La jolie corvette l'_Églé_ divise avec sa proue de petites vagues
joyeuses, dont l'écume se replie en deux franges d'argent; l'Océan
respire, le vent joue avec les voiles et les pavillons; un sillage
lumineux se déroule à l'infini, comme une ornière creusée par le
tranchant du navire, et atteste aux passagers que l'_Églé_, prisonnière
du calme, a rompu ses fers, et qu'elle vogue vers de nouveaux horizons.
Les passagers et l'équipage offrent un tableau charmant: un touchant
intérieur de famille, une réalisation en abrégé de la société idéale,
rêvée par les esprits généreux.
Maurice, nonchalamment assis, à tribord, sur le bois saillant du
bastingage, contemple, avec l'heureux sourire de la jeunesse, ce tableau
d'union fraternelle, cette société flottante qui donne, à son insu,
l'exemple de la concorde, et prêche cette vertu divine dans le désert de
l'Océan.
Les pensées qui agitaient en ce moment le coeur du jeune déporté peuvent
se résumer avec une concision plus énergique, dans ces vers extraits
d'un poème inédit: