Dans une lettre que j'ai écrite à ce journal, au commencement de

février dernier, je parlais des phénomènes de formes d'esprits

qui s'étaient manifestées par la médiumnité de Mlle Coock, et je

disais: «Que ceux qui inclinent à juger durement Mlle Coock

suspendent leur jugement jusqu'à ce que j'apporte une preuve

certaine qui, je le crois, sera suffisante pour résoudre la

question.»

En ce moment, Mlle Coock se consacre exclusivement à une série de

séances privées auxquelles n'assistent qu'un ou deux de mes amis

et moi. J'en ai vu assez pour me convaincre pleinement de la

sincérité et de l'honnêteté parfaites de Mlle Coock, et pour me

donner tout lieu de croire que les promesses que Katie King m'a

faites si librement seront tenues.

Dans cette lettre, je décrivais un incident qui, selon moi, était

très propre à me convaincre que Katie et Mlle Coock étaient deux

êtres _matériels_ distincts. Lorsque Katie était hors du cabinet

debout devant moi, j'entendis un son plaintif venant de Mlle

Coock qui était dans le cabinet. Je suis heureux de dire que j'ai

enfin obtenu «_la preuve absolue_» dont je parlais dans la lettre

ci-dessus mentionnée.

Pour le moment, je ne parlerai pas de la plupart des preuves que

Katie m'a données, dans les nombreuses occasions où Mlle Coock

m'a favorisé de séances chez moi, et je n'en décrirai qu'une ou

deux qui ont eu lieu tout récemment. Depuis quelque temps,

j'expérimentais avec une lampe à phosphore, consistant en une

bouteille de 6 à 8 onces, qui contenait un peu d'huile phosphorée

et qui était solidement bouchée. J'avais des raisons pour espérer

qu'à la lumière de cette lampe, quelques-uns des phénomènes du

cabinet pourraient se rendre visibles, et Katie espérait, elle

aussi, obtenir le même résultat.

Le 12 mars, pendant une séance chez moi, et après que Katie eut

marché au milieu de nous, qu'elle nous eut parlé pendant quelque

temps, elle se retira derrière le rideau qui séparait mon

laboratoire, où l'assistance était assise, de ma bibliothèque

qui, temporairement, faisait l'office de cabinet.

Au bout d'un moment, elle revint au rideau et m'appela à elle en

disant: «Entrez dans la chambre et soulevez la tête de mon

médium; elle a glissé à terre.» Katie était alors debout devant

moi, revêtue de sa robe blanche habituelle et coiffée de son

turban. Immédiatement, je me dirigeai vers la bibliothèque pour

relever Mlle Coock, et Katie fit quelques pas de ce côté pour me

laisser passer. En effet, Mlle Coock avait glissé en partie de

dessus le canapé et sa tête penchait dans une position très

pénible. Je la remis sur le canapé, et en faisant cela, j'eus,

malgré l'obscurité, la satisfaction de constater que Mlle Coock

n'était pas revêtue du costume de Katie, mais qu'elle portait,

son vêtement ordinaire de velours noir et se trouvait dans une

profonde léthargie. Il ne s'était pas écoulé plus de trois

secondes entre le moment où je vis Katie en robe blanche, devant

moi, et celui où je relevai Mlle Coock sur le canapé, en la

tirant de la position où elle se trouvait.

En retournant à mon poste d'observation, Katie apparut de nouveau

et dit qu'elle pensait qu'elle pourrait se montrer à moi en même

temps que son médium. Le gaz fut baissé et elle me demanda ma

lampe à phosphore. Après s'être montrée à sa lueur pendant

quelques secondes, elle me la remit dans les mains en disant:

«Maintenant, entrez, et venez voir mon médium.» Je la suivis de

près dans ma bibliothèque et, à la lueur de ma lampe, je vis Mlle

Coock reposant sur le sofa, exactement comme je l'y avais

laissée. Je regardai autour de moi pour voir Katie, mais elle

avait disparu. Je l'appelai, mais je ne ne reçus pas de réponse.

Je repris ma place, et Katie réapparut bientôt et me dit que,

tout le temps, elle avait été debout auprès de Mlle Coock. Elle

demanda alors si elle ne pourrait pas elle-même essayer une

expérience, et, prenant de mes mains la lampe à phosphore, elle

passa derrière le rideau, me priant de ne pas regarder dans le

cabinet pour le moment. Au bout de quelques minutes, elle me

rendit la lampe en me disant qu'elle n'avait pas pu réussir,

qu'elle avait épuisé tout le fluide du médium, mais qu'elle

essaierait de nouveau une autre fois. Mon fils aîné, un garçon

de quatorze ans, qui était assis en face de moi, dans une

position telle qu'il pouvait voir derrière le rideau, me dit

qu'il avait distinctement vu la lampe à phosphore paraissant

flotter dans l'espace au-dessus de Mlle Coock et l'éclairant,

pendant qu'elle était étendue sans mouvement sur le sofa, mais

qu'il n'avait pu voir personne tenir la lampe.

Je passe maintenant à la séance tenue hier soir à Hackner. Jamais

Katie n'est apparue avec une aussi grande perfection; pendant

près de deux heures, elle s'est promenée dans la chambre, en

causant familièrement avec ceux qui étaient présents. Plusieurs

fois, elle me prit le bras en marchant, et l'impression ressentie

par mon esprit que c'était une femme vivante qui se trouvait à

mon côté et non pas un visiteur de l'autre monde, cette

impression, dis-je, fut si forte, que la tentation de répéter une

intéressante et curieuse expérience devint presque irrésistible.

Pensant donc que si je n'avais pas un esprit près de moi, il y

avait tout au moins une dame, je lui demandai la permission de la

prendre dans mes bras, afin de me permettre de vérifier les

intéressantes observations qu'un expérimentateur hardi avait

récemment fait connaître d'une manière tant soit peu prolixe.

Cette permission me fut gracieusement donnée, et, en conséquence,

j'en usai--convenablement, comme tout homme bien élevé l'eût fait

dans ces circonstances. M. Volckman sera charmé de savoir que je

puis corroborer son assertion que le «fantôme» (qui du reste ne

fit aucune résistance) était un être aussi matériel que Mlle

Coock elle-même. Mais la suite montrera combien un

expérimentateur a tort, quelque soignées que ses observations

puissent être, de se hasarder à formuler une importante

conclusion quand les preuves ne sont pas en quantité suffisante.

Katie dit alors que, cette fois, elle se croyait capable de se

montrer en même temps que Mlle Coock. Je baissai le gaz, et

ensuite, avec ma lampe à phosphore, je pénétrai dans la chambre

qui servait de cabinet. Mais, préalablement, j'avais prié un de

mes amis, qui est habile sténographe, de noter toute observation

que je pourrais faire pendant que je serais dans ce cabinet, car

je connais l'importance qui s'attache aux premières impressions,

et je ne voulais pas me confier à ma mémoire plus qu'il n'était

nécessaire. Ces notes sont en ce moment devant moi.

J'entrai dans la chambre avec précaution; il y faisait noir, et

ce fut à tâtons que je cherchai Mlle Coock. Je la trouvai

accroupie sur le plancher.

M'agenouillant, je laissai l'air entrer dans ma lampe, et, à sa

lueur, je vis cette jeune dame vêtue de velours noir, comme elle

l'était au début de la séance et ayant toute l'apparence d'être

complètement insensible. Elle ne bougea pas lorsque je pris sa

main et tins la lampe tout à fait près de son visage; mais elle

continua à respirer paisiblement.

Elevant la lampe, je regardai autour de moi, et je vis Katie qui

se tenait debout tout près de Mlle Coock et derrière elle. Elle

était vêtue d'une draperie blanche et flottante, comme nous

l'avions déjà vue pendant la séance. Tenant une des mains de Mlle

Coock dans la mienne, et m'agenouillant encore, j'élevai et

j'abaissai la lampe, tant pour éclairer la figure entière de

Katie que pour pleinement me convaincre que je voyais bien

réellement la vraie Katie, que j'avais pressée dans mes bras

quelques minutes auparavant, et non pas le fantôme d'un cerveau

malade. Elle ne parla pas, mais elle remua la tête en signe de

reconnaissance. Par trois fois différentes, j'examinai

soigneusement Mlle Coock accroupie devant moi, pour m'assurer que

la main que je tenais était bien celle d'une femme vivante et, à

trois reprises différentes, je tournai ma lampe vers Katie pour

l'examiner avec une attention soutenue, jusqu'à ce que je n'eusse

plus le moindre doute qu'elle était bien là, devant moi. A la

fin, Mlle Coock fit un léger mouvement, et aussitôt Katie me fit

signe de m'en aller. Je me retirai dans une autre partie du

cabinet et cessai alors de voir Katie; mais je ne quittai pas la

chambre jusqu'à ce que Mlle Coock se fût éveillée et que deux des

assistants eussent pénétré avec de la lumière.

Avant de terminer cet article, je désire faire connaître

quelques-unes des différences que j'ai observées entre Mlle Coock

et Katie. La taille de Katie est variable: chez moi, je l'ai vue

plus grande de six pouces que Mlle Coock. Hier soir, Katie avait

le cou découvert, la peau était parfaitement douce au toucher et

à la vue, tandis que Mlle Coock a au cou une cicatrice qui, dans

des circonstances semblables, se voit distinctement et est rude

au toucher. Les oreilles de Katie ne sont pas percées, tandis que

Mlle Coock porte ordinairement des boucles d'oreilles. Le teint

de Katie est très blanc, tandis que celui de Mlle Coock est très

brun. Les doigts de Katie sont beaucoup plus longs que ceux de

Mlle Coock, et son visage est aussi plus grand. Dans les façons

et manières de s'exprimer, il y a aussi bien des différences

marquées.

La santé de Mlle Coock n'est pas assez bonne pour lui permettre

de donner, avant quelques semaines, d'autres séances

expérimentales comme celles-ci et nous l'avons, en conséquence,

fortement engagée à prendre un repos complet, avant de

recommencer la campagne d'expériences dont, à cause d'elle, j'ai

donné un aperçu, et dans un temps prochain, j'espère que je

pourrai en faire connaître les résultats.

On a vu que, dans toutes ses expériences sur les Phénomènes spirites,

M. Croockes, éprouvant pour les témoignages de ses sens, si exercés

fussent-ils, la méfiance du vrai savant, leur substituait autant que

possible d'inhallucinables instruments enregistreurs.

Donc, après avoir, dans la mesure de ses facultés sensorielles,

constaté, vérifié, affirmé l'existence d'une créature en chair et en

os, différant du médium, il voulut qu'un appareil de photographie,

avec son impartialité mécanique, appuyât son témoignage, et c'est

ainsi que furent faites ces fameuses photographies spirites, qui ont

suscité de si passionnés débats, dans lesquels nous ne saurions

intervenir.

Aussi, tout en reconnaissant que ces photographies ont été prises dans

de sérieuses conditions de contrôle (nombre et habileté des

observateurs, rendant bien difficile la possibilité d'une

hallucination de leur part ou l'introduction subreptice d'une seconde

personne dans le laboratoire de M. Croockes, durée des expériences,

etc.), sans discuter davantage, nous allons laisser M. Croockes

raconter lui-même comment, avant qu'elle ne disparût pour jamais, il

put prendre plusieurs images de la belle Katie King:

Ayant pris une part active aux dernières séances de Mlle Coock et

ayant très bien réussi à prendre de nombreuses photographies de

Katie King, à l'aide de la lumière électrique, j'ai pensé que la

publication de quelques détails serait intéressante pour les

spiritualistes.

Durant la semaine qui a précédé le départ de Katie, elle a donné

des séances chez moi, presque tous les soirs, afin de me

permettre de la photographier à la lumière artificielle. Cinq

appareils complets de photographie furent donc préparés à cet

effet. Ils consistaient en cinq chambres noires, une de la

grandeur de plaque entière, une de demi-plaque, une de quart, et

de deux chambres stéréoscopiques binoculaires, qui devaient

toutes être dirigées sur Katie en même temps, chaque fois

qu'elle poserait pour obtenir son portrait. Cinq bains

sensibilisateurs et fixateurs furent employés et nombre de glaces

furent nettoyées à l'avance, prêtes à servir, afin qu'il n'y eût

ni hésitation, ni retard pendant les opérations photographiques,

que j'exécutai moi-même, assisté d'un aide.

Ma bibliothèque servit de cabinet noir: elle avait une porte à

deux battants qui s'ouvrait sur le laboratoire; un de ces

battants fut enlevé de ses gonds et un rideau fut suspendu à sa

place, pour permettre à Katie d'entrer et de sortir facilement.

Ceux de nos amis qui étaient présents étaient assis dans le

laboratoire, en face du rideau, et les chambres noires étaient

placées un peu derrière eux, prêtes à photographier Katie quand

elle sortirait, et à prendre également l'intérieur du cabinet,

chaque fois que le rideau serait soulevé dans ce but. Chaque

soir, il y avait trois ou quatre expositions de glaces dans les

cinq chambres noires, ce qui donnait au moins quinze épreuves par

séance. Quelques-unes se gâtèrent au développement, d'autres en

réglant la lumière. Malgré tout, j'ai quarante-quatre négatifs,

quelques-uns médiocres, quelques-uns ni bons ni mauvais, et

d'autres excellents.

Katie donna pour instruction à tous les assistants de rester

assis et d'observer cette condition; seul, je ne fus pas compris

dans cette mesure, car, depuis quelque temps, elle m'avait donné

la permission de faire ce que je voudrais, de la toucher,

d'entrer dans le cabinet et d'en sortir, presque chaque fois

qu'il me plaisait. Je l'ai souvent suivie dans le cabinet et l'ai

vue quelquefois, elle et son médium, en même temps; mais, le plus

généralement, je ne trouvais que le médium en léthargie et

reposant sur le parquet; Katie et son costume blanc avaient

instantanément disparu.

Durant ces dix derniers mois, Mlle Coock a fait chez moi de

nombreuses visites et y est demeurée quelquefois une semaine

entière. Elle n'apportait avec elle qu'un petit sac de nuit, ne

fermant pas à clef; pendant le jour, elle était constamment en

compagnie de Mme Croockes, de moi-même ou de quelque autre membre

de ma famille, et ne dormant pas seule; il y a eu manque absolu

d'occasions de rien préparer, même d'un caractère moins achevé,

qui fût apte à jouer le rôle de Katie King. J'ai préparé et

disposé moi-même ma bibliothèque ainsi que le cabinet noir, et

d'habitude, après que Mlle Coock avait dîné et causé avec nous,

elle se dirigeait droit au cabinet et, à sa demande, je fermais à

clef la seconde porte, gardant la clef sur moi pendant toute la

séance; alors on abaissait le gaz et on laissait Mlle Coock dans

l'obscurité.

En entrant dans le cabinet, Mlle Coock s'étendait sur le

plancher, sa tête sur un coussin, et bientôt elle était en

léthargie. Pendant les séances photographiques, Katie

enveloppait la tête de son médium avec un châle, pour empêcher

que la lumière ne tombât sur son visage. Fréquemment, j'ai

soulevé un côté du rideau, lorsque Katie était debout tout

auprès, et alors il n'était pas rare que les sept ou huit

personnes qui étaient dans le laboratoire pussent voir en même

temps Mlle Coock et Katie, sous le plein éclat de la lumière

électrique. Nous ne pouvions pas, alors, voir le visage du médium

à cause du châle, mais nous apercevions ses mains et ses pieds;

nous la voyions se remuer péniblement, sous l'influence de cette

lumière intense, et, par moment, nous entendions ses plaintes.

J'ai une épreuve de Katie et de son médium photographiés

ensemble; mais Katie est placée devant la tête de Mlle Coock.

Pendant que je prenais une part active à ces séances, la

confiance qu'avait en moi Katie s'accroissait graduellement, au

point qu'elle ne voulait plus donner de séance, à moins que je ne

me chargeasse des dispositions à prendre, disant qu'elle voulait

toujours m'avoir près d'elle et près du cabinet. Dès que cette

confiance fut établie et quand elle eut la satisfaction d'être

sûre que je tiendrais les promesses que je pouvais lui faire, les

phénomènes augmentèrent beaucoup en puissance, et des preuves me

furent données qu'il m'eût été impossible d'obtenir, si je

m'étais approché du sujet d'une manière différente.

Elle m'interrogeait souvent au sujet des personnes présentes aux

séances et sur la manière dont elles seraient placées, car, dans

les derniers temps, elle était devenue très nerveuse, à la suite

de certaines suggestions malavisées, qui conseillaient d'employer

la force pour aider à des modes de recherches plus scientifiques.

Une des photographies les plus intéressantes est celle où je suis

debout à côté de Katie; elle a son pied nu sur un point

particulier du plancher.

J'habillai Mlle Coock comme Katie; elle et moi nous nous plaçâmes

exactement dans la même position, et nous fûmes photographiés par

les mêmes objectifs, placés absolument comme dans l'autre

expérience et éclairés par la même lumière. Lorsque les deux

dessins sont placés l'un sur l'autre, les deux photographies de

moi coïncident parfaitement quant à la taille, etc.; mais Katie

est plus grande d'une demi-tête que Mlle Coock, et, auprès

d'elle, elle semble une grosse femme. Dans beaucoup d'épreuves,

la largeur de son visage et la grosseur de son corps diffèrent

essentiellement de son médium, et les photographies font voir

plusieurs points de dissemblance.

J'ai si bien vu Katie récemment, lorsqu'elle était éclairée par

la lumière électrique, qu'il m'est possible d'ajouter quelques

traits aux différences que, dans un précédent article, j'ai

établies entre elle et son médium. J'ai la certitude la plus

absolue que Mlle Coock et Katie sont deux individualités

distinctes, du moins en ce qui concerne leur corps. Plusieurs

petites marques qui se trouvent sur le visage de Mlle Coock font

défaut sur celui de Katie. La chevelure de Mlle Coock est d'un

brun si foncé qu'elle paraît presque noire; une boucle de celle

de Katie, qui est là sous mes yeux, et qu'elle m'avait permis de

couper au milieu de ses tresses luxuriantes, après l'avoir suivie

de mes propres doigts jusque sur le haut de sa tête, et m'être

assuré qu'elle y avait bien poussé, est d'un riche châtain doré.

Un soir, je comptai les pulsations de Katie: son pouls battait

régulièrement 75, tandis que celui de Mlle Coock, peu d'instants

après, atteignait 90, son chiffre habituel.

En appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais

entendre un cœur battre à l'intérieur, et ses pulsations étaient

encore plus régulières que celles du cœur de Mlle Coock,

lorsque, après la séance, elle me permettait la même expérience.

Eprouvés de la même manière, les poumons de Katie se montrèrent

plus sains que ceux de son médium, car, au moment où je fis mon

expérience, Mlle Coock suivait un traitement médical pour un gros

rhume.

Nos lecteurs trouveront sans doute intéressant qu'à vos récits et

à ceux de M. Ross Church, au sujet de la dernière apparition de

Katie, viennent s'ajouter les miens, du moins ceux que je peux

publier. Lorsque le moment de nous séparer fut venu pour Katie,

je lui demandai la faveur d'être le dernier à la voir. En

conséquence, quand elle eut appelé à elle chaque personne de la

société et qu'elle leur eut dit quelques mots en particulier,

elle donna des instructions générales pour notre direction future

et la protection à donner à Mlle Coock; de ces instructions, qui

furent sténographiées, je cite la suivante: «M. Croockes a très

bien agi constamment, et c'est avec la plus grande confiance que

je laisse Florence entre ses mains, parfaitement sûre que je suis

qu'il ne trompera pas la foi que j'ai en lui. Dans toutes les

circonstances imprévues, il pourra faire mieux que moi-même, car

il a plus de force.»

Ayant terminé ses instructions, Katie m'engagea à entrer dans le

cabinet avec elle, et me permit d'y demeurer jusqu'à la fin.

Après avoir fermé le rideau, elle causa avec moi pendant quelque

temps, puis elle traversa la chambre pour aller à Mlle Coock, qui

gisait, inanimée, sur le plancher. Se penchant sur elle, Katie la

toucha et lui dit:

«Eveillez-vous, Florence, éveillez-vous! Il faut que je vous

quitte maintenant.»

Mlle Coock s'éveilla et, toute en larmes, elle supplia Katie de

rester quelque temps encore. «Ma chère, je ne le puis pas; ma

mission est accomplie. Que Dieu vous bénisse!» répondit Katie,

et elle continua à parler à Mlle Coock. Pendant quelques minutes,

elles causèrent ensemble, jusqu'à ce qu'enfin les larmes de Mlle

Coock l'empêchèrent de continuer. Suivant les instructions de

Katie, je m'élançai pour soutenir Mlle Coock, qui allait tomber

sur le plancher et qui sanglotait convulsivement. Je regardai

autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu. Dès

que Mlle Coock fut assez calmée, on apporta une lumière, et je la

conduisis hors du cabinet.

Les séances presque journalières dont Mlle Coock m'a favorisé

dernièrement ont beaucoup éprouvé ses forces, et je désire faire

connaître, le plus possible, les obligations que je lui dois,

pour son empressement à m'assister dans mes expériences. Quelque

épreuve que j'ai proposée, elle a accepté de s'y soumettre avec

la plus grande volonté; sa parole est franche et va droit au but,

et je n'ai jamais rien vu qui pût en rien ressembler à la plus

légère apparence du désir de tromper. Vraiment, je ne crois pas

qu'elle pût mener une fraude à bonne fin, si elle venait à

l'essayer, et, si elle le tentait, elle serait très promptement

découverte, car une telle manière de faire est tout à fait

étrangère à sa nature. Et quant à imaginer qu'une innocente

écolière de quinze ans ait été capable de concevoir et de mener,

pendant trois ans, avec un plein succès, une aussi gigantesque

imposture que celle-ci, et que, pendant ce temps, elle se soit

soumise à toutes les conditions qu'on a exigées d'elle, qu'elle

ait supporté les recherches les plus minutieuses, qu'elle ait

voulu être inspectée à n'importe quel moment, soit avant, soit

après les séances; qu'elle ait obtenu encore plus de succès dans

ma propre maison que chez ses parents, sachant qu'elle y venait

expressément pour se soumettre à de rigoureux essais

scientifiques;--quant à imaginer, dis-je, que la Katie King des

trois dernières années est le résultat d'une imposture, cela fait

plus de violence à la raison et au bon sens que de croire qu'elle

est ce qu'elle affirme elle-même.

Telles sont les fameuses expériences de M. Croockes.

Si les résultats en furent accueillis par les Spirites avec des

clameurs de triomphe, la Science officielle et le «Bon Sens» du moment

ne leur épargnèrent pas--comme on peut le croire--des objections plus

ou moins courtoises. Le savant anglais répondit aux plus sérieux de

ses adversaires et négligea le reste. On peut lire ses réponses dans

son livre.

Depuis cette époque, les idées relatives aux Phénomènes occultes ont

subi une sensible évolution. Certes, la conviction à leur sujet est

loin d'être faite (et il est même à désirer, dans l'intérêt de notre

cause, que cette conviction ne s'établisse qu'avec une méthodique

lenteur), mais les négations _a priori_ se font, du moins, de plus en

plus rares.

Quant aux expériences de Croockes, elles demeurent, disons le mot,

tellement «énormes» et tellement est irritant le dilemme qu'elles

posent, qu'il semble que l'on évite de formuler une opinion à leur

égard... On les abandonne aux Spirites, et l'on préfère n'en point

parler.

Et, cependant, des faits analogues, d'une égale transcendance dans le

Surnaturel, ont été observés et contrôlés par d'autres auteurs:

l'allemand Zoellner, le professeur russe Aksakof, d'autres

encore[133]...

[133] On trouvera le détail des expériences de ces auteurs dans

un ouvrage tout récemment paru et très complet: _Le Phénomène

spirite_, par Gabriel Delanne (Chamuel, 1893).

Pour nous, estimant que c'est précisément leur transcendance qui doit

exclure de pareils faits d'un travail destiné surtout à familiariser

peu à peu l'esprit avec la notion du _Surnormal_, nous les laisserons

de côté, car le vieil adage, sous sa forme vulgaire, n'est souvent que

trop vrai: Qui veut trop prouver, etc. Nous préférerions mille fois

mettre sous les yeux de nos lecteurs les plus merveilleux phénomènes

d'une réalité seulement _probable_.

Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question · 第 13 / 17 段