à Abéché et le suit à Mourra. Indépendamment de ses fonctions de
chambellan, il est également chargé de recueillir ce qui est nécessaire
à l’entretien des femmes du sultan. Il relève de l’aguid el Mâgné.
L’_aguid Douggou Doubanga_[253], un eunuque, administre les provisions
du palais et sert d’intermédiaire entre le sultan et ses femmes.
Le harem du sultan est divisé en deux : la partie orientale (_tolouk_)
et la partie occidentale (_lolouk_). Le grand eunuque a le titre de
_kamkalek_ : le dâr Kouka dépend en partie de lui. Deux autres eunuques
commandent chacun une moitié du harem : le _melik eṣ Ṣebâḥ_ (gardien de
la porte de l’Est) et le _melik el Maghreb_ (gardien de la porte de
l’Ouest). Ces deux fonctionnaires s’occupent des biens appartenant aux
femmes du sultan.
Les pages du sultan portent le nom de _touèrat_ (sing. _touèr_).
Certains d’entre eux sont opérés et destinés à faire plus tard des
eunuques (_chioukh_). L’_aguid Guerri_ est le chef des touèrat.
Ceux que le souverain emploie comme messagers ont le titre de _koursi_ :
du temps de Doud-Mourra, Alḥamdou, Kéréma, etc.
Citons enfin les _oumenâ_ (pl. de _amin_ : homme de confiance), qui
jouent le rôle de surveillants, de contrôleurs, et veillent à la rentrée
des impôts. Ils peuvent aussi être employés comme messagers.
Un amin gère le trésor du sultan (_beit el mâl_). Il a le titre de _sid
beit el mâl_ (seigneur du trésor).
Deux amins commandent la garde particulière du sultan et habitent auprès
de sa case : l’un commande les soldats de condition libre, l’autre les
captifs.
Un autre amin, le _melik el medfa’_ commande les cinq vieux canons qui
forment l’artillerie ouadaïenne. Ces pièces, laissées par Napoléon en
Égypte, avaient été prises à Khartoum en 1885 et appartenaient à l’armée
derviche de ʿOsman Djano. Le chef derviche Zougal fit défection et passa
au Ouadaï avec elles. Les Ouadaïens n’ont jamais utilisé leur
artillerie : ils n’ont d’ailleurs pas d’obus. Ils essayèrent une fois de
tirer un coup de canon, pour rehausser l’éclat d’une fête célébrée à
Abéché. Mais cela leur réussit assez mal et ils ne recommencèrent plus.
On retrouve, auprès des grands dignitaires, une partie des charges de la
cour royale : des kemakil qui s’occupent des serviteurs, des ouarnangs
qui s’occupent des chevaux, etc. Le moindre aguid a d’ailleurs son aguid
el brich[254], ses koursis, ses amins et ses khalifas (lieutenants).
L’_aguid el Maḥâmid_ commande aux Arabes de ce nom et aux Zegâoua. Il
administre le pays dont le centre est marqué par la vallée d’Ourâda, sur
la route d’Abéché au Borkou et à Koufra. Ses troupes effectuent des
razzias chez les nomades qui habitent les confins du Ouadaï : Ammâ
Borkouâ, Tedâ de Am Chalôba, Bideyât.
Moḥammed ould Bechâra remplissait les fonctions d’aguid el Maḥâmid
depuis plus de quarante ans, lorsqu’il fut tué à Djoua (17 juin 1908).
Son père, Bechâra, avait été mis à mort par le sultan ʿAli, après la
prise de Massnia (1871). Moḥammed fut appelé à lui succéder, et épousa,
en 1873, une fille du sultan ʿAli, mérem Habbo[255]. Il appartenait à
une famille illustre des Kelinguen. Les parents du djerma ʿOthmân lui-
même étaient de moins haute lignée que ceux de ce dignitaire, que l’on
donnait comme le plus noble de tous les adjâouid. Moḥammed ould Bechâra
disposait d’une puissance considérable, supérieure peut-être à celle de
ʿOthmân, mais il n’aimait pas prendre part aux intrigues de cour.
Cependant, lorsqu’il se sentit menacé par les menées de Mouṣṭafa, il
donna le signal de la révolte qui devait renverser le sultan Ibrahim.
Plus tard, il combattit également Abou Ghazali et fut un partisan décidé
de l’intronisation du jeune Doud-Mourra : grâce à l’appui de Moḥammed,
celui-ci put se débarrasser du djerma ʿOthmân. Le nouveau souverain du
Ouadaï et l’aguid el Maḥâmid étaient unis par des liens de parenté. Ce
dernier s’était vu enlever sa première femme par le sultan Yousef, qui
lui avait donné sa fille, mérem Zenaba, sœur de Doud-Mourra : il en eut
un fils, Aḥmed, qui cumula les fonctions d’aguid ez Zebada, de Mâgné et
de kamkalek ez Zioud.
Doud-Mourra fit toujours appel à son beau-frère, qui lui était tout
dévoué, pour repousser les attaques des Foriens et pour réduire les
populations turbulentes de l’Est et du Sud-Est. Durant ces dernières
années, Moḥammed avait opéré contre les Tama, les Guemr, les Massalat et
les Dadjo du Sila. Il ne sut pas empêcher toutefois le chef forien Adam
Roudjal de venir razzier les Maḥâmid, les troupes qu’il envoya
arrivèrent trop tard et furent d’ailleurs battues. Il est vrai que les
Massalat pillèrent au passage les gens du Darfour.
Nous donnons ci-dessous la descendance de Bechâra.
Bechâra
Aguid el Maḥâmid, mis à mort par ordre d’ʿAli, à cause de sa fuite
devant Abou Sekkin au siège de Massnia.
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+-----------------------------+--------------------------------------+
| |
Enfants de Mérem Zara. Enfants d’autres femmes ouadaïennes.
+-----------------+ +---------------+---------------+
| | | | |
Mouṣṭafa el Magné ʿAbd el Moḥammed Dahab Kamkalek
épouse Qâder épouse Mérem aguid el Libbis
Mérem Kakié ed Dri Habbo (1873). brich de Kanderan.
| Cette femme son frère Remplaça
+----+-------+ lui est enlevée Moḥammed Dahab,
| | par Yousef, dépossédé
Moḥammed Aḥmed qui lui donna de sa charge
Mérem Zenaba d’aguid
| el brich.
Aḥmed.
Après la prise d’Abéché, le fils de Moḥammed oul Bechâra, Aḥmed, se
rallia au parti d’Acyl et conserva son kademoul d’aguid el Maḥâmid. Il
fit défection, en mars 1910, et alla rejoindre son oncle Doud-Mourra. Sa
charge fut alors donnée à un frère d’Acyl, Sérhéroun, qui trouva la mort
dans un combat livré le 2 septembre 1910, sur les bords de l’ouadi Maba,
à un rezzou senousi venu de Ouéta.
Le _djerma_ est le grand écuyer du sultan : c’est lui qui pose le tapis
sur le cheval de son souverain, lorsque celui-ci quitte le palais. Il
remplit aussi les fonctions de grand-maître des cérémonies, lors de la
fête annuelle qui a lieu au mont Thoréga. Cette charge fut longtemps la
plus importante du Ouadaï : le personnage qui en était titulaire
gouvernait le pays de Ouara, les Kodoï, les Guemr, le Sila, le Moubi,
Korbo, le Fitri, le Khouzam, le Baguirmi et le Kanem ; il avait sous ses
ordres un des plus forts contingents ouadaïens.
Le djerma Assed abou Djebrin[256], frère de momo Maden, femme du sultan
Chérif, exerça longtemps cette fonction. Il atteignit un si grand âge
qu’on le surnomma _Ech Chaïb_ (le vieillard). L’un de ses enfants,
ʿOthmân, lui succéda. Celui-ci fut, sous Ibrahim et Aḥmed abou Ghazali,
le dignitaire le plus influent du Ouadaï. Il était d’abord de noble
origine et appartenait à la puissante tribu des Kodoï. De plus, il était
très riche et possédait de nombreux clients. Tout cela explique le
prestige énorme dont il jouissait chez les Ouadaïens de race, en face de
sultans qui n’avaient pas de fortune propre et étaient de sang mêlé. Le
djerma ʿOthmân était en effet le cousin germain de deux sultans, ʿAli et
Yousef, et le cousin au second degré de trois sultans et d’un prétendant
_tous fils de mères étrangères_, ce qui, d’après la tradition les
rendait inaptes à régner : Ibrahim, fils d’une Forienne ; Ghazali, fils
d’une Kecherdanwiyé ; Doud-Mourra, fils d’une Forienne ; et enfin Acyl,
fils d’une Bornouane. Il avait d’ailleurs épousé mérem Faṭmé, fille du
sultan Yousef. Le djerma, d’un caractère intrigant et brouillon, abusa
de cette situation, alors que l’aguid el Maḥâmid, dont la puissance
était peut-être supérieure à la sienne et qui était en tout cas
d’origine plus illustre, se tenait relativement à l’écart des intrigues
de cour. ʿOthmân guida les événements qui amenèrent la chute d’Ibrahim
et celle d’Aḥmed abou Ghazali. Doud-Mourra mit un terme aux fantaisies
de ce personnage, qui faisait du Ouadaï un état complètement voué à
l’anarchie : il se débarrassa de lui en le faisant empoisonner.
Après la mort du djerma ʿOthmân, Doud-Mourra s’empara de la plus grande
partie des armes et des munitions de ce dignitaire : il partagea le
butin avec son ami et protecteur, l’aguid el Maḥâmid. Abou Sekkin, frère
du défunt, fut appelé à lui succéder, mais la puissance du nouveau
djerma avait été considérablement réduite. Il était d’ailleurs tenu en
suspicion, et c’est apparemment pour ne pas mécontenter l’élément kodoï
que le sultan lui laissa le kademoul. Cette animosité de Doud-Mourra
envers la famille de ʿOthmân se manifesta dans le châtiment infligé à
ʿAbd el Kerim, un autre fils de Abou Djebrin. Celui-ci était kamkalek ez
Zioud et, lors de la reconnaissance Bordeaux sur Am Loubia, il prit la
fuite sans faire la moindre résistance. Doud-Mourra, outré, le destitua
et le fit promener sur le marché de la capitale, dans le simple appareil
des petites filles, avec le kamfous et une ceinture de perles autour des
reins : pour qui connaît l’orgueil insensé des Maba, il est facile de se
rendre compte combien la punition dut paraître outrageusement cruelle à
l’ex-kamkalek ez Zioud.
Abou Sekkin est né à Massnia. Son père, Abou Djebrin, lui donna ce nom
en souvenir de la victoire remportée sur le mbang du Baguirmi. A la mort
de ʿOthmân, en février 1906, Abou Sekkin et Kalamtam furent emprisonnés,
en attendant que Doud-Mourra eût mis la main sur les biens du djerma.
Une sourde rivalité régna par la suite entre le sultan et Abou Sekkin,
qui avait pris la charge de son frère. Un incident contribua à rendre
encore plus tendues les relations entre ces deux hommes. Un esclave ivre
de Moursal Ibri (aguid el ouâdi du djerma Abou Sekkin) blessa d’un coup
de couteau le jeune ʿAbd er Rahim, fils de Yousef. Le sultan, irrité,
ordonna de tuer l’esclave et fit couper les deux mains à Moursal Ibri.
Abou Sekkin protesta alors contre la punition infligée à son aguid.
Doud-Mourra, pour toute réponse, fit exécuter Moursal Ibri. Le corps de
ce dernier ayant été enlevé pendant la nuit pour être enterré, le
sultan, furieux, voulut enlever le kademoul de djerma à Abou Sekkin.
Mais les adjâouid s’interposèrent et payèrent, dit-on, 20.000 pièces de
guinée (magâti, tiban), pour apaiser leur souverain.
Le titulaire de la charge de grand djerma du Ouadaï a un certain nombre
de lieutenants : l’esclave Kalamtam, chargé d’un commandement militaire,
qui attaqua Yao en 1905 ; un aguid el brich, un aguid el ouâdi (aguid de
la brousse)[257] et enfin des gens qui ont des emplois analogues à ceux
que nous avons vus à la cour du sultan.
Nous donnons ci-dessous la liste des enfants du djerma Assed abou
Djebrin.
Djerma Assed abou Djebrin, ech Chaïb.
|
+-----------------------------+--------------------------------+
| | |
Fils d’une même mère. | Fils d’une même mère. |
+---------+-------+ | +------------+ |
| | | | | | |
Khoudar ʿOthmân Dahab Abou beker Abou ʿAbd el Moḥammed
épouse épouse Tué au Sekkim Kerim ould
Dourtené, Mérem Guéra, djerma. tombé en mérem
sœur Faṭmé, lors de la disgrâce. Banet
d’Adem fille de campagne (fils de
Kardé Yousef, de ʿAli. Mérem
| et Banet,
| Dourtené, sœur de
Barka veuve de Chérif).
Khoudar
L’_aguid es Salamat_ avait autrefois le commandement des pays suivants :
dâr Salamat, dâr Hémat, dâr Kibet, dâr Rounga et dâr Kouti. Nous avons
déjà vu le rôle joué au Ouadaï par l’aguid Cherf eddin. Celui-ci, fils
d’un père teda et d’une mère bidéyé, avait été enlevé tout jeune, lors
d’une razzia opérée dans l’Ennedi : emmené comme esclave au Ouadaï, il
fut fait eunuque et affecté au harem royal. Nommé aguid es Salamat, son
caractère intrigant lui valut d’occuper une place à part parmi les
dignitaires : il sut gagner la confiance de Yousef, contribua à
renverser Ibrahim et domina complètement le sultan Ghazali. Après la
chute de ce dernier, Cherf eddin fut pris et exécuté. Il fut remplacé
par Oust Kheir, captif originaire du Baguirmi, que Doud-Mourra fit
également mettre à mort. Un eunuque gourân originaire du Borkou, Ḥassen
Chaour, lui succéda. Le nouvel aguid envoya une lettre de menaces au
sultan du Kouti, Senousi, pour amener celui-ci à se détacher de nous :
cette tentative d’intimidation n’eut d’ailleurs aucun succès. Ḥassen
Chaour ne resta pas longtemps en fonction : il fut également décapité en
août 1905. En dernier lieu, un captif banda, l’eunuque Gomboro, fut
appelé par Doud-Mourra à remplir la charge d’aguid es Salamat. Le
nouveau dignitaire était un ancien aguid el ouâdi de Cherf eddin, qui
lui avait autrefois donné un commandement militaire. Gomboro avait, dans
tout le Ouadaï, une grande réputation de bravoure et était très aimé de
Doud-Mourra, qui lui donna une partie des fusils du djerma ʿOthmân. Nos
troupes eurent à le combattre plusieurs fois : à Tomba à Djingéboa et à
Am Timan. Il trouva la mort dans cette dernière affaire.
L’aguid es Salamat percevait un impôt annuel en bœufs sur les Arabes qui
peuplaient son territoire : Salamat, Hémat et autres. Il apportait
également à Abéché l’ivoire fourni par le dâr Salamat, le dâr Rounga et
le dâr Kouti. Il était enfin chargé de la chasse aux esclaves chez les
fétichistes du sud (Djenâkheré). Les esclaves et l’ivoire servaient de
marchandises d’échange et permettaient au sultan d’acheter les armes et
les munitions apportées au Ouadaï par les caravanes du nord. L’aguid es
Salamat était secondé par un certain nombre de sous-ordres : aguid el
brich, aguid el ouâdi, djerma, etc. Citons, parmi ceux qui ont eu
quelque notoriété : Hachem, de pur sang ouadaïen, qui avait, sous Cherf
eddin, la surveillance du dâr Hémat et du dâr Rounga ; le djerma
Moḥammed, qui s’occupait des chevaux du Gomboro ; Doungues, aguid el
brich de Gomboro et qui succéda dans cet emploi à Rakeb ; etc.
L’_aguid el Djaʿâdné_ avait autrefois un commandement important, qui fut
fort réduit par l’occupation française. Ce dignitaire administrait les
Arabes Djaʿâdné et ʿAmer, le Médogo, le pays des hidjar (Guéra, Abou
Ṭiour, Mataïa, Boullong, Sommo, Bédanga), le Dékakiré et le Dagana.
Seroua, aguid el Djaʿâdné de Yousef, était un captif kirdi. En
1896-1897, il envoya un de ses subordonnés piller la région de Béganda-
Ngogmi. Ce fut la dernière incursion des bandes ouadaïennes en pays
sokoro. A Seroua succéda Haggar ṣeghir, qui se révolta contre son
souverain et gagna le Borkou avec un certain nombre de partisans. La
charge d’aguid el Djaʿâdné fut ensuite donnée à l’amin ʿAbdoullahi, qui
eut avec le capitaine Durand l’entrevue d’Oum Melahi. Le nouveau
dignitaire était un ami personnel du djerma ʿOthmân. Il se montrait très
dur envers les mesâkin et semait partout la ruine sur son passage. En
mai 1904, il traita cruellement les Kouka de la Baṭaḥ, dont un grand
nombre furent emmenés comme esclaves. Doud-Moura, qui était déjà
mécontent de l’attitude observée par ʿAbdoullahi à notre égard, entra
dans une grande colère lorsqu’il apprit comment le pays kouka avait été
ravagé. Il fit mander l’aguid el Djaʿâdné et lui reprocha violemment de
s’être servi des fusils qu’il lui avait donnés, pour ruiner une partie
du Ouadaï : le sultan s’emporta jusqu’à jeter du sable à la figure de
son dignitaire. Celui-ci faillit être destitué : Doud-Mourra le fit
mettre en prison pendant quelque temps et le força ensuite à échanger
son kademoul contre celui de l’aguid el Khouzam ʿAbdallah, fils d’un
captif gourân du sultan. Le djerma Mounboa (ou Memboa), Baguirmien
capturé autrefois à Massnia, avait momentanément remplacé ʿAbdoullahi
mis aux fers. — Après la prise d’Abéché, ʿAbdoullahi embrassa la cause
d’Acyl et reçut une charge de Kamkalek. Il fut un des premiers à faire
défection, en mars 1910, et alla rejoindre les vainqueurs de Bir Ṭaouil
dans le dâr Massalat. Le titulaire de cet important aguidat dispose d’un
certain nombre de lieutenants.
L’_aguid el brich_ était un Arabe Missiraï, Gôni.
L’_aguid el Masmadjé_ commande aux Masmadjé de la Baṭaḥ et aux Dadjo. Le
titulaire de cette charge était un Arabe Cherifi, Abiedh. Ce kademoul
était autrefois indépendant de l’aguid el Djaʿâdné.
L’_aguid el Mâgueren_ administre le pays de même nom, situé au sud
d’Abéché, entre Abou Goundam et Ḥadjer Atin, et habité par des Maba et
des Arabes Khouzam.
L’_aguid ed Dagana_ allait autrefois recueillir l’impôt dans le Dagana.
Cet emploi, qui était occupé par un captif sara, Ardéga, n’est plus
qu’un titre honorifique.
L’_aguid el ʿAmer_ percevait l’impôt chez les Arabes ʿAmer, et l’_aguid
el brich_ chez les Djaʿâdné des bords de la Bataḥ.
L’aguid el Djaʿâdné a aussi des djermas : l’un d’entre eux, le djerma
Smaïn, frère du sultan des Guemr, trouva la mort dans l’affaire de
Tialo ; citons également le djerma Memboa, qui s’occupe spécialement des
chevaux de son maître. Cet aguid dispose enfin de koursis (autrefois
Kéréma, Hesseïni ould Amtelaïd) et de deux amins.
L’_aguid ez Zebada_ commande aux Arabes de même nom, lesquels habitent
la région du El Hémédiyé. Cette charge n’a que peu d’importance par
elle-même. Elle ne valait que par la personnalité de celui qui en était
titulaire, Aḥmed ould Moḥammed, fils de l’ancien aguid el Maḥâmid et de
mérem Zenaba, sœur de Doud-Mourra. Ce dignitaire était très aimé du
sultan, qui le combla de ses faveurs. C’est Aḥmed qui prenait le
commandement du palais lorsque le souverain s’absentait pour se rendre
au mont Thoréga ou pour aller à Mourra[258]. Aḥmed exerçait aussi les
fonctions de aguid el Mâgné et de kamkalek ez Zioud (résidence à Am
Loubia). Doud-Mourra avait concentré une puissance considérable entre
les mains de Moḥammed ould Bechâra et de son fils, deux personnages qui
lui étaient absolument dévoués — Aḥmed avait la réputation d’être très
courageux. Lors d’une panique qui eut lieu à Abéché, où l’on criait à
l’approche des Chrétiens, il fut le premier — et presque le seul — à
prendre un fusil et à aller se placer devant le tata du sultan, afin de
défendre Doud-Mourra. Après la prise d’Abéché, il embrassa la cause
d’Acyl et resta aguid el Maḥâmid (son père avait été tué au combat de
Djoua). Plus tard, Aḥmed fit défection, alla rejoindre Doud-Mourra dans
le Zegâoua, combattit les partisans d’Acyl et fut blessé au combat de
Biltin.
Le dignitaire qui porte le titre d’_aguid el Mâgné_ (ou tout simplement
_El Mâgné_), est chargé d’administrer les Missiriyé ḥoumr. A l’armée, il
commande l’avant-garde : lorsque le sultan part à la guerre, il le
précède pour préparer son installation, de même que chez nous les
fourriers précèdent la troupe. Le Mâgné habite à proximité du tata
royal, dans la direction de l’Ouest. Mouṣṭafa, fils de Bechâra et de
mérem Zara, remplit longtemps les fonctions d’aguid el Mâgné, sous
Yousof et Ibrahim. Il était le premier mari de mérem Kakié, la femme
d’Acyl. Un de ses fils lui succéda. Ce dernier fut remplacé par son
frère et Doud-Mourra donna ensuite ce commandement à Aḥmed fils de
l’aguid el Maḥâmid.
L’_aguid el Dri_ (ou tout simplement _El Dri_), administre les Missiriyé
zourq. A l’armée, il commande l’arrière-garde : il inspecte les lieux
après le départ du sultan et s’assure que rien n’a été oublié. Il habite
également non loin de la demeure royale. El Mâgné et El Dri accompagnent
toujours le souverain dans ses déplacements. Sous Ibrahim, la charge
d’aguid ed Dri était occupée par ʿOmar, frère de l’aguid el Djaʿâdné
Mouṣṭafa. Ghazali le remplaça par un Gourân, Mousa, qui fut tué en
poursuivant Acyl. Doud-Mourra donna la succession au second fils de
Bechâra et de mérem Zara, ʿAbd el Qâder. Plus tard, ce kademoul échut à
Moḥammadi ould Brahim, marié à une parente du sultan.
L’_aguid el Baḥr_ avait le commandement du Baḥr el Ghazal et de la
région de Ngourra, Aouni, Moïto. Le Kanem, quoique relevant du djerma,
tomba par la force des choses dans la dépendance de l’aguid el baḥr, qui
devait défendre ce pays contre les empiètements des Oulâd Slimân. Nous
avons déjà parlé assez longuement de ce dignitaire, à propos des Kreda.
Haggar Kebir quitta la charge d’aguid el baḥr pour devenir aguid er
Rachid et fut tué devant Am Dem. Son successeur, Adem ould Keneticha,
était très lié avec le djerma ʿOthmân, qui lui avait fait obtenir son
commandement : il fut mis à mort par ordre de Doud-Mourra. Abou Zenat,
fils d’Atoza, lui succéda et celui-ci fut remplacé par le Djellâbi
Bâdjouri, un ancien chef d’Acyl. Bâdjouri resta fidèle à Doud-Mourra :
du reste, une nouvelle trahison présentait pour lui trop de risques. Il
nous a combattus à plusieurs reprises, depuis la prise d’Abéché, et a
continué à faire preuve de l’audace qui le caractérisait. Notons, en
passant, que cet homme a toujours réussi à sortir indemne de rencontres
qui coûtèrent la vie à nombre d’autres personnages. Sait-il se dérober
au moment voulu ?... Les Ouadaïens doivent certainement croire qu’il a
un bon _mektoub_ (ou _aï_, ou _ouarga_ : écrit-amulette de marabout).
L’_aguid el Khouzam_ gouverne les Khouzam du Nord de la Bataḥ et les
Naouïbé des environs d’Abéché. Du temps de Yousef, ce commandement était
exercé par le tangtalek ʿAbd el ʿAziz, qui fut dépossédé par Ibrahim.
Cet aguid fut remplacé par le Ouadaïen Moḥammed Emmaoureb, dont la
charge passa ensuite à son ouakil[259] le captif gourân Yaïré. A ce
dernier succéda ʿAbdallah, captif du sultan, qui se montra très dur
envers les nomades qu’il administrait. En dernier lieu, Doud-Mourra
donna ce kademoul de peu d’importance à l’ancien aguid el Djaʿâdné
ʿAbdoullahi.
Acyl possédait aussi un aguid el Khouzam, Barkaï. Celui-ci fut enlevé
tout jeune du Borkou par des Arabes Maḥâmid et emmené à Abéché, où il
devint un petit touèr du sultan Yousef. Depuis l’intronisation d’Acyl à
Abéché, Barkaï a été fait aguid er Rachid.
L’_aguid ed Debaba_ administrait le Debaba, le Mayaguené, les Arabes
Yéssiyé d’Abouraï et de Bédanga et les Oulâd Mousa de Lemka-Mandélé. A
la mort d’Abou Kouyouma, Ibrahim oueld Yousef reçut cette charge. Quand
ce dernier devint sultan, il nomma Acyl aguid el Khouzam. Après la fuite
du jeune prince en territoire français, Chérif Djaber, un Djellâbi de
Nimro, fut appelé à le remplacer. Un Arabe, Chaḥadou, lui succéda.
Celui-ci assista à l’entrevue d’Oum Melahi et conseilla à l’aguid el
Djaʿâdné d’éviter tout conflit avec les chrétiens. Il était très lié
avec le djerma ʿOthmân. Le commandement de l’aguid ed Debaba n’est plus
que de très médiocre importance.
L’_aguid er Rachid_ gouverne les Arabes de même nom (fraction Azid), qui
habitent la région appelée Dâr Rachid, au nord du Baḥr Salamat : pays du
Baḥr Rachid et des lagunes Andouma, Bougdi et Fodio, hidjar de Boli,
Zana, Idbo, Ramana, etc. Sous Ibrahim, le titulaire de cette charge
était un esclave gourân, Guelma, qui adhéra à la révolte de Cherf eddin
contre le sultan. Il se trouvait à la tête des conspirateurs qui
assaillirent Ibrahim, lorsque celui-ci se retirait au pays des Guemr. Il
conserva son commandement sous Aḥmed abou Ghazali et durant la lutte
contre le djerma ʿOthmân, il resta avec Cherf eddin. Doud-Mourra le
remplaça par l’aguid el baḥr, Haggar kebir, qui trouva la mort devant Am
Dem. Guelma fut pris et décapité. Moḥammed abou Brahim reçut alors la
charge d’aguid er Rachid et Idris, un esclave bidey de Doud-Mourra, lui
succéda. Idris a été tué au combat de Djoua. Depuis lors, Acyl a donné
cette charge à son fidèle Barkaï.
L’_aguid el Baṭaḥ_ a le commandement des Kouka de la Baṭaḥ : le
titulaire de cet aguidat insignifiant était le troisième fils de Yousef,
kolotong ʿAbd er Raḥman, à qui Ibrahim avait fait enlever un œil.
L’_aguid eṣ Ṣebâḥ_, établi à Bir Ṭouil, surveille la frontière du
Darfour. C’est un captif sara, Fardjalla, qui avait ce commandement, du
temps de Doud-Mourra. L’aguid eṣ Ṣebâḥ, d’Acyl fut fait prisonnier par
les Massalat, lors du massacre de la colonne Fiegenschuh.
L’_aguid el Gourân_ avait dans ses attributions le commandement du
Borkou et de certaines régions peuplées de Gourân. — Acyl avait donné ce
kademoul à l’un de ses vieux partisans, Diado, qui fut tué, avec ses
trois fils, au combat de Biltin.
L’_aguid el Moukhelaya_ (l’aguid de la besace) administrait les Kecherda
de l’Est et une partie des habitants du Mourtcha. Le titulaire de cette
charge était Attour, un Ouadaïen de la tribu des Kadjanga.
L’_aguid Guerri_ est le chef des touèrat et commande au dâr Tama et au
dâr Sila. Un nommé Cherf eddin, qui remplissait ces fonctions, fut tué
au combat de Djingéboa.