«Ces expériences, dit le savant anglais, mettent _hors_ _de doute_

les conclusions auxquelles je suis arrivé dans mon précédent mémoire,

savoir: l'existence d'une force associée, d'une manière encore

inexpliquée, à l'organisme humain, force par laquelle un surcroît de

poids peut être ajouté à des corps solides, sans contact effectif.

Dans le cas de M. Home, le développement de cette force varie

énormément, non seulement de semaine à semaine, mais d'une heure à

l'autre; dans quelques occasions, cette force peut être accusée par

mes appareils, pendant une heure ou même davantage, et puis, tout à

coup, elle reparaît avec une grande énergie. Elle est capable d'agir à

une certaine distance de M. Home (il n'est pas rare que ce soit

jusqu'à deux ou trois pieds), mais toujours elle est plus puissante

auprès de lui.

[104] Croockes: _Force psychique_, p. 66 et suivantes.

».... Je crois découvrir ce que cette force physique emploie pour se

développer. En me servant des termes de _force vitale_, _énergie

nerveuse_, je sais que j'emploie des mots qui, pour bien des

investigateurs, prêtent à des significations différentes; mais, après

avoir été témoin de l'état pénible de prostration nerveuse et

corporelle dans laquelle quelques-unes de ces expériences ont laissé

M. Home, après l'avoir vu dans un état de défaillance presque

complète, étendu sur le plancher, pâle et sans voix, je puis à peine

douter que l'émission de la _force psychique_ ne soit accompagnée d'un

épuisement correspondant de la force vitale.

»Je me suis hasardé à donner à cette nouvelle force le nom de _force

psychique_, à cause de sa relation manifeste avec certaines

considérations psychologiques, et parce que j'étais très désireux

d'éviter que les conclusions précédentes ne fussent classées sous un

titre qui, jusqu'ici, a été considéré comme dépendant d'un terrain

d'où les arguments et les expériences sont bannis. Mais, comme j'ai

trouvé que c'était du ressort de la recherche scientifique pure, j'ai

dû le faire connaître par une appellation qui fût un nom scientifique,

et je ne pense pas qu'on pût en choisir un autre qui lui convînt

mieux.

»Pour être témoin des manifestations de cette force, il n'est pas

nécessaire d'avoir accès auprès des psychistes en renom. Cette force

est probablement possédée par tous les êtres humains, quoique les

individus qui en sont doués avec une énergie extraordinaire soient

sans doute rares. Pendant l'année qui vient de s'écouler, j'ai

rencontré, dans l'intimité de quelques familles, cinq ou six personnes

qui possèdent cette force d'une manière assez puissante pour

m'inspirer pleinement la confiance que, par leur moyen, on aurait pu

obtenir des résultats semblables à ceux qui viennent d'être décrits,

pourvu que les expérimentateurs opérassent avec des appareils plus

délicats et susceptibles de marquer une fraction de grain, au lieu

d'indiquer seulement des livres et des onces.... Qu'il soit bien

compris que, de même que toutes les autres expériences scientifiques,

ces recherches doivent être conduites en parfait accord avec les

conditions dans lesquelles la force se développe.

»De même que, dans les expériences d'électricité par frottement, c'est

une condition indispensable que l'atmosphère soit exempte d'un excès

d'humidité et qu'aucun corps conducteur ne doive toucher l'instrument,

pendant que cette force s'engendre, de même on a trouvé que certaines

conditions étaient essentielles à la production et à l'action de la

force psychique; et si ces précautions ne sont pas observées, les

expériences ne réussissent pas.

»C'est ainsi que cette force psychique était défavorablement

influencée par une lumière trop vive, par le rayonnement du

regard[105], qu'elle se transmet à travers l'eau.»

[105] C'est pourquoi très souvent les médiums demandent

l'obscurité et abritent leurs mains sous une table.

M. Croockes a essayé sur elle l'influence de plusieurs lumières:

lumière du soleil diffuse, clair de lune, gaz, lampe, bougie, lumière

électrique, etc. Les rayons les moins favorables aux manifestations

«semblent être ceux de l'extrémité du spectre.»

«Je dois rectifier, continue M. Croockes, une ou deux erreurs qui se

sont profondément implantées dans l'esprit du public. L'une, que

l'obscurité est essentielle à la production des phénomènes, cela n'est

pas le cas. Excepté en quelques circonstances, pour lesquelles

l'obscurité a été une condition indispensable, comme par exemple les

phénomènes d'apparitions lumineuses et quelques autres cas, _tout ce

que je rapporte a eu lieu à la lumière_... Lorsque quelque raison

particulière a exigé l'exclusion de la lumière, les résultats qui se

sont manifestés l'ont été sous des conditions de contrôle si parfait

que la suppression d'un de nos sens n'a réellement pas pu affaiblir la

preuve fournie.

»Une autre erreur qui est commune consiste à croire que les

manifestations ne peuvent se produire qu'à certaines heures et qu'en

certains lieux--chez le médium, ou à des heures convenues d'avance--et

partant de cette supposition erronée, on a établi une analogie entre

les phénomènes appelés spirituels et les tours d'adresse des

«prestidigitateurs» et des «sorciers» opérant sur leur propre théâtre

et entourés de tout ce qui concerne leur art... Les centaines de faits

que _je me prépare à attester_ ont tous eu lieu dans ma _propre

maison, aux époques désignées par moi et dans des circonstances qui

excluaient absolument l'emploi et l'aide du plus simple instrument_.

«Une troisième erreur est celle-ci: c'est que le médium doit choisir

son cercle d'amis et de compagnons qui doivent assister à sa

séance.--Que ces amis doivent croire fermement à la vérité de

n'importe quelle doctrine qu'énoncera le médium.--Qu'on impose à toute

personne, dont l'esprit est investigateur, des conditions telles

qu'elles empêchent complètement toute observation soigneuse. A cela je

puis répondre qu'à l'exception de quelques cas fort peu nombreux....

_j'ai composé moi-même mon cercle d'amis, j'ai introduit tous les

incrédules qu'il m'a plu d'introduire, et j'ai généralement imposé mes

conditions choisies avec soin par moi-même_, pour éviter toute

possibilité de fraude.....[106].»

[106] Croockes, _loc. cit_, p. 147 et suivantes.

Voici maintenant une déclaration du même expérimentateur dont le

lecteur appréciera--sans que nous ayons besoin d'insister--toute la

gravité:

«Une question importante s'impose ici à notre attention: _Ces

mouvements et ces bruits sont-ils gouvernés par une intelligence?_ Dès

le premier début de mes recherches, j'ai constaté que le pouvoir qui

produisait ces phénomènes n'était pas simplement une force aveugle,

mais qu'une intelligence le dirigeait ou du moins lui était

associée... L'intelligence qui gouverne ces phénomènes est quelquefois

manifestement inférieure à celle du médium, et elle est souvent en

opposition directe avec ses désirs... Cette intelligence est

quelquefois d'un caractère tel qu'on est _forcé de croire_ qu'elle

n'émane d'aucun de ceux qui sont présents.»

Telles sont les expériences et les opinions de l'habile physicien

anglais sur la Force psychique.

Ces expériences sont, en Psychologie occulte, devenues fondamentales,

classiques: et si, pour notre compte, nous n'acceptons qu'avec les

plus expresses réserves les expériences de matérialisations que fit

plus tard le même M. Croockes avec Mlle Cook (nous en parlerons plus

loin), nous devons dire que nous considérons comme à peu près

décisives celles que nous venons d'exposer.

Et ici on ne peut pas invoquer le _testis unus testis nullus_, car des

faits semblables ou analogues ont été constatés par divers

expérimentateurs, tous dignes de foi, Gibier, Zœllner, Lepelletier,

Lombroso, etc., etc.

Nous ne pouvons que consigner rapidement les résultats de leurs

expériences, sans entrer dans les détails des précautions prises, des

appareils construits spécialement, etc.

_Zœllner_[107], qui était professeur d'astronomie à l'Université de

Leipzig, et qui est mort depuis, opéra avec un américain, Slade, qui

devait, dans la suite, servir aux expériences de M. Gibier.

[107] Zœllner; _Wissenschaftliche Abhandlungen_, 1877-81.

Leipzig (4 vol. in-8).

Voici les phénomènes produits par ce médium, dans la maison même de

Zœllner[108]:

1º Mouvement, par la seule «force» de Slade, de l'aiguille aimantée

renfermée dans la boîte d'une boussole[109];

2º Coups frappés dans une table; couteau projeté, sans contact, à la

hauteur d'un pied;

3º Mouvements d'objets lourds, le lit de M. Zœllner, transporté à

deux pieds du mur, Slade étant assis, le dos tourné au lit, les jambes

croisées et bien en vue;

4º Un écran est brisé avec fracas, sans contact avec le médium, et les

morceaux sont projetés à cinq pieds de lui;

5º Ecriture produite à plusieurs reprises entre deux ardoises

appartenant à Zœllner et tenues bien en vue;

6º Aimantation d'une aiguille d'acier;

7º Réaction acide donnée à des substances neutres, etc., etc.

[108] Voir le _Spiritisme_, de M. Gibier, p. 307.

[109] Louis Lucas avait déjà observé que l'approche de certaines

personnes faisait dévier l'aiguille d'un galvanomètre très

sensible. (_Chimie nouvelle_). Mais il resterait à démontrer que

ce ne sont pas les vibrations caloriques qui provoquent cette

déviation.

En France, c'est le docteur Gibier, ancien interne des Hôpitaux de

Paris, qui voulut, le premier, soumettre à l'expérimentation

scientifique les Phénomènes spirites. Il opéra avec le même Slade.

«Nous avons eu, dit-il[110], trente-trois séances, dont trois dans

notre maison même; sur ces trente-trois séances, plus de la moitié ont

été presque nulles, deux n'ont donné aucun résultat ... Les personnes

qui ont assisté à nos séances avec Slade nous sont connues: l'idée de

compérage doit donc être éliminée; nous avons été parfois quatre et

même cinq personnes, y compris le médium, mais nous n'avons jamais été

moins de trois, dans toutes circonstances... Nous pouvons affirmer,

après examen, qu'aucun mécanisme n'existait dans les meubles qui nous

ont servi. Nous avons une certaine compétence sur ce point, et nous

pouvons garantir ce que nous avançons.»

[110] _Spiritisme_, p. 323.

M. Gibier constata plusieurs faits analogues à ceux observés par

Croockes et par Zœllner: mouvements de corps plus ou moins lourds,

sans contact avec le médium, objets brisés par simple contact, corps

transportés, sans que Slade les touchât, etc., etc.

Citons les observations suivantes:

Le 29 avril 1886, dans une séance de jour, Slade était assis en

face de la fenêtre, ses pieds tournés de notre côté; quand il

faisait face à la table, nous étions à sa droite. Tout à coup,

une chaise, placée à un mètre vingt centimètres (nous avons

mesuré exactement à l'aide d'un mètre double en ruban), fit un

demi-tour sur elle-même et vint se jeter contre la table, comme

attirée par un aimant.

Le 11 mai 1886, Slade, dans la position ordinaire (comme

ci-dessus), en plein jour (3 heures et demie de l'après-midi), un

bahut placé à 75 centimètres de la chaise de Slade, se mit en

mouvement assez lentement d'abord, en quittant le mur où il était

appuyé, pour qu'on pût s'assurer qu'aucun contact n'existait

entre ce meuble et les objets qui l'entouraient; puis il vint

frapper violemment contre la table que nous entourions. Slade

tournait le dos au bahut; M. A... et nous-même lui faisions face.

Nous ne pouvons dire l'effet produit par ce meuble massif,

semblant s'animer, pour l'instant, d'une vie propre.

Le même jour, une chaise placée à coté du meuble en question fut

renversée, quelques instants plus tard, à près de deux mètres du

médium.

Le 12 mai, sur notre demande, une chaise fut comme mue par un

ressort et s'élança à 1 m. 50 de hauteur[111].

[111] Gibier, _loc. cit._, p. 327, 328.

Mais le fait sur lequel porta plus spécialement l'enquête de M. Gibier

fut celui de l'_écriture automatique_.

Et il ne s'agit plus ici des lignes que trace la main du médium, alors

qu'il assure être l'interprète d'une autre personnalité qui, pour un

instant, s'est _incarnée_ en lui. M. Janet a fait de ce dernier

phénomène une analyse très pénétrante et il l'explique par la dualité

cérébrale et l'automatisme psychologique[112]. L'_écriture spontanée_

dont nous parlons est celle qui est tracée sans que les mains du

médium paraissent en rien intervenir.

[112] Voir son livre l'_Automatisme psychologique_, p. 397 et

suiv.

Evidemment, dans les deux cas, la nature de la pensée peut être la

même, mais sa manifestation physique est bien différente.

«Nous avons vu plus de cent fois, dit M. Gibier, des caractères, des

dessins, des lignes et même des phrases entières se produire, à l'aide

d'une petite touche, sur des ardoises que Slade tenait, et même entre

deux ardoises avec lesquelles il _n'avait aucun contact_, et qui nous

appartenaient, que nous avions achetées nous-même dans une papeterie

quelconque de Paris et que nous avions marquées de notre signature...

En somme, il ne nous a manqué qu'une chose: voir l'écriture se tracer

sous nos yeux.»

Voici la relation de l'une des plus typiques expériences de ce genre:

EXPÉRIENCE VIII[113]

Nous appelons toute l'attention du lecteur sur cette expérience,

à laquelle nous laissons, comme aux précédentes, sa rédaction

primitive:

30 juin 1886.--J'ai fait, aujourd'hui, à 5 heures, chez Slade,

une observation plus curieuse que les autres, dans ce sens que le

«phénomène» de l'écriture s'est produit dans deux ardoises

m'appartenant et auxquelles _Slade n'a pas touché_.

J'avais apporté plusieurs ardoises, deux entre autres enveloppées

dans du papier, ficelées ensemble, cachetées et vissées. Je

désirais obtenir de l'écriture dans ces ardoises et je demandai à

Slade si cela était possible. «Je ne sais pas, me répondit-il, je

vais le demander.» Je proposai alors d'avoir une réponse dans

deux ardoises neuves que j'avais apportées dans ma serviette, ce

qui me fut accordé.

Dans une séance antérieure, un visiteur est venu chez Slade et a

obtenu, m'a-t-on dit, de l'écriture dans deux ardoises qu'il

tenait sous ses pieds. J'ai demandé et obtenu la permission,

après avoir mis la petite touche traditionnelle entre elles deux,

de m'asseoir sur mes ardoises. Les ayant donc posées sur ma

chaise, je m'assis dessus et ne les quittai de la main que

lorsque tout le poids de mon corps porta sur elles. Je plaçai

alors mes mains sur la table avec celles de Slade et je _sentis

et entendis_ alors, très nettement, que de l'écriture se traçait

sur l'ardoise avec laquelle j'étais en contact.

Quand ce fut fini, je retirai _moi-même_ mes deux ardoises, et je

lus les douze mots suivants, fort mal écrits, du reste, mais

enfin _écrits_ et lisibles quand même: _Les ardoises sont

difficiles à influencer, nous ferons ce que nous pourrons._

Slade n'avait pas touché aux ardoises. Je ne pus en obtenir

davantage.

[113] Gibier, _loc. cit._, p. 366.

Dans une autre expérience (Expérience X), M. Gibier et plusieurs

autres personnes obtinrent, non seulement de l'écriture sur des

ardoises, dans les mêmes conditions, mais encore le transport de ces

mêmes ardoises, sans contact apparent avec les mains d'aucune

personne.

«Il y a des faits, dit M. Gibier en terminant son livre, ne nous

lassons pas de le dire, des faits positifs, inéluctables.... Nous ne

pouvons plus reculer; les faits sont là qui nous pressent. Nous avons

beau nous débattre et dire «cela n'est pas possible», ils nous

répondent «cela est». Nous objectons un «mais», on nous réplique par

«un fait», et comme l'a dit Russel Vallace, les faits sont choses

opiniâtres».

Nous ne pouvons insister sur les expériences qu'à son tour M. H.

Lepelletier a instituées sur la Force psychique. On en trouvera les

détails dans le livre de M. Plytoff sur _la Magie_[114].

[114] Plytoff: _La Magie_, p. 37 et suiv. (Germer-Baillière,

1892).

Depuis deux ans, cette question des phénomènes physiques occultes est

particulièrement à l'étude, et nous allons avoir à citer des

observations publiées par des hommes chez qui la haute situation

scientifique dont ils jouissent n'a diminué en rien l'indépendance

intellectuelle et l'esprit d'investigation. Si la réalité de ces

phénomènes devient de plus en plus probable, la certitude à leur égard

n'est pas encore faite: la preuve dernière, irréfutable, mathématique,

manque encore; du reste, n'en est-il pas malheureusement ainsi,

presque partout en Psychologie occulte? Mais cette certitude, cette

preuve dernière, les documents qui suivent la font espérer

prochaine...

Voici d'abord la déclaration catégorique que M. Lombroso a publiée en

1891, et par laquelle le chef de l'Ecole d'anthropologie criminelle

d'Italie reconnaît l'existence des Phénomènes occultes et les juge

dignes d'un intérêt scientifique sérieux.

Il a recommencé ses investigations en septembre et octobre 1892, avec

le concours de MM. Richet, Aksakof, Du Prel, et de plusieurs autres

savants italiens. Nous donnerons, à la fin de cette deuxième partie de

notre travail, et comme une sorte de résumé synthétique des divers

phénomènes médianimiques, le compte rendu de ces nouvelles

expériences--documents dont on saisit sans peine toute l'importance et

que l'on doit considérer comme le dernier mot dit, jusqu'ici, par la

science officielle sur ce troublant et mystérieux sujet.

On nous reprochera peut-être d'avoir, en cette étude, multiplié les

documents; on nous reprochera surtout, peut-être, la longueur de

ceux-ci. Disons, une fois pour toutes, que nous n'écrivons pas pour

aligner des phrases: nous voulons, sinon prouver l'absolue réalité des

faits dont nous parlons, du moins montrer qu'ils méritent une

attention scientifique sérieuse, que des hommes éminents en ont jugé

ainsi, et que la Psychologie occulte sort enfin de l'empirisme

grossier où on l'avait reléguée jusqu'à présent. Or, pour cela, la

seule méthode est de citer longuement les auteurs qui présentent des

faits ou qui émettent des opinions, avec une autorité que nous ne

saurions posséder nous-même. Pareil système peut paraître fastidieux;

en des matières encore si discutées, il n'en est pas moins le seul

valable.

Les premières expériences de M. Lombroso eurent lieu à Naples. Le

savant italien était assisté de plusieurs de ses collègues et

expérimentait avec le médium Eusapia Paladino. Nous donnons ici le

second rapport que M. E. Ciolfi, le compagnon de Mme Eusapia, a écrit

et présenté, après les expériences, à l'approbation de M. Lombroso. On

trouvera à la suite de ce rapport la déclaration de ce dernier[115].

[115] Nous empruntons ces documents aux _Annales des Sciences

Psychiques_, no 5, première année.

_Deuxième séance_

Naples, 15 juin 1891.

«Cher Ami,

»Ainsi que je vous l'avais écrit, le lundi 2 courant, à 8 heures

du soir, j'arrivais à l'hôtel de Genève, accompagné du médium,

_Mme Eusapia Paladino_. Nous avons été reçus sous le péristyle

par MM. Lombroso, Tamburini, Ascensi et plusieurs personnes

qu'ils avaient invitées, les professeurs Gigli, Limoncelli,

Vizioli, Bianchi, directeur de l'hospice d'aliénés de Sales, le

docteur Penta et un jeune neveu de M. Lombroso, qui habite

Naples.

»Après les présentations d'usage, on nous a priés de monter à

l'étage le plus élevé de l'hôtel, où l'on nous a fait entrer

dans une grande pièce à alcôve.

»Déjà, dans la matinée, Mme Paladino avait été examinée par M.

Lombroso, qui invita néanmoins ses collègues et amis à procéder

avec lui à un nouvel examen psychiatrique du médium.

»L'examen terminé, et avant de prendre place autour d'une lourde

table qui se trouvait là, on baissa les grands rideaux d'étoffe

qui fermaient l'alcôve, puis, derrière ces rideaux, à une

distance de plus d'un mètre, mesurée par MM. Lombroso et

Tamburini, on plaça dans cette alcôve un guéridon avec une

soucoupe de porcelaine remplie de farine, dans l'espoir d'y

obtenir des empreintes, une trompette en fer-blanc, du papier,

une enveloppe cachetée contenant une feuille de papier blanc,

pour voir si l'on ne trouverait pas de l'_écriture directe_.

»Après quoi, tous les assistants, moi excepté, visitèrent

soigneusement l'alcôve, afin de s'assurer qu'il ne s'y trouvait

rien de préparé pour surprendre leur bonne foi.

»Mme Paladino s'assit à la table, à cinquante centimètres des

rideaux de l'alcôve, leur tournant le dos; puis, sur sa demande,

elle eut le corps et les pieds liés à sa chaise, au moyen de

bandes de toile, par trois professeurs, qui lui laissèrent

uniquement la liberté des bras. Cela fait, on prit place à table

dans l'ordre suivant: à gauche, Mme Eusapia, M. Lombroso; puis,

en suivant, M. Vizioli, moi, le neveu de M. Lombroso, MM. Gigli,

Limoncelli, Tamburini; enfin, le docteur Penta, qui complétait le

cercle et se trouvait à gauche du médium.

»Sur ma demande formelle, les personnes assises à table plaçaient

les mains dans celles de leurs voisins et se mettaient en contact

avec eux par les pieds et par les genoux. De la sorte, plus

d'équivoque, de doute, ni de malentendu possible.

»MM. Ascensi et Bianchi refusèrent de faire partie du cercle et

restèrent debout, derrière MM. Tamburini et Penta.

»Je laissai faire, persuadé que c'était là une combinaison

préméditée pour redoubler de vigilance. Je me bornai à

recommander que, tout en observant avec le plus grand soin,

chacun se tint tranquille. Les expériences commencèrent à la

lumière de bougies en nombre suffisant pour que la pièce fût bien

éclairée....

»Après une longue attente, la table se mit en branle, lentement

d'abord, puis avec plus d'énergie; toutefois, les mouvements

restèrent intermittents, laborieux et beaucoup moins vigoureux

qu'à la séance de samedi. La table réclama spontanément, par des

battements de pied représentant des lettres de l'alphabet, que

MM. Limoncelli et Penta prissent la place l'un de l'autre. Cette

mutation opérée, la table indiqua de faire de l'obscurité. Il

n'y eut pas d'opposition et chacun conserva la place qu'il

occupait. Un moment après, et avec plus de force cette fois,

reprirent les mouvements de la table, au milieu de laquelle des

coups violents se firent entendre. Une chaise, placée à la droite

de M. Lombroso, tenta l'ascension de la table, puis se tint

suspendue au bras du savant professeur. Tout d'un coup, les

rideaux de l'alcôve s'agitèrent et furent projetés sur la table,

de façon à envelopper M. Lombroso, qui en fut très ému, comme il

l'a déclaré lui-même.

»Tous ces phénomènes, survenus à de longs intervalles, dans

l'obscurité et au milieu des conversations, ne furent pas pris au

sérieux; on voulut n'y voir que des effets du hasard ou des

plaisanteries de quelques-uns des assistants qui avaient voulu

s'égayer aux dépens des autres.

»Pendant qu'on se tenait dans l'expectative, discutant sur la

valeur des phénomènes et le plus ou moins de cas à en faire, on

entendit le bruit de la chute d'un objet. La lumière allumée, on

trouva à nos pieds, sous la table, la trompette qu'on avait

placée sur le guéridon, dans l'alcôve, derrière les rideaux. Ce

fait, qui fit beaucoup rire MM. Bianchi et Ascensi, surprit les

expérimentateurs et eut pour conséquence de fixer davantage leur

attention. On refit l'obscurité et, à de longs intervalles, à

force d'insistance, on vit paraître et disparaître quelques

lueurs fugitives. Ce phénomène impressionna MM. Bianchi et

Ascensi et mit un terme à leurs railleries incessantes, si bien

qu'ils vinrent, à leur tour, prendre place dans le cercle. Au

moment de l'apparition des lueurs, et même quelque temps après

qu'elles eurent cessé de se montrer, MM. Limoncelli et Tamburini,

à la droite du médium, dirent qu'ils étaient touchés, à divers

endroits, par une main. Le jeune neveu de M. Lombroso, absolument

sceptique, qui était venu s'asseoir à côté de M. Limoncelli,

déclara qu'il sentait les attouchements d'une main de chair et

demanda avec insistance qui faisait cela. Il oubliait--à la fois

douteux et naïf--que toutes les personnes présentes, comme

lui-même, d'ailleurs, formaient la chaîne et se trouvaient en

contact réciproque.

»Il se faisait tard, et, comme je l'ai dit, le peu d'homogénéité

du cercle entravait les phénomènes. Dans ces conditions, je crus

devoir lever la séance et faire rallumer les bougies.

Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question · 第 10 / 17 段