«Il existe un fluide _lumineux, igné, et très subtil_, qui, sous le nom

d'_æther_ et de _spiritus_, remplit l'univers; il compose la substance

du soleil et des astres; il est le principe et l'_agent essentiel_ de

tout mouvement, de toute vie; il est la Divinité. Quand un corps doit

être animé sur la terre, une molécule _ronde_ de ce fluide gravite par

la voie lactée vers la sphère lunaire; et parvenue là, elle se combine

avec un air plus grossier, et devient propre à s'associer à la matière:

alors elle entre dans le corps qui se forme, le remplit tout entier,

l'anime, croît, souffre, grandit et diminue avec lui: lorsque ensuite il

périt et que ses éléments grossiers se dissolvent, cette molécule

_incorruptible_ s'en sépare, et elle se réunirait de suite au grand

océan de l'éther, si sa combinaison avec _l'air_ lunaire ne la retenait:

c'est cet air (ou _gaz_) qui, conservant les formes du corps, reste dans

l'état d'ombre ou de fantôme, image parfaite du défunt. Les Grecs

appelaient cette ombre l'_image_ ou l'_idole_ de l'ame; les

pythagoriciens la nommaient son _char_, son _enveloppe_; et l'école

rabbinique son vaisseau, sa nacelle. Lorsque l'homme avait bien vécu,

cette ame entière, c'est-à-dire, son _char_ et son _éther_, remontaient

à la lune, où il s'en faisait une séparation; le _char_ vivait dans

l'élysée _lunaire_, et l'_éther_ retournait aux _fixes_, c'est-à-dire à

_Dieu_; car, dit Macrobe, plusieurs appellent _Dieu_ le ciel des fixes

(c. 14).

«Si l'homme n'avait pas bien vécu, l'ame restait sur terre pour se

purifier, et elle errait çà et là à la manière des ombres d'Homère, qui

connut toute cette doctrine, en Asie, trois siècles avant que Phérécyde

et Pythagore l'eussent rajeunie en Grèce. Hérodote dit, à cette

occasion, que tout le _roman de l'ame et de ses transmigrations a été

inventé par les Égyptiens_, et répandu en Grèce par des hommes qui s'en

sont prétendus les auteurs. Je sais leurs noms, dit-il, mais je veux les

taire (lib. II). Cicéron y supplée, en nous apprenant positivement que

ce fut Phérécyde, maître de Pythagore (_Tuscul._, lib. I, § 16). Dans la

Syrie et dans la Judée, nous trouvons une preuve palpable de son

existence, cinq siècles avant Pythagore, en cette phrase de Salomon, où

il dit: «Qui sait si l'esprit de l'homme monte dans les régions

supérieures? Pour moi, méditant sur la condition des hommes, j'ai vu

qu'elle était la même que celle des animaux. Leur fin est la même;

l'homme périt comme l'animal; ce qui reste de l'un n'est pas plus que ce

qui reste de l'autre; tout est néant.» _Eccles._, c. III, V. II.

Et telle avait été l'opinion de Moïse, comme l'a bien observé le

traducteur d'Hérodote (Larcher, dans sa première édition, note 389 du

liv. II), où il dit aussi que _l'immortalité_ ne s'introduisit chez les

Hébreux que par la communication des Assyriens. Du reste, tout le

système pythagoricien, bien analysé, n'est qu'un pur système de physique

mal entendu.

Pag. 206, lig. 27. (_Ses noms mêmes, tous dérivés._) En dernière

analyse, tous les noms de la Divinité reviennent à celui d'un _objet

matériel_ quelconque, qui en fut censé le siège. Nous en avons vu une

foule d'exemples: donnons-en un encore dans notre propre mot _dieu_. Ce

terme, comme on le sait, est le _deus_ des Latins, qui lui-même est le

_theos_ des Grecs. Or, de l'aveu de Platon (_in Cratylo_), de Macrobe

(_Saturn._ lib. I, c. 24), et de Plutarque (_Isis et Osiris_), sa racine

est _théin_, qui signifie _errer_, comme _planéin_; c'est-à-dire qu'il

est synonyme à _planètes_, parce que, ajoutent ces auteurs, _les anciens

Grecs, ainsi que les barbares, adoraient spécialement les planètes_. Je

sais que l'on a beaucoup décrié cette recherche des étymologies; mais

si, comme il est vrai, les _mots_ sont les _signes_ représentatifs des

_idées_, la généalogie des uns devient celle des autres, et un bon

dictionnaire étymologique serait la plus parfaite _histoire_ de

l'entendement humain. Seulement il faut porter dans cette recherche des

précautions que l'on n'a pas prises jusqu'à ce jour, et entre autres il

faut avoir fait une comparaison exacte de la valeur des lettres des

divers alphabets. Mais, pour continuer notre sujet, nous ajouterons que

dans le phénicien, le mot _thàh_ (par aïn) signifié aussi _errer_, et

qu'il paraît être la source de _théin_: si l'on veut que _déus_ dérive

du grec _Zeus_, nom propre de _Youpiter_, ayant pour racine _zaw, je

vis_, il reviendra précisément au sens de _you_, qui signifiera l'ame du

monde, le _feu principe_. _Div-us_, qui ne signifie que _génie_, _dieu_

du second ordre, me paraît venir de l'oriental _div_ pour _dib_, _loup_

et _chacal_, l'un des emblèmes du _soleil_. À Thèbes, dit Macrobe, _le

soleil était peint sous la forme d'un loup_ ou _chacal_ (car il n'y a

pas de _loups_ en Égypte). La raison de cet emblème est sans doute que

le _chacal_ annonce par ses cris le lever du soleil, ainsi que le coq;

et cette raison se confirme par l'analogie du mot _lykos_, _loup_, et

_lyké_, _lumière du matin_, d'où est venu _lux_.

_Dius_, qui s'entend aussi du soleil, doit venir de _dîh_, _épervier_.

«Les Égyptiens, dit Porphyre (_Euseb., Præp. evang., p._ 92), peignent

le soleil sous l'emblème d'un _épervier_, parce que cet oiseau vole au

plus haut des airs, où abonde la lumière.» Et, en effet, on voit sans

cesse au Kaire des milliers de ces oiseaux planer dans l'air, d'où ils

ne descendent que pour importuner par leur cri qui imite la syllabe

_dîh_; et ici comme dans l'exemple précédent, se retrouve l'analogie des

mots _dies_, _jour_, _lumière_, et _dius_, _dieu_, _soleil_.

Pag. 207, lig. 16. (_Hâtèrent par leurs disputes le progrès des sciences

et des découvertes._) L'une des preuves les plus plausibles que ces

systèmes furent inventés en Égypte, réside surtout en ce que ce pays est

le seul où l'on voie un corps complet de doctrine formé dès la plus

haute antiquité.

Clément d'Alexandrie nous a transmis (_Stromat_. lib. VI) un détail

curieux de 42 volumes que l'on portait dans la procession d'Isis. «Le

chef, dit-il, ou chantre, porte un des instruments, symboles de la

musique, et deux livres de Mercure, contenant, l'un des hymnes aux

dieux, l'autre la liste des rois. Après lui l'_horoscope_ (l'observateur

du temps) porte une palme et une horloge, symboles de l'astrologie; il

doit savoir par coeur les quatre livres de Mercure qui traitent de

l'astrologie, le premier sur l'ordre des planètes, le second sur les

levers du soleil et de la lune, et les deux autres sur les levers et

aspects des astres. L'_écrivain sacré_ vient ensuite, ayant des plumes

sur la tête (comme _Kneph_), et en main un livre, de l'encre et un

_roseau_ pour écrire (ainsi que le pratiquent encore les Arabes); il

doit connaître les _hiéroglyphes_, la description de l'univers, le cours

du soleil, de la lune, des planètes; la division de l'Égypte (en 36

nomes), le cours du Nil, les instruments, les ornements sacrés, les

lieux saints, les mesures, etc. Puis vient le _porte-étole_, qui porte

la coudée de _justice_, ou mesure du Nil, et un _calice_ pour les

libations: dix volumes concernent les sacrifices, les hymnes, les

prières, les offrandes, les cérémonies, les fêtes. Enfin arrive le

_prophète_, qui porte dans son sein et à découvert une _cruche_: il est

suivi par ceux qui portent les _pains_ (comme aux noces de Cana). Ce

prophète, en qualité de président des mystères, apprend dix (autres)

volumes sacrés qui traitent des lois, des dieux et de toute la

discipline des prêtres, etc. Or, il y a en tout quarante-deux volumes,

dont trente-six sont appris par ces personnages; les six autres sont du

ressort des _pastophores_: ils traitent de la médecine, de la

construction du corps humain (l'anatomie), des maladies, des

médicaments, des instruments, etc.»

Nous laissons au lecteur à déduire toutes les conséquences d'une

pareille encyclopédie. On l'attribuait à Mercure; mais Iamblique nous

avertit que tout livre composé par les prêtres était dédié à ce _dieu_,

qui, à titre de génie ou décan _ouvreur_ du zodiaque, présidait à

l'ouverture de toute entreprise: c'est le _Janus_ des Romains, le

_Guianesa_ des Indiens, et il est remarquable que _Ianus_ et _Guianes_

sont homonymes. Du reste, il paraît que ces livres sont la source de

tout ce que nous ont transmis les Latins et les Grecs dans toutes les

sciences, même en _alchimie_, en nécromancie, etc. Ce que l'on doit le

plus regretter est la partie de l'hygiène et de la diététique, dans

lesquelles il paraît que les Égyptiens avaient réellement fait de grands

progrès et d'utiles observations.

Pag. 208, lig. 18. (_Son dieu n'en fut pas moins un dieu égyptien._) «À

une certaine époque, dit Plutarque (_De Iside_), tous les Égyptiens font

peindre leurs dieux-animaux. Les Thébains sont les seuls qui ne paient

pas de peintres, parce qu'ils adorent un dieu dont les formes ne tombent

pas sous les sens et ne se figurent point.» Et voilà le dieu que Moïse,

élevé à Héliopolis, adopta par préférence, mais qu'il n'inventa point.

_Ibid._, lig. 20. (_Et Yahouh, décelé par son propre nom_.) Telle est la

vraie prononciation du _Jehovah_ de nos modernes, qui choquent en cela

toutes les règles de la critique, puisqu'il est constant que les

anciens, surtout les orientaux Syriens et Phéniciens, ne connurent

jamais ni le _Jé_ ni le _v_, venus des Tartares. L'usage subsistant des

Arabes, que nous rétablissons ici, est confirmé par Diodore, qui nomme

_Iaw_ le _dieu_ de Moïse (lib. I); et l'on voit que _Iaw_ et _Iahouh_

sont le même mot: l'identité se continue dans celui de _Ioupiter_; mais

afin de la rendre plus complète, nous allons la démontrer par le sens

même.

En hébreu, c'est-à-dire dans l'un des dialectes de la langue commune à

la basse Asie, le mot _Yahouh_ équivaut à notre périphrase _celui qui

est lui, l'être existant_, c'est-à-dire _le principe de la vie_, le

_moteur_ ou même le _mouvement_ (l'ame universelle des êtres). Or,

qu'est-ce que Jupiter? Écoutons les Latins et les Grecs expliquant leur

théologie: «Les Égyptiens,» dit Diodore d'après Manethon, prêtre de

Memphis, «les Égyptiens, donnant des noms aux _cinq éléments_, ont

appelé l'_esprit_ (ou éther) _Youpiter_, à raison du _sens propre de ce

mot_; car l'_esprit_ est la _source de la vie_, l'auteur du _principe

vital_ dans les animaux; et c'est par cette raison qu'ils le regardèrent

comme le _père_, le _générateur des êtres_. Voilà pourquoi Homère dit

_père_ et _roi_ des hommes et des dieux.» (_Diod._, lib. I, sect. I.)

Chez les théologiens, dit Macrobe, Youpiter est l'ame du monde; de là le

mot de Virgile: _Muses_, commençons par _Youpiter_: tout est plein de

_Youpiter_ (_Songe de Scipion_, c. 17); et dans les _Saturnales_, il

dit: _Jupiter est le soleil lui-même_; c'est encore ce qui a fait dire à

Virgile: «L'esprit alimente la vie (des êtres), et l'_ame_ répandue dans

les vastes membres (de l'univers) en agite la masse, et ne forme qu'un

corps immense.»

«Youpiter,» disent les vers très-anciens de la secte des orphiques nés

en Égypte, vers recueillis par Onomacrite, au temps de Pisistrate;

«Youpiter, que l'on peint la foudre à la main, est le commencement,

l'origine, la fin et le milieu de toutes choses: puissance une et

universelle, il régit tout, le ciel, la terre, le feu, l'eau, les

éléments, le jour, la nuit. Voilà ce qui compose son corps immense; ses

yeux sont le soleil et la lune; il l'éternité, l'espace. Enfin, ajoute

Porphyre, Jupiter est le _monde_, l'_univers_, ce qui constitue

l'existence et la vie de tous les êtres. Or, continue le même auteur,

comme les philosophes dissertaient sur la nature et les parties

constituantes de ce _dieu_, et qu'ils n'imaginaient aucune figure qui

représentât tous ses attributs, ils le peignirent sous l'apparence d'un

homme.... Il est _assis_, pour faire allusion à son essence immuable; il

est découvert dans la partie supérieure du corps, parce que c'est dans

les parties supérieures de l'univers (les astres) qu'il s'offre le plus

à découvert. Il est couvert depuis la ceinture, parce qu'il est le plus

voilé dans les choses terrestres. Il tient un sceptre de la main gauche,

parce que le coeur est de ce côté, et que le coeur est le siége de

l'entendement, qui (dans les hommes) règle toutes les actions.» (Voy.

_Euseb._, _Præpar. evang._, page 100.)

Enfin, voici un passage du géographe philosophe Strabon, qui lève tous

les doutes sur l'identité des idées de Moïse et de celles des

théologiens païens.

«Moïse, qui fut un des prêtres égyptiens, enseigna que c'était une

erreur monstrueuse de représenter la Divinité sous les formes des

animaux, comme faisaient les Égyptiens, ou sous les traits de l'homme,

ainsi que le pratiquent les Grecs et les Africains: cela seul est la

_Divinité_, disait-il, qui compose le ciel, la terre et tous les êtres,

ce que nous appelons le _monde_, l'_universalité_ des _choses_, la

_nature_; or, personne d'un esprit raisonnable ne s'avisera d'en

représenter l'image par celle de quelqu'une des choses qui nous

environnent. C'est pourquoi, rejetant toute espèce de simulacres

(idoles), Moïse voulut qu'on adorât cette Divinité sans emblème et sous

sa propre nature; il ordonna qu'on lui élevât un temple digne d'elle,

etc.» _Geograph._, lib. XVI, pag. 1104, édit. de 1707.

La théologie de Moïse n'a donc point différé de celle des sectateurs de

l'_ame du monde_, c'est à-dire des _stoïciens_, et même des Épicuriens.

Quant à l'histoire de Moïse, Diodore la présente sous un jour naturel,

quand il dit, lib. XXXIV et XL, «que les Juifs furent chassés d'Égypte

dans un temps de disette, où le pays était surchargé d'étrangers, et que

Moïse, homme supérieur par sa prudence et par son courage, saisit cette

occasion pour établir sa nation dans les montagnes de Judée.» À l'égard

des six cent mille hommes armés que l'_Exode_ lui donne, c'est une

erreur de copiste, dont le lecteur trouvera la démonstration tirée des

livres mêmes, au tom. 1er des _Recherches nouvelles sur l'Histoire

ancienne_, pag. 162 et suivantes.

_Ibid._, lig. 25. (_Sous le nom d'Éi._) C'était le monosyllabe écrit sur

la porte du temple de Delphes. Plutarque en a fait le sujet d'un traité.

Pag. 209, lig. 13. (_Le nom d'Osiris même._) Il se trouve en propres

termes au chap. 32 du _Deutéronome_. «Les ouvrages de _Tsour_ sont

parfaits.» On a traduit _Tsour_ par _créateur_; en effet, il signifie

donner des _formes_; et c'est l'une des définitions d'_Osiris_ dans

Plutarque.

Pag. 213, lig. 23. (_Satan, l'archange Michel._) «Les noms des anges et

des mois, tels que Gabriel, Michel, Yar, Nisan, etc., vinrent de

Babylone avec les Juifs,» dit en propres termes le Talmud de Jérusalem.

Voyez _Beausobre, Hist. du Manich._, tom. II, pag. 624, où il prouve que

les saints du calendrier sont imités des 365 anges des Perses; et

Iamblique, dans ses Mystères égyptiens, sect. 2, ch. 3, parle des anges,

archanges, séraphins, etc., comme un vrai chrétien.

Pag. 214, lig. 9. (_Consacrèrent la théologie de Zoroastre._) «Toute la

philosophie des gymnosophistes,» dit Diogène Laërce, sur l'autorité d'un

ancien, «est issue de celle des _mages_, et plusieurs assurent que celle

de Juifs en a aussi tiré son origine;» (lib. I, c. 9.) Mégastène,

historien distingué du temps de Séleucus Nicanor, et qui avait écrit

particulièrement sur l'Inde, parlant de la philosophie des anciens sur

les _choses naturelles_, joint dans un même sens les brachmanes et les

Juifs.

Pag. 215, lig. 13. (_Ramener l'âge d'or sur la terre._) Voilà la raison

de tous ces oracles païens que l'on a appliqués à Jésus, et, entre

autres, de la quatrième églogue de Virgile et des vers sibyllins si

célèbres chez les anciens.

Pag. 216 lig. 21. (_Au bout des six mille ans prétendus._) Lisez à ce

sujet le chapitre 17 du tome I des _Recherches nouvelles sur l'Histoire

ancienne_, où est expliquée la _Mythologie de la création_. La version

des Septante comptait cinq mille et près de six cents ans; et ce calcul

était le plus suivi: on sait combien, dans les premiers siècles de

l'Église, cette opinion de la _fin_ du monde agita les esprits. Par la

suite, les saints conciles s'étant rassurés, ils la taxèrent d'hérésie

dans la secte des _millénaires_; ce qui forme un cas bien singulier;

car, d'après les propres Évangiles que nous suivons, il est évident que

Jésus eût été un _millénaire_, c'est-à-dire un _hérétique_.

Pag. 217, lig. 22. (_Figuré par la constellation du serpent._) «Les

Perses, dit Chardin, appellent la constellation du serpent Ophiuchus,

_serpent d'Ève_;» et ceser pent _Ophiuchus_ ou _Ophioneus_ jouait le

même rôle dans la théologie des Phéniciens; car Phérécydes, leur

disciple et le maître de Pythagore, disait: «qu'_Ophioneus serpentinus_

avait été le chef des rebelles à Jupiter.» Voy. _Mars. Ficin. Apol.

Socrat._, p. m, 797, col. 2. Et j'ajouterai qu'_oephah_ (par aïn)

signifie en hébreu _vipère, serpent_.

Au sens physique, _séduire_, _seducere_, n'est qu'_attirer_ à soi, mener

avec soi.

_Voy._ dans Hyde, pag. 111, édit. de 1760, _De religione veterum

Persarum,_ le tableau de _Mithra_, cité ici.

Pag. 218, ligne 12. (_Persée monte de l'autre côté._) Bien plus, la tête

de Méduse, cette tête de femme _jadis si belle_, que Persée coupa et

qu'il tient à la main, n'est que celle de la Vierge, dont la tête tombe

sous l'horizon précisément lorsque Persée se lève; et les serpents qui

l'entourent sont _Ophiuchus_ et le _dragon_ polaire, qui alors occupent

le zénith. Ceci nous indique la manière dont les anciens astrologues ont

composé toutes leurs figures et toutes leurs fables; ils prenaient les

constellations qui se trouvaient en même temps sur la bande de

l'horizon, et en assemblant les parties, ils en formaient des groupes

qui leur servaient d'almanach, en caractères hiéroglyphiques: voilà le

secret de tous leurs tableaux, et la solution de tous les monstres

mythologiques. La Vierge est encore Andromède délivrée par Persée de la

baleine qui la _poursuit_ (_pro-sequitur_).

_Ibid._, lig. 26. (_Allaité par une vierge chaste._) Tel était le

tableau de la sphère persique, cité par Aben-Ezra, dans le _Coelum

poeticum_ de Blaeu, pag. 71. «La case du premier décan de la Vierge, dit

cet écrivain, représente cette belle vierge à longue chevelure, assise

dans un fauteuil, deux épis dans une main, allaitant un enfant appelé

_Iésus_ par quelques nations, et _Christ_ en grec.»

Il existe à la Bibliothèque du Roi un manuscrit arabe, nº 1165, dans

lequel sont peints les douze signes, et celui de la vierge représente

une jeune fille ayant à côté d'elle un enfant; d'ailleurs, toute la

scène de la naissance de Jésus se trouve rassemblée dans le ciel voisin.

L'_étable_ est la constellation du cocher et de la _chèvre_, jadis le

_bouc_; constellation appelée _proesepe Jovis Heniochi, étable d'Iou_;

et ce mot _Iou_ se retrouve dans le nom d'_Iou-seph_ (Joseph). Non loin

est l'_âne_ de Typhon (la grande ourse), et le boeuf ou taureau,

accompagnements antiques de la crèche. Pierre, portier, est _Janus_ avec

ses clefs et son front chauve: les douze apôtres sont les génies des

douze mois, etc. Cette vierge a joué les rôles les plus variés dans

toutes les mythologies; elle a été l'_Isis des Égyptiens_, laquelle

disait dans l'inscription citée par Julien: _Le fruit que j'ai enfanté

est le soleil_. La plupart des traits cités par Plutarque lui sont

relatifs, de même que ceux d'_Osiris_ conviennent à _Bootes_. Aussi les

sept étoiles principales de l'ourse, appelées _chariot de David_,

s'appelaient-elles _chariot d'Osiris_ (_voy._ Kirker); et la _couronne_

qu'il a derrière lui était formée de lierre, appelé _chen-Osiris_,

_arbre d'Osiris_. La _Vierge_ a aussi été _Cérès_, dont les mystères

furent les mêmes que ceux d'Isis et de Mithra; elle a été la _Diane_

d'Éphèse; la grande déesse de Syrie, _Cybèle_ traînée par les _lions_;

_Minerve_, mère de Bacchus; _Astrée_, vierge pure, qui fut enlevée au

ciel à la fin de l'_âge d'or_; _Thémis_ aux pieds de qui est la balance

qu'on lui mit en main; la _Sibylle_ de Virgile, qui descend aux _enfers_

ou sous l'hémisphère avec son rameau à la main, etc.

Pag. 219, lig. 2. (_Vivrait abaissé, humble._) Ce mot _humble_ vient du

latin _humi-lis, humi-jacens_, couché ou penché _à terre_; et toujours

le sens physique se montre la racine du sens abstrait et moral.

_Ibid._, lig. 16. (_Renaissait ou résurgeait dans la voûte des cieux._)

Resurgere, _se lever une seconde fois_, n'a signifié _revenir à la vie_

que par une métaphore hardie; et l'on voit l'effet perpétuel des sens

équivoques de tous les mots employés dans les traditions.

_Ibid._, lig. 20. (_Chris_, c'est-à-dire le _conservateur_.) Selon leur

usage constant, les Grecs ont rendu par _x_ ou jota espagnol le _hâ_

aspiré des Orientaux, qui disaient _hàris_; en hébreu, _héres_ s'entend

du _soleil_; mais en arabe, le mot radical signifie _garder_,

_conserver_, et _hâris_, _gardien_, _conservateur_. C'est l'épithète

propre de _Vichenou_; et ceci démontre à la fois l'identité des trinités

indienne et chrétienne, et leur commune origine. Il est évident que

c'est un même système, qui, divisé en deux branches, l'une à l'orient,

l'autre à l'occident, a pris deux formes diverses: son tronc principal

est le système pythagoricien de l'_ame_ du _monde_, ou _Ioupiter_. Cette

épithète de _piter_ ou _père_ ayant passé au _Démi-Ourgos_ des

platoniciens, il en naquit une équivoque qui fit chercher le _fils_.

Pour les philosophes, ce fut l'_entendement, nous_ et _logos_, dont les

Latins firent leur _verbum_; et l'on touche ici au doigt et à l'oeil

l'origine du _père éternel_ et du _verbe_ son fils, qui _procède_ de lui

(_mens ex Deo nata_, dit Macrobe); l'_anima_ ou _spiritus mundi_ fut le

_Saint-Esprit_; et voilà pourquoi _Mânes_, _Basilide_, _Valentin_, et

d'autres prétendus hérétiques des premiers siècles, qui remontaient aux

sources, disaient que Dieu le père était la lumière inaccessible et

suprême du ciel (premier cercle, l'_aplanès_); que le fils était la

lumière seconde résidante dans le soleil, et le Saint-Esprit l'air qui

enveloppe la terre. (Voy. _Beausobre_, t. II, p. 586.) De là, chez les

Syriens, son emblème de _pigeon_, oiseau de _Vénus Uranie_, c'est-à-dire

de l'air. «Les Syriens (dit _Nigidius in Germanico_) disent qu'une

_colombe_ couva plusieurs jours dans l'Euphrate un _oeuf_ de poisson,

d'où naquit _Vénus_.» Aussi ne mangent-ils pas de pigeon, dit _Sextus

Empiricus, Inst. Pyrrh._, lib. III, c. 23; et ceci nous indique une

_période_ commencée au signe des poissons (solstice d'hiver). Remarquons

d'ailleurs que si _Chris_ vient de _Harisch_ par un _chin_, il

signifiera _fabricateur_; épithète propre du soleil. Ces variantes, qui

ont dû embarrasser les anciens, prouvent toujours également qu'il est le

véritable type de Jésus, ainsi qu'on l'avait déja aperçu dès le temps de

Tertullien. «Plusieurs,» dit cet écrivain, «pensent, avec plus de

_vraisemblance_, que le soleil est notre Dieu; et ils nous renvoient à

la religion des Perses.» (_Apologétique_, c. 16.)

_Ibid._, lig. 26. (_L'une des périodes solaires_). _Voy_. l'ode curieuse

de _Martianus Capella_ au soleil, traduite par Gébelin, volume du

_Calendrier_, pag. 547 et 548.

Pag. 228, lig. 17. (_Des sacrifices humains_.) Lisez la froide

déclamation d'Eusèbe, _Proep. ev._, lib. I, pag. II, qui prétend que

depuis que Christ est venu, il n'y a plus eu ni guerres, ni tyrans, ni

_anthropophages_, ni pédérastes, ni incestueux, ni sauvages mangeant

leurs parents, etc. Quand on lit ces premiers docteurs de l'Église, on

ne cesse de s'étonner de leur mauvaise foi ou de leur aveuglement. Un

travail curieux serait de publier aujourd'hui un demi-volume de leurs

passages les plus remarquables, pour mettre en évidence leur folie. La

vérité est que le christianisme n'a rien inventé en morale, et que tout

son mérite a été de mettre en pratique des principes dont le succès a

été dû aux circonstances du temps; c'est-à-dire que le despotisme

orgueilleux et dur des Romains, dans ses diverses branches militaires,

judiciaires et administratives, ayant lassé la patience des peuples, il

se fit, dans les classes inférieures ou populaires, un mouvement de

réaction absolument semblable à celui qui, depuis vingt-cinq ans, a lieu

en Europe de la part des peuples contre l'oppression des deux castes

dites _sacerdotale_ et _féodale_.

Pag. 230, lig. 19. (_Association d'hommes assermentés pour nous faire la

guerre._) C'était l'ordre de Malte, dont les chevaliers faisaient voeu de

tuer ou de réduire en esclavage des musulmans, _pour la gloire de Dieu_.

Les Ruines, ou méditation sur les révolutions des empires · 第 22 / 26 段