chambre; je pris une lampe sur la table du vestibule et je la
mis sur un guéridon placé dans l'embrasure de la fenêtre de la
salle à déjeuner. Les rideaux des fenêtres n'étaient pas
fermés. Je venais de prendre dans la bibliothèque un volume de
l'ouvrage de Macgillivray sur les _Oiseaux d'Angleterre_, pour
y chercher un renseignement. J'étais en train de lire le
passage, le livre approché tout près de la lampe et mon épaule
appuyée contre le volet; j'étais dans une position où je
pouvais entendre le moindre bruit du dehors. Tout à coup,
j'entendis distinctement qu'on avait ouvert la grande porte de
devant et qu'on l'avait refermée en la faisant claquer. Puis,
j'entendis des pas précipités qui s'avançaient sur le chemin.
Les pas étaient d'abord fort distincts et très sonores; mais,
quand ils arrivèrent en face de la fenêtre, la pelouse qui
était au-dessous de la fenêtre en amortit le son, et, au même
moment, j'eus la conscience que quelque chose se tenait tout
près de moi, en dehors, séparé seulement de moi par la mince
jalousie et le carreau de verre. Je pus entendre la respiration
courte, haletante, pénible du messager, ou de quoi que ce fût,
qui s'efforçait de reprendre haleine avant de parler. Avait-il
été attiré par la lumière qui filtrait à travers les volets?
Mais, subitement, pareil à un coup de canon, retentit en
dedans, en dehors, partout, le plus épouvantable cri, un
gémissement, une plainte prolongée d'horreur qui glaça le sang
dans mes veines. Ce ne fut pas un seul cri, mais un cri
prolongé, qui commença sur une note très élevée, puis qui
s'abaissa et qui allait s'égrenant, s'éparpillant en
gémissements vers le Nord; il devenait de plus en plus faible,
comme s'il s'évanouissait dans les sanglots et les affres d'une
horrible agonie. Impossible de décrire mon épouvante et mon
horreur, augmentées dix fois lorsque je retournai dans la salle
à manger et que j'y trouvai ma femme, tranquillement assise à
son travail, près de la fenêtre, située sur la même ligne que
celle de la salle à déjeuner, et qui était éloignée seulement
de 10 à 12 pieds. _Elle n'avait rien entendu._ Je vis cela du
premier coup d'œil; d'après la position où je la trouvai
assise, je pouvais conclure qu'elle aurait dû entendre le
moindre bruit qui se serait produit au dehors et surtout le
bruit des pas sur le sable. S'apercevant que quelque chose
m'avait alarmé, elle me demanda: «Qu'y-a-t-il?» «Il y a
seulement quelqu'un dehors», lui dis-je. «Alors, pourquoi ne
sortez-vous pas pour aller voir? Vous le faites toujours, quand
vous entendez quelque bruit extraordinaire.» Je dis: «Il y a
quelque chose de si étrange et de si terrible dans ce bruit,
que je n'ose pas le braver. Ce doit être la _banshee_ (la fée)
qui a crié.»
Le jeune S. B..., après avoir pris congé de moi, était rentré
chez lui. Il avait passé la plus grande partie de la soirée sur
le sofa, lisant un roman de Whyle Melville. Il avait vu son
domestique à 9 heures et lui avait donné des ordres pour le
lendemain. Le domestique et sa femme, qui habitaient seuls la
maison avec S. B..., allèrent se coucher. A l'enquête, le
domestique déclara qu'au moment où il allait s'endormir, il
avait été brusquement réveillé par un cri. Il courut dans la
chambre de son maître qu'il trouva expirant sur le sol. On
constata que le jeune B... s'était déshabillé en haut et qu'il
était descendu dans son salon, vêtu seulement de sa chemise de
nuit et de son pantalon; il s'était versé un demi-verre d'eau,
dans lequel il avait vidé un flacon d'acide prussique (il se
l'était procuré le matin, sous prétexte d'empoisonner un chien;
en réalité, il n'avait pas de chien). Il était remonté et,
après être rentré dans sa chambre, il avait vidé le verre, en
poussant un cri: il s'était abattu mort par terre. Tout cela
s'était passé, autant du moins que je puis le savoir,
exactement au même moment où j'avais été si effrayé chez moi.
Il est tout à fait impossible qu'aucun bruit, sauf peut-être
celui d'un coup de canon, ait pu arriver à mon oreille, depuis
la maison de B... Les fenêtres et les portes étaient fermées;
il y avait entre sa maison et la mienne un grand nombre
d'obstacles: des maisons, des jardins, des fermes, des
plantations, etc.
Forcé de partir par le premier train, j'étais sorti le
lendemain matin de bonne heure, et, examinant le terrain
au-dessous de la fenêtre, je ne trouvai aucune trace de pas sur
le sable ou le gazon: le sol était encore couvert de la légère
couche de neige tombée le soir précédent.
Tout l'incident avait été un rêve d'un moment, une imagination,
appelez-le comme vous voudrez; je raconte simplement les faits
comme ils se sont passés, sans essayer d'en fournir une
explication, qu'en vérité je suis tout à fait incapable de
donner. Tout l'incident est un mystère et restera toujours un
mystère pour moi. Je n'appris les détails de la tragédie que
dans l'après-midi du lendemain, parce que j'étais parti par le
premier train. On disait que le motif du suicide était un
chagrin d'amour.»
Dans une lettre ultérieure, datée du 12 juin 1885, M. A. Z...
nous dit:
«Le suicide a eu lieu dans cette paroisse, le jeudi 9 mars
1876, vers 10 heures du soir. L'enquête a eu lieu le samedi 11;
elle fut faite par.... alors coroner. Il y a quelques années
qu'il est mort, autrement j'aurais peut-être obtenu de lui une
copie des notes qu'il a prises alors; vous trouverez
probablement quelques détails de l'enquête, dans le.... du 17
mars.
Moi-même, je n'appris les détails de l'événement qu'à mon
retour, dans l'après-midi du vendredi, c'est-à-dire dix-sept
heures plus tard.
La légère couche de neige tomba vers 8 heures, _pas plus tard_.
A partir de ce moment, la nuit fut claire et belle et très
silencieuse; il gela assez dur; j'ai des preuves de tout cela
qui pourraient satisfaire n'importe quel magistrat.
Le lendemain matin, de bonne heure, avant de quitter la maison
pour toute la journée, j'allai voir sous la fenêtre s'il y avait
des traces de pas. Peut-être n'est-il pas tout à fait exact de
dire qu'il avait neigé. Il était tombé plutôt un peu de grêle et
de grésil, et l'on voyait à travers les brins d'herbe, mais cela
suffisait pour que personne ne pût passer par là sans laisser de
traces.
Je n'assistai pas moi-même à l'enquête, de sorte que je n'en
sais que ce que j'ai entendu dire. Dans mon récit, j'ai dit que
le domestique avait été réveillé par un cri. J'ai interrogé cet
homme (dont M. Z... donne le nom) et je l'ai serré de près, en
le contre-interrogeant sur ce détail de sa déclaration: il est
plus exact de dire qu'il fut réveillé par une série de bruits,
qui se terminèrent par un fracas ou une «lourde chute». Cela est
probablement plus exact, car le fils du fermier (suit le nom),
qui demeurait dans la maison voisine, fut réveillé par _la même
sorte de bruits_, qui arriva de la maison de B... à travers le
mur, jusqu'à la chambre où il couchait.
Cependant, je ne veux pas que l'on pense que des bruits
_matériels_ quelconques, entendus dans la maison de B... aussi
bien que dans celle du voisin, aient pu avoir quelques relations
avec le bruit et le cri particulier qui m'ont tant effrayé.
Toute personne, connaissant la localité, doit admettre
l'_impossibilité_ absolue que de pareils bruits puissent
traverser tous les obstacles interposés. Je veux seulement dire
que la scène qui se passa dans l'une des deux maisons coïncida
avec mon alarme et avec les phénomènes qui se passaient dans
l'autre maison.
J'apprends par un renseignement, puisé dans le livre de....
(suit le nom), pharmacien de..., que le jeune S. B.. s'était
procuré le poison le 8 mars. Ci-joint, en réponse à votre
demande, une note de Mme A. Z...»
La note ci-jointe, signée par Mme A. Z... et aussi datée du 12
juin 1885, dit ce qui suit:
«Je puis attester que, dans la nuit du 9 mars 1876, vers dix
heures, mon mari, qui était allé dans la chambre attenante,
pour consulter un livre, fut fortement alarmé par des bruits
qu'il entendit. A ce qu'il me dit, il avait entendu la grande
porte claquer, puis des pas sur le chemin et sur la pelouse,
puis une respiration haletante près de la fenêtre, et enfin un
cri terrible.
Je n'entendis rien du tout. Mon mari ne sortit pas pour
regarder autour de la maison, comme il aurait fait en tout
autre moment. Et lorsque je lui demandai _ensuite_ pourquoi il
n'était pas sorti, il me dit: «Parce que j'ai senti que je ne
pouvais pas.» Lorsqu'il alla se coucher, il monta son fusil, et
lorsque je lui demandai pourquoi, il me répondit: «Parce qu'il
doit y avoir quelqu'un par ici.»
Le lendemain matin, il partit de bonne heure, et il n'entendit
pas parler du miracle de M. S. B... avant l'après-midi du même
jour.»
M. A. Z... nous a dit qu'il n'avait jamais éprouvé d'impression
semblable.
Un article d'un journal local, que nous avons lu, donne une
relation du miracle et de l'enquête qui confirme le récit donné
par M. A. Z...
Dans le cas suivant, le sujet a entendu une phrase tout entière, qui
probablement a été prononcée par l'agent ou tout au moins fortement
imaginée:
CXI. (284). R. H. K. Killick Greatmeaton Rectory, Northalleston.
C'est un extrait d'une lettre adressée au Rev. R. H. Davies de
Chelson. Cette lettre ne porte pas de date.
Le Rev. Davies nous a dit, le 15 novembre 1885, qu'il devait
l'avoir reçue il y a dix ou douze ans. M. Killick nous a envoyé,
le 23 avril 1884, un récit presque identique; nous n'avons pu
obtenir de sa femme qui est maintenant infirme, une confirmation
directe du récit, mais M. Killick nous a dit que les souvenirs de
sa femme étaient d'accord avec les siens. L'événement s'est passé
il y a plus de trente ans.
«Une de mes filles bien-aimées (maintenant mariée) était avec
toute ma famille à notre presbytère, dans le Wiltshire:
j'étais alors à Paris. Un dimanche après-midi, j'étais assis
dans la cour de l'hôtel où je prenais mon café, lorsqu'une
pensée traversa subitement mon esprit: «Etta est tombée dans
l'eau.»
Dans le récit qu'il nous a envoyé plus tard: le passage parallèle
est «quand, tout à coup, je crus entendre une voix me dire: «Etta
est tombée dans l'étang.»
Je dois vous dire que nous avions une très grande pelouse, une
belle pièce d'eau artificielle, avec une allée verte tout
autour, une cascade, une grotte, etc. C'était l'endroit
préféré.
J'essayai de chasser cette pensée, mais en vain. Je me promenai
durant des heures dans Paris, essayant d'effacer cette
impression, mais en vain. Je marchai jusqu'à ce que je ne pusse
plus aller; je rentrai me coucher, mais sans pouvoir dormir. Le
lendemain, j'allai au bureau de poste, dans l'espoir d'y trouver
des lettres; il n'y en avait pas. Je ne pouvais plus rester à
Paris; j'allai à l'ambassade et je pris un passeport pour
Bruxelles.
Je reçus ensuite des lettres où l'on me disait que tout le monde
se portait bien; j'achevai mon voyage, sans parler de «mon
inquiétude absurde», comme je l'appelais.
Quelques mois plus tard, je dînais chez des amis, lorsque la
maîtresse de la maison dit: «Qu'avez-vous pensé d'Etta, quand
vous l'avez appris?»
--Appris quoi? dis-je.
--Oh! dit la dame, ai-je trahi un secret?
--Je ne vous quitte pas avant de tout savoir.
Elle me dit: «Ne me faites pas arriver d'ennuis, mais je parlais
de sa chute dans l'étang.»
--Quel étang?
--Votre étang.
--Mais quand?
--Lorsque vous étiez sur le continent.»
Comme j'allais partir, je ne parlai plus de cela, mais je me
hâtai de rentrer à la maison, je cherchai la gouvernante, et lui
demandai ce que tout cela voulait dire.
Elle me répondit: «Oh! que c'est cruel de vous le dire,
maintenant que tout est passé. Eh bien! une après-midi de
dimanche, nous nous promenions près de l'étang, lorsque Théodore
dit: «Etta, c'est si drôle de marcher les yeux fermés.» Elle
essaya, et tomba dans l'eau. J'entendis un cri, je regardai et
je vis la tête d'Etta sortir de l'eau; je courus, la saisis et
la tirai hors l'étang. Oh! c'est affreux! Alors je la portai à
sa maman; nous la mîmes au lit et elle se remit bien vite.» Je
lui demandai le jour: c'était «le dimanche même où j'étais à
Paris et où j'avais eu cette affreuse impression.»
Je demandai l'heure. C'était vers quatre heures! le moment même
où cette pensée pénible s'était présentée à mon esprit.
Je dis alors: «Cela m'a été révélé à Paris, au moment même de
l'accident,» et, pour la première fois, je lui parlai de la
triste impression que j'avais éprouvée à Paris, cette
après-midi.»
R. Henry KILLICK.
M. Killick nous écrit, le 6 mai 1884:
«Vous me demandez si c'est la seule impression de ce genre que
j'aie eue; je crois pouvoir répondre que oui. Je ne me
rappelle rien de semblable. Vous me demandez si l'étang était
dangereux, etc. On ne permettait _jamais_ aux enfants de s'en
approcher, si ce n'est avec des personnes sérieuses; l'accès
en était défendu, et l'étang était loin de leur terrain de
jeu. Nous étions si sévères et si attentifs qu'un accident
était impossible. Nous n'avions pas d'inquiétude à ce
sujet-là.
A ce moment, dix enfants se trouvaient réunis chez moi; et
l'enfant qui faillit se noyer était bien présente à mon esprit
à ce moment, et non une autre. La voix semblait dire: «Etta est
tombée dans l'étang.»
On trouve dans les _Phantasms of the Living_ le récit de 36 autres cas
semblables.
_C._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES TACTILES
Les hallucinations _tactiles_, d'origine télépathique, sont encore
plus rares que les auditives.
Il en est de même, du reste, pour les hallucinations du toucher, qui
sont simplement subjectives. Dans ce dernier cas même, on peut
supposer que, souvent, la sensation a eu pour origine une secousse
musculaire involontaire, ce qui réduit encore le nombre des
hallucinations tactiles ordinaires.
Rien d'étonnant donc à ce que celles qui sont de nature télépathique
soient aussi rares.
Dans ces dernières, tantôt le sens du toucher est seul impressionné,
tantôt les autres sens participent aussi à l'impression.
Voici maintenant quelques observations.
--Dans celle-ci, l'hallucination affecte le toucher seul:
CXV (292) M. J. C. Harris, Wellington, Nouvelle-Zélande,
propriétaire du _New Zealand Times_ et du _New Zealand Mail_.
6 juillet 1887.
«Ma femme avait un oncle, capitaine dans la marine marchande,
qui l'aimait beaucoup; lorsqu'elle était enfant, et souvent,
lorsqu'il était chez lui, à Londres, il la prenait sur ses
genoux, et lui caressait les cheveux. Elle partit avec ses
parents pour Sydney, et son oncle continua son métier dans
d'autres parties du monde.
Environ trois ou quatre ans plus tard, elle était montée
s'habiller pour dîner: elle avait défait ses cheveux; tout d'un
coup, elle sentit une main se poser sur le sommet de sa tête et
caresser rapidement ses cheveux, jusqu'à ses épaules. Effrayée,
elle se retourna et dit: «Oh! mère, pourquoi me faire peur
ainsi?» Car elle croyait que sa mère voulait lui faire une
niche. Il n'y avait personne dans la chambre. Lorsqu'elle
raconta l'incident à table, un ami superstitieux leur conseilla
de prendre note du jour et de la date.
On le fit. Un peu plus tard, arriva la nouvelle que son oncle
William était mort ce jour-là; si l'on tient compte de la
différence de longitude c'était à peu près l'heure à laquelle
elle avait senti la main se poser sur sa tête.»
Voici le récit de Mme Harris elle-même:
Hill Street, Wellington, Nouvelle-Zélande.
5 décembre 1855.
«Je regrette vivement qu'il ne soit pas en mon pouvoir, tout
désireux que nous soyons d'aider, si peu que ce soit, la cause
de la science, de vous fournir une confirmation du récit de mon
mari. Des amies que j'avais alors, une seule vit encore et elle
habite dans le Queensland. Nous n'avons pas considéré les notes
prises alors comme assez importantes pour être gardées; et nous
n'avons ni lettres de faire part, ni annonce de décès. Par
conséquent, mon récit ne peut, je le comprends, avoir une grande
valeur, puisqu'aucun témoignage ne vient le confirmer.
Toutefois, pour vous être agréable, je vous envoie mon récit,
bien assurée que vous le considérerez comme authentique.
Le fait a eu lieu, il y a si longtemps, que, bien que l'incident
soit présent à ma mémoire, la date précise (qui n'a jamais été
soigneusement prise) m'échappe.
C'était en 1860, au mois d'avril. J'étais alors jeune fille,
j'étais debout devant ma toilette, dans ma chambre à coucher,
arrangeant quelque détail de ma toilette.
Il était à peu près 6 heures du soir, et à cette époque de
l'année, c'est déjà le crépuscule, lorsque, tout à coup, je
sentis une main se poser sur ma tête, descendre le long de mes
cheveux, et s'appuyer lourdement sur mon épaule gauche. Effrayée
par cette caresse inattendue, je me retournais vivement pour
reprocher à ma mère d'entrer sans bruit, quand, à ma grande
surprise, je ne vis personne. Aussitôt, je pensai à
l'Angleterre, où mon père était parti au mois de janvier
précédent, et je pensai que quelque chose était arrivé, bien
qu'il me fût impossible de rien définir.
Je descendis, et je racontai ma peur à ma mère. Dans la soirée,
Mme et Mlle W... vinrent, et comme elles s'informaient des
causes de ma pâleur, on les mit au courant de l'affaire. Mme
W... dit immédiatement: «Notez la date, et nous verrons ce qui
aura lieu.» On le fit, et l'incident cessa de nous troubler,
bien que ma famille attendit avec inquiétude la première lettre
de mon père. Dans la première lettre que nous reçûmes, il nous
raconta qu'à son arrivée en Angleterre, il avait trouvé son
frère Henri gravement malade, mourant, à vrai dire. Dans mon
enfance, j'étais sa préférée, et à sa mort, mon nom fut le
dernier mot qu'il prononça.
En comparant les dates et en tenant compte de la différence de
longitude, nous trouvâmes que l'époque de la mort de mon oncle
coïncidait exactement avec celle de mon étrange impression. Je
me rappelai aussi que mon oncle avait l'habitude de me caresser
les cheveux. Ma mère, qui demeure avec moi, est la seule
personne qui puisse confirmer l'histoire, et elle signe avec moi
ce récit.»
Elisabeth HARRIS.
Elisabeth BRADFORD.
En réponse à nos questions, Mme Harris nous dit qu'elle n'a
jamais eu d'autres hallucinations.
Dans le _Thame Gazette_ et le _Oxford Chronicle_, nous voyons
que l'oncle de Mme Harris mourut le 12 mai (et non avril) 1860,
à l'âge de 51 ans.
L'observation suivante nous présente un cas d'hallucination tactile
accompagnée d'hallucination visuelle:
CXVIII.--Mme Randolph Lichfield, Cross Deeps Twickenham. Son mari
n'a pu confirmer le récit par écrit parce que des douleurs dans
la main l'empêchent d'écrire.
1883.
«J'étais assise dans ma chambre, un soir avant mon mariage,
près d'une table de toilette, sur laquelle était posé le livre
que je lisais: la table était dans un coin de la chambre, et le
large miroir qui était dessus touchait presque le plafond, de
sorte que l'image de toute personne qui se trouvait dans la
chambre pouvait s'y refléter tout entière. Le livre que je
lisais ne pouvait nullement affecter mes nerfs, exciter mon
imagination. Je me portais très bien, j'étais de bonne humeur,
et rien ne m'était arrivé, depuis l'heure où j'avais reçu mes
lettres, le matin, qui eût pu me faire penser à la personne à
laquelle se rapporte l'étrange impression que vous me demandez
de raconter. J'avais les yeux fixés sur mon livre; tout à coup
je _sentis_, mais sans le _voir_, quelqu'un entrer dans ma
chambre. Je regardai dans le miroir pour savoir qui c'était,
mais je ne vis personne. Je pensais naturellement que ma
visite, me voyant plongée dans ma lecture, était ressortie,
quand, à mon vif étonnement, je ressentis un baiser sur mon
front, un baiser long et tendre. Je levai la tête nullement
effrayée, et je vis mon fiancé debout derrière ma chaise,
penché sur moi, comme pour m'embrasser de nouveau. Sa figure
était très pâle et triste au-delà de toute expression. Très
surprise, je me levai, et, avant que j'aie pu parler, il avait
disparu, je ne sais comment. Je ne sais qu'une chose, c'est
que, pendant un instant, je vis bien nettement tous les traits
de sa figure, sa haute taille, ses larges épaules, comme je les
ai vus toujours, et le moment d'après, je ne vis plus rien de
lui.
D'abord, je ne fus que surprise, ou pour mieux dire, perplexe.
Je n'éprouvai aucune frayeur, je ne crus pas un instant que
j'avais vu un esprit; la sensation qui s'ensuivit fut que
j'avais quelque chose au cerveau, et j'étais reconnaissante que
cela n'eût pas amené une vision terrible, au lieu de celle que
j'avais éprouvée, et qui m'avait été fort agréable. Je me
rappelle avoir prié pour ne pas imaginer quelque chose de
terrifiant.
Le lendemain, à ma grande surprise, je ne reçus pas ma lettre
habituelle de mon fiancé; quatre distributions eurent lieu, pas
de lettre; le jour suivant, pas de lettre. Je me révoltais
naturellement à l'idée qu'on me négligeait, mais je n'aurais
pas eu la pensée de le faire savoir au coupable, de sorte que
je n'écrivis pas pour connaître la cause de son silence. Le
troisième soir,--je n'avais pas encore reçu de lettre--comme je
montais me coucher, ne pensant pas à R..., je sentis tout à
coup et avec une grande intensité, dès que j'eus franchi la
dernière marche, qu'il était dans ma chambre et que je pourrais
le voir comme précédemment. Pour la première fois, j'eus peur
qu'il ne lui fût arrivé quelque chose. Je savais fort bien
combien serait grand, dans ce cas, son désir de me voir, et je
pensais: «Serait-ce vraiment lui que j'ai vu l'autre nuit?»
J'entrai droit dans la chambre, sûre de le voir; il n'y avait
rien. Je m'assis pour attendre, et la sensation qu'il était là,
essayant de me parler et de se faire voir, devint de plus en
plus forte. J'attendis jusqu'à ce que je me sentisse si
somnolente que je ne pouvais plus veiller; j'allai me coucher
et je m'endormis. J'écrivis par le premier courrier, le
lendemain matin, à mon fiancé, lui exprimant ma crainte qu'il
ne fût malade, puisque je n'avais pas reçu de lettre de lui
depuis trois jours. Je ne lui dis rien de ce que je vous
raconte. Deux jours après, je reçus quelques lignes
horriblement griffonnées, pour me dire qu'il s'était abîmé la
main à la chasse et qu'il n'avait pu tenir encore une plume,
mais qu'il n'était pas encore en danger. Ce ne fut que quelques
jours plus tard, lorsqu'il put écrire, que j'appris toute
l'histoire.
La voici: il montait un cheval de chasse irlandais, une bête
superbe, mais très vicieuse. Ce cheval était habitué à
désarçonner quiconque le montait, s'il lui déplaisait d'être
monté, et pour cela, il mettait en jeu une quantité de ruses,
se débarrassant des grooms, des chasseurs, de n'importe qui,
lorsque l'envie lui en prenait. Lorsqu'il vit que ni ses
ruades, ni ses sauts, ni ses écarts ne pouvaient démonter mon
fiancé, et qu'il avait trouvé son maître, il devint furieux. Il
resta calme un moment, puis il traversa la route à reculons, se
redressa tout droit en arrière et pressa son cavalier contre le
mur. La pression et la douleur furent telles que R... pensa
mourir; il se rappelait d'avoir dit, au moment de perdre
connaissance: «May! ma petite May! que je ne meure pas sans te
revoir!» Ce fut cette nuit-là qu'il se pencha sur moi et
m'embrassa. Il ne fut pas aussi gravement blessé qu'il l'avait
d'abord cru, quoiqu'il souffrit beaucoup et qu'il ne pût tenir
une plume pendant longtemps. La nuit pendant laquelle je sentis
si soudainement que j'allais le voir, et où ne le voyant pas,
je sentis si bien qu'il était là, essayant de me le faire
savoir, cette nuit même, il se tourmentait de ne pouvoir
m'écrire, et il désirait ardemment que je puisse comprendre
qu'il y avait un motif grave pour expliquer son silence.
Je racontai tout à ma mère (qui est morte depuis), tel que je
l'ai raconté; et elle me conseilla de ne pas lui parler de son
apparition jusqu'à ce qu'il fût tout à fait rétabli et que je
puisse le faire personnellement. Lorsqu'il vint me voir un peu
plus tard, je me fis raconter toute l'histoire, avant de lui
parler de l'impression étrange que j'avais éprouvée pendant ces
deux nuits.
Je viens de lui lire ceci, et il affirme que j'ai raconté
exactement la part qu'il eut dans cette étrange affaire.»
Il est fâcheux que les deux personnes en question n'aient pas fait
quelques tentatives de télépathie expérimentale.
Le cas suivant est d'un type plus rare; les hallucinations de la vue
et de l'ouïe, au lieu de se combiner en un même événement, ont été
séparées par un intervalle de plusieurs heures.
CXXI (302). M. Garling, 12, Westbourne Gardens, Folkestone.
Février 1883.