XV.

La jolie corvette l'_Églé_ divise avec sa proue de petites vagues

joyeuses, dont l'écume se replie en deux franges d'argent; l'Océan

respire, le vent joue avec les voiles et les pavillons; un sillage

lumineux se déroule à l'infini, comme une ornière creusée par le

tranchant du navire, et atteste aux passagers que l'_Églé_, prisonnière

du calme, a rompu ses fers, et qu'elle vogue vers de nouveaux horizons.

Les passagers et l'équipage offrent un tableau charmant: un touchant

intérieur de famille, une réalisation en abrégé de la société idéale,

rêvée par les esprits généreux.

Maurice, nonchalamment assis, à tribord, sur le bois saillant du

bastingage, contemple, avec l'heureux sourire de la jeunesse, ce tableau

d'union fraternelle, cette société flottante qui donne, à son insu,

l'exemple de la concorde, et prêche cette vertu divine dans le désert de

l'Océan.

Les pensées qui agitaient en ce moment le coeur du jeune déporté peuvent

se résumer avec une concision plus énergique, dans ces vers extraits

d'un poème inédit:

Le transporté (2/4) · 第 11 / 25 题