facultés de _connaître_ encore mystérieuses de l'âme humaine, par ces
suggestives paroles de Laplace:
«Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les
forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres
qui la composent, si, d'ailleurs, elle était assez vaste pour
soumettre ces données à l'analyse, embrasserait, dans la même formule,
les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus
léger atome; rien ne serait incertain pour elle et l'avenir comme le
passé serait présent à ses yeux[90].»
[90] «Chacune de nos pensées, dit Balfourt-Stewart, est
accompagnée d'un déplacement et d'un mouvement de particules
cérébrales, et il est possible d'imaginer que, de façon ou
d'autre, ces mouvements soient propagés dans l'univers.»
«M. Babbage a montré, dit Jevons, que si nous avions le pouvoir de
découvrir et de suivre les effets les plus minutieux de toute
agitation, chaque particule de matière deviendrait un registre de
tout ce qui est arrivé.»
DEUXIÈME PARTIE
IIme CLASSE.--PHÉNOMÈNES PHYSIQUES OCCULTES[91]
[91] Le titre exact de cette 2e partie de notre travail serait:
_Phénomènes psychiques occultes à effets physiques_. Il s'agit
toujours d'une force encore inconnue émanant de l'organisme et
agissant, non plus sur un autre organisme, mais sur des objets
matériels. Le titre que nous avons choisi nous paraît cependant
suffisamment clair, et il a l'avantage d'être court.
I. De la force psychique
Nous abordons maintenant l'étude d'une classe de phénomènes plus
extraordinaires, plus surnormaux encore, du moins en apparence, que
ceux que nous venons de passer en revue.
Il s'agit des effets mécaniques, plus ou moins contraires aux lois
naturelles, qui se produisent tantôt spontanément, tantôt par le fait
de certaines personnes paraissant douées de la faculté d'émettre une
force spéciale et nommées _Médiums_.
Jusqu'à ces dernières années, ces phénomènes, mouvements d'objets sans
contact, coups, bruits, soulèvement spontané du corps, etc., etc.,
étaient désignés sous le nom de _Phénomènes spiritiques_ et
revendiqués par les Spirites, qui en attribuaient la production aux
âmes des morts, avec lesquelles les médiums se mettent en rapport.
Les premières tentatives scientifiques, faites pour expliquer
quelques-uns de ces «prodiges», furent celles de Babinet, de Faraday
et de Chevreul, qui, en substance, attribuaient aux mouvements
inconscients, à l'_automatisme_ des expérimentateurs et des médiums,
les mouvements des objets avec lesquels ils étaient en contact[92].
[92] Voir aussi M. l'abbé Moigno: _Cosmos_ du 8 janvier
1854.--Comte de Gasparin: _Les Tables tournantes_.--Quant aux
_bruits_ spirites, on connaît déjà la bizarre interprétation
anatomique qu'on leur avait donnée.
Cette théorie, complétée par celle de l'Automatisme psychologique, de
la dualité cérébrale, soutenue avec un grand talent par M. Pierre
Janet[93], peut évidemment suffire pour l'immense majorité des faits
que l'on observe dans les séances de tables tournantes, d'écriture
automatique, etc.
[93] Voir son livre, l'_Automatisme psychologique_, p. 367 et
suivantes. (Alcan, 1889).
Mais elle est en défaut quand il s'agit d'expliquer, rationnellement,
les faits d'action à distance, les seuls dont nous voulions nous
occuper ici.
Si, comme le dit M. Janet, au point de vue _psychologique_, la pensée
du médium est de même nature, qu'il la manifeste au moyen d'un crayon
qu'il tient à la main ou au moyen d'un crayon placé loin de lui, il
n'en est pas moins certain qu'au point de vue _physique_, cela est
tout différent.
Or, nous le répétons, c'est cette action physique à distance que nous
voulons principalement étudier.
Nous ne nions pas, pour cela, l'action possible du
médium--indépendamment de tout mouvement musculaire--sur les objets
avec lesquels il est en contact. Mais comme, dans ces cas, le doute
est toujours légitime, nous préférons nous en tenir aux seuls
mouvements provoqués à distance.
Dans le fait, s'il est démontré qu'une force, émanant de l'organisme,
peut agir de loin sur des objets matériels, il est presque certain que
les Phénomènes physiques occultes reconnaissent une cause identique à
celle des Phénomènes psychiques: dans les deux cas, il s'agit de la
projection, volontaire ou non, hors du corps, d'un élément particulier
dont la nature est encore profondément inconnue.
Sans recourir aux vues des Sciences occultes sur cette force, il nous
faut dire un mot cependant des expériences de Reichenbach, reprises et
commentées, avec un sens critique très sûr, par M. le colonel de
Rochas[94].
[94] Voir: le _Fluide des Magnétiseurs_.
D'après Reichenbach, non seulement l'organisme humain, mais tous les
corps de la nature seraient pénétrés d'un fluide spécial, dérivé de la
_Force-substance_ universelle des Occultistes. Ce fluide, cet _Od_,
comme il l'appelle, pourrait être projeté, volontairement ou non, hors
du corps, et, dans certains cas, deviendrait même _visible_.
Des êtres, doués d'une plus grande finesse de perception, que l'auteur
nomme des _Sensitifs_, auraient le don de _voir_ l'Od se dégager des
objets naturels, du corps de l'homme, et surtout des aimants[95].
[95] «.. Que les effluves de l'aimant soient sensibles à quelques
organismes délicats, nous ne voyons vraiment pas ce qu'il y a là
de difficile à admettre; et, comme on l'a dit, ce qu'il y a de
plus étrange, c'est que, précisément, dans la grande majorité des
cas du moins, l'organisme humain soit insensible à l'action de
plus forts aimants. De même, il serait étrange que le corps
humain lui-même échappât à cette condition physique de toute
matière, d'être le support de phénomènes électriques et
magnétiques.» (S. Héricourt, in _Ann. des Sc. psych._, 1892. no
6).
Ces affirmations de Reichenbach ont été, nous l'avons dit, vérifiées
par M. de Rochas, dont la compétence scientifique offre toutes les
garanties désirables; cet expérimentateur serait même parvenu à
photographier ce que l'on pourrait nommer l'_image astrale_ d'un
minéral[96].
[96] Dans un ordre de faits connexes, disons que l'on sait,
maintenant, qu'il existe des courants électriques dans les
plantes; des expériences faites, il y a quelque temps, par M.
Kunkel, l'avaient porté à en attribuer l'origine au processus
purement mécanique du mouvement de l'eau. M. Haake, qui a repris
la question récemment, en s'entourant de toutes sortes de
précautions, arrive à des conclusions qui se résument ainsi:
1º Il n'est pas douteux que la production des courants électriques
est due à des changements de matière de diverses natures,
notamment à la respiration de l'oxygène et à l'assimilation de
l'acide carbonique;
2º Les mouvements de l'eau peuvent avoir une part à la production
des courants électriques, mais, certainement, cette part est
faible. (_Revue Scientifique_ du 21 janvier 1893, p. 88.)
Voici maintenant, d'après M. Arnold Boscowitz, qui les a résumées, les
recherches de Reichenbach sur l'Od:
«Longtemps avant que le sensitif ait vu la lumière polaire se dégager
de l'aimant ou du cristal, il voit briller, à la place où se trouve
une personne quelconque, un nuage transparent et phosphorescent. C'est
à peine s'il peut distinguer une forme humaine dans l'intérieur du
voile lumineux; mais, à mesure que sa pupille se dilate, il voit se
dessiner de mieux en mieux les contours du corps auquel des émanations
lumineuses donnent des proportions outrées. Les lueurs odiques
s'élèvent, bleuâtres et mobiles, au-dessus de la tête, présentent
l'aspect d'un géant lumineux qui porterait un casque orné de longues
aigrettes. La couleur des flammes qui s'échappent est rouge à gauche,
bleue à droite.
»C'est aux mains, surtout aux extrémités des doigts, que le phénomène
est le plus marqué. De même, chez tous les animaux, tout le côté
gauche dégage la lumière odique rouge, le droit, la lumière bleue,
etc., etc.[97].»
[97] Voir Plytoff: _La Magie_. (Baillière, 1892).
Rappelons que le docteur Luys a communiqué à la Société de biologie
des expériences qui, faites avec des sujets endormis par l'aimant, lui
ont donné des résultats semblables à ceux que nous venons de décrire.
Ajoutons encore que, dans son livre de l'_Analyse des choses_, le
docteur Gibier affirme l'existence de cette «_force animique_.» Il dit
l'avoir vu se dégager dans l'obscurité, sous forme de «matière
vaporeuse et lumineuse», du corps de l'un de ses clients. «Elle émane
principalement, au niveau de la région épigastrique ou des gros troncs
artériels[98]»... «J'ai eu maintes fois l'occasion de voir, chez des
sujets bien doués, le dégagement de cette force et sa condensation _en
plein jour_, sous une forme ou sous une autre. Je ne saurais mieux,
alors, caractériser son aspect qu'en le comparant à _l'état
vésiculaire_ qui précède l'état liquide du gaz acide carbonique,
lorsqu'on le liquéfie sous pression dans un tube de verre. A ce
propos, je dois dire (non que mon intention soit d'établir aucune
comparaison, puisque le gaz s'échauffe par la compression) que, lors
du dégagement de cette force du corps des sujets, on éprouve, surtout
en été ou dans une atmosphère tiède, une vive impression de
fraîcheur[99].»
[98] Gibier: _Analyse des choses_, p. 157.
[99] Gibier, _loc. cit._, p. 159.
Admettrons-nous que Reichenbach, de Rochas, Gibier et d'autres encore
ont été dupes d'hallucinations?
Mais cette force _odique_, _animique_, _neurique rayonnante_[100],
_psychique_ (qu'on l'appelle comme on voudra), ne se manifeste pas
seulement par des effets lumineux; elle peut aussi--à des distances
variables--provoquer des mouvements d'objets matériels, que la
mécanique est impuissante à expliquer.
[100] Dr Baréty: _Force neurique rayonnante, vulgairement
magnétisme animal_. (Paris, Doin, 1882).--Disons pourtant que la
_force neurique_ du docteur Baréty diffèrerait, par certains
caractères, de la _force psychique_ de Croockes.
Comme l'étude la plus sérieuse et la plus démonstrative de l'action
mécanique de la force psychique a été faite par le professeur William
Croockes, nous allons, sans plus tarder, parler de ses travaux.
En une sorte de profession de foi, mise en tête de son livre, le
savant anglais a soin d'indiquer l'esprit dans lequel il commence ses
études relatives aux «Phénomènes spiritualistes[101].»
[101] Voir Croockes: _Nouvelles expériences sur la force
psychique_. Traduction Alidel, Paris.
«Le spiritualiste, dit-il, parle de corps pesant 50 ou 100 livres, qui
sont enlevés en l'air, sans l'intervention de force connue; mais le
savant chimiste est accoutumé à faire usage d'une balance sensible à
un poids si petit qu'il en faudrait dix mille comme lui pour faire un
grain. Il est donc fondé à demander que ce pouvoir, qui se dit guidé
par une intelligence, qui élève jusqu'au plafond un corps pesant,
fasse mouvoir, sous des conditions déterminées, sa balance si
délicatement équilibrée.
»Le spiritualiste parle de coups frappés qui se produisent dans les
différentes parties d'une chambre, lorsque deux personnes ou plus sont
tranquillement assises autour d'une table. L'expérimentateur
scientifique a le droit de demander que ces coups se produisent sur la
membrane tendue de son phonautographe.
»Le spiritualiste parle de chambres et de maisons secouées, même
jusqu'à en être endommagées, par un pouvoir surhumain. L'homme de
science demande simplement qu'un pendule, placé sous une cloche de
verre et reposant sur une solide maçonnerie, soit mis en vibration.
»Le spiritualiste parle de lourds objets d'ameublement se mouvant
d'une chambre à l'autre, sans l'action de l'homme. Mais le savant a
construit les instruments qui diviseraient un pouce en un million de
parties: et il est fondé à douter de l'exactitude des observations
effectuées, si la même force est impuissante à faire mouvoir, d'un
simple degré, l'indicateur de son instrument.
»Le spiritualiste parle de fleurs mouillées de fraîche rosée, de
fruits et même d'êtres vivants apportés à travers les croisées
fermées, et même à travers les solides murailles en briques.
L'investigateur scientifique demande naturellement qu'un poids
additionnel (ne fût-il que la millième partie d'un grain) soit déposé
dans un des plateaux de sa balance, quand la boîte est fermée à clef.
Et le chimiste demande qu'on introduise la millième partie d'un grain
d'arsenic à travers les parois d'un tube de verre dans lequel de l'eau
pure est hermétiquement scellée.
»Le spiritualiste parle de manifestations d'une puissance équivalente
à des milliers de livres et qui se produit sans cause connue. L'homme
de science, qui croit fermement à la conservation de la force, et qui
pense qu'elle ne se produit jamais sans un épuisement correspondant de
quelque chose pour la remplacer, demande que lesdites manifestations
se produisent dans son laboratoire, où il pourra les peser, les
mesurer, les soumettre à ses propres essais.
»C'est pour ces raisons et avec ces sentiments que je commence
l'enquête dont l'idée m'a été suggérée par des hommes éminents qui
exercent une grande influence sur le mouvement intellectuel du pays.»
Les premières expériences de M. Croockes furent faites avec le
concours du médium américain Home, qui, après une existence assez
accidentée, est mort à Paris dans un état voisin de la misère[102].
[102] Voir son livre, Daniel Douglas Home: _Révélations sur ma
vie surnaturelle_. (Dentu, 1863).
Parmi les phénomènes que produisait Home, les plus singuliers et qui
se prêtaient le mieux à l'examen scientifique étaient:
1º L'altération du poids du corps.
2º L'exécution d'airs sur des instruments de musique, généralement sur
l'accordéon, sans intervention humaine directe et sous des conditions
qui rendaient impossible tout contact ou tout maniement des clefs.
Ce furent ces phénomènes que M. Croockes étudia tout d'abord. Nous
laissons à penser avec quels soins et avec quelle méthode furent
conduites ces expériences: on nota même la température. Elles se
faisaient chez le savant lui-même, assisté de quelques-uns de ses
collègues et de quelques personnes de sa famille.
Voici le récit qu'en donne M. Croockes:
«Les réunions eurent lieu le soir, dans une grande chambre
éclairée au gaz. Les appareils préparés dans le but de constater
les mouvements de l'accordéon consistaient en une cage formée de
deux cercles en bois, respectivement d'un diamètre de un pied dix
pouces, et de deux pieds, réunis ensemble par douze lattes
étroites, chacune d'un pied dix pouces de longueur, de manière à
former la charpente d'une espèce de tambour, ouvert en haut et en
bas. Tout autour, cinquante mètres de fil de cuivre isolés furent
enroulés en vingt-quatre tours, chacun de ces tours se trouvant à
moins d'un pouce de distance de son voisin. Ces fils de fer
horizontaux furent alors solidement reliés ensemble avec de la
ficelle, de manière à former des mailles d'un peu moins de deux
pouces de large sur un pouce de haut. La hauteur de cette cage
était telle qu'elle pouvait glisser sous la table de ma salle à
manger, mais elle en était trop près par le haut pour permettre à
une main de s'introduire dans l'intérieur, ou à un pied de s'y
glisser par-dessous. Dans une autre chambre, il y avait deux
piles de Grove, d'où partaient des fils qui se rendaient dans la
salle à manger, pour établir la communication, si on le désirait,
avec ceux qui entouraient la cage.
»L'accordéon était neuf: je l'avais, pour ces expériences, acheté
moi-même chez Wheatstone, conduit-street, M. Home n'avait ni vu,
ni touché l'instrument, avant le commencement de nos essais.
»Dans une autre partie de la chambre, un appareil était disposé
pour expérimenter l'altération du poids d'un corps. Il consistait
en une planche d'acajou de trente-six pouces de long, sur neuf et
demi de large, et un d'épaisseur. A chaque bout, une bande
d'acajou, d'un pouce et demi de large, était vissée et formait
pied. L'un des bouts de la planche reposait sur une table solide,
tandis que l'autre était supporté par une balance à ressort,
suspendue à un fort trépied. La balance était munie d'un index
enregistreur, auto-moteur, de manière à indiquer le maximum du
poids marqué par l'aiguille. L'appareil était ajusté de telle
sorte que la planche d'acajou était horizontale, son pied
reposant à plat sur le support. Dans cette position, son poids
était de trois livres; elles étaient indiquées par l'index de la
balance.
»Avant que M. Home pénétrât dans la chambre, l'appareil avait été
mis en place, et, avant de s'asseoir, on ne lui avait même pas
expliqué la destination de quelques-unes de ses parties. Il sera
peut-être utile d'ajouter, dans le but de prévenir quelques
remarques critiques qu'on pourrait peut-être faire, que,
l'après-midi, j'étais allé chez M. Home, dans son appartement, et
que, là, il me dit que, comme il avait à changer de vêtements, je
ne ferais sans doute pas de difficulté à continuer notre
conversation dans sa chambre à coucher. Je suis donc en mesure
d'affirmer d'une manière positive que ni machine, ni artifice
d'aucune sorte, ne fut en secret mis sur sa personne.
»Les investigateurs présents, à l'occasion de cette expérience,
étaient un éminent physicien, haut placé dans les rangs de la
Société Royale, que j'appellerai A B; un docteur en droit bien
connu, que j'appellerai C D; mon frère et mon aide de chimie.
»M. Home s'assit à côté de la table, sur une chaise longue. En
face de lui, sous la table, se trouvait la cage sus-mentionnée,
et une de ses jambes se trouvait de chaque côté. Je m'assis près
de lui, à sa gauche, un autre observateur fut placé près de lui à
sa droite; le reste des assistants s'assit autour de la table, à
la distance qui lui convint.
»Pendant la plus grande partie de la soirée, et particulièrement
lorsque quelque chose d'important avait lieu, les observateurs,
qui étaient de chaque côté de M. Home, tenaient respectivement
leurs pieds sur les siens, de manière à pouvoir découvrir le plus
léger mouvement.
»La température de la chambre variait de 68° à 70° Farenheit. M.
Home prit l'accordéon entre le pouce et le doigt du milieu d'une
de ses mains, et par le bout opposé aux clefs. (Pour éviter les
répétitions, cette manière de le prendre sera appelée, à
l'avenir, «de la manière ordinaire».)
»Après avoir préalablement ouvert moi-même la clef de basse, la
cage fut tirée de dessous la table, juste assez pour permettre
d'y introduire l'accordéon avec ses clefs tournées en bas. Elle
fut ensuite repoussée dessous, autant que le bras de M. Home pût
le permettre, mais sans cacher sa main à ceux qui étaient près de
lui. Bientôt ceux qui étaient de chaque côté virent l'accordéon
se balancer d'une manière curieuse, puis des sons en sortirent,
et enfin, plusieurs notes furent jouées successivement.
»Pendant que ceci se passait, mon aide se glissa sous la table et
nous dit que l'accordéon s'allongeait et se fermait; on
constatait en même temps que la main de M. Home, qui tenait
l'accordéon, était tout à fait immobile, et que l'autre reposait
sur la table.
»Puis, ceux qui étaient de chaque côté de M. Home virent
l'accordéon se mouvoir, osciller et tourner tout autour de la
cage, et jouer en même temps. Le docteur A B regarda alors sous
la table et dit que la main de M. Home semblait complètement
immobile, pendant que l'accordéon se mouvait et faisait entendre
des sons distincts.
»M. Home tint encore l'accordéon dans la cage, de la manière
ordinaire. Ses pieds tenus par ceux qui étaient près de lui, son
autre main reposant sur la table, nous entendîmes des notes
distinctes et séparées résonner successivement, et ensuite un air
simple fut joué. Comme un tel résultat ne pouvait s'être produit
que par les différentes clefs de l'instrument, mises en action
d'une manière harmonieuse, tous ceux qui étaient présents le
considérèrent comme une expérience décisive. Mais ce qui suivit
fut encore plus frappant: M. Home éloigna entièrement sa main de
l'accordéon, la sortit tout à fait de la cage et la mit dans la
main de la personne qui se trouvait près de lui. Alors
l'instrument continua à jouer, personne ne le touchant et aucune
main n'étant près de lui.
»Je voulus ensuite essayer quel effet on produirait, en faisant
passer le courant de la batterie autour du fil isolé de la cage.
En conséquence, mon aide établit la communication avec les fils
qui venaient des piles de Grove. De nouveau, M. Home tint
l'instrument dans la cage, de la même façon que précédemment, et
immédiatement il résonna, et s'agita de côté et d'autre avec
vigueur. Mais il m'est impossible de dire si le courant
électrique qui passa autour de la cage vint en aide à la force
qui se manifestait à l'intérieur.
»L'accordéon fut alors repris sans aucun contact visible avec la
main de M. Home. Il l'éloigna complètement de l'instrument et la
plaça sur la table, où elle fut saisie par la personne qui était
près de lui; tous ceux qui étaient présents virent bien que ses
deux mains étaient là. Deux des assistants et moi nous aperçûmes
distinctement l'accordéon flotter çà et là dans l'intérieur de la
cage, sans aucun support visible. Après un court intervalle, ce
fait se répéta une seconde fois.
»Alors M. Home remit sa main dans la cage et prit de nouveau
l'accordéon, qui commença à jouer d'abord des accords et des
arpèges, et ensuite une douce et plaintive mélodie bien connue,
qu'il exécuta parfaitement et d'une manière très belle. Pendant
que cet air se jouait, je saisis le bras de M. Home au-dessous du
coude et fis glisser doucement ma main jusqu'à ce qu'elle touchât
le haut de l'accordéon. Pas un muscle ne bougeait. L'autre main
de M. Home était sur la table, visible à tous les yeux, et ses
pieds étaient sous les pieds de ceux qui étaient à côté de lui.»
Après avoir obtenu des résultats aussi décisifs avec l'accordéon, M.
Croockes expérimenta avec l'appareil de la balance.
Malgré tout le désir que nous aurions de reproduire tout au long ces
expériences, qui sont fondamentales, nous nous voyons forcés d'en
donner seulement les résultats. Disons donc que M. Croockes constata,
au moyen d'appareils enregistreurs très sensibles et construits _ad
hoc_, que Home pouvait, par simple imposition des doigts, _sans
pression et même sans aucun contact_, augmenter de quantités énormes
(le 300 p. 100) le poids de divers objets, etc.
En outre, il vit à plusieurs reprises des tables et des chaises
enlevées de terre, sans l'attouchement de personne; Home lui-même se
souleva, à trois reprises différentes, au-dessus du plancher; enfin,
plusieurs apparitions se manifestèrent, mais nous parlerons de
celles-ci dans le chapitre suivant.
Répétons-le, le luxe des précautions prises était inouï. «Le pauvre
Home était soumis à des épreuves bien offensantes: on lui tenait les
pieds et les mains, il n'avait le droit de faire aucun mouvement, sans
que plusieurs paires d'yeux méfiants ne fussent braqués sur lui[103].»
[103] Gibier: _Spiritisme occidental_, p. 269.
Les conclusions que M. Croockes a tirées de ces expériences et d'une
foule d'autres sont consignées dans son livre.
Elles sont trop importantes pour que nous ne les citions pas tout au
long[104]: