premières formes? «Les possibilités de l'Univers» ne sont-elles pas
infinies?
Pour nous, si la conviction en notre esprit est, dès maintenant, à peu
près établie à l'égard des phénomènes qui précèdent, nous devons
déclarer qu'en ce qui concerne les autres, les faits «absurdes» qui
vont suivre, nous sommes forcés d'être moins affirmatif. Nous croyons
ces faits _possibles_ et même _probables_, car les documents sur
lesquels nous nous appuyons ayant les mêmes sources, et par conséquent
la même autorité que ceux qui nous ont déjà servi, la négation
absolue, dans ce second cas, serait de notre part illogique. Mais ces
phénomènes sont d'une nature telle, si graves les conséquences qui en
peuvent résulter, et surtout si incomplète encore l'expérimentation à
laquelle ils ont été soumis, qu'une réserve dans les conclusions
s'impose. La seule affirmation que l'on puisse ici hardiment émettre,
c'est que cet _Absurde_ mérite que l'on s'en occupe, c'est qu'enfin,
ne serait-ce que pour en montrer l'inanité, la science doit le
soumettre à de rationnelles et rigoureuses investigations. Il semble,
du reste, comme nous allons le voir, qu'elle ait fini par le
comprendre.
Nous croyons donc, répétons-le, à la probabilité des faits suivants,
pour si invraisemblables, pour si fantastiques qu'ils soient. Mais,
cette opinion, comment pouvons-nous espérer la faire partager? Cette
«foi provisoire», dont parle M. de Rochas, cette foi «équivalente à
celle qu'on accorde aux historiens, aux voyageurs, aux naturalistes»,
comment espérer la faire naître en un sujet où l'esprit le moins
hostile se heurte, à chaque pas, au plus rebutant des _Inadmissibles_?
Nous n'aurons quelque espoir d'y parvenir, ce nous semble, qu'en
persistant plus que jamais dans notre système d'exactitude positive,
dans notre mode d'argumentation par le fait.
Nous continuerons donc, simplement, à _raconter_, à présenter les
procès-verbaux des expériences, en les appuyant de toutes les
garanties qu'il nous sera possible de trouver.
Aux lecteurs d'une cérébralité amplexive et sérieuse, et d'un sens
critique impartial, à ceux-là de se faire une opinion.
Quant à la négation ironique et de parti-pris, elle n'existe pas pour
nous.
1º PHÉNOMÈNES SE PRODUISANT SANS L'INTERVENTION RECONNUE D'UN MÉDIUM
Dans les effets physiques de la Force psychique dont nous avons parlé
jusqu'à présent, nous avons toujours constaté la présence d'un agent,
d'un _médium_.
Or, il est certains autres de ces phénomènes qui semblent se produire
spontanément, sans que l'on puisse, à l'égard du médium possible,
faire autre chose que des conjectures. On suppose, par exemple, que
telle ou telle personne est la cause inconsciente des faits produits,
et c'est tout: à moins que, à l'exemple des occultistes et des
spirites, on ne les attribue à l'intervention des êtres du monde
invisible.
Nous n'insistons pas.
Et, pour demeurer autant que possible dans le domaine de
l'expérimentation rigoureusement scientifique, nous négligerons toutes
les histoires plus ou moins fantaisistes de maisons hantées, d'objets
ensorcelés, etc., pour nous en tenir aux observations suivantes que
nous trouvons dans les _Annales des Sciences Psychiques_.
Les faits qu'elles signalent ont été constatés, on verra avec quel
luxe de précautions, par M. Dariex lui-même, dans son propre
appartement.
Voici ses paroles textuelles[128]:
Pendant la seconde moitié de l'année 1888, je m'occupais très
activement de l'étude des phénomènes psychiques et je ne manquais
pas une occasion de les expérimenter. Néanmoins, durant les
premiers mois, je n'observai rien d'anormal chez moi: aussi, je
fus assez surpris de voir ma servante me soutenir, un matin, avec
l'insistance dont paraissent seules capables les personnes
absolument convaincues de ce qu'elles avancent, que pendant la
nuit--c'était la nuit du 30 novembre 1888--elle avait entendu
dans mon cabinet de travail, voisin de la pièce où elle couche,
entre trois heures et demie et quatre heures du matin, des bruits
de pas, étouffés comme par un tapis, et de petits coups,
paraissant frappés sur les meubles; ces coups, tantôt au nombre
de deux, tantôt au nombre de trois, alternaient avec le bruit de
pas. Durant cette demi-heure, l'alternance de ces bruits se
produisit plusieurs fois.
Je supposai qu'elle rapportait à mon cabinet de travail des
bruits provenant d'autre part, ou bien qu'elle était le jouet
d'hallucinations, et encore, actuellement, je ne suis pas
convaincu du contraire; mais, en présence de son insistance et de
l'énergie de ses affirmations au sujet de ces bruits qui, en
raison de leur répétition à cette heure insolite, n'avaient pas
tardé à l'effrayer; eu égard, d'autre part, à ce que des
phénomènes de cet ordre avaient été signalés, à plusieurs
reprises, par différents observateurs, je me livrai à une
enquête.
[128] Voir _Annales des Sciences Psychiques_, no 4, 2e année.
M. Dariex se rend compte, d'abord, que ces bruits ne pouvaient pas
provenir d'appartements voisins du sien, soit à l'étage supérieur,
soit à l'étage inférieur. En outre, les portes et les fenêtres étant
soigneusement fermées chaque soir, et ne portant aucune trace
d'effraction, il était impossible que quelqu'un eût pénétré dans
l'appartement.
Ne pouvant rien observer moi-même, et ne pouvant pas accepter
comme véridiques ces étranges bruits (dont parlait la bonne),
j'eus le désir qu'il se produisit un phénomène plus tangible, un
phénomène dont il resterait des traces, et qu'il me serait aisé
de constater. Je désirai que des chaises fussent renversées, et,
pour rendre la chose plus facile, j'en appuyai une contre le
secrétaire, dans une position inclinée, de manière que le moindre
effort pût la faire tomber sur le dossier. Malgré cette position
instable et les trépidations parfois assez fortes occasionnées
par le pont Saint-Louis, aucune chaise ne se renversa, pendant
une dizaine de jours.
Rien ne se produisit pendant plusieurs jours, pas même le vendredi,
«jour habituel des manifestations.» Mais le matin du 13 janvier 1889,
M. Dariex trouvait «renversée sur le parquet, non la chaise au très
faible équilibre», mais celle sur laquelle il était assis la veille au
soir, alors qu'il dessinait à sa table. Et, dans la nuit, la bonne
affirmait avoir entendu, dans le cabinet, un bruit violent, «comme la
chute d'un corps pesant.»
Pourtant notre auteur ne fut pas convaincu, quoique assez surpris. A
partir de ce moment-là, il ferma, pendant la nuit, son cabinet et
garda les clefs sur lui.
Quatre jours plus tard, dans la nuit du mercredi 16 janvier, la
chaise que j'avais continué à mettre en équilibre instable, se
renversait à son tour, malgré que le cabinet fût fermé à clef et
que les clefs ne m'eussent pas quitté; cette fois, la servante
n'avait rien entendu.
Le lundi 21 janvier, en rentrant chez lui, un peu avant minuit, M.
Dariex trouve encore une chaise renversée contre la porte, qu'elle
empêche d'ouvrir.
Mais le sens critique de M. Dariex n'est pas encore satisfait, et
avec raison, car, en un pareil sujet, on ne saurait être trop
difficile en fait de témoignages et de preuves.
Il n'était pas matériellement impossible, dit-il, de se procurer
une fausse clef, et, pensant que la bonne foi d'une personne,
malgré que l'on n'ait aucune raison de la suspecter, ne constitue
pas une preuve scientifique suffisante, je songeai à prendre des
précautions plus rigoureuses. Le mercredi 23 janvier, à huit
heures du soir, avant de sortir, non seulement je fermai le
cabinet à clef, mais je mis toutes ses ouvertures, portes et
fenêtres, _sous scellés_.... Ils étaient au nombre de huit ou
neuf, rien que pour la porte donnant dans la salle à manger, dont
le trou de la serrure était obstrué par une bande de papier;
cette même bande était, en outre, scellée au mur et rendait
impossibles l'ouverture de cette porte... et l'introduction dans
la serrure d'un instrument quelconque, sans traces d'effraction.
Or, en rentrant à minuit dix minutes, M. Dariex trouve, après un
examen minutieux, _tous les scellés parfaitement intacts_, aussi bien
ceux des fenêtres que ceux de la porte... et dans le cabinet _une
chaise était tombée, renversée sur son dossier_. La servante n'avait
rien entendu; mais, plus tard, dans la même nuit, un peu après 3
heures du matin, elle entendit trois coups très secs, frappés avec une
extrême violence dans le panneau de la porte donnant dans le salon.
Enfin, le jeudi 24 janvier, à minuit quarante-cinq minutes,
malgré que mon cabinet eût été fermé et mis sous scellés comme la
veille, et que, comme la veille, j'eusse trouvé les scellés
parfaitement intacts, il y avait, dans la pièce, non plus une,
mais deux chaises renversées.
Dès lors, M. Dariex, pour donner plus de valeur encore à son
témoignage, n'hésita plus à convier, au contrôle du fait qu'à cinq
reprises il avait constaté, ceux de ses amis «à qui, dit-il, je crus
pouvoir en parler, sans m'exposer à passer pour un halluciné, un
pauvre fou qu'il faudrait bientôt enfermer.» Il les pria de prendre
des précautions plus rigoureuses encore, s'ils pouvaient en imaginer,
et voici le rapport, qu'après avoir expérimenté jusqu'au 5 février,
ces Messieurs rédigèrent:
_Procès-verbal des expériences collectives instituées pour le contrôle
des mouvements d'objets sans contact[129]._
[129] _Annales_, même numéro.
Les soussignés:
Dr BARBILLION, de la Faculté de Paris, ancien interne en médecine
des hôpitaux, demeurant, 16, quai d'Orléans, à Paris;
BESSOMBES (Paul), employé des ponts et chaussées, demeurant à
Paris, 7, rue Boutarel;
Dr MÉNEAULT (Joanne), de la Faculté de Paris, ancien interne de
l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer, demeurant à Paris, rue
Monge, 51;
MORIN (Louis), pharmacien de 1re classe, demeurant rue du
Pont-Louis-Philippe, 9;
Certifient l'exactitude des faits suivants:
«Le Dr Dariex, demeurant à Paris, rue Du Bellay, no 6, ayant à
plusieurs reprises, et notamment le 25 janvier 1889, cru
constater que des phénomènes étranges se produisaient, la nuit,
dans son cabinet de travail, pria les personnes ci-dessus
désignées de contrôler les observations qu'il avait déjà faites
sur l'existence de ces phénomènes.
»Il s'agissait, au dire du Dr Dariex, de chaises qui avaient été
trouvé renversées dans son cabinet, et cela, à plusieurs
reprises, alors que, d'après les précautions prises en vue
d'éviter toute supercherie, il paraissait impossible qu'aucun
être vivant ait pu s'introduire dans le cabinet, dont les portes
et les fenêtres avaient été méthodiquement closes et mises sous
scellés.
»Pendant 10 jours, du 27 janvier au 4 février, les soussignés se
sont régulièrement réunis chez le Dr Dariex, le soir à 8 heures,
le matin à 8 heures et demie; tantôt ils étaient tous présents,
tantôt il manquait une ou plusieurs personnes. Le Dr Barbillion
et le Dr Dariex n'ont pas manqué à un seul rendez-vous et ont pu
assister à toute la série des expériences.
»Le cabinet de travail du Dr Dariex occupe, au premier étage de
la maison portant le no 6 de la rue Du Bellay, la partie de
l'appartement qui forme le coin de cette rue et de la rue
Saint-Louis-en-l'Ile. Il prend jour par deux fenêtres donnant sur
cette rue et communique avec les autres pièces de l'appartement
par deux portes, l'une donnant sur le salon et s'ouvrant vers le
salon; l'autre donnant sur la salle à manger et s'ouvrant vers le
cabinet.
»Les meubles qui le garnissent sont: une bibliothèque, un
secrétaire, une table, un divan, un fauteuil, quatre chaises; il
n'existe aucun placard. Après avoir scrupuleusement examiné les
fenêtres et les portes, ainsi que les différents meubles, les
murs et le parquet, les soussignés, ayant acquis la conviction
que rien ne pouvait amener la chute ou le déplacement d'aucun
meuble ou d'aucun objet, à l'aide de mécanisme, de fils, etc., ou
de tout autre moyen; qu'il était également impossible à quelqu'un
de se cacher dans le cabinet ou de s'y introduire après la
fermeture et la mise sous scellés des fenêtres et des portes;
dans ces conditions, chaque soir, à huit heures, les précautions
suivantes furent minutieusement prises: les volets en fer sont
fermés, les fenêtres sont closes et des scellés sont apposés sur
les montants, près de l'espagnolette. La porte de communication
avec le salon est fermée à clef du côté du cabinet, la clef
restant emprisonnée dans la serrure, par une bande d'étoffe
scellée à ses deux extrémités.
»Des scellés sont posés sur cette porte et une bande d'étoffe est
fixée par des cachets de cire, d'une part sur la porte elle-même,
et, d'autre part, sur le mur voisin. Pendant tout le cours de nos
expériences, cette porte du salon est demeurée condamnée.
»Restait, comme unique ouverture, la porte faisant communiquer le
cabinet avec la salle à manger. Les chaises du cabinet étaient
alors disposées suivant un ordre convenu, mais non toujours
exactement à la même place. On sortait du cabinet, le Dr Dariex
le premier, et chacun, de _la salle à manger_, jetait un dernier
regard dans le cabinet, afin de s'assurer, une dernière fois, que
_les chaises étaient debout_ et bien en place.
»Alors le Dr Barbillion fermait à clef la porte du cabinet et
gardait sur lui cette clef; les scellés étaient posés et la bande
d'étoffe était appliquée sur le trou de la serrure. Sept ou huit
cachets étaient posés, à l'aide d'un cachet appartenant à M.
Morin, lequel le gardait et l'emportait chez lui. _La forme et la
disposition des scellés étaient notées avec soin._
»Ces précautions ayant été régulièrement et rigoureusement
prises, chaque jour, à huit heures du soir, nous nous réunissions
le lendemain matin, à huit heures et demie, pour la levée des
scellés, laquelle était toujours précédée d'un examen minutieux
de la clef et de la serrure. Pendant les dix jours qu'a duré
l'observation, voici ce qui a été constaté:
1re Nuit, du samedi 26 janvier au dimanche 27.--Néant.
2e Nuit, du 27 au lundi 28 janvier.--Néant.
3e Nuit, du 28 janvier au mardi 29 janvier.--Deux chaises sont
renversées; l'une, placée près de la bibliothèque, est tombée sur
son côté gauche; l'autre, placée près du fauteuil, est renversée
sur le dossier, dans la direction de la fenêtre et de la table.
4e Nuit, du mardi 29 janvier au mercredi 30.--Néant.
5e Nuit, du 30 janvier au jeudi 31 janvier.--Néant.
6e Nuit, du 31 janvier au vendredi 1er février.--Néant.
7e Nuit, du 1er février au samedi 2 février.--Néant.
8e Nuit, du 2 février au dimanche 3 février.--Néant.
9e Nuit, du dimanche 3 février au lundi 4 février.--Néant.
10e Nuit, du lundi 4 février au mardi 5 février.--Deux chaises
sont renversées: l'une, placée vers la table, a été renversée sur
le côté gauche, vers le divan; l'autre, placée près du fauteuil,
est tombée sur le dossier, dans la direction de la fenêtre.
»En présence de ces faits, des précautions prises par nous, pour
éviter toute supercherie, du soin que nous avons apporté à la
pose des scellés et à l'examen des mêmes scellés, nous sommes
convaincus:
»_1º Que personne n'a pu demeurer dans le cabinet, après que nous
étions sortis;_
»_2º Que personne n'a pu s'y introduire pendant la nuit, avant
notre arrivée, le lendemain matin._
»Et nous sommes amenés à conclure que, pendant la nuit, à deux
reprises, dans l'espace de dix jours, au milieu d'une chambre
parfaitement close et sans qu'aucun être vivant ait pu s'y
introduire, des chaises ont été renversées, contrairement à notre
attente et à nos prévisions; que cette manifestation d'une force,
en apparence mystérieuse se produisant en dehors des conditions
habituelles, ne nous paraît pas reconnaître une explication
ordinaire, et que, sans vouloir préjuger en rien de la nature
intime de cette force et tirer des conclusions positives, nous
inclinons à penser qu'il s'agit de phénomènes d'ordre psychique,
analogues à ceux qui ont été décrits et contrôlés par un certain
nombre d'observateurs.
»Dr BARBILLION; P. BESSOMBES; Dr MÉNEAULT;
L. MORIN; Dr DARIEX.»
Toutes ces signatures sont légalisées par la mairie du IVe
arrondissement et par celle de Pont-de-Vaux, dans l'Ain, où est
allé, peu après, se fixer le docteur Méneault.
A partir du 5 février, ajoute le docteur Dariex, mes amis ayant
déclaré que leur contrôle était suffisant et qu'il était inutile
de le prolonger, je me fis dresser, tous les soirs, un lit dans
ce cabinet de travail, et j'y couchai jusqu'au 26 février, date à
laquelle je fus appelé en province par un deuil de famille. Je
n'entendis rien et aucune chaise ne fut plus renversée.
Ces phénomènes ont-ils été absolument indépendants de la présence
ou du voisinage de quelque personne, de quelque «médium», pour
employer le terme consacré? Je n'en sais rien, mais je présume
que si la présence de quelqu'un a été nécessaire, si médium il y
a eu, ce doit être ma servante, dont la santé et le système
nerveux étaient alors très délicats. Elle n'a jamais eu d'accès
de somnambulisme spontané; mais, il y a un an, j'ai été amené,
par la force des choses, à me convaincre qu'elle était
hypnotisable, etc., etc...
Malgré le vif intérêt que présentent ces questions, il nous est
impossible d'insister plus longuement; on trouvera, du reste, dans les
_Annales_, tous les détails complémentaires des expériences du docteur
Dariex.
On y pourra lire aussi le récit de phénomènes du même ordre, mais
incomparablement plus intenses, qui se seraient produits, en 1873, au
château du T..., en Normandie. Les documents qui les relatent semblent
posséder toutes les garanties désirables; par malheur, les
observations n'ont pas été faites dans un esprit aussi rigoureusement
scientifique que les précédentes, et cela est d'autant plus
regrettable que les faits sont vraiment extraordinaires et
passablement troublants. Ce sont des coups formidables qui, la nuit,
ébranlent les murailles; des bruits de pas, et même des cris
déchirants qui, pendant tout un mois, troublent le sommeil des hôtes
du château, sans que les recherches les plus minutieuses fassent rien
découvrir. Le propriétaire du château, M. de X..., écrit, chaque
jour, le récit des phénomènes dont lui et les siens sont témoins. Ce
journal a été publié par les _Annales_...[130]. La bonne foi de
l'auteur paraît absolue; mais, nous le répétons, l'esprit
d'observation scientifique lui fait un peu défaut.
[130] Voir _Annales des Sc. Psych._, no 6, 2e année: _Phénomènes
étranges du château du T....._
2º MATÉRIALISATIONS
On nomme ainsi, en langage spirite, les apparitions, non plus
_fluidiques_, mais _matérielles_, qui se manifestaient par
l'intermédiaire de certains médiums nommés, pour cette raison, médiums
à _matérialisations_.
Autrement dit, il s'agirait de la création extemporanée de créatures
_en chair et en os_, de créatures qui _parlent_, dont on compte les
pulsations du pouls et que l'on ausculte, d'êtres enfin qui semblent
posséder tous les attributs de la vie...
Et ici, nous avouons franchement que, n'était le désir de présenter un
travail complet, nous préférerions remettre à plus tard cette partie
de notre sujet, non certes par une sotte pusillanimité intellectuelle,
mais parce que nous estimons que, dans l'évolution des idées relatives
à l'Occulte et dans l'intérêt même de ces idées, le moment n'est pas
encore venu d'aborder publiquement les plus transcendantes d'entre
elles.
Nous le répétons: pour si extra-normaux, pour si absurdes que
paraissent les phénomènes dont nous allons nous occuper, nous les
croyons _possibles_ et même _probables_, car, à notre sens, imaginer
que les hommes éminents qui les affirment ont _tous_ été dupes de
fraudes grossières ou d'hallucinations, cela heurte la raison, plus
encore que les prodiges dont ils se portent garants.
_Nous croyons donc ces Phénomènes probables._
MAIS NOUS N'AFFIRMONS RIEN.
Comme bien l'on pense, ce n'est pas dans les livres spirites que nous
irons chercher des observations de _matérialisations_; non pas que
nous refusions systématiquement toute valeur aux ouvrages de ce genre
et aux faits qu'ils contiennent, mais leur esprit et leurs tendances
diffèrent absolument des nôtres.
Aussi, nous adresserons-nous de nouveau aux expérimentateurs que nous
connaissons et parmi lesquels Croockes est encore celui qui a obtenu
les résultats les plus complets, les plus surprenants, et, pour tout
dire, les plus invraisemblables.
C'est en expérimentant avec Home qu'il put constater, pour la première
fois, des matérialisations; mais elles étaient partielles: c'étaient
des mains, en tout semblables à de véritables mains vivantes, qui
apparaissaient et disparaissaient subitement, tantôt lumineuses dans
l'obscurité, tantôt visibles à la lumière ordinaire.
Voici quelques-unes de ces apparitions:
Une petite main, d'une forme très belle, s'éleva d'une table de
salle à manger et me donna une fleur; elle apparut, puis disparut
à trois reprises différentes, en me donnant toute facilité de me
convaincre que cette _apparition était aussi réelle que ma propre
main_. Cela se passa à la lumière, dans ma propre chambre, les
pieds et les mains du médium étant tenus par moi pendant ce
temps.
Nombre de fois, moi-même et d'_autres personnes_ avons vu une
main pressant les touches d'un accordéon, pendant qu'au même
moment, nous voyions les deux mains du médium qui, quelquefois,
étaient tenues par ceux qui étaient près de lui.
Les mains et les doigts ne m'ont pas toujours paru être solides
et comme vivants. Quelquefois, il faut le dire, ils offraient
plutôt l'apparence d'un nuage, condensé en partie sous forme de
main... J'ai vu, plus d'une fois, d'abord un objet (fleur, livre,
etc.) se mouvoir, puis un nuage lumineux qui semblait se former
autour de lui, et enfin le nuage se condenser, prendre une forme
et se changer en une main parfaitement faite... Quelquefois, la
chair semble être aussi humaine que celle de toutes les personnes
présentes. Au poignet ou au bras, elle devient vaporeuse et se
perd dans un nuage lumineux: au toucher, ces mains paraissent
quelquefois froides comme de la glace et mortes; d'autres fois,
elles m'ont semblé chaudes et vivantes, et ont serré la mienne
avec la ferme étreinte d'un vieil ami. J'ai retenu une de ces
mains dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper.
Aucune tentative ni aucun effort ne furent faits pour me faire
lâcher prise, mais peu à peu cette main sembla se résoudre en
vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se dégagea de mon étreinte[131].
[131] Croockes: _Force psychique_, p. 161, 162, 163.--Ne nous
récrions pas trop: Oserait-on affirmer, demandons-nous encore,
que toutes les modalités de la matière nous sont connues?
Mais ces merveilles devaient être encore dépassées par les résultats
que M. Croockes obtint, en 1874, avec un nouveau médium. Celui-ci
était une jeune fille anglaise de 15 ans et d'une santé chétive, Mlle
Florence Coock. Les expériences avaient lieu le plus souvent dans le
laboratoire même de M. Croockes, et c'est là que furent faites les
fameuses photographies des apparitions.
L'être qui se manifestait, par l'intermédiaire du médium, était une
jeune femme qui avait bien voulu révéler son nom: _Katie King_, et qui
prétendait avoir, pendant une existence antérieure, vécu dans l'Inde.
On savait, d'après ses propres paroles, qu'elle «n'avait le pouvoir de
rester auprès de son médium que pendant trois ans et qu'après ce
temps, elle lui ferait ses adieux, pour toujours[132]».
[132] Croockes: _Force psychique_. Appendice. Extrait du
_Spiritualiste_, 29 mai 1874.
A chaque instant, en racontant de pareilles histoires, et bien que
l'on soit convaincu, plus que quiconque, de «l'infini des Possibilités
de l'Univers», on est obligé de se rappeler que celui qui les atteste
est l'homme qui a découvert le _thallium_ et la _matière radiante_;
devant un tel passé scientifique, la raison, même récalcitrante, est
obligée de s'incliner, et l'on continue.....
Voici, sous forme de lettre, le récit que fait M. Croockes de ses
expériences avec Mlle Coock et Katie King: