tête, était assis dans sa chambre. Il dit à sa femme qu'il avait
trop chaud, ce qui ne lui était pas arrivé depuis des mois. Après
avoir fait cette remarque, il se renversa en arrière sur la chaise
longue et, à la minute suivante, il vit son ami F. L. qui se
tenait devant lui, habillé comme d'habitude. N. J. S. remarqua les
détails de sa toilette: il avait un chapeau entouré d'un ruban
noir, son pardessus était déboutonné, il avait une canne à la
main. Il fixa son regard sur N. J. S., puis s'en alla. N. J. S. se
cita à lui-même les paroles de Job: «Et un esprit passa devant moi
et le poil de ma chair se hérissa.» A ce moment, un froid glacial
le traversa et ses cheveux se dressèrent. Puis, il se tourna vers
sa femme en lui demandant l'heure qu'il était: «9 heures moins 12
minutes», répondit-elle. Sur quoi, il lui dit: «Je vous demandais
l'heure, parce que F. L. est mort. Je viens de le voir.» Elle
tâcha de lui persuader que c'était une imagination, mais il lui
assura positivement qu'aucun argument ne pourrait changer son
opinion.
Le lendemain dimanche, vers 3 heures de l'après-midi, A. L., frère
de F. L., vint chez N. J. S., qui lui ouvrit la porte. A. L. dit:
«Je suppose que vous savez ce que je viens de vous dire?» N. J. S.
répliqua: «Oui, votre frère est mort.» A. L. dit: «Je pensais que
vous le saviez.» «Pourquoi?» répliqua N. J. S. A. L. répondit:
«Parce que vous aviez une grande sympathie l'un pour l'autre.»
Plus tard, N. J. S. s'assura que A. L. était venu voir son frère
le samedi soir, et qu'en le quittant, il avait vu à l'horloge de
l'escalier qu'il était 9 heures moins 25 minutes. La sœur de F.
L., qui vint le voir à 9 heures, le trouva mort; il était mort de
la rupture d'un anévrisme.
C'est un simple exposé des faits, et la seule théorie que N. J. S.
a sur le sujet est la suivante: Au moment suprême de sa mort, F.
L. a éprouvé le vif désir de communiquer avec lui; par la force de
sa volonté, il a donc imprimé sa propre image dans le sens de N.
J. S.
En réponse à nos demandes, M. S. nous dit:
11 mars 1883.
Ma femme était assise à une table, au milieu de la chambre,
au-dessus d'un lustre à gaz. Elle lisait ou elle travaillait à
quelque ouvrage de couture. J'étais assis sur une chaise longue,
placée contre le mur, dans l'ombre. Ma femme ne regardait pas
dans la même direction que moi. Je m'appliquai à parler
tranquillement pour ne pas l'alarmer; elle ne remarqua rien de
particulier en moi.
Je n'ai jamais eu d'apparitions avant cette époque; je n'y
croyais pas, parce que je ne voyais pas de raisons d'y croire.
M. A. L... me raconta que, tandis qu'il était en route pour
m'annoncer la mort de son frère, il cherchait quelle serait la
meilleure manière de m'apprendre la nouvelle. Mais, tout d'un
coup, et sans autre raison que la connaissance de grande
affection que nous avions l'un pour l'autre, l'idée lui vint que
je pourrais le savoir.
Il n'y avait pas d'exemple de transmission de pensée entre nous.
Il y a encore beaucoup de petits détails qu'il est impossible de
donner en écrivant. Je suis donc tout à fait disposé à causer
avec vous de tout cela et à répondre à toutes les questions,
lorsque vous viendrez à la ville.
Il y a surtout un fait dont l'étrangeté me frappe, c'est la
certitude profonde que j'ai qu'avant la mort de mon ami rien ne
pouvait m'amener à cette idée. Je semblais cependant accepter
tout ce qui se passait sans ressentir de surprise et comme si
c'était chose toute naturelle.
N. J. S.
Mme S... nous envoie la confirmation suivante:
18 septembre 1883.
Le 29 septembre dernier, au soir, j'étais assise à une table et
je lisais, mon mari était assis sur une chaise longue placée
contre le mur de la chambre; il me demanda l'heure, et, sur ma
réponse qu'il était 9 heures moins douze minutes, il me dit:
«La raison pour laquelle je vous demande cela, c'est que S...
est mort. Je viens de le voir.» Je lui répondis: «Quelle
absurdité! Vous ne savez même pas s'il est malade; j'affirme
que vous le verrez tout à fait bien portant lorsque vous irez
en ville mardi prochain.» Cependant mon mari persista à
déclarer qu'il avait vu S... et qu'il était sûr de sa mort; je
remarquai alors qu'il avait l'air très inquiet et qu'il était
fort pâle.»
Maria S...
Nous trouvons dans la nécrologie du _Times_ que la mort de M. F. L.
eut lieu le 24 mars 1883.
Dans une communication postérieure, M. S... dit:
23 février 1885.
Comme vous me l'avez demandé, j'ai prié M. A. L.. de vous
écrire ce qu'il sait relativement au moment de la mort de son
frère.
Depuis ce temps, j'ai souvent réfléchi sur cet incident: je ne
suis pas à même de satisfaire mon propre esprit quant au
_pourquoi_ de l'apparition, mais j'affirme encore l'exactitude
de chaque détail, je n'ai rien à ajouter ni à retrancher.
Le frère de M. L... confirme le fait de la manière suivante:
Banque d'Angleterre, 24 février 1885.
M. S.... m'a informé du désir que vous aviez de voir confirmer
par écrit ce qu'il vous a raconté de la mort subite de mon
frère Frédéric; je le prie en conséquence de vous communiquer
les détails suivants: Mon frère n'était pas venu à son bureau
le 24 mars 1883; j'allai, vers 8 heures du soir, le voir et je
le trouvai assis dans sa chambre à coucher. Lorsque je le
quittai, il se trouvait en apparence beaucoup mieux et je
descendis vers 8 heures 40 à la salle à manger, où je restai
avec ma sœur, à peu près une demi-heure. Aussitôt que je fus
parti, elle monta à la chambre de mon frère, qu'elle trouva
étendu sur le lit: il était mort. Le moment exact de sa mort ne
sera par conséquent jamais connu. Lorsque je me rendis, le
lendemain, chez M. S... pour lui apporter la nouvelle, l'idée
me vint--je connaissais la forte sympathie qui existait entre
eux--qu'il pourrait bien avoir eu un pressentiment de cette
mort. Lorsqu'il vint à ma rencontre près de la porte, son
regard me prouva qu'il savait tout; je lui dis donc: «Vous
savez pourquoi je viens?» Il me raconta alors que, dans la
soirée précédente, il avait vu mon frère Frédéric dans une
vision, un peu avant 9 heures. Je dois vous dire que je ne
crois pas aux visions et que je n'ai pas toujours vu les
pressentiments se vérifier, mais je suis parfaitement convaincu
de la véracité du récit de M. S... On me demande de le
confirmer: je le fais volontiers, quoique je sache que je
fortifie ainsi une doctrine dont je ne suis pas le disciple.
A. T. L.
Voici un second cas, encore plus typique. On remarquera la longue
durée de l'apparition, et aussi cette expression qui se retrouve dans
quelques autres observations: _Je marchai à travers l'apparition_.
Capitaine G. F. Russell Calt, Cartltierrie, Coatbridge, N. B.
Je passais mes vacances à la maison, je demeurais avec mon père
et ma mère, non pas ici, mais dans une autre vieille résidence
de famille, dans le Mid-Lothian, construite par un ancêtre au
temps de Marie, reine d'Ecosse, et appelée Inveresk House. Ma
chambre à coucher était une vieille pièce curieuse, longue et
étroite, avec une fenêtre à un bout et une porte à l'autre. Mon
lit était à gauche de la fenêtre et regardait la porte. J'avais
un frère qui m'était bien cher (mon frère aîné), Oliver; il
était lieutenant dans le 7e Royal Fusiliers. Il avait à peu
près 19 ans et il se trouvait à cette époque, depuis quelques
mois, devant Sébastopol. J'entretenais une correspondance
suivie avec lui.
Un jour, il m'écrivit dans un moment d'abattement, étant
indisposé; je lui répondis de reprendre courage, mais que, si
quelque chose lui arrivait, il devait me le faire savoir en
m'apparaissant dans ma chambre où, petits garçons encore, nous
nous étions si souvent assis, le soir, fumant et bavardant en
cachette. Mon frère reçut cette lettre (comme je l'appris plus
tard) lorsqu'il sortait pour aller recevoir la sainte cène; le
clergyman qui la lui a donnée me l'a raconté. Après avoir
communié, il alla aux retranchements, d'où il ne revint pas;
quelques heures plus tard, commença l'assaut du Redan. Lorsque
le capitaine de sa compagnie fut tombé, mon frère prit sa
place, et il conduisit bravement ses hommes. Bien qu'il eût
déjà reçu plusieurs blessures, il faisait franchir les remparts
à ses soldats, lorsqu'il fut frappé d'une balle à la tempe
droite. Il tomba parmi les monceaux d'autres; il fut trouvé
dans une sorte de posture agenouillée (il était soutenu par
d'autres cadavres), 36 heures plus tard. Sa mort eut lieu, ou
plutôt il tomba, peut-être sans mourir immédiatement, le 8
septembre 1855.
»Cette même nuit, je me réveillai tout d'un coup. Je voyais en
face de la fenêtre de ma chambre, près de mon lit, mon frère à
genoux, entouré, à ce qu'il me semblait, d'un léger brouillard
phosphorescent. Je tâchai de parler, mais je ne pus y réussir.
J'enfonçai ma tête dans les couvertures; je n'étais pas du tout
effrayé (nous avons tous été élevés à ne pas croire aux esprits
et aux apparitions), mais je voulais simplement rassembler mes
idées, parce que je n'avais pas pensé à lui, ni rêvé de lui, et
que j'avais oublié ce que je lui avais écrit une quinzaine
avant cette nuit-là. Je me dis que ce ne pouvait être qu'une
illusion, un reflet de la lune sur une serviette ou sur quelque
autre objet hors de sa place. Mais lorsque je levai les yeux,
il était encore là, fixant sur moi un regard plein d'affection,
de supplication et de tristesse. Je m'efforçai encore une fois
de parler, mais ma langue était comme liée; je ne pus
prononcer un son. Je sautai du lit, je regardai par la fenêtre
et je m'aperçus qu'il n'y avait pas de clair de lune: la nuit
était noire et il pleuvait serré, à en juger d'après le bruit
qu'on entendait contre les carreaux; je me retournai, et je vis
encore le pauvre Oliver: je fermai les yeux, _marchai à travers
l'apparition_ et arrivai à la porte de la chambre. En tournant
le bouton, avant de sortir, je regardai encore une fois en
arrière. L'apparition tourna lentement la tête vers moi et me
jeta encore un regard plein d'angoisse et d'amour. Pour la
première fois, je remarquai alors à la tempe droite une
blessure d'où coulait un filet rouge. Le visage avait un teint
pâle comme de la cire, mais transparent; transparente était
aussi la marque rouge. Mais il est presque impossible de
décrire l'apparence de la vision. Je sais seulement que je ne
l'oublierai jamais. Je quittai la chambre et j'allai dans celle
d'un ami, où je m'installai sur le sofa pour le reste de la
nuit; je lui dis pourquoi. Je parlai aussi de l'apparition à
d'autres personnes de la maison; mais, lorsque j'en parlai à
mon père, celui-ci m'ordonna de ne pas répéter un tel non-sens,
et surtout de n'en rien dire à ma mère.
Le lundi suivant, il reçut une note de Sir Alexandre Milne
annonçant que le Redan avait été pris d'assaut, mais sans
donner des détails. Je dis à mon ami de me le faire savoir,
s'il voyait avant moi le nom de mon frère parmi les tués et les
blessés. Environ une quinzaine plus tard, il entra dans la
chambre à coucher que j'occupais dans la maison de sa mère, à
Athole Crescent, Edinburgh.
Je lui dis, l'air très grave: «Je suppose que vous venez pour
me communiquer la triste nouvelle que j'attends.» Il répondit:
«Oui.» Le colonel du régiment et un officier ou deux, qui
avaient vu le cadavre, confirmaient le fait que l'apparence du
corps s'accordait très bien avec ma description. La blessure
mortelle était exactement là où je l'avais vue. Mais personne
ne put dire s'il était vraiment mort tout de suite. Son
apparition, dans ce cas, devait avoir eu lieu quelques heures
après sa mort, car je l'avais vue quelques minutes après 2
heures du matin. Quelques mois plus tard, on renvoya à Inveresk
un petit livre de prières _et la lettre que je lui avais
écrite_. Les deux objets avaient été trouvés dans la poche
intérieure de la tunique qu'il portait au moment de sa mort; je
les ai encore.
Le récit de la _London Gazette Extraordinary_, du 22 septembre
1855, prouve que l'assaut du Redan commença dans l'après-midi du
8 septembre et qu'il dura au moins une heure et demie. Le rapport
de Bunell nous apprend «que les morts, les moribonds et les non
blessés étaient empilés pêle-mêle.» L'heure exacte de la mort du
lieutenant Oliver Calt n'est pas connue.
Le capitaine Calt dit dans une autre communication:
Mon père reçut la lettre de l'amiral Milne juste au moment où
nous partions en voiture pour visiter des ruines situées à une
distance de quelques milles. Mon père conduisait, j'étais assis
à côté de lui, et il fit l'observation: «J'ai bien fait de vous
dire de ne pas parler à votre mère de l'apparition de votre
frère Oliver. J'espère que vous défendrez à toutes les personnes
auxquelles vous en avez parlé de mentionner cet incident, parce
que, à présent, depuis cette nouvelle, votre mère serait
doublement tourmentée.»
Le capitaine Calt nous a nommé plusieurs personnes qui
pourraient confirmer son récit. Sa sœur, Mme Halpe, de Fermey,
nous a envoyé la lettre suivante:
Le 12 septembre 1882.
Dans la matinée du 8 septembre 1855, mon père, M. Calt, nous a
raconté, à moi, au capitaine Ferguson, du 42e régiment, qui est
mort depuis, au major Dorwick, de la Rifle Brigade (qui vit
encore), et à d'autres, qu'il s'était réveillé pendant la nuit
et qu'il avait vu, lui avait-il semblé, mon frère aîné, le
lieutenant Oliver Calt, des Royal Fusiliers (alors en Crimée),
qui se tenait debout entre le lit et la porte. Il avait vu que
Oliver avait été blessé de plusieurs balles; je me souviens
qu'il nous a parlé d'une blessure à la tempe. Mon frère s'était
levé; il s'était précipité, les yeux fermés, vers la porte et,
en se retournant, il avait vu l'apparition, qui se tenait entre
lui et le lit. Mon père lui ordonna de ne plus parler de cela
pour ne pas effrayer ma mère; mais, bientôt après, arrive la
nouvelle de la chute du Redan et de la mort de mon frère.
Deux années plus tard, mon mari, le colonel Hape, invita mon
frère à diner. Mon mari n'était alors encore que lieutenant aux
Royal Fusiliers, et mon frère, enseigne aux Royal Welsh
Fusiliers. Ils parlèrent à diner de mon frère aîné. Mon mari
indiquait quel était l'aspect de son cadavre, quand on l'avait
trouvé, lorsque mon frère décrivit, ce qu'il avait vu. A
l'étonnement de toutes les personnes présentes, la description
des blessures correspondait aux faits.
Mon mari était l'ami le plus intime de mon frère aîné; il était
parmi ceux qui virent le cadavre immédiatement après qu'on l'eut
retrouvé.
On remarquera que cette confirmation diffère du récit précédent
en deux points qui, cependant, n'affectent pas grandement sa
valeur. La date de l'apparition était, en réalité, le 9 septembre
et non le 8, mais il est très naturel que la vision a été
associée à la date _mémorable_, c'est-à-dire le 8 septembre, et
la figure était à genoux et non pas debout.
Citons maintenant un exemple d'hallucination véridique, où l'agent est
dans un état parfaitement normal.
XCIV (256) Mlle Hopkinson, 37, Wolcem place, WC, Londres.
26 février 1886.
«Dans le cours de ma vie, j'ai été accusée quatre fois
d'apparaître aux gens. Je ne puis donner aucune explication de
ces visites supposées.»
Nous avons demandé à Mlle Hopkinson des détails et la
confirmation des faits qu'elle avançait: elle nous a répondu:
«Vous seriez tout à fait excusable de ne pas croire un mot de
mes récits; je ne peux, en effet, vous donner aucun témoignage
extérieur pour les confirmer. La jeune femme qui a vu la
première apparition est morte peu de temps après; ses parents,
eux aussi, sont morts. Lors de la seconde apparition, j'ai
donné à entendre au monsieur à qui j'étais apparue qu'il
s'était trompé; je ne puis rien lui demander maintenant. Dans
le troisième cas, bien que la dame qui m'a vue m'ait encore
raconté les faits, il y a un ou deux jours, elle se refuse
absolument à m'en écrire le récit ou à me permettre de me
servir de son nom. Elle pense, en effet, et c'est une idée
assez répandue, qu'il est contraire à la religion de s'occuper
de ces sortes de choses. Le quatrième cas diffère des autres à
certains égards, mais la jeune femme dont il s'agit, dans cette
circonstance, mourut peu de temps après; je dois dire que, dans
tous ces cas, ma pensée était fort occupée des personnes qui
crurent me voir. Voici des détails plus circonstanciés:
_Premier cas._--C'était, il y a bien des années déjà: une jeune
fille qui couchait dans une chambre contiguë à la mienne,
déclara que, pendant la nuit, j'étais allée la voir; elle
était réveillée et je lui avais rendu, disait-elle, quelques
légers services. Elle maintint ses affirmations avec tant
d'énergie que, malgré toutes mes dénégations, ceux qui
l'entouraient ne me crurent pas. J'étais absolument certaine de
ne pas avoir quitté ma chambre, je n'aurais pu le faire sans
qu'on s'en fût aperçu. Je n'aurais pas confiance en ma mémoire
pour d'autres détails; après un si long laps de temps, je
pourrais me tromper.
_Deuxième cas._--Il y a sept ans, j'étais allée dans la cité
(endroit que j'évite toujours), ayant à m'occuper d'une petite
affaire qui concernait un de mes parents. Je tenais beaucoup à
ce qu'il ne sût rien de ma démarche. Mes pensées étaient donc
concentrées sur lui. Je fus tirée de ma rêverie par l'horloge
de _Bow Church_ qui sonnait 3 heures. Le soir, je vis mon
parent, et la première chose qu'il me dit fut: «L..., où
êtes-vous allée aujourd'hui? Je vous ai vu venir chez moi, vous
avez passé devant mon bureau, et je ne sais ce que vous êtes
devenue.» Je lui répondis: «A quel moment avez-vous été assez
ridicule pour penser que j'aurais pu aller vous voir»?--«Au
moment où la pendule sonnait 3 heures», répliqua-t-il.
Je changeai de sujet, et depuis je ne suis pas revenue
là-dessus. Ce monsieur me connaissait fort bien et savait
comment je m'habillais d'ordinaire. Il va de soi que je
n'allais pas le voir, si ce n'est pour affaires et lorsqu'il me
donnait rendez-vous.
_Troisième cas._--C'était il y a environ 6 ans: j'habitais une
maison de province à 100 milles de Londres. On était fort
occupé dans la maison et d'esprit fort positif. Il y avait
aussi beaucoup de jeunes gens très gais. Un matin, je descendis
pour déjeuner, comme pressée par une sensation que je ne
pouvais ni comprendre ni secouer. L'après-midi, cette sensation
fut remplacée par l'idée obsédante d'une de mes parentes de
Londres. Je lui écrivis pour lui demander ce qu'elle faisait,
mais sa lettre se croisa avec la mienne; elle m'adressait la
même question. Quand je la vis, elle m'a dit ce qu'elle m'a
encore répété la semaine dernière: elle était assise et
travaillait tranquillement, lorsque la porte s'ouvrit et
j'entrai, ayant mon air habituel. Bien qu'elle me sût fort
loin, elle conclut, en me voyant, que j'étais revenue. Elle ne
s'aperçut du contraire que lorsque je me fus retournée et que
je fus sortie de la chambre.
_Quatrième cas._--Il y a quatre ans, une jeune fille m'affirma
que je m'étais tenue au pied de son lit (elle était souffrante
à ce moment-là) et que je lui avais dit distinctement de se
lever, de s'habiller, que je la croyais suffisamment bien pour
le faire; elle obéit. Je lui dis qu'elle s'était tout à fait
trompée et que je n'avais rien fait de pareil. Elle pensa
évidemment que je niais le fait pour un motif quelconque. A ce
moment-là, j'étais à une distance de 20 minutes de marche de la
chambre de cette jeune fille. Elle était sûre de ce qu'elle
affirmait et je n'aurais pas voulu discuter la question avec
elle.
Sa maladie n'était pas une maladie mentale.»
Louisa HOPKINSON.
Il semblerait que des cas semblables dussent aider à découvrir le
mécanisme de la production des hallucinations télépathiques; en
réalité, on le voit, il n'en est rien. Bien mieux, des faits de ce
genre semblent obscurcir encore la genèse du phénomène.
Le livre anglais contient plus de cent observations d'hallucinations
visuelles analogues à celles que nous venons de citer.
_B._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES AUDITIVES
Les hallucinations véridiques auditives sont moins nombreuses que les
visuelles.
Comme ces dernières, elles présentent divers degrés d'intensité et de
netteté.
_Du côté du sujet_, tantôt ce n'est qu'un son inarticulé, un simple
bruit qu'il perçoit, tantôt (et c'est le cas le plus fréquent) c'est
une voix humaine qui est _reconnue_ ou non. Cette voix pousse un
simple cri, ou bien prononce des paroles.
_Du côté de l'agent_, dans les cas qui n'ont pas été suivis de mort,
et où la vérification est possible, il arrive que les cris ou les mots
n'ont été qu'à demi-émis, et même simplement imaginés.
Ces diverses classes d'hallucinations auditives indiquées, voici
quelques observations empruntées toujours au livre de MM. Gurney,
Myers et Podmore.
Dans la suivante, il s'agit d'un cri terrible d'agonie poussé par
l'agent et entendu par le sujet qui ne reconnaît pas la voix.
CIX (34). Ce récit est dû à un homme fort honorable que nous
désignerons par les initiales de A. Z... Il nous a donné les noms
véritables de toutes les personnes dont il est question dans son
récit, mais il désire qu'ils ne soient pas publiés, en raison du
caractère douloureux des faits qui y sont rapportés.
Mai 1885.
«En 1876, je demeurais dans une petite paroisse agricole de
l'est de l'Angleterre.
J'avais pour voisin un jeune homme S. B... qui possédait,
depuis peu, une des grandes fermes du pays. Pendant qu'on
arrangeait sa maison, il logeait, avec son domestique, à
l'autre bout du village. Son logement était fort éloigné de ma
maison; il en était distant d'un demi-mille au moins, et il en
était séparé par beaucoup de maisons et de jardins, par une
plantation et des bâtiments de ferme. Il aimait les exercices
du corps et la vie en plein air, et passait une bonne partie de
son temps à chasser. Ce n'était pas pour moi un ami personnel,
mais une simple relation; je ne m'intéressais à lui que comme à
l'un des grands propriétaires du pays. Par politesse, je l'ai
invité à venir me voir, mais autant que je m'en souviens, je ne
suis jamais allé chez lui.
Une après-midi du mois de mars 1876, comme je quittais la gare,
avec ma femme, pour rentrer chez moi, S. B... nous aborda. Il
nous accompagna jusqu'à la porte d'entrée; il resta encore
quelques instants à causer avec nous, mais il n'y eut rien de
particulier dans cette conversation. Il faut noter que la
distance entre cette porte et les fenêtres des salles à manger
est, par le chemin, à 60 yards; mais les fenêtres de ces pièces
donnent au nord-est sur le chemin à voitures.
Après que S. B... eut pris congé de nous, ma femme me dit:
«Evidemment, le jeune B... désirait que nous lui disions
d'entrer, mais j'ai pensé que vous ne vous souciez pas de vous
laisser déranger par lui.» Une demi-heure plus tard environ,
je le rencontrai de nouveau, et, comme je voulais jeter un coup
d'œil sur un travail que l'on faisait tout au bout du domaine,
je lui demandai de faire la route avec moi. Sa conversation
n'eut rien de particulier, ce jour-là; toutefois, il semblait
être un peu ennuyé par le mauvais temps et le bas prix des
produits agricoles. Je me rappelle qu'il me demanda des
cordages en fil de fer, pour faire un treillage dans sa ferme,
et que je lui promis de lui en donner. Au retour de notre
promenade et à l'entrée du village, je m'arrêtai au chemin de
traverse pour lui dire bonsoir; le chemin qui conduisait chez
lui tombait à angle droit sur le mien. Et à ma grande surprise,
je l'entendis dire: «Venez fumer un cigare chez moi, ce soir.»
Je lui répondis: «Ce n'est guère possible, je suis engagé ce
soir.» «Venez donc!» me dit-il. «Non, lui répliquai-je, je
viendrai un autre soir.» Sur ce mot, nous nous séparâmes.
Nous étions peut-être à 40 yards l'un de l'autre, lorsqu'il se
retourna vers moi et me cria: «Alors, puisque vous ne viendrez
pas, bonsoir.» Ce fut la dernière fois que je le vis vivant.
Je passai la soirée à écrire dans ma salle à manger. Je puis
dire que, pendant quelques heures, il est fort probable que la
pensée du jeune homme B... ne me vînt pas à l'esprit. La nuit
était brillante et claire, et la lune était pleine ou peu s'en
fallait; il ne faisait pas de vent. Depuis que j'étais rentré,
il avait un peu neigé, tout juste assez pour blanchir la terre.