une fenêtre, fermée seulement par des carreaux (au dehors il faisait

nuit, mais ce n'était pas l'obscurité absolue); les mains s'agitaient

rapidement, pas assez pourtant pour que nous n'en pussions distinguer

nettement le profil. Elles étaient complètement opaques, et se

projetaient sur la fenêtre, en silhouettes absolument noires. Il ne

fut pas possible aux observateurs de porter un jugement sur les bras

auxquels ces mains étaient attachées, parce qu'une petite partie

seulement de ces bras, voisine du poignet, s'interposait devant la

faible clarté de la fenêtre, dans l'endroit où l'on pouvait

l'observer.

Ces phénomènes d'apparition simultanée de deux mains sont très

significatifs, parce que l'on ne peut les expliquer par l'hypothèse

d'une supercherie du médium qui n'aurait pu, en aucune façon, en

rendre libre plus d'une seule, grâce à la surveillance de ses voisins.

La même conclusion s'applique au battement des _deux mains_ l'une

contre l'autre, qui fut entendu plusieurs fois dans l'air, pendant le

cours de nos expériences.

_d_) Enlèvement du médium sur la table.

Nous plaçons parmi les faits les plus importants et les plus

significatifs cet enlèvement, qui s'est effectué deux fois, le 23

septembre et le 3 octobre: le médium, qui était assis à un bout de

table, faisant entendre de grands gémissements, fut soulevé avec sa

chaise et placé avec elle sur la table, assis dans la même position,

ayant toujours les mains tenues et accompagnées par ses voisins.

Le soir du 28 septembre, le même médium, tandis que ses deux mains

étaient tenues par MM. Richet et Lombroso, se plaignit de mains qui le

saisissaient sous le bras, puis, dans un état de transe, il dit d'une

voix changée, qui est ordinaire dans cet état: «Maintenant, j'apporte

mon médium sur la table.» Au bout de deux ou trois secondes, la chaise

avec le médium qui y était assis fut, non pas jetée, mais soulevée

sans précaution et déposée sur la table, tandis que MM. Richet et

Lombroso sont sûrs de n'avoir aidé en rien à cette ascension par leurs

propres efforts. Après avoir parlé, toujours en état de _transe_, le

médium annonça sa descente, et M. Finzi s'étant substitué à M.

Lombroso, le médium fut déposé à terre avec autant de sûreté et

de précision, tandis que MM. Richet et Finzi accompagnaient, sans

les aider en rien, les mouvements des mains et du corps et

s'interrogeaient à chaque instant sur la position des mains.

En outre, pendant la descente, tous deux sentirent, à plusieurs

reprises, une main qui les touchait légèrement sur la tête. Le soir du

3 octobre, le même phénomène se renouvela, dans des circonstances

assez analogues, MM. Du Prel et Finzi se tenant à côté du médium.

_e_) Attouchements.

Quelques-uns méritent d'être notés, particulièrement, à cause d'une

circonstance capable de fournir quelque notion intéressante sur leur

origine possible; et d'abord, il faut noter les attouchements qui

furent sentis par les personnes placées hors de la portée des mains du

médium.

Ainsi, le 6 octobre, M. Gerosa, qui se trouvait à la distance de trois

places du médium (environ 1 mètre), ayant élevé la main pour qu'elle

fût touchée, sentit plusieurs fois une main qui frappait la sienne

pour l'abaisser, et comme il persistait, il fut frappé avec une

trompette, qui, un peu auparavant, avait rendu des sons en l'air...

En second lieu, il faut noter les attouchements qui constituent des

opérations délicates, qu'on ne peut faire dans l'obscurité avec la

précision que nous leur avons remarquée.

Deux fois (16 et 21 septembre), M. Schiaparelli eut ses lunettes

enlevées et placées devant une autre personne sur la table. Ces

lunettes sont fixées aux oreilles au moyen de deux ressorts, et il

faut une certaine attention pour les enlever, même pour celui qui

opère en pleine lumière. Elles furent pourtant enlevées, dans

l'obscurité complète, avec tant de délicatesse et de promptitude, que

le dit expérimentateur ne s'en aperçut seulement qu'en ne sentant plus

le contact habituel de ses lunettes sur son nez, sur les tempes et sur

les oreilles, et il dut se tâter avec les mains pour s'assurer

qu'elles ne se trouvaient plus à leur place habituelle.

Des effets analogues résultèrent de beaucoup d'autres attouchements,

exécutés avec une excessive délicatesse, par exemple, lorsqu'un des

assistants se sentit caresser les cheveux et la barbe. Dans toutes les

innombrables manœuvres exécutées par les mains mystérieuses, il n'y

eut jamais à noter une maladresse ou un choc, ce qui est ordinairement

inévitable pour qui opère dans l'obscurité...........

_f_) Contacts avec une figure humaine.

L'un de nous, ayant exprimé le désir d'être embrassé, sentit devant sa

propre bouche le bruit rapide d'un baiser, mais non accompagné d'un

contact de lèvres: cela se produisit deux fois (21 septembre et 1er

octobre). En trois occasions différentes, il arriva à l'un des

assistants de toucher une figure humaine ayant des cheveux et de la

barbe; le contact de la peau était absolument celui de la figure d'un

homme vivant, les cheveux étaient beaucoup plus rudes et hérissés que

ceux du médium, et la barbe, au contraire, paraissait très fine (1er,

5 et 6 octobre).....................

_h_) Expériences de Zœllner sur la pénétration d'un solide à travers

un autre solide.

On connaît les célèbres expériences par lesquelles l'astronome

Zœllner a tenté de prouver expérimentalement l'existence d'une

quatrième dimension de l'espace, laquelle, d'après sa manière de voir,

aurait pu servir de base à une théorie acceptable de beaucoup de

phénomènes médianimiques.

Quoique nous sachions bien que, d'après une opinion très répandue,

Zœllner a pu être victime d'une mystification fort habile[134], nous

avons cru très important d'essayer une partie de ses expériences,

avec l'aide de Mme Eusapia. Une seule d'entre elles, qui aurait

réussi, avec les précautions voulues, nous aurait récompensé avec

usure de toutes nos peines et nous aurait donné une preuve évidente de

la réalité des faits médianimiques, même aux yeux des contradicteurs

les plus obstinés. Nous avons essayé successivement trois des

expériences de Zœllner, savoir:

1º L'entrecroisement de deux anneaux solides (de bois ou de carton),

auparavant séparés;

2º La formation d'un nœud simple sur une corde sans fin;

3º La pénétration d'un objet solide de l'extérieur à l'intérieur d'une

boîte fermée, dont la clef était gardée en main sûre[135].

[134] Opinion qui a cours aussi en ce qui concerne Croockes....

Elle est si commode! Grâce à elle, on évite si aisément les

courbatures cérébrales que l'on attraperait, à vouloir réfléchir

sérieusement sur ces histoires-là!

[135] On trouvera, dans le livre de M. Croockes (pag. 172 et

suiv.), un fait à peu près analogue: en présence de plusieurs

personnes et de M. Croockes lui-même, «une tige d'herbe de Chine»

traversa une table...

Aucune de ces tentatives n'a réussi. Il en fut de même d'une autre

expérience qui aurait été non moins probante, celle du moulage de la

main mystérieuse dans de la paraffine fondue.....

III.--PHÉNOMÈNES PRÉCÉDEMMENT OBSERVÉS DANS L'OBSCURITÉ, OBTENUS ENFIN

A LA LUMIÈRE, AVEC LE MÉDIUM EN VUE.

Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question · 第 14 / 17 段