Et pourtant, l'Anormal une fois admis, pourquoi s'arrêter à ses

premières formes? «Les possibilités de l'Univers» ne sont-elles pas

infinies?

Pour nous, si la conviction en notre esprit est, dès maintenant, à peu

près établie à l'égard des phénomènes qui précèdent, nous devons

déclarer qu'en ce qui concerne les autres, les faits «absurdes» qui

vont suivre, nous sommes forcés d'être moins affirmatif. Nous croyons

ces faits _possibles_ et même _probables_, car les documents sur

lesquels nous nous appuyons ayant les mêmes sources, et par conséquent

la même autorité que ceux qui nous ont déjà servi, la négation

absolue, dans ce second cas, serait de notre part illogique. Mais ces

phénomènes sont d'une nature telle, si graves les conséquences qui en

peuvent résulter, et surtout si incomplète encore l'expérimentation à

laquelle ils ont été soumis, qu'une réserve dans les conclusions

s'impose. La seule affirmation que l'on puisse ici hardiment émettre,

c'est que cet _Absurde_ mérite que l'on s'en occupe, c'est qu'enfin,

ne serait-ce que pour en montrer l'inanité, la science doit le

soumettre à de rationnelles et rigoureuses investigations. Il semble,

du reste, comme nous allons le voir, qu'elle ait fini par le

comprendre.

Nous croyons donc, répétons-le, à la probabilité des faits suivants,

pour si invraisemblables, pour si fantastiques qu'ils soient. Mais,

cette opinion, comment pouvons-nous espérer la faire partager? Cette

«foi provisoire», dont parle M. de Rochas, cette foi «équivalente à

celle qu'on accorde aux historiens, aux voyageurs, aux naturalistes»,

comment espérer la faire naître en un sujet où l'esprit le moins

hostile se heurte, à chaque pas, au plus rebutant des _Inadmissibles_?

Nous n'aurons quelque espoir d'y parvenir, ce nous semble, qu'en

persistant plus que jamais dans notre système d'exactitude positive,

dans notre mode d'argumentation par le fait.

Nous continuerons donc, simplement, à _raconter_, à présenter les

procès-verbaux des expériences, en les appuyant de toutes les

garanties qu'il nous sera possible de trouver.

Aux lecteurs d'une cérébralité amplexive et sérieuse, et d'un sens

critique impartial, à ceux-là de se faire une opinion.

Quant à la négation ironique et de parti-pris, elle n'existe pas pour

nous.

1º PHÉNOMÈNES SE PRODUISANT SANS L'INTERVENTION RECONNUE D'UN MÉDIUM

Dans les effets physiques de la Force psychique dont nous avons parlé

jusqu'à présent, nous avons toujours constaté la présence d'un agent,

d'un _médium_.

Or, il est certains autres de ces phénomènes qui semblent se produire

spontanément, sans que l'on puisse, à l'égard du médium possible,

faire autre chose que des conjectures. On suppose, par exemple, que

telle ou telle personne est la cause inconsciente des faits produits,

et c'est tout: à moins que, à l'exemple des occultistes et des

spirites, on ne les attribue à l'intervention des êtres du monde

invisible.

Nous n'insistons pas.

Et, pour demeurer autant que possible dans le domaine de

l'expérimentation rigoureusement scientifique, nous négligerons toutes

les histoires plus ou moins fantaisistes de maisons hantées, d'objets

ensorcelés, etc., pour nous en tenir aux observations suivantes que

nous trouvons dans les _Annales des Sciences Psychiques_.

Les faits qu'elles signalent ont été constatés, on verra avec quel

luxe de précautions, par M. Dariex lui-même, dans son propre

appartement.

Voici ses paroles textuelles[128]:

Pendant la seconde moitié de l'année 1888, je m'occupais très

activement de l'étude des phénomènes psychiques et je ne manquais

pas une occasion de les expérimenter. Néanmoins, durant les

premiers mois, je n'observai rien d'anormal chez moi: aussi, je

fus assez surpris de voir ma servante me soutenir, un matin, avec

l'insistance dont paraissent seules capables les personnes

absolument convaincues de ce qu'elles avancent, que pendant la

nuit--c'était la nuit du 30 novembre 1888--elle avait entendu

dans mon cabinet de travail, voisin de la pièce où elle couche,

entre trois heures et demie et quatre heures du matin, des bruits

de pas, étouffés comme par un tapis, et de petits coups,

paraissant frappés sur les meubles; ces coups, tantôt au nombre

de deux, tantôt au nombre de trois, alternaient avec le bruit de

pas. Durant cette demi-heure, l'alternance de ces bruits se

produisit plusieurs fois.

Je supposai qu'elle rapportait à mon cabinet de travail des

bruits provenant d'autre part, ou bien qu'elle était le jouet

d'hallucinations, et encore, actuellement, je ne suis pas

convaincu du contraire; mais, en présence de son insistance et de

l'énergie de ses affirmations au sujet de ces bruits qui, en

raison de leur répétition à cette heure insolite, n'avaient pas

tardé à l'effrayer; eu égard, d'autre part, à ce que des

phénomènes de cet ordre avaient été signalés, à plusieurs

reprises, par différents observateurs, je me livrai à une

enquête.

[128] Voir _Annales des Sciences Psychiques_, no 4, 2e année.

M. Dariex se rend compte, d'abord, que ces bruits ne pouvaient pas

provenir d'appartements voisins du sien, soit à l'étage supérieur,

soit à l'étage inférieur. En outre, les portes et les fenêtres étant

soigneusement fermées chaque soir, et ne portant aucune trace

d'effraction, il était impossible que quelqu'un eût pénétré dans

l'appartement.

Ne pouvant rien observer moi-même, et ne pouvant pas accepter

comme véridiques ces étranges bruits (dont parlait la bonne),

j'eus le désir qu'il se produisit un phénomène plus tangible, un

phénomène dont il resterait des traces, et qu'il me serait aisé

de constater. Je désirai que des chaises fussent renversées, et,

pour rendre la chose plus facile, j'en appuyai une contre le

secrétaire, dans une position inclinée, de manière que le moindre

effort pût la faire tomber sur le dossier. Malgré cette position

instable et les trépidations parfois assez fortes occasionnées

par le pont Saint-Louis, aucune chaise ne se renversa, pendant

une dizaine de jours.

Rien ne se produisit pendant plusieurs jours, pas même le vendredi,

«jour habituel des manifestations.» Mais le matin du 13 janvier 1889,

M. Dariex trouvait «renversée sur le parquet, non la chaise au très

faible équilibre», mais celle sur laquelle il était assis la veille au

soir, alors qu'il dessinait à sa table. Et, dans la nuit, la bonne

affirmait avoir entendu, dans le cabinet, un bruit violent, «comme la

chute d'un corps pesant.»

Pourtant notre auteur ne fut pas convaincu, quoique assez surpris. A

partir de ce moment-là, il ferma, pendant la nuit, son cabinet et

garda les clefs sur lui.

Quatre jours plus tard, dans la nuit du mercredi 16 janvier, la

chaise que j'avais continué à mettre en équilibre instable, se

renversait à son tour, malgré que le cabinet fût fermé à clef et

que les clefs ne m'eussent pas quitté; cette fois, la servante

n'avait rien entendu.

Le lundi 21 janvier, en rentrant chez lui, un peu avant minuit, M.

Dariex trouve encore une chaise renversée contre la porte, qu'elle

empêche d'ouvrir.

Mais le sens critique de M. Dariex n'est pas encore satisfait, et

avec raison, car, en un pareil sujet, on ne saurait être trop

difficile en fait de témoignages et de preuves.

Il n'était pas matériellement impossible, dit-il, de se procurer

une fausse clef, et, pensant que la bonne foi d'une personne,

malgré que l'on n'ait aucune raison de la suspecter, ne constitue

pas une preuve scientifique suffisante, je songeai à prendre des

précautions plus rigoureuses. Le mercredi 23 janvier, à huit

heures du soir, avant de sortir, non seulement je fermai le

cabinet à clef, mais je mis toutes ses ouvertures, portes et

fenêtres, _sous scellés_.... Ils étaient au nombre de huit ou

neuf, rien que pour la porte donnant dans la salle à manger, dont

le trou de la serrure était obstrué par une bande de papier;

cette même bande était, en outre, scellée au mur et rendait

impossibles l'ouverture de cette porte... et l'introduction dans

la serrure d'un instrument quelconque, sans traces d'effraction.

Or, en rentrant à minuit dix minutes, M. Dariex trouve, après un

examen minutieux, _tous les scellés parfaitement intacts_, aussi bien

ceux des fenêtres que ceux de la porte... et dans le cabinet _une

chaise était tombée, renversée sur son dossier_. La servante n'avait

rien entendu; mais, plus tard, dans la même nuit, un peu après 3

heures du matin, elle entendit trois coups très secs, frappés avec une

extrême violence dans le panneau de la porte donnant dans le salon.

Enfin, le jeudi 24 janvier, à minuit quarante-cinq minutes,

malgré que mon cabinet eût été fermé et mis sous scellés comme la

veille, et que, comme la veille, j'eusse trouvé les scellés

parfaitement intacts, il y avait, dans la pièce, non plus une,

mais deux chaises renversées.

Dès lors, M. Dariex, pour donner plus de valeur encore à son

témoignage, n'hésita plus à convier, au contrôle du fait qu'à cinq

reprises il avait constaté, ceux de ses amis «à qui, dit-il, je crus

pouvoir en parler, sans m'exposer à passer pour un halluciné, un

pauvre fou qu'il faudrait bientôt enfermer.» Il les pria de prendre

des précautions plus rigoureuses encore, s'ils pouvaient en imaginer,

et voici le rapport, qu'après avoir expérimenté jusqu'au 5 février,

ces Messieurs rédigèrent:

_Procès-verbal des expériences collectives instituées pour le contrôle

des mouvements d'objets sans contact[129]._

[129] _Annales_, même numéro.

Les soussignés:

Dr BARBILLION, de la Faculté de Paris, ancien interne en médecine

des hôpitaux, demeurant, 16, quai d'Orléans, à Paris;

BESSOMBES (Paul), employé des ponts et chaussées, demeurant à

Paris, 7, rue Boutarel;

Dr MÉNEAULT (Joanne), de la Faculté de Paris, ancien interne de

l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer, demeurant à Paris, rue

Monge, 51;

MORIN (Louis), pharmacien de 1re classe, demeurant rue du

Pont-Louis-Philippe, 9;

Certifient l'exactitude des faits suivants:

«Le Dr Dariex, demeurant à Paris, rue Du Bellay, no 6, ayant à

plusieurs reprises, et notamment le 25 janvier 1889, cru

constater que des phénomènes étranges se produisaient, la nuit,

dans son cabinet de travail, pria les personnes ci-dessus

désignées de contrôler les observations qu'il avait déjà faites

sur l'existence de ces phénomènes.

»Il s'agissait, au dire du Dr Dariex, de chaises qui avaient été

trouvé renversées dans son cabinet, et cela, à plusieurs

reprises, alors que, d'après les précautions prises en vue

d'éviter toute supercherie, il paraissait impossible qu'aucun

être vivant ait pu s'introduire dans le cabinet, dont les portes

et les fenêtres avaient été méthodiquement closes et mises sous

scellés.

»Pendant 10 jours, du 27 janvier au 4 février, les soussignés se

sont régulièrement réunis chez le Dr Dariex, le soir à 8 heures,

le matin à 8 heures et demie; tantôt ils étaient tous présents,

tantôt il manquait une ou plusieurs personnes. Le Dr Barbillion

et le Dr Dariex n'ont pas manqué à un seul rendez-vous et ont pu

assister à toute la série des expériences.

»Le cabinet de travail du Dr Dariex occupe, au premier étage de

la maison portant le no 6 de la rue Du Bellay, la partie de

l'appartement qui forme le coin de cette rue et de la rue

Saint-Louis-en-l'Ile. Il prend jour par deux fenêtres donnant sur

cette rue et communique avec les autres pièces de l'appartement

par deux portes, l'une donnant sur le salon et s'ouvrant vers le

salon; l'autre donnant sur la salle à manger et s'ouvrant vers le

cabinet.

»Les meubles qui le garnissent sont: une bibliothèque, un

secrétaire, une table, un divan, un fauteuil, quatre chaises; il

n'existe aucun placard. Après avoir scrupuleusement examiné les

fenêtres et les portes, ainsi que les différents meubles, les

murs et le parquet, les soussignés, ayant acquis la conviction

que rien ne pouvait amener la chute ou le déplacement d'aucun

meuble ou d'aucun objet, à l'aide de mécanisme, de fils, etc., ou

de tout autre moyen; qu'il était également impossible à quelqu'un

de se cacher dans le cabinet ou de s'y introduire après la

fermeture et la mise sous scellés des fenêtres et des portes;

dans ces conditions, chaque soir, à huit heures, les précautions

suivantes furent minutieusement prises: les volets en fer sont

fermés, les fenêtres sont closes et des scellés sont apposés sur

les montants, près de l'espagnolette. La porte de communication

avec le salon est fermée à clef du côté du cabinet, la clef

restant emprisonnée dans la serrure, par une bande d'étoffe

scellée à ses deux extrémités.

»Des scellés sont posés sur cette porte et une bande d'étoffe est

fixée par des cachets de cire, d'une part sur la porte elle-même,

et, d'autre part, sur le mur voisin. Pendant tout le cours de nos

expériences, cette porte du salon est demeurée condamnée.

»Restait, comme unique ouverture, la porte faisant communiquer le

cabinet avec la salle à manger. Les chaises du cabinet étaient

alors disposées suivant un ordre convenu, mais non toujours

exactement à la même place. On sortait du cabinet, le Dr Dariex

le premier, et chacun, de _la salle à manger_, jetait un dernier

regard dans le cabinet, afin de s'assurer, une dernière fois, que

_les chaises étaient debout_ et bien en place.

»Alors le Dr Barbillion fermait à clef la porte du cabinet et

gardait sur lui cette clef; les scellés étaient posés et la bande

d'étoffe était appliquée sur le trou de la serrure. Sept ou huit

cachets étaient posés, à l'aide d'un cachet appartenant à M.

Morin, lequel le gardait et l'emportait chez lui. _La forme et la

disposition des scellés étaient notées avec soin._

»Ces précautions ayant été régulièrement et rigoureusement

prises, chaque jour, à huit heures du soir, nous nous réunissions

le lendemain matin, à huit heures et demie, pour la levée des

scellés, laquelle était toujours précédée d'un examen minutieux

de la clef et de la serrure. Pendant les dix jours qu'a duré

l'observation, voici ce qui a été constaté:

1re Nuit, du samedi 26 janvier au dimanche 27.--Néant.

2e Nuit, du 27 au lundi 28 janvier.--Néant.

3e Nuit, du 28 janvier au mardi 29 janvier.--Deux chaises sont

renversées; l'une, placée près de la bibliothèque, est tombée sur

son côté gauche; l'autre, placée près du fauteuil, est renversée

sur le dossier, dans la direction de la fenêtre et de la table.

4e Nuit, du mardi 29 janvier au mercredi 30.--Néant.

5e Nuit, du 30 janvier au jeudi 31 janvier.--Néant.

6e Nuit, du 31 janvier au vendredi 1er février.--Néant.

7e Nuit, du 1er février au samedi 2 février.--Néant.

8e Nuit, du 2 février au dimanche 3 février.--Néant.

9e Nuit, du dimanche 3 février au lundi 4 février.--Néant.

10e Nuit, du lundi 4 février au mardi 5 février.--Deux chaises

sont renversées: l'une, placée vers la table, a été renversée sur

le côté gauche, vers le divan; l'autre, placée près du fauteuil,

est tombée sur le dossier, dans la direction de la fenêtre.

»En présence de ces faits, des précautions prises par nous, pour

éviter toute supercherie, du soin que nous avons apporté à la

pose des scellés et à l'examen des mêmes scellés, nous sommes

convaincus:

»_1º Que personne n'a pu demeurer dans le cabinet, après que nous

étions sortis;_

»_2º Que personne n'a pu s'y introduire pendant la nuit, avant

notre arrivée, le lendemain matin._

»Et nous sommes amenés à conclure que, pendant la nuit, à deux

reprises, dans l'espace de dix jours, au milieu d'une chambre

parfaitement close et sans qu'aucun être vivant ait pu s'y

introduire, des chaises ont été renversées, contrairement à notre

attente et à nos prévisions; que cette manifestation d'une force,

en apparence mystérieuse se produisant en dehors des conditions

habituelles, ne nous paraît pas reconnaître une explication

ordinaire, et que, sans vouloir préjuger en rien de la nature

intime de cette force et tirer des conclusions positives, nous

inclinons à penser qu'il s'agit de phénomènes d'ordre psychique,

analogues à ceux qui ont été décrits et contrôlés par un certain

nombre d'observateurs.

»Dr BARBILLION; P. BESSOMBES; Dr MÉNEAULT;

L. MORIN; Dr DARIEX.»

Toutes ces signatures sont légalisées par la mairie du IVe

arrondissement et par celle de Pont-de-Vaux, dans l'Ain, où est

allé, peu après, se fixer le docteur Méneault.

A partir du 5 février, ajoute le docteur Dariex, mes amis ayant

déclaré que leur contrôle était suffisant et qu'il était inutile

de le prolonger, je me fis dresser, tous les soirs, un lit dans

ce cabinet de travail, et j'y couchai jusqu'au 26 février, date à

laquelle je fus appelé en province par un deuil de famille. Je

n'entendis rien et aucune chaise ne fut plus renversée.

Ces phénomènes ont-ils été absolument indépendants de la présence

ou du voisinage de quelque personne, de quelque «médium», pour

employer le terme consacré? Je n'en sais rien, mais je présume

que si la présence de quelqu'un a été nécessaire, si médium il y

a eu, ce doit être ma servante, dont la santé et le système

nerveux étaient alors très délicats. Elle n'a jamais eu d'accès

de somnambulisme spontané; mais, il y a un an, j'ai été amené,

par la force des choses, à me convaincre qu'elle était

hypnotisable, etc., etc...

Malgré le vif intérêt que présentent ces questions, il nous est

impossible d'insister plus longuement; on trouvera, du reste, dans les

_Annales_, tous les détails complémentaires des expériences du docteur

Dariex.

On y pourra lire aussi le récit de phénomènes du même ordre, mais

incomparablement plus intenses, qui se seraient produits, en 1873, au

château du T..., en Normandie. Les documents qui les relatent semblent

posséder toutes les garanties désirables; par malheur, les

observations n'ont pas été faites dans un esprit aussi rigoureusement

scientifique que les précédentes, et cela est d'autant plus

regrettable que les faits sont vraiment extraordinaires et

passablement troublants. Ce sont des coups formidables qui, la nuit,

ébranlent les murailles; des bruits de pas, et même des cris

déchirants qui, pendant tout un mois, troublent le sommeil des hôtes

du château, sans que les recherches les plus minutieuses fassent rien

découvrir. Le propriétaire du château, M. de X..., écrit, chaque

jour, le récit des phénomènes dont lui et les siens sont témoins. Ce

journal a été publié par les _Annales_...[130]. La bonne foi de

l'auteur paraît absolue; mais, nous le répétons, l'esprit

d'observation scientifique lui fait un peu défaut.

[130] Voir _Annales des Sc. Psych._, no 6, 2e année: _Phénomènes

étranges du château du T....._

2º MATÉRIALISATIONS

On nomme ainsi, en langage spirite, les apparitions, non plus

_fluidiques_, mais _matérielles_, qui se manifestaient par

l'intermédiaire de certains médiums nommés, pour cette raison, médiums

à _matérialisations_.

Autrement dit, il s'agirait de la création extemporanée de créatures

_en chair et en os_, de créatures qui _parlent_, dont on compte les

pulsations du pouls et que l'on ausculte, d'êtres enfin qui semblent

posséder tous les attributs de la vie...

Et ici, nous avouons franchement que, n'était le désir de présenter un

travail complet, nous préférerions remettre à plus tard cette partie

de notre sujet, non certes par une sotte pusillanimité intellectuelle,

mais parce que nous estimons que, dans l'évolution des idées relatives

à l'Occulte et dans l'intérêt même de ces idées, le moment n'est pas

encore venu d'aborder publiquement les plus transcendantes d'entre

elles.

Nous le répétons: pour si extra-normaux, pour si absurdes que

paraissent les phénomènes dont nous allons nous occuper, nous les

croyons _possibles_ et même _probables_, car, à notre sens, imaginer

que les hommes éminents qui les affirment ont _tous_ été dupes de

fraudes grossières ou d'hallucinations, cela heurte la raison, plus

encore que les prodiges dont ils se portent garants.

_Nous croyons donc ces Phénomènes probables._

MAIS NOUS N'AFFIRMONS RIEN.

Comme bien l'on pense, ce n'est pas dans les livres spirites que nous

irons chercher des observations de _matérialisations_; non pas que

nous refusions systématiquement toute valeur aux ouvrages de ce genre

et aux faits qu'ils contiennent, mais leur esprit et leurs tendances

diffèrent absolument des nôtres.

Aussi, nous adresserons-nous de nouveau aux expérimentateurs que nous

connaissons et parmi lesquels Croockes est encore celui qui a obtenu

les résultats les plus complets, les plus surprenants, et, pour tout

dire, les plus invraisemblables.

C'est en expérimentant avec Home qu'il put constater, pour la première

fois, des matérialisations; mais elles étaient partielles: c'étaient

des mains, en tout semblables à de véritables mains vivantes, qui

apparaissaient et disparaissaient subitement, tantôt lumineuses dans

l'obscurité, tantôt visibles à la lumière ordinaire.

Voici quelques-unes de ces apparitions:

Une petite main, d'une forme très belle, s'éleva d'une table de

salle à manger et me donna une fleur; elle apparut, puis disparut

à trois reprises différentes, en me donnant toute facilité de me

convaincre que cette _apparition était aussi réelle que ma propre

main_. Cela se passa à la lumière, dans ma propre chambre, les

pieds et les mains du médium étant tenus par moi pendant ce

temps.

Nombre de fois, moi-même et d'_autres personnes_ avons vu une

main pressant les touches d'un accordéon, pendant qu'au même

moment, nous voyions les deux mains du médium qui, quelquefois,

étaient tenues par ceux qui étaient près de lui.

Les mains et les doigts ne m'ont pas toujours paru être solides

et comme vivants. Quelquefois, il faut le dire, ils offraient

plutôt l'apparence d'un nuage, condensé en partie sous forme de

main... J'ai vu, plus d'une fois, d'abord un objet (fleur, livre,

etc.) se mouvoir, puis un nuage lumineux qui semblait se former

autour de lui, et enfin le nuage se condenser, prendre une forme

et se changer en une main parfaitement faite... Quelquefois, la

chair semble être aussi humaine que celle de toutes les personnes

présentes. Au poignet ou au bras, elle devient vaporeuse et se

perd dans un nuage lumineux: au toucher, ces mains paraissent

quelquefois froides comme de la glace et mortes; d'autres fois,

elles m'ont semblé chaudes et vivantes, et ont serré la mienne

avec la ferme étreinte d'un vieil ami. J'ai retenu une de ces

mains dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper.

Aucune tentative ni aucun effort ne furent faits pour me faire

lâcher prise, mais peu à peu cette main sembla se résoudre en

vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se dégagea de mon étreinte[131].

[131] Croockes: _Force psychique_, p. 161, 162, 163.--Ne nous

récrions pas trop: Oserait-on affirmer, demandons-nous encore,

que toutes les modalités de la matière nous sont connues?

Mais ces merveilles devaient être encore dépassées par les résultats

que M. Croockes obtint, en 1874, avec un nouveau médium. Celui-ci

était une jeune fille anglaise de 15 ans et d'une santé chétive, Mlle

Florence Coock. Les expériences avaient lieu le plus souvent dans le

laboratoire même de M. Croockes, et c'est là que furent faites les

fameuses photographies des apparitions.

L'être qui se manifestait, par l'intermédiaire du médium, était une

jeune femme qui avait bien voulu révéler son nom: _Katie King_, et qui

prétendait avoir, pendant une existence antérieure, vécu dans l'Inde.

On savait, d'après ses propres paroles, qu'elle «n'avait le pouvoir de

rester auprès de son médium que pendant trois ans et qu'après ce

temps, elle lui ferait ses adieux, pour toujours[132]».

[132] Croockes: _Force psychique_. Appendice. Extrait du

_Spiritualiste_, 29 mai 1874.

A chaque instant, en racontant de pareilles histoires, et bien que

l'on soit convaincu, plus que quiconque, de «l'infini des Possibilités

de l'Univers», on est obligé de se rappeler que celui qui les atteste

est l'homme qui a découvert le _thallium_ et la _matière radiante_;

devant un tel passé scientifique, la raison, même récalcitrante, est

obligée de s'incliner, et l'on continue.....

Voici, sous forme de lettre, le récit que fait M. Croockes de ses

expériences avec Mlle Coock et Katie King:

Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question · 第 12 / 17 段