LA FIN DU «BORDA»

Le navire qui, depuis 1890, abritait l'École navale, et qui s'était

appelé l'_Intrépide_ avant d'être, selon une tradition remontant à

Louis-Philippe, baptisé _Borda_, a, comme disent les marins, «gagné ses

invalides». Et à moins qu'il ne soit adjugé au plus fort enchérisseur et

démoli, il va devenir, dans quelque coin de port, un ponton tout rasé.

Mais ce qui est plus digne encore d'être noté, c'est que son remplaçant

ne va point porter le même nom illustre et populaire: l'_Officiel_, en

effet, a enregistré la nomination du capitaine de vaisseau Merveilleux

du Vignaux «au commandement du _Duguay-Trouin_ et de l'École navale.

Plus de Borda!--et donc plus de _bordaches_!--Quel néologisme cette

révolution va-t-elle introduire dans l'argot pittoresque de nos futurs

officiers de marine?

Le premier _Borda_ avait été d'abord le _Commerce de Paris_, aménagé, en

1840, en École navale, et auquel, en l'appelant à cette nouvelle

destinée, on avait donné le nom d'un officier de marine aussi savant que

brave. En 1863, le premier _Borda_ fatigué, le _Valmy_ le remplaça et

reprit le même nom, comme allait faire, en 1890, le dernier _Borda_.

Le _Duguay-Trouin_, qui accueillera, à la rentrée, les _fistots_, a

préludé à ses nouvelles fonctions en promenant autour du monde, depuis

plusieurs années, les jeunes aspirants émoulus de l'École navale. Il

avait, en effet, remplacé l'_Iphigénie_ comme navire-école annexe du

_Borda_.

_Un monument français en Allemagne._

Au cours de la guerre de 1870-71, de nombreux soldats

français--plusieurs milliers--faits prisonniers sur les champs de

bataille, furent envoyés à Magdebourg, en Saxe prussienne, qui avait

déjà vu mourir Lazare Carnot, le grand ancêtre. Près de 1.000--3

officiers, 890 soldats--y succombèrent, les uns aux suites de leurs

blessures, les autres de maladies diverses. Ils furent inhumés dans le

cimetière militaire, où leurs restes retrouvèrent ceux d'autres vaincus

des précédentes campagnes, des Danois, des Autrichiens.

Or, un chemin de fer va traverser le champ paisible où ils reposaient.

Aux termes de la loi allemande, on pouvait les laisser là, établir la

voie sur leurs tombes. Mais l'autorité, mue par un sentiment délicat,

décida leur transfert au nouveau cimetière. On y a transporté aussi,

avec leurs cendres, après l'avoir remis à neuf, le monument élevé à leur

mémoire, assez curieux d'aspect, massif cénotaphe ouvert sur l'un de ses

grands côtés et laissant voir, dans la niche ainsi formée, la figure

d'un soldat mourant qui serre de ses mains défaillantes un drapeau

surmonté--par un complaisant anachronisme!--d'un fer de lance.

A l'occasion de cette nouvelle inhumation des cendres de tant de braves

a eu lieu, le dimanche 20 juillet, une cérémonie émouvante, à laquelle

assistaient le général en chef du 4e corps d'armée allemand, tous les

officiers et des délégations de tous les régiments de la garnison de

Magdebourg, le lieutenant-colonel Serret, attaché militaire à

l'ambassade de France à Berlin et son collègue l'attaché militaire

autrichien, etc. Des couronnes jonchaient les tombes. Les soldats de

Magdebourg avaient, avec sollicitude, décoré le cimetière.

Les honneurs militaires furent rendus. Des aumôniers, catholiques,

protestants, prononcèrent d'éloquentes oraisons funèbres et des chants

religieux, les accents martiaux d'une musique régimentaire terminèrent

la pieuse cérémonie.

L'Illustration, No. 3676, 9 Août 1913 · 第 47 / 52 题