Pag. 124, lig. 13. (_Le Chinois l'adore dans_ Fôt). La langue chinoise

n'ayant ni le _B_ ni le _D_, ce peuple a prononcé _Fôt_ ce que les

Indiens et les Persans prononcent _Bodd_, ou _Boùdd_ (par _où_ bref).

_Fôt_, ou Pégou, est devenu _Fota_ et _Fta_, etc. Ce n'est que depuis

peu d'années que l'on commence d'avoir des notions exactes de la

doctrine de Boudd et de ses divers sectaires: nous devons ces notions

aux savants anglais, qui, à mesure que leur nation subjugue les peuples

de l'Inde, en étudient les religions et les moeurs, pour les faire

connaître. L'ouvrage intitulé _Asiatick Researches_ est une collection

précieuse en ce genre: on trouve dans le tome VI, pag. 163, dans le tome

VII, pag. 32 et pag. 399, trois mémoires instructifs sur les _Boudistes_

de _Ceylan_ et de _Birmah_ ou _Ava_. Un écrivain anonyme, mais qui

paraît avoir médité ce sujet, a publié dans l'_Asiatick journal de_

1816, mois de janvier et suivants, jusqu'en mai, des lettres qui font

désirer de plus grands développements. Nous reviendrons à cet article

dans une note du chapitre XXI.

_Ibidem_, lig. 29. (_Le sintoïste nie l'existence._) _Voyez_ dans

Kempfer la doctrine des sintoïstes qui est celle d'_Épicure_ mêlée à

celle des _stoïciens_.

Pag. 125, lig. 4, (_Le Siamois, l'écran talipat à la main._) C'est une

feuille de palmier _latanier_; de là est venu aux bonzes le nom de

_Talapoin_. L'usage de cet écran est un _privilège exclusif_.

_Ibidem_, lig. 9. (_Le sectateur de Confutzée cherche son horoscope._)

Les sectateurs de Confucius ne sont pas moins adonnés à l'astrologie que

les bonzes: c'est la maladie morale de tout l'Orient.

_Ibidem_, lig. 13. _Le Dalaï-Lama_, ou _l'immense prêtre de La_, est ce

que nos vieilles relations appelaient le prêtre _Jean_, par l'abus du

mot persan _Djehân_, qui veut dire le _monde_. Ainsi le prêtre _Monde_,

le dieu _Monde_, se lient parfaitement.

Dans une expédition récente, les Anglais ont trouvé des idoles des

_lamas_ qui contenaient des _pastilles sacrées_ de la garde-robe du

_grand-prêtre_. On peut citer pour témoins _Hastings_, et le colonel

_Pollier_, qui a péri dans les troubles d'Avignon. On sera bien étonné

d'apprendre que cette idée si révoltante tient à une idée profonde,

celle de la _métempsycose_, qu'admettent les _lamas_. Lorsque les

Tartares _avaient_ les reliques du _pontife_ (comme ils le pratiquent),

ils imitent le jeu de l'univers, dont les parties s'absorbent et passent

sans cesse les unes dans les autres. C'est le _serpent qui dévore sa

queue_; et ce serpent est _Boudd_ ou le _monde_.

Pag. 126, lig. 12. (_Qui adorent un serpent dont les porcs sont

avides._) Il arrive souvent que les porcs dévorent des serpents de

l'espèce que les nègres adorent, et c'est une grande désolation dans le

pays. Le président de Brosses a rassemblé, dans son _Histoire des

Fétiches_, un tableau curieux de toutes ces folies.

(_Voilà le Teleute_) Les Teleutes, nation tartare, se peignent Dieu

portant un vêtement de toutes les couleurs, et surtout des couleurs

rouge et verte; et parce qu'ils les trouvent dans un habit de dragon

russe, ils en font la comparaison à ce genre de soldat. Les Égyptiens

habillaient aussi le dieu _Monde_ d'un habit de toutes couleurs.

_Eusèbe, Prep. evang._, p. 115, lib. 111. Les _Teleutes_ appellent Dieu

Bou, ce qui n'est qu'une altération de _Boudd_, le dieu _OEuf_ et

_Monde_.

(_Voilà le Kamtschadale_.) Consultez à ce sujet l'ouvrage intitulé

_Description des peuples soumis à la Russie_, et vous verrez que le

tableau n'est point chargé.

Pag. 140, lig. 28. (_Votre système porte tout entier sur des sens

allégoriques._) Quand on lit les _Pères_ de l'Église, et que l'on voit

sur quels arguments ils ont élevé l'édifice de la religion, l'on a peine

à comprendre tant de crédulité ou de mauvaise foi; mais c'était alors la

manie des allégories: les païens s'en servaient pour expliquer les

actions des dieux, et les chrétiens ne firent que suivre l'esprit de

leur siècle, en le tournant vers un autre côté. Il serait curieux de

publier aujourd'hui de tels livres, ou seulement leurs extraits.

Pag. 144, lig. 24 (_Les Juifs devinrent nos imitateurs, nos disciples._)

_Voy._ à ce sujet le tome Ier des _Recherches nouvelles sur

l'Histoire ancienne_, où il est démontré que le _Pentateuque_ n'est

point l'ouvrage de Moïse: cette opinion était répandue dans les

premiers temps du christianisme, comme on le voit dans les

_Clémentines_, homélie I, §51, et homélie VIII, §42; mais personne

n'avait démontré que le véritable auteur fût le grand-prêtre _Helkias_,

l'an 618 avant J. C.

Pag. 146, lig. 5. (_Tant de choses analogues aux trois religions._) Les

_Parsis_ modernes et les _Mithriaques_ anciens, qui sont la même chose,

ont tous les sacrements des chrétiens, même le _soufflet_ de la

confirmation. «Le _prêtre de Mithra_, dit Tertullien, _De

præscriptione_, c. 40, promet la délivrance des péchés par leur _aveu_

et par le _baptême_; et, s'il m'en souvient bien, _Mithra_ marque ses

soldats au front (avec le _chrême_, _Kouphi_ égyptien); il célèbre

l'_oblation du pain_, l'image de la _résurrection_, et présente la

couronne, en menaçant de l'épée, etc.»

Dans ces mystères on éprouvait l'initié par mille terreurs, par la

menace du feu, de l'épêe, etc., et on lui présentait une couronne, qu'il

refusait, en disant: _Dieu est ma couronne_. (_Voyez_ cette _couronne_

dans la sphère céleste, à côté de _Bootes_.) Les personnages de ces

mystères portaient tous des noms d'_animaux constellés_. La messe n'est

pas autre chose que la célébration de ces mystères et de ceux d'Éleusis.

Le _Dominus vobiscum_ est à la lettre la formule de réception, _chon-k_,

_àm_, _p-ak_. Voy. _Beausobre, Histoire du Manichéisme_, tom. II.

Pag. 147, lig. 10. Les _Védas_ ou _Vedams_ sont les livres sacrés dés

Indous, comme les Bibles chez nous. On en compte trois: le _Rick_ Veda,

le _Yadjour_ Veda, et le _Sama_ Veda. Ils sont si rares dans l'Inde, que

les Anglais ont eu beaucoup de peine à en trouver l'original, dont ils

ont fait faire une copie déposée au British Muséum. Ceux qui comptent

_quatre_ Védas, y comprennent l'_Attar_ Veda, qui traite des cérémonies,

et qui est perdu. Il y a en suite des commentaires nommés _Upanishada_,

dont l'un a été publié par Anquetil Duperron, sous le titre de

_Oupnekhat_, livre curieux en ce qu'il donne une idée de tous les

autres. La date de ces livres passe 25 siècles au-dessus de notre ère;

leur contenu prouve que toutes les rêveries des métaphysiciens grecs

viennent de l'Inde et de l'Égypte.--Depuis l'an 1788, les savants

Anglais exploitent dans l'Inde une mine de littérature dont on n'avait

aucune idée en Europe, et qui prouve que la civilisation de l'Inde

remonte à une très-haute antiquité. Après les _Védas_ viennent les

_Chastras_, au nombre de six. Ils traitent de théologie et de sciences.

Puis viennent au nombre de 18, les _Pouranas_, qui traitent de

mythologie et d'histoire: voyez le _Bahgouet-guîta_, le _Baga Vedam_, et

l'Ézour-Vedam, traduits en français, etc.

Pag. 151, lig. 14. Toute cette cosmogonie des _lamas_, des _bonzes_, et

même des brames, comme l'atteste Henri Lord, revient littéralement à

celle des anciens Égyptiens. «Les _Égyptiens_, dit Porphyre, _appellent

Kneph l'intelligence ou cause effective_ (de l'univers). Ils racontent

que ce dieu rendit par la bouche un _oeuf_, duquel fut produit un autre

_dieu_, nommé _Phtha_ ou Vulcain (le feu principe, le soleil;) et ils

ajoutent que cet _oeuf_ est le monde.» _Eusoeb., Prep. evang._, pag. 115.

«Ils représentent, dit-il ailleurs, le dieu _Kneph_ ou la cause

efficiente, sous la forme d'un homme de couleur bleu foncé (celle du

ciel), ayant en main un sceptre, portant une ceinture, et coiffé d'un

petit _bonnet royal de plumes très-légères_, pour marquer combien est

_subtile_ et fugace l'idée de cet être.» Sur quoi j'observerai que

_Kneph_, en hébreu, signifie une _aile_, une _plume_; que cette couleur

bleue (céleste) se trouve dans la plupart des dieux de l'Inde, et

qu'elle est, sous le nom de _narayan_, une de leurs épithètes les plus

célèbres.

Pag. 153, lig. 25. (_Que les lamas ne sont que des manichéens._) _Voyez_

l'Histoire du Manichéisme, par Beausobre, qui prouve que ces sectaires

furent purement des zoroastriens; ce qui fait remonter l'existence de

leurs opinions 1200 ans avant J. C. Il suit de là que _Boudd Chaucasam_

fut encore antérieur, puisque la doctrine _boudiste_ se trouve dans les

plus anciens livres indiens, dont la date passe 3100 ans avant notre ère

(tel que le _Bahgouet-guîta_). Observez d'ailleurs que _Boudd_ est la

9e _avatar_ ou _incarnation de Vichenou_, ce qui le place à

l'origine de cette théologie. En outre, chez les Indiens, les Chinois,

les Thibétains, etc., _Boudd_ est le nom de la planète que nous appelons

_Mercure_, et du jour de la semaine consacré à cette planète (le

mercredi); cela le remonte à l'origine du calendrier; en même temps cela

nous l'indique primitivement identique à _Hermès_, ce qui étend son

existence jusqu'en Égypte. Maintenant remarquez que les prêtres

égyptiens racontaient qu'_Hermès mourant_ avait dit: «Jusqu'ici j'ai

vécu exilé de ma véritable patrie; j'y retourne: ne me pleurez pas; je

retourne à la céleste patrie où chacun se rend à son tour: là est Dieu;

cette vie n'est qu'une mort.» Voyez _Chalcidius in Timoeum_. Or, cette

doctrine est précisément celle des _boudistes anciens_, ou _samanéens_,

des _pythagoriciens_ et des _orphiques_. Dans la doctrine d'Orphée, le

_dieu monde_ est représenté par un _oeuf_: dans les idiomes hébreu et

arabe, l'oeuf se nomme _baidh_, analogue à _Boùdd_ (Dieu), et à _Boûd_,

en persan l'_existence, ce qui est_ (le monde), _Boùdd_ est encore

analogue à _bed_ et _vad_, qui chez les Indiens signifie _science_.

Hermès en était le dieu: il était l'auteur des livres sacrés ou _Védas_

égyptiens. On voit quels rameaux présente, et à quelle antiquité tout

ceci nous porte. Maintenant le prêtre _boudiste d'Ava_ ajoute: «Qu'il

est de foi que, de temps à autre, le ciel envoie sur la terre des

_Boudda_ pour _amender les hommes_, les _retirer de leurs vices_, et les

_remettre en voie de salut_.» Avec un tel dogme répandu dans l'Inde,

dans la Perse, dans l'Égypte, dans la Judée, on sent combien les esprits

ont dû être disposés dès long-temps à ce que des siècles postérieurs

nous offrent.

Pag. 154, lig. 6. (_Long-temps avant Iésous_.) D'après les notions des

savants anglais de l'Inde, la doctrine de _Boudda_ y est très-ancienne.

L'écrivain anonyme que nous avons cité, pag. 319, lig. 23, cite un

traité écrit il y a peu d'années par le chef des prêtres _bouddites_

d'_Ava_, à la prière de l'évêque catholique de cette ville, qui dit:

«Que les _dieux_ qui ont apparu dans le présent monde jusqu'à ce jour,

sont au nombre de quatre, savoir: _Boudda Chaucasam, Boudda Gonagom,

Boudda Gaspa_, et _Boudda Gautama_, duquel la loi règne actuellement;

il obtint la divinité à trente-cinq ans, et passa à l'immortalité 2362

ans (avant la date du dit écrit, qui se place vers 1805.)» Par

conséquent _Gautama_ serait mort vers l'an 557 avant l'ère chrétienne,

au temps où régnait Kyrus en Perse, et où florissait Pythagore.

2º D'autre part, des écrivains arabes et persans, cités dans l'Hist. des

Huns, tom. II, par de Guignes; dans l'Hist. de la Chine, tom. V, in-4º,

note de la page 50, et dans la préface de l'_Ezour Vedam_

(Yadjour-Veda), placent l'apparition d'un autre _Boudda_ à l'année 1027

avant notre ère (ce serait _Gaspa_).

3º Le tableau _statistique_ de l'empereur mogol _Akbar_, intitulé _Ain

Akberi_, traduit par Gladwin, dit, pag. 433, tom. II, que _Boudd_ avait

disparu 2962 ans avant l'an 40 de cet empereur, c'est-à-dire 1366 ans

avant J.-C. (ce serait _Gonagom_.)

Pag. 154, lig. 14 (_Fondés sur l'absence de tout témoignage

authentique._) «Tout le monde sait,» disait _Fauste_, qui, quoique

manichéen, fut un des plus savants hommes du IIIe siècle, «tout le

monde sait que les Évangiles n'ont été écrits ni par J.-C. ni par ses

apôtres, mais _long-temps_ après, par des inconnus, qui, jugeant bien

qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues,

mirent à la tête de leurs récits des noms d'apôtres ou d'hommes

apostoliques et contemporains.» Sur cette question, voyez l'_Histoire

des Apologistes de la Religion chrétienne_, attribuée à Fréret, mais qui

est de Burigny, membre de l'Académie des inscriptions. _Voyez_ aussi

Mosheim, _De rébus christianorum_; _Correspondance of Atterbury_,

Archbishop, 5 vol. in-8º, 1798; Toland, _Nazarenus_; et Beausobre,

_Histoire du Manichéisme_, tom, I. Il résulte de tout ce qu'on a écrit

pour et contre, que l'origine précise du christianisme n'est pas connue;

que les prétendus témoignages de Josèphe (_Antiq. jud._, lib. XVIII, c.

3) et de Tacite (_Annales_, lib. XV, c. 44) ont été interpolés vers le

temps du concile de Nikée, et que personne n'a encore mis en évidence le

fait radical, c'est-à-dire l'existence réelle du personnage qui a

occasioné le système. Sans cette existence néanmoins, il serait

difficile de concevoir l'apparition du système à son époque connue,

encore qu'il ne soit pas sans exemple en histoire de voir des

suppositions gratuites et absolues. Pour résoudre ce problème, vraiment

curieux et important, il faudrait qu'un esprit doué de sagacité, muni

d'instruction, et surtout d'impartialité, profitant des recherches déja

faites, y ajoutât un tableau comparatif de la doctrine des boudistes, et

spécialement de la secte de _Samana Gautama_, contemporain de Kyrus;

qu'il examinât quelle fut la facilité des communications de l'Inde avec

la Perse et la Syrie, surtout depuis le règne de Darius Hystaspe, qui,

selon Agathias et Ammien, consulta les sages de l'Inde, et introduisit

plusieurs de leurs idées chez les mages; quelle fut encore cette

facilité depuis Alexandre, sous les Séleucides, qui entretenaient des

relations diplomatiques avec les rois indiens, il verrait que, par suite

de ces communications, le système des samanéens put se répandre de

proche en proche jusqu'en Égypte; qu'il put être la cause déterminante

de la corporation des esséniens en Judée, etc,: alors il ne resterait

plus qu'à examiner si, toutes choses étant ainsi préparées, l'exaltation

générale des esprits n'a pas pu susciter un individu qui aurait rempli

le rôle désigné: soit que lui-même se fût cru et annoncé pour être le

_personnage_ attendu, soit que ce fût la multitude qui, enthousiasmée de

sa conduite, de sa doctrine et de ses prédications, lui en eût attribué

l'emploi. Dans l'un et l'autre cas, il serait conforme aux probabilités

humaines que des attroupements populaires eussent excité la surveillance

et l'inquiétude du gouvernement romain, et qu'enfin un incident

remarquable, tel que l'_entrée_ en Jérusalem, eût déterminé le préfet à

une mesure de rigueur, à un acte de sévice qui aurait brusquement

terminé ce drame (à peu près comme il est raconté), mais qui n'aurait

fait qu'accroître l'intérêt pour le personnage regretté, et par-là donné

lieu à des récits et à des associations dont le résultat cadrerait

parfaitement avec l'état de choses qui apparaît ensuite dans l'histoire.

Sans doute là où manque son témoignage positif, l'on ne pourrait établir

ce qu'on appelle _certitude morale_; mais par l'enchaînement des causes

et des effets, on pourrait arriver à un degré de _probabilité_ qui en

produirait l'effet; puisque d'ailleurs, avec les témoignages les plus

positifs, l'histoire n'a jamais de droit qu'aux plus ou moins grandes

probabilités.

_Ibidem_, lig. 27. (_La doctrine intérieure_) Les boudistes ont deux

doctrines, l'une _publique_ et ostensible, l'autre _intérieure_ et

secrète, précisément comme les prêtres égyptiens. Pourquoi cette

différence? demandera-t-on. C'est que la doctrine _publique_ enseignant

les _offrandes_, les _expiations_, les _fondations_, etc., il est

_utile_ de la prêcher au peuple; au lieu que l'autre enseignant le

_néant_ et ne rapportant rien, il convient de ne la faire connaître

qu'aux adeptes. On ne peut classer plus évidemment les hommes en

_fripons_ et en _dupes_.

Pag. 156, lig. 18. (_Voilà ce qu'a révélé notre Boudah._) Ce sont les

propres termes de _La Loubère_, dans sa Description du royaume de Siam

et de la théologie des _bonzes_. Leurs dogmes, comparés à ceux des

anciens philosophes de la Grèce et de l'Italie, retracent absolument

tout le système des stoïciens et des épicuriens, mêlé avec des

superstitions astrologiques et quelques traits du pythagorisme.

Pag. 165, lig. 4. (_La barbarie originelle du genre humain._) C'est le

témoignage unanime de toutes les histoires, et même des légendes, que

les premiers hommes furent partout des sauvages, et que ce fut pour les

civiliser et leur apprendre à _faire du pain_, que les dieux se

manifestèrent.

_Ibidem_, lig. 9. (_N'acquiert d'idées que par l'intermède de ses

sens_). Voilà précisément où ont échoué les anciens, et d'où sont venues

leurs erreurs: ils ont supposé les _idées de Dieu innées_, coéternelles

à l'ame; et de là toutes les rêveries développées dans Platon et

Iamblique. _Voy._ le _Timée_, le _Phédon_, et _de Mysteriis Ægyptiorum_,

sect. Ire, chap, 3.

Pag. 170, lig. 21. (_Le témoignage de tous les anciens monuments._) Il

résulte clairement, dit Plutarque, des _vers d'Orphée_ et des livres

_sacrés_ des Égyptiens et des Phrygiens que la _théologie_ ancienne,

non-seulement des Grecs, mais en général de tous les peuples, ne fut

autre chose qu'un _système de physique, qu'un tableau des opérations de

la nature_, enveloppé _d'allégories mystérieuses et de symboles

enigmatiques_: de manière que la multitude ignorante s'attachât plutôt

au sens apparent qu'au sens caché, et que même dans ce qu'elle

comprenait de ce dernier, elle supposât toujours quelque chose de plus

profond que ce qui paraissait. _Plutarque, fragment d'un ouvrage perdu,

cité dans Eusèbe, Præpar. evang._ lib. III, chap. I, page 85.

«La plupart des philosophes, dit _Porphyre_, et entre autres _Chæremon_

(_qui vécut en Égypte dans le premier siècle de l'ère chrétienne_) ne

pensent pas qu'il ait jamais existé d'autre monde que celui que nous

voyons: et ils ne reconnaissent pas d'_autres dieux_, de tous ceux

qu'allèguent les Égyptiens, que ce que l'on appelle vulgairement les

_planètes_, les _signes du zodiaque_ et les _constellations_, qui jouent

avec eux en aspect (de _lever_ et de _coucher_); à quoi ils ajoutent

_leurs divisions_ de _signes_ en _décans_ ou _maîtres du temps_, qu'ils

appellent les _chefs forts et puissants_ dont les _noms_, les _vertus

curatives_ des maladies, les _couchers_, les _levers_, les _présages_ de

ce qui doit arriver, font la matière des almanachs (c'est-à-dire que les

prêtres égyptiens faisaient de véritables almanachs de _Mathieu

Laensberg_); car lorsque les prêtres disaient que le soleil était

l'_architecte_ de l'univers, Chæremon sentait que tous leurs récits sur

_Isis_ et sur _Osiris_, que toutes leurs fables sacrées se rapportaient

en partie aux planètes, aux phases de la lune; au cours du soleil, en

partie (_aux étoiles de_) l'hémisphère du jour et de la nuit, ou au

fleuve du Nil, en un mot, à des êtres physiques, naturels, et rien à des

êtres _immatériels_ et _dépourvus_ de corps... Tous ces philosophes

croient que les mouvements de notre volonté et de nos actions dépendent

de ceux des astres, qu'ils en sont dirigés; et ils se soumettent aux

lois d'une _nécessité_ (physique) qu'ils appellent _destin_ ou _fatum_,

supposant une chaîne (de causes et d'effets) qui lie, par je ne sais

quel lien, tous les hommes entre eux (depuis l'atome) jusqu'à la

puissance supérieure et à l'influence première de ces _dieux_; en sorte

que, soit dans les temples, soit dans les _simulacres_ ou _idoles_, ils

n'adorent autre chose que la _puissance de la destinée_,» (Porphyr.

_Epis. ad Ianebonem_.)

Pag. 171, lign. 11. (_Exigea la connaissance des cieux._) Jusqu'à ce

jour on a répété, sur l'autorité indirecte de la _Genèse_, que

l'astronomie avait été inventée par les _enfants de Noé_. On a raconté

gravement que, pâtres errants dans les plaines de _Sennaar_, ils

employaient leur désoeuvrement à rédiger un système des cieux; comme si

des pâtres avaient _besoin_ de connaître plus que l'étoile polaire, et

comme si le _besoin_ n'était pas l'unique motif de toute invention! Si

les anciens pasteurs furent si studieux et si habiles, comment

arrive-t-il que les modernes soient si ignorants et si négligents? Or,

il est de fait que les Arabes du désert ne connaissent pas six

constellations, et qu'ils n'entendent pas un mot d'astronomie.

Pag. 172, lign. 12. (_Des génies auteurs des biens et des maux._) Il

paraît que par le mot _genius_ les anciens ont entendu proprement une

_qualité_, une _faculté génératrice_, productrice; car tous les mots de

cette famille reviennent à ce sens: _generare_, _genos_, _genesis_,

_genus_, _gens_.

«Les sabéens anciens et modernes, dit Maimonides, reconnaissent un dieu

principal, fabricateur du monde et possesseur du ciel; mais à cause de

son éloignement trop grand, ils le pensent inaccessible; et imitant la

conduite du peuple à l'égard des rois, ils emploient auprès de lui pour

médiateurs les _planètes_ et leurs _anges_, auxquels ils donnent le

titre de princes et de rois, et qu'ils supposent habiter dans ces corps

lumineux, comme dans des _palais_ ou _tabernacles_, etc.» (More

Nebuchim, pars III, c. 29.)

_Ibidem_, lign. 28. (_Un sexe tiré du genre de son appellation._) Selon

qu'un objet se trouva du genre masculin ou féminin dans la langue d'un

peuple, le dieu qui porta son nom se trouva mâle ou femelle chez ce

peuple. Ainsi les Cappadociens disaient le _dieu Lunus_ et la _déesse

Soleil_; et ceci présente sans cesse les mêmes êtres sous des formes

diverses, dans la mythologie des anciens.

Pag. 173, lig. 20. (_Ce qui contribue à la conservation de soi et de ses

semblables._) À ceci Plutarque ajoute que ces prêtres (égyptiens) ont

toujours fait le plus grand cas de la conservation de la santé..., et

qu'ils la regardent comme une condition nécessaire au service des dieux

et à la piété, etc. (Voy. _Isis_ et _Osiris_, à la fin.)

_Ibidem_, lig. 26.(_Paraissent remonter au delà de quinze mille ans._)

L'orateur historien suit ici l'opinion du savant _Dupuis_, qui d'abord

en son mémoire sur l'_Origine des Constellations_, puis dans son grand

ouvrage sur l'_Origine de tous les Cultes_, à rassemblé une foule de

preuves que jadis la _balance_ était placée à l'équinoxe du printemps,

et le _belier_ à l'équinoxe d'automne, c'est-à-dire que la _précession_

des équinoxes a causé un déplacement de plus de sept signes. L'action de

ce phénomène est incontestable: les calculs les plus récents l'évaluent

à 50 secondes, 12 ou 15 tierces par an; donc chaque degré de signe

zodiacal est déplacé et _mis en arrière_, en 71 ans 8 ou 9 mois; donc un

signé entier, en 2152 ou 53 ans. Or si, comme il est de fait, le point

équinoxial du printemps fut juste au 1er degré du _belier_, l'an 388

avant J.-C.; c'est-à-dire si, à cette époque, le soleil avait parcouru

et mis en arrière tout ce signe pour entrer dans les _poissons_, qu'il a

quittés de nos jours, il s'ensuit qu'il avait quitté le _taureau_ 2153

ans auparavant, c'est-à-dire vers l'an 2540 avant J.-C., et qu'il y

était entré vers l'an 4692 avant J.-C. Ainsi, remontant de signe en

signe, le 1er degré du _belier_ avait été le point équinoxial

d'automne environ 12,912 ans avant l'an 388, c'est-à-dire 13,300 ans

avant l'ère chrétienne: ajoutez nos dix-huit siècles, vous avez 15,100

ans, et de plus la quantité de temps et de siècles qu'il fallut pour

amener les connaissances astronomiques à ce degré d'élévation.

Maintenant remarquez que le culte du signe _taureau_ joue un rôle

principal chez les Égyptiens, les Perses, les Japonais, etc.; ce qui

indique à cette époque une marche commune d'idées chez ces divers

peuples. Les 5 ou 6000 ans de la Genèse ne font objection que pour ceux

qui y croient par éducation: (_Voy._ à ce sujet l'analyse de la Genèse,

dans le tom. Ier des _Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne_;

voy. aussi l'_Origine des Constellations_, par Dupuis, 1781; _l'Origine

des Cultes_, en 3 vol. in-4º, 1794, et le _Zodiaque chronologique_,

in-4º, 1806.)

Les Ruines, ou méditation sur les révolutions des empires · 第 20 / 26 段