«Un jeudi soir, vers le milieu d'août, en 1849, j'allai, comme

je le faisais souvent, passer la soirée avec le Rev. Harrisson

et sa famille, avec laquelle, depuis bien des années, j'avais

les rapports les plus intimes. Comme le temps était très beau,

nous allâmes passer, avec les voisins, la soirée aux Surrey

zoological Gardens. Je note ceci tout particulièrement, parce

que cela prouve que Harrisson était incontestablement en bonne

santé ce jour-là et que personne ne se doutait de ce qui allait

arriver. Le lendemain, j'allai rendre visite à des parents,

dans l'Hertfordshire, qui habitaient dans une maison appelée

Flamstead Lodge, à 26 milles de Londres, sur la grand'route.

Nous dînions d'habitude à 2 heures, et le lundi, dans

l'après-midi suivante, lorsqu'on eut dîné, je laissai les dames

au salon et je descendis, à travers l'enclos, jusqu'à la

grand'route. Remarquez bien que nous étions au milieu d'une

journée du mois d'août, avec un beau soleil, sur une

grand'route fort large, où il passait beaucoup de monde, à cent

mètres d'une auberge. J'étais moi-même parfaitement gai,

j'avais l'esprit à l'aise, il n'y avait rien autour de moi qui

pût exciter mon imagination. Quelques paysans étaient auprès de

là, à ce moment. Tout à coup, un «fantôme» se dressa devant

moi, si près, que si c'eût été un être humain, il m'eût touché,

m'empêchant, pour un instant, de voir le paysage et les objets

qui étaient autour de moi; je ne distinguais pas complètement

les contours de ce fantôme, mais je voyais ses lèvres remuer et

murmurer quelque chose; ses yeux me fixaient et plongeaient

dans mon regard, avec une expression si sévère et si intense

que je reculai et marchai à reculons. Je me dis instinctivement

et probablement à haute voix: «Dieu juste! c'est Harrisson!»

quoique je n'eusse pas pensé à lui le moins du monde à ce

moment-là. Après quelques secondes, qui me semblèrent une

éternité, le spectre disparut; je restai cloué sur place

pendant quelques instants, et l'étrange sensation que

j'éprouvai fait que je ne puis douter de la réalité de la

vision. Je sentais mon sang se glacer dans mes veines; mes

nerfs étaient calmes, mais j'éprouvais une sensation de froid

mortel, qui dura pendant une heure et qui me quitta peu à peu,

à mesure que la circulation se rétablissait. Je n'ai jamais

ressenti pareille sensation, ni avant, ni après. Je n'en parlai

pas aux dames, à mon retour, pour ne pas les effrayer, et

l'impression désagréable perdit de sa force graduellement.

J'ai dit que la maison était près de la grand'route; elle était

située au milieu de la propriété, le long d'un sentier qui mène

au village, à 200 ou 300 mètres de toute autre maison; il y

avait une grille en fer, de sept pieds de haut devant la

façade, pour protéger la maison des vagabonds; les portes sont

toujours fermées à la nuit tombante; une allée, longue de

trente pieds, toute en gravier ou pavée, menait de la porte

d'entrée au sentier. Ce jour-là, la soirée était très belle et

très tranquille. Placée comme elle était, personne n'eût pu

approcher de la maison, dans le profond silence d'une soirée

d'été, sans avoir été entendu de loin. En outre, il y avait un

gros chien dans un chenil, placé de manière à garder la porte

d'entrée; et, destiné surtout à avertir, dès que l'on entrait à

l'intérieur de la maison, un petit terrier qui aboyait contre

tout le monde et à chaque bruit. Nous allions nous retirer dans

nos chambres, nous étions assis dans le salon, qui est au

rez-de-chaussée, près de la porte d'entrée, et nous avions avec

nous le petit terrier. Les domestiques étaient allés se coucher

dans une chambre de derrière, à 60 pieds plus loin. Ils nous

dirent, lorsqu'ils descendirent, qu'ils étaient endormis et

qu'ils avaient été éveillés par le bruit.

Tout à coup, il se fit, à la porte d'entrée, un bruit si grand

et si répété (la porte semblait remuer dans son cadre et vibrer

sous des coups formidables) que nous fûmes tout de suite

debout, tout remplis d'étonnement, et les domestiques

entrèrent, un moment après, à moitié habillés, descendus à la

hâte de leur chambre, pour savoir ce qu'il y avait. Nous

courûmes à la poste, mais nous ne vîmes rien et n'entendîmes

rien. Et les chiens restèrent muets. Le terrier, contre son

habitude, se cacha en tremblant sous le canapé et ne voulut

pas rester à la porte, ni sortir dans l'obscurité. Il n'y avait

pas de marteau à la porte qui pût tomber, et il était

impossible à qui que ce fût d'approcher ou de quitter la

maison, dans ce grand silence, sans être entendu. Tout le monde

était effrayé, et j'eus beaucoup de peine à faire coucher nos

hôtes et nos domestiques; moi-même, j'étais si peu

impressionnable que je ne rattachai pas ce fait à l'apparition

du «fantôme» que j'avais vu dans l'après-midi, mais que j'allai

me coucher, méditant sur tout cela et cherchant quelque

explication, bien qu'en vain, pour satisfaire mes hôtes.

Je restai à la campagne jusqu'au mercredi matin, ne me doutant

pas de ce qui était arrivé pendant mon absence. Ce matin-là, je

rentrai en ville et je me rendis à mes bureaux, qui étaient

alors 11, Kings Road Gray's Inn. Mon employé vint à ma

rencontre sur la porte et me dit: «Monsieur, un monsieur est

déjà venu deux ou trois fois; il désire vous voir de suite, il

est sorti pour aller chercher un biscuit, mais il revient de

suite.» Quelques instants après, ce monsieur revint; je le

reconnus pour un M. Chadwick, ami intime de la famille

Harrisson. Il me dit alors, à ma grande surprise: «Il y a eu

une terrible épidémie de choléra dans Wandsworth Road», voulant

dire chez M. Harrisson; «_tous sont partis_». Mme Rosco est

tombée malade le vendredi et est morte; sa bonne est tombée

malade le même soir et est morte; Mme Harrisson a été atteinte

le samedi matin et est morte le même soir. La femme de chambre

est morte le dimanche. La cuisinière est aussi tombée malade;

elle a été emmenée hors de la maison, et il s'en est fallu de

très peu qu'elle ne mourût aussi. Le pauvre Harrisson a été

pris le dimanche, il a été très malade lundi et hier; on l'a

amené du lazaret de Wandsworth Road à Jack Straws' Castle à

Hampstead, pour avoir un meilleur air; il a supplié en grâce

son entourage, lundi et hier, de vous envoyer chercher, mais

l'on ne savait où vous étiez. Prenons vite un cab et venez avec

moi, ou vous ne le verrez pas vivant. Je partis avec Chadwick à

l'instant, mais Harrisson était mort avant que nous fussions

arrivés.»

H.-B. GARLING.

La nécrologie du Walchman du 15 août 1849 indique que Mme Rosco

est morte du choléra le 4 août, Mme Harrisson le 8 août, et le

Rev. T. Harrisson le jeudi (non le mercredi) 9, à Hampstead.

En réponse à quelques questions, M. Garling nous dit:

Les dames étaient âgées et sont mortes, il y a quelque

vingt-cinq ans. On a perdu la trace de tous les domestiques.

M. Garling ajouta quelques détails, dans la conversation que

nous eûmes avec lui. L'apparition qu'il rencontra sur la

grand'route était si près de lui qu'il n'observa, en détail,

que la figure. Il a eu une autre hallucination. Il a cru voir

la figure de l'un de ses amis, au pied de son lit; mais il

venait d'assister à l'enterrement de cet ami qui avait, de

plus, l'habitude de s'asseoir à la place où apparut la

«vision», et M. Garling s'endormait à ce moment-là. Cette

hallucination ne peut pas prouver une tendance aux

hallucinations subjectives.

L'observation qui précède est remarquable à plus d'un titre. Mais ce

qui la rend pour nous particulièrement précieuse, c'est qu'elle

contient une sorte de témoignage assez rare, et dont il semble que

l'on n'ait pas jusqu'ici apprécié toute l'importance: c'est le

témoignage des animaux. Nous nous bornons à le signaler à l'attention

du lecteur, nous proposant de revenir plus loin sur ce sujet.

_D._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES RÉCIPROQUES

Voici une classe d'hallucinations véridiques, très curieuses et très

importantes, en ce qu'elles semblent restreindre encore la possibilité

d'une coïncidence fortuite, l'annuler presque, et aussi parce que

c'est par elles que l'on pourra probablement arriver à élucider les

conditions et le mécanisme de ces phénomènes. Mais, pour cela, il

faudra posséder un nombre d'observations exactes, qui est loin encore

d'avoir été atteint.

Ici, le «sens du courant», qui semblait nettement indiqué, de l'agent

au sujet, n'existe plus; chacune des deux parties est, à la fois,

sujet et agent: elles s'apparaissent mutuellement l'une à l'autre.

Comme les cas de cette nature sont très rares, nous nous en tiendrons

au suivant, que nous empruntons toujours au même ouvrage:

CXXV (304). M. J. T. Milward Pierce Bow Ranche, Knox County,

Nebraska (Etats-Unis).

Frettons, Danbury, Chelmsford.

5 janvier 1883.

«J'habite dans le Nebraska (Etats-Unis), où j'ai un élevage de

bétail, etc. Je dois épouser une jeune personne qui habite

Yankton, Dakota, à 25 milles au nord.

Vers la fin d'octobre 1884, pendant que j'essayais d'attraper

un cheval, je reçus un coup de sabot dans la figure, et il ne

s'en fallut que d'un pouce ou deux que je n'eusse le crâne

brisé; j'eus cependant deux dents cassées et je reçus un rude

coup dans la poitrine. Plusieurs hommes se tenaient auprès de

moi. Je ne perdis pas connaissance un seul instant, car il

fallait se garder d'une seconde ruade. Il s'écoula un moment,

avant que quelqu'un ne parlât. Je m'appuyais contre le mur de

l'écurie, lorsque je vis, à ma gauche, la jeune personne dont

j'ai parlé. Elle était pâle. Je ne fis pas attention à son

costume, mais je fus frappé de l'expression de ses yeux:

c'était une expression de trouble et d'anxiété. Ce n'était pas

seulement son visage que je voyais, mais sa personne tout

entière, une forme parfaitement matérielle, qui n'avait rien de

surnaturel. A ce moment, mon fermier me demanda si je m'étais

fait mal. Je tournai la tête pour lui répondre, et lorsque je

regardai de nouveau, l'ombre avait disparu. Le cheval ne

m'avait pas fait grand mal, ma raison était parfaitement saine,

car, tout de suite après, je rentrai dans mon bureau et je

dessinai le plan et j'établis le devis d'une nouvelle maison,

travail qui nécessite un esprit très dégagé et très attentif.

Je fus tellement obsédé par le souvenir de cette apparition

que, le lendemain matin, je partis pour Yankton. Les premières

paroles que la jeune fille me dit, lorsque je la vis, furent:

«Mais je vous ai attendu, hier, toute l'après-midi. J'ai cru

vous voir, vous étiez très pâle et votre figure était toute en

sang.» (Je puis dire que mes contusions n'avaient pas laissé de

traces visibles). Je fus très frappé de cela et lui demandai

quand elle avait cru me voir. Elle dit: «Immédiatement après le

déjeuner.» L'accident avait eu lieu juste après mon déjeuner.

Je notai les détails. Je dois dire qu'avant d'arriver à

Yankton, j'avais peur que quelque accident ne fût arrivé à la

jeune fille. Je serai heureux de vous envoyer de plus amples

détails, si vous le désirez.»

Jno. T. Milward PIERCE.

En réponse à quelques questions, M. Pierce nous dit:

Je crois que la vision dura un quart de minute.

Il n'a pas eu d'autre hallucination visuelle, sauf une fois où,

étendu à terre d'un coup de feu qu'un Indien lui avait tiré dans

la mâchoire, il crut voir un Indien se pencher sur lui; il pense

que ce n'était pas un Indien en chair et en os, parce que, dans

ce cas, il eût été scalpé.

M. Pierce nous écrivit le 27 mai 1885:

«J'ai envoyé votre lettre à la personne en question, mais je

n'ai pas reçu de réponse avant de quitter l'Angleterre, et, à

mon arrivée, j'ai trouvé la jeune fille très malade, et ce

n'est que récemment que j'ai pu obtenir les détails que vous

désirez. Elle désire que je dise qu'elle se rappelle aussi

m'avoir entendu, craignant que quelque chose ne me fût arrivé;

ce n'était pas cependant le jour où j'allais la voir

d'habitude; mais, bien qu'à cette époque, elle m'eût dit

qu'elle m'avait vu avec la figure en sang, maintenant elle ne

semble plus s'en souvenir, et je ne lui en ai rien dit, afin de

ne pas l'influencer.»

Dans une lettre du 13 juillet 1885, M. Pierce nous dit:

«Je regrette de ne pouvoir faire mieux. Il semble que des

événements très importants et la maladie aient fait oublier

presque complètement l'incident à Mlle Mac Gregor, qui n'y

attachait pas une grande importance au début. J'ai aidé sa

mémoire, mais elle dit que, sans doute, j'ai raison, mais

qu'elle ne peut plus maintenant se souvenir de rien.»

Lettre de Mlle Mac Gregor:

Yankton, D. T. 13 juillet 1885.

«J'ai lu la lettre que vous avez envoyée à M. Pierce. J'ai peur

de ne pouvoir me rappeler les choses assez clairement pour vous

donner des détails exacts. Je me rappelle que j'ai senti que

quelque accident, était survenu, mais je racontais à M. Pierce

alors tout ce qui m'arrivait d'anormal, et les événements qui

sont survenus ont, je le crains, effacé de mon esprit tout

souvenir des faits.»

Annie Mac GREGOR.

Les restrictions de la jeune fille, bien que fâcheuses, ne sauraient

cependant affaiblir le témoignage d'un homme qui semble avoir un

esprit très positif et beaucoup de sang-froid.

Les _Phantasms_ contiennent une douzaine de cas analoques

d'hallucinations réciproques.

_E._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES COLLECTIVES

Les images hallucinatoires _identiques_ qui affectent à la fois

plusieurs sujets, autrement dit les hallucinations collectives

_ordinaires_, sont relativement assez fréquentes, et «les illusions de

la vue et de l'ouïe se sont même plusieurs fois montrées sous la forme

épidémique; les histoires en contiennent un grand nombre de

faits[79].»

[79] Brierre de Boismont: _Hallucinations_, p. 124, 489, etc.

Mais les hallucinations _véridiques_, impressionnant à la fois deux ou

plusieurs sujets, sont très rares.

Et ici deux interprétations du phénomène sont possibles.

On peut admettre que l'agent A impressionne, à distance, chacun des

deux sujets B et C, ou bien qu'il impressionne le seul B et que

celui-ci transmet l'action télépathique à C; en d'autres termes, qu'il

y a _contagion de l'hallucination_. C'est cette contagion qui, dans

les cas ordinaires, produit les épidémies d'hallucinations dont parle

Brierre de Boismont. Ce qui semblerait indiquer que, dans les

hallucinations véridiques collectives, il y a réellement contagion,

c'est que, très souvent, l'hallucination a été partagée «par une

personne _tout à fait étrangère_ à l'agent et que, d'autre part, il

est fort rare que des personnes, étroitement liées avec l'agent les

unes et les autres, éprouvent, au même moment, la même hallucination,

_si elles ne sont pas ensemble_[80]».

[80] _Hallucinations télépathiques_, p. 344.

Pourtant, nous allons citer un cas choisi parmi ceux où les deux

sujets B et C ont été impressionnés séparément.

CXXXI (36). M. John Done, Stockley Cottage, Stretton.

«Ma belle-sœur, Sarah Eustance, de Stretton, était à l'agonie

et ma femme était partie de Lowton Chapel, où nous demeurions

(à 12 ou 13 milles de Stretton), pour la voir et l'assister à

ses derniers moments. La nuit avant sa mort (environ 12 ou 14

heures avant qu'elle mourût), je dormais seul dans ma chambre;

je me réveillai, j'entendis distinctement une voix qui

m'appelait. Je pensai que c'était ma nièce Rosanna, qui

habitait seule avec moi la maison; je crus qu'elle était

effrayée ou malade. J'allai donc à sa chambre, et je la

trouvai réveillée et agitée. Je lui demandai si elle m'avait

appelé. Elle répondit: «Non, mais quelque chose m'a réveillée;

j'ai entendu quelqu'un appeler.»

Lorsque ma femme revint, après la mort de sa sœur, elle me dit

combien elle avait désiré me voir. Elle demandait qu'on envoyât

me chercher; elle disait: «Oh! comme je désire voir Done encore

une fois!» Bientôt après, elle ne put plus parler. Ce qu'il y a

d'étrange, c'est qu'au moment même où elle me demandait, moi et

ma nièce, nous l'avons entendue appeler.»

John DONE.

M. Done s'exprime ainsi dans une lettre ultérieure:

«Pour répondre aux questions que vous m'avez faites, sur la

voix ou l'appel que j'ai entendu dans la nuit du 3 juillet

1866, je dois vous expliquer qu'une sympathie et une affection

puissantes existaient entre ma belle-sœur et moi; nous avions

l'un pour l'autre les sentiments d'un frère et d'une sœur.

Elle avait la coutume de m'appeler «oncle Done» comme un mari

appelle sa femme «mère» quand il y a des enfants dans la

famille, ce qui était le cas. Or, comme je m'entendais appeler:

oncle, oncle, oncle! je supposai que c'était ma nièce qui

m'appelait; c'était la seule personne qui fût, cette nuit-là, à

la maison.»

Copie de la lettre de faire part (_funeral card_):

«En souvenir de feue Sarah Eustance, morte le 3 juillet 1866,

âgée de quarante-cinq ans, et enterrée à l'église de Stretton,

le 6 juillet 1866.»

«Ma femme, qui était partie, le dimanche en question, de

Lowton, pour voir sa sœur, peut attester que la nuit où elle

était auprès de Sarah (après le départ du pasteur), Sarah

désirait me voir et me demandait avec insistance, répétant à

plusieurs reprises: «Oh! que je voudrais voir oncle Done et

Rosie, encore une fois avant de m'en aller.» Bientôt après,

elle perdit conscience ou du moins elle ne parla plus; elle

mourut le lendemain. Je n'appris cela qu'au retour de ma femme,

le soir du 4 juillet.

J'espère que ma nièce voudra bien témoigner de l'exactitude des

faits. Je puis, en tous cas, affirmer qu'elle m'a dit qu'elle

croyait que je l'appelais et qu'elle allait venir auprès de

moi, lorsqu'elle m'a rencontré dans le couloir; je puis

affirmer aussi que je lui ai demandé si elle m'avait appelé.

Je ne me rappelle pas avoir jamais entendu une autre voix ou un

autre appel.»

Le 7 août 1885, M. Done nous a écrit ce qui suit:

Comme ma femme est malade et affaiblie, elle me dicte la

déclaration suivante:

«Moi, Elisabeth Done, femme de John Done et tante de Rosanna

Done (à présent Sewil), je certifie que, le 3 juillet 1886,

j'assistai ma sœur agonisante, Sarah Eustance, à Stretton, à

douze milles de ma maison à Lowton Chapel, Newton-le-Willows.

Pendant la nuit qui précéda sa mort, elle me sollicitait sans

cesse d'envoyer chercher mon mari et ma nièce, parce qu'elle

désirait les voir encore une fois avant de s'en aller pour

toujours. Elle disait souvent: «Oh! combien je voudrais que

Done et Rosie fussent ici! oh! comme je voudrais voir l'oncle

Done!» Bientôt après, elle perdit la parole et sembla rester

sans conscience; elle mourut le lendemain».

Elisabeth DONE.

M. Done ajoute:

«En pensant, parlant et écrivant sur cet étrange incident, je

me suis resouvenu de plusieurs détails; en voici un: Le

lendemain du jour où j'entendis la voix qui m'avait appelé, je

restai inquiet. J'avais le pressentiment que ma chère

belle-sœur était morte, et je sortis vers le soir pour voir

arriver un train à Newton-Bridge, car il me semblait que ce

train devait ramener ma femme, _si sa sœur était morte, comme

je m'y attendais_.»

N.-B.--Nous étions convenus qu'elle resterait à Stretton, pour

soigner Mme Eustance, jusqu'au dénouement fatal ou jusqu'à sa

convalescence.

Je rencontrai ma femme à quelques centaines de yards de la

station, et je devinai, d'après l'expression de ses traits, que

mes suppositions étaient vraies. Elle me raconta les détails de

la mort de sa sœur. Elle me dit combien elle _avait désiré_

voir Rosanna et moi. Je lui racontai alors que, _dans le

courant de la nuit précédente_, une voix nous avait appelés,

qui ressemblait à la sienne; en même temps, ma femme me dit que

Mme Eustance avait bien souvent répété nos noms, dans la nuit

précédente, avant de perdre conscience.»

Voici de quelle manière la nièce confirme ce récit:

11, Smithdown Lane, Paddington, Liverpool, 21 août 1885.

«Sur la demande de mon oncle et la vôtre, je vous écris pour

confirmer l'assertion de mon oncle, au sujet de la voix que

j'ai entendue. Sans cause apparente, je fus subitement

réveillée et j'entendis une voix qui m'appelait distinctement

ainsi: «Rosy, Rosy, Rosy!» Je pensai que mon oncle m'appelait,

je me levai et je sortis de la chambre, mais je rencontrai mon

oncle qui venait voir si, moi, je l'appelais. Nous étions seuls

à la maison, cette nuit-là: ma tante était partie pour soigner

sa sœur. C'est dans la nuit du 2 au 3 juillet que je me suis

entendu appeler; je ne peux pas dire à quelle heure, mais je

sais que le jour commençait à poindre. Je ne me suis jamais

entendu appeler auparavant, ni depuis.

Rosanna SEWILL.»

Citons à présent un autre cas d'hallucination nettement télépathique,

et où l'on peut croire qu'il y a eu contagion. Il s'agit d'une

hallucination auditive.

CXLV (340). Ce récit nous a été fourni par le Rev. W. Stainton

Moses, ami intime de l'agent. Il a été revu par ses parents qui

ont éprouvé l'hallucination. Ils l'ont déclaré exact.

1881.

«Il y a deux ans environ, W. L... quitta l'Angleterre pour

l'Amérique. Neuf mois après, il se maria; il espérait amener sa

femme dans son pays, pour la présenter à sa mère qu'il aimait

tendrement. Le 4 février, il tomba malade subitement; il mourut

le 12 du même mois, vers 8 heures du soir. Cette nuit-là,

environ trois quarts d'heure après que les parents étaient

allés se coucher, la mère entendit clairement la voix de son

fils lui parler; son mari, qui entendit aussi cette voix,

demanda à sa femme si c'était elle qui parlait. Ni l'un ni

l'autre ne s'étaient endormis et elle répondit: «Non, reste

tranquille!» La voix continua: «Comme je ne puis venir en

Angleterre, mère, je suis venu te voir.» Les deux parents

croyaient, en ce moment, leur fils en bonne santé en Amérique,

et attendaient chaque jour une lettre annonçant son retour à la

maison. Ils prirent note de cet incident qui les avait beaucoup

frappés, et lorsqu'une quinzaine de jours plus tard, la

nouvelle de la mort du fils arriva, ils virent qu'elle

correspondait avec la date à laquelle la voix de «l'esprit»

avait annoncé sa présence en Angleterre. La veuve déclara que

les préparatifs de départ étaient presque terminés à ce

moment-là, et que son mari était très désireux d'aller en

Angleterre voir sa mère».

On pourrait faire rentrer dans les cas d'hallucinations collectives

ceux où figurent les animaux. A notre avis, le témoignage de ces

derniers a été trop négligé jusqu'ici. Recueilli dans de bonnes

conditions de contrôle, il pourrait être de la plus haute importance.

Or, les observations où est décrite la façon dont les animaux (chiens,

chevaux) ont réagi devant une apparition sont assez rares et ne

présentent pas toutes les garanties désirables d'exactitude.

Malgré le vif désir que nous aurions de continuer ces citations,

persuadé qu'en ces matières, où les preuves expérimentales font à peu

près défaut, le seul espoir de convaincre est d'accumuler les

documents, nous nous voyons forcé de nous en tenir à ces quelques cas

des diverses hallucinations véridiques.

Et maintenant, comment interpréter ces faits étranges?

Les Sciences Occultes, qui de tout temps en ont affirmé la réalité,

expliquent les apparitions et les actions à distance par l'existence,

dans l'homme, d'un 3e principe, le _Corps astral_, sorte

d'intermédiaire entre l'Ame et le Corps organique. Ce Corps astral

pourrait revêtir la forme du corps organique, en être comme un _double

fluidique_, et c'est ce _double_ que l'Initié, par le seul fait de sa

volonté exaltée, pourrait projeter à distance. Après la mort, le Corps

astral survivrait quelque temps, avant d'être dissous à son tour, et

c'est lui qui constituerait les diverses apparitions[81].

[81] Voir Papus: _Traité de Science Occulte_.--Plytoff: _la

Magie_.--Voir aussi Adolphe d'Assier: _Essai sur l'humanité

posthume_.

Comme on a pu s'en apercevoir dans les pages précédentes, la tendance

de la Science moderne est de refuser toute réalité objective au

fantôme. Pour elle, il s'agit surtout de l'action à distance d'un

cerveau sur un autre cerveau, et non de la projection d'un _double_.

Si A voit l'image de B, c'est que B impressionne le cerveau de A, de

façon à ce que celui-ci _crée de toutes pièces_ l'image de B.

C'est donc une suggestion mentale produisant une image

hallucinatoire[82].

[82] Voir, pour le mécanisme possible de cette suggestion:

Ochorowicz: _Suggestion mentale_, p. 521.

Nous n'insistons pas sur les objections très fortes que l'on peut

faire à cette théorie.

S'il était démontré, par exemple, que les animaux perçoivent

l'apparition, comment admettre la possibilité d'une suggestion

hallucinatoire chez ces êtres, qui sont si difficilement influencés

magnétiquement par l'homme?

Persuadé qu'en ce moment tout essai de théorie explicative de ces

phénomènes ne saurait être que de la spéculation vague, échafaudée sur

des hypothèses, nous nous en tiendrons au simple récit des faits que

nous venons d'exposer, heureux si nous avons pu convaincre de leur

réalité.

Pourtant, avant d'en finir avec la Télépathie et la transmission de la

pensée, nous voulons citer les paroles suivantes prononcées, en 1891,

par le Professeur Lodge, au Congrès de l'Association britannique, pour

l'avancement des Sciences:

Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question · 第 6 / 17 段