Un seul noyau est avec le sultan Zakarià, entre Karé et Terkama. Des
Arabes Hémat habitent avec les Rounga. Zakariâ détestait le sultan de
Ndélé, dont il avait eu à se plaindre, et entretenait les meilleures
relations avec la famille de Kober. Les Rounga du Nord dépendaient
directement du Ouadaï et vivaient sous la coupe de l’aguid es Salamat.
Mais, après la mort de Gomboro, leur sultan est venu au poste du lac Iro
solliciter l’appui des Français.
« Le type rounga est de haute taille, noir comme jais, grand buveur de
merissé, de tempérament guerrier et grand chasseur d’éléphants et de
rhinocéros. Il ne se tatoue pas, ou du moins ne le fait que
rarement.....
« Tous les Rounga connaissent l’arabe et le parlent couramment, mais ils
emploient de préférence entre eux leur idiome particulier, qui semble
fortement mélangé de maba et de ndouka.
« Cette peuplade est essentiellement agricole ; les groupes restés au
Nord, du côté de Karé, se livrent aussi à l’élevage. »
Les mœurs et coutumes sont à peu près celles des indigènes arabisés qui
forment la majeure partie de la population du Bornou, du Ouadaï et du
Darfour. Les rapports entre les sexes sont des plus libres, et le
relâchement des mœurs, si fréquent en pays soudanien, est général chez
les Rounga.
=Musulmans étrangers.= — « A côté du groupement rounga, il convient de
citer, comme faisant partie du noyau musulman du Kouti, des éléments
étrangers qui se sont fixés dans le pays.
« Ce sont des Baguirmiens, des Bornouans et des Haoussa. Les premiers
sont les plus nombreux et forment deux villages à Ndélé même. Venus dans
la région avec ʿOmar Djougoultoum, qui, on s’en souvient, était
d’origine baguirmienne, ils se sont alliés aux Rounga et ont pris des
femmes dans les tribus autochtones : aussi ont-ils perdu leur
individualité.
« Cette première catégorie, essentiellement pacifique, voit notre action
avec plaisir ; elle a été tenue à l’écart par Senousi, qui leur a
préféré, en dernier lieu, l’élément fanatique et turbulent représenté
par les aventuriers fellahta, fezzanais et nilotiques qui vivaient à
Ndélé. Cette tourbe ressemble étonnamment à la population des zéribas
khartoumiennes, dont Schweinfürth nous a laissé une description
frappante ; comme elle, elle est essentiellement esclavagiste et, par
conséquent, hostile à notre action ».
POPULATIONS DE LA VALLÉE DE L’AOUK : SARA DE L’EST, KABA, NDOUKA, GOULA.
« Dans la plaine fertile qui sépare l’Aouk et le Salamat habitent des
populations essentiellement agricoles et pacifiques : Sara de l’est et
Kaba.
« Autour des régions marécageuses, Mamoum et lac Iro, sont installées
des populations lacustres, les Goula.
« Enfin, dans la zone plus accidentée et plus boisée au sud de l’Aouk,
sont des tribus agricoles, mais d’humeur plus guerrière et se livrant à
la chasse : les Ndouka ».
Le capitaine Modat croit que ces populations sont un mélange d’éléments
sara et banda.
Nachtigal signale les Birrimbirri entre le lac Iro et le Baguirmi, et il
semble croire que ces indigènes forment une tribu particulière. C’est
une petite erreur. Les Ouadaïens appellent birrimbirri, mberrimberri,
les gens qui appartiennent à des tribus méprisées : cette désignation
est synonyme des mots arabes _mesâkin, ma ḥourrin, haouanin_, et du mot
kouka _nderinderi, deremdi_. En l’occurrence, ce terme s’appliquait aux
fétichistes qui s’étendent à l’ouest du lac Iro, population méprisée des
Ouadaïens et dans laquelle ceux-ci allaient opérer fréquemment de
fructueuses razzias d’esclaves.
=Sara[239].= — Les Sara s’étendent, des deux côtés du Chari, sur le pays
compris entre le Baḥr Sara et le lac Iro. On ne s’explique point le nom
de Sara donné à ces indigènes, car, dans leur langue, ce mot désigne
l’enceinte en paille tressée qui entoure les cases.
Les Sara de l’est (Sara Ngaké, Sara Mbanga, Sara Ngoudjou, Sara
Nguindja) ont été cruellement razziés par les Ouadaïens, les bazinguers
de Râbaḥ et ceux de Senousi. Cette malheureuse population est tout
particulièrement méprisée des musulmans. Les Sara, quoiques fétichistes,
pratiquent la circoncision. Ils s’arrachent les quatre incisives
inférieures, s’habillent de tabliers de peau et s’adonnent à
l’agriculture. Leurs femmes sont connues pour l’étrange habitude
qu’elles ont d’enchâsser, dans leurs lèvres, des disques de bois
(appelés _soundous_), qui vont de la grosseur d’une soucoupe à celle
d’une assiette. Elles fument la pipe : la salive coule alors d’une façon
dégoûtante sur l’appareil inférieur. Elles sont hideuses, mais elles le
sont bien davantage encore quand elles enlèvent leurs soundous. Nous
avons eu l’occasion de voir, à Massaguet (village du cercle de Fort-Lamy
qui contient d’anciens Sara de Râbaḥ), les cabrioles de désespoir et les
contorsions pitoyables qui sont d’usage lors de l’enterrement des femmes
sara. Il y avait là quelques vieilles, qui paraissaient folles de
douleur et avaient perdu leurs soundous : leurs lèvres étaient de
grandes rondelles de chair noirâtre, qui pendaient horriblement autour
d’une bouche hurlante..... C’était affreux.
=Kaba.= — Les Kaba appartiennent à la même famille que les Sara. Ils
habitent sur les bords du Chari, au sud et à l’est de Fort-Archambault,
et constituent une population agricole, dont les mœurs et coutumes sont
analogues à celles des Sara.
=Ndouka.= — Les Ndouka forment les groupements autochtones qui habitent
le pays situé au nord et à l’est de Ndélé. Leurs femmes sont assez
recherchées par les islamisés de la région. « De nos jours encore, il
existe une coutume qui veut que, de toutes les autres tribus installées
à Ndélé, les Rounga et les Musulmans seuls puissent prendre femme chez
les Ndouka. » Cette particularité a donné à la population ndouka une
situation spéciale au milieu des autres fétichistes. L’islâm fait
quelques progrès chez ces indigènes, qui comprennent généralement
l’arabe et se servent entre eux d’un idiome particulier. « Leur
tempérament querelleur et guerrier les faisait rechercher par Senousi,
qui les enrôlait volontiers dans sa garde personnelle ; par contre, les
Banda et Kreich ne les aiment pas et les redoutent à cause de leur
brutalité. »
=Goula.= — Les Goula forment deux groupes, qui habitent respectivement
les dépressions marécageuses du lac Iro et du Mamoun.
Les premiers se divisent en Goulfé (ou Koulfé), Moufa et Mali. Certains
d’entre eux — surtout les Moufa — se sont particulièrement mélangés à
leurs voisins sara, dont ils ont adopté en partie les mœurs et
habitudes. Le pays des Goula est complètement inondé d’août à décembre.
Les habitants passent la moitié de l’année dans l’eau et mènent une
existence analogue à celle des populations lacustres du Baḥr el Ghazal,
Djengué et Chillouk. Leurs jambes sont longues et décharnées. Ils
circulent aussi en pirogue et s’adonnent à la pêche. Leurs femmes
placent des ornements en bois dans leurs lèvres. Ces indigènes ont eu à
souffrir des razzias fréquentes exécutées par les Boua de Korbol, les
Salamat du Ouadaï, les gens de Râbaḥ et ceux de Senousi. Ils ont un
idiome propre. Certains d’entre eux ont des rapports assez fréquents
avec les musulmans et parlent l’arabe.
Les Goula du Mamoun sont appelés _Goula ḥoumr_, à cause de leur teint
cuivré. Ils présentent à peu près les mêmes caractères que leurs frères
du lac Iro. Ils ne s’arrachent pas d’incisives et, quoique fétichistes,
pratiquent la circoncision. Leurs femmes mettent un petit soundou dans
la lèvre supérieure. Beaucoup de ces indigènes comprennent et parlent
l’arabe. Les Goula ḥoumr ont été fort maltraités par les anciennes
razzias des Foriens et celles, plus récentes, des bazinguers de Râbaḥ et
de Senousi. « Ils s’étaient réfugiés jadis au milieu des marécages, dans
des cases sur pilotis, pensant se mettre à l’abri des arabisants. Rien
n’a pu les protéger ; en partie vendus ou emmenés à Ndélé, il ne restait
sur place que quelques représentants peu nombreux, dans les deux
villages de Douas et de Mandalé. Mais, en dépit de la surveillance
exercée par les postes de bazinguers installés à proximité de Mamoun,
les habitants de ces villages ont réussi à se délivrer du joug de
Senousi et se sont enfuis au Dâr Sila (juillet 1910). Il ne subsiste
donc plus, dans le Dâr Kouti, que le groupement goula de Ndélé. »
BANDA[240].
Les Banda constituent certainement la population la plus intéressante de
l’Oubangui-Chari. Ces indigènes pourront rendre de précieux services à
l’occupation française, par leur nombre, leur résistance à l’islâm,
leurs qualités guerrières et leur fidélité bien connue à l’égard du chef
qui les emploie. Râbaḥ et Senousi, du reste avaient recruté parmi eux de
nombreux et fidèles bazinguers. Le chef de guerre Allah Djabou, qui a
rassemblé au Ouanda Djalé ce qui reste des bannières de Senousi, est un
Banda Bongo. Au Ouadaï également, les adjâouid d’origine banda se sont
toujours fait remarquer par leur humeur belliqueuse et leur fidélité au
souverain : nous citerons par exemple, l’aguid es Salamat Gomboro. En
parlant des Banda et du rôle qu’ils peuvent être appelés à jouer au
service de la France, on ne peut s’empêcher de penser aux Bambara du
Soudan, chez lesquels Samory recrutait ses sofas : au point de vue
particulier que nous envisageons, il existe une grande analogie entre
les deux peuplades ; il n’est même jusqu’aux trois balafres marquées sur
les joues des gens de Senousi, qui ne rappellent presque exactement le
signe caractéristique des esclaves de Samory.
Les Banda semblent avoir habité primitivement le plateau montagneux qui
limite, au Nord, le bassin de l’Oubangui. Les razzias d’esclaves
exécutées par les musulmans du Darfour et du Ouadaï, et par les hordes
de Râbaḥ et de Senousi ont fait s’éparpiller cette population.
Actuellement, on trouve des Banda depuis la région traversée par la
route d’étapes Kémo-Fort-Crampel jusqu’à la frontière égyptienne :
certaines fractions sont même installées à Bangui, Fort-Archambault,
Kafiakindji (Soudan anglo-égyptien), et sur la rive gauche de
l’Oubangui. Les groupements banda de Ndélé ont été constitués en majeure
partie par les tribus restées dans la contrée d’origine (Abbanda, Mbala,
Mbaya[241], Ngadja, Bongo, Ouassa, Dioungourou[242]), et aussi par des
éléments razziés qui furent transportés dans le Kouti (Ouadda, Mborou,
Ngao[243], Marouba, Mbagga[244], Ngapo (ou N’gapou[245]), Tombaggo,
Linda et Sabanga[246]).
Les Banda présentent certaines particularités qui les distinguent
nettement des populations que nous avons vues jusqu’ici, et les
rapprochent, par contre, des nègres habitant les contrées plus au Sud,
sur les bords de l’Oubangui ou dans la région de Fort-Crampel. Ils
liment leurs dents en pointe (comme les Sango, Banziri, etc.), et sont
anthropophages. Ils se montrent rebelles à l’islamisme et restent
fétichistes : leurs sorciers (soumalis) disposent d’une réelle
influence. Néanmoins, les Banda respectent scrupuleusement le serment
fait sur le Qorân : aussi, Râbaḥ et Senousi ont-ils souvent usé de ce
moyen, pour obtenir la fidélité ou s’assurer de la loyauté des Banda.
Comme chez les Mandjia, le poison joue un grand rôle dans les drames de
village.
« En somme, cette race est extrêmement curieuse et, malgré tout,
sympathique ; elle forme le fond de la population de l’Oubangui-Chari,
et ses qualités la désignent comme une race d’avenir.
« Elle est souple, loyale et sa naïveté a été trop souvent prise pour de
l’inintelligence. Elle est prolifique et le deviendra bien davantage,
quand elle sera assurée que ses enfants ne sont pas destinés à être
vendus aux Djellâba. Pour nous, c’est l’élément sur lequel il faut
compter, dans notre œuvre de colonisation dans ce pays.
« L’unité banda existe et, en dépit des efforts des musulmans pour la
briser, les tribus de Ndélé, malgré leurs divisions superficielles, sont
toutes unies par la haine commune du _Porro_ (Arabe).
« Cette race est susceptible d’organisation et nous rappellerons, à ce
sujet, que les Ngao avaient été si fortement organisés par leur chef
Gono, qu’ils marchèrent à l’attaque de Châ.
« Enfin, les éléments banda recrutés par les unités indigènes nous
fournissent journellement la preuve de leur courage, qui les fait
presque rivaliser avec nos tirailleurs sénégalais et soudanais, et de
leur attachement exceptionnel. »
POPULATIONS DE LA ZONE-FRONTIÈRE : KREICH, SEHRÉ, GOLO, FAROGGUÉ,
MANDALA, KARA, BINGA, YOULOU.
« Toutes ces tribus sont actuellement installées dans le territoire
anglo-égyptien. Elles étaient venues jadis sur notre versant, poussées
par les Khartoumiens ; mais les chasses de Senousi les ont fait fuir à
nouveau et elles sont rentrées au Baḥr el Ghazal, où leurs villages
commencent à prospérer sous l’administration bienveillante de nos
voisins. »
=Kreich.= — Comme les Banda, les Kreich ont beaucoup souffert des
razzias menées par les marchands d’esclaves musulmans. Les Foriens les
ont refoulés vers le Sud, les bazinguers de Ziber les ont chassés vers
l’Ouest, et enfin ceux de Senousi les ont fait revenir vers l’Est.
Néanmoins, cette population s’est toujours tenue dans le massif
montagneux qui va de Ndélé jusque par-delà la frontière égyptienne.
Les Kreich forment trois groupements : celui de Ndélé, qui se compose
d’éléments razziés par Senousi ; celui de Kafiakindji, dans le pays
anglo-égyptien qui avoisine la frontière ; et enfin celui de Dem Ziber,
dans le Baḥr el Ghazal.
Au point de vue physique, les Kreich offrent un type laid et grossier ;
leur teint est cuivré ; ils se liment les incisives supérieures, mais
ils ne sont point anthropophages. L’humeur guerrière et l’énergie de
cette peuplade ont permis à certains groupements de résister avec succès
aux entreprises des chasseurs d’esclaves. Le chef Saïd Bandas, qui est
actuellement installé sur le Boro, entre Kafiakindji et Dem Ziber, a
toujours réussi à sauvegarder son indépendance : il fut un adversaire
redoutable pour Senousi, contre lequel il essaya d’obtenir la protection
du Ouadaï (1900).
=Sehré.= — Habitent actuellement le pays au nord-est de Dem Bekir.
=Golo.= — Sont installés au nord de Dem Bekir.
=Foroggué.= — Cette peuplade est actuellement dispersée dans la partie
occidentale du Baḥr el Ghazal.
=Mandala.= — Les Mandala (ou Bandala ?) habitent le pays à l’est de
Kabeluzu.
=Kara.= — Les Kara habitaient originairement la région montagneuse qui
porte leur nom, au nord de la Yata. A l’heure actuelle, ces indigènes
forment deux groupements de peu d’importance, à Ndélé et à Kafiakindji.
Ils sont réputés pour leur cruauté : ils razziaient autrefois les Goula
du Mamoun, pour les vendre aux marchands d’esclaves. Mais ils ont
beaucoup souffert, eux aussi, des incursions musulmanes.
Les Kreich et les Kara fournirent de nombreux bazinguers à Râbaḥ.
=Binga.= — Présentent beaucoup d’analogie avec les Kara. Ils résidaient
primitivement dans le massif qui se trouve au nord des monts Châla.
Traqués par les musulmans, ils s’enfuirent dans la vallée de la Yata.
Depuis, le dernier groupement indépendant s’est enfui au Darfour.
Il existe un petit noyau de Binga à Kafiakindji. Un autre, qui habitait
au Ouanda Djalé, à côté des Youlou, partage le sort de cette dernière
peuplade.
=Youlou.= — Les Youlou seraient originaires du Darfour. Ils étaient, en
dernier lieu, sur le massif du Ouanda Djalé, où ils tenaient tête aux
bazinguers de Senousi. Leur chef s’appelle Djellâb.
« C’est une race montagnarde, très guerrière, et les quelques spécimens
que j’ai pu voir avaient beaucoup d’analogie avec les Kreich, d’une
part, et avec les Binga, d’autre part.
« Les femmes ont les lèvres percées et portent pour tout costume la
touffe de branchages ; elles ont les cheveux longs et tressés.
« Au contact des arabisants, les hommes ont pris un vernis de
civilisation qui les différencie des Kreich.
« Les habitants du Ouandâ Djalé ont dû fuir devant les Senoussiens
(décembre 1910), et ils forment en ce moment-ci un groupe errant qui
s’est réuni à celui du chef Handal (Kreich).
« Et ainsi l’œuvre de Senoussi était complète. Après la disparition de
Djellab, coïncidant avec celle du groupe de Ouadda, on peut dire qu’il
ne restait plus un seul village autochtone entre Ndélé et Kafiakindji.
Sur une étendue large comme la France, le pays est désert ; il n’y a
plus rien à razzier........ »
LISI
Nous avons vu que les Lisi (Kouka, Médogo, Boulala) appartiennent à la
même famille que les Kenga et les Baguirmiens.
=Kouka.= — Les Kouka occupent la vallée de la Baṭaḥ, depuis Kayetma et
Kouka jusqu’à Birket-Fatmé. Leurs villages se trouvent soit sur les
bords de la Baṭaḥ, soit à quelque distance au nord et au sud. Ils furent
très maltraités par les Ouadaïens, car leur pays se trouvait sur la
route suivie par les aguids, pour se rendre d’Abéché au Fitri et au
Baguirmi. Depuis notre installation à Yao, c’est en pays kouka (Birket-
Fatmé, El Krenik, Koundiourou, Atya) que venaient camper les troupes
ouadaïennes chargées de surveiller la frontière occidentale : elles
vivaient naturellement sur le pays et ruinaient une région déjà fort
épuisée par de multiples razzias. Le dernier de ces pillages en règle
fut exécuté par l’aguid el Djaʿâdné, en mai 1904. Non seulement les
Ouadaïens ravagèrent la contrée, mais ils enlevèrent encore de nombreux
enfants et jeunes gens, qui furent réduits en esclavage et emmenés à la
chaîne à Abéché. Les hommes et les femmes furent fort maltraités, et
certains d’entre eux furent même odieusement mutilés.
=Médogo.= — La tribu tire son nom de Moudgo abou Léya, qui vint
s’installer dans le pays actuel du Médogo avec ses Abou Senoun et ses
Mandala. Le croisement de ces Ouadaïens avec des indigènes apparentés
aux Kenga et aux Kouka a donné la population des Médogo. L’installation
du poste-frontière d’Atya enleva, dès 1908, le Médogo à Doud-Mourra.
=Boulala.= — Les Boulala gousar relèvent du Ouadaï. Ils habitent la
région d’Ourel (Abou Koïesti, Abou Cherganiyé, Ourel, Cheqq el
Hadjlidj).
Il existe également à Abéché un noyau de Boulala, formé par les
partisans de l’ex-prétendant Djili.
Il est à remarquer que les mœurs des Lisi se ressentent beaucoup de
l’influence des Maba, en ce qui concerne la coiffure et l’habillement
des femmes, l’attitude des femmes envers les hommes, l’attitude des
sujets envers le sultan, etc.
DIONGOR.
Les Diongor du Guéra ont toujours vécu indépendants du Ouadaï : ils sont
rentrés depuis 1907 dans notre zone d’influence. Les actes de brigandage
commis par ces indigènes, et leur indiscipline abusive nécessitèrent une
opération de police sérieuse contre les villages du Guéra, en 1910.
Les Diongor de l’Abou Telfan furent atrocement razziés par les
Ouadaïens. C’est d’ailleurs chez eux que se réfugièrent de nombreux
ennemis, pendant la lutte que nous dûmes mener contre les partisans de
Doud-Mourra.
Nous avons déjà fait remarquer qu’il existe, à côté de Guéra, un village
qui porte le nom de Banda. Nous savons également que les Diongor sont
une tribu de la population banda. Quoiqu’il existe des différences
notables entre les Banda anthropophages et les Diongor du Guéra, leurs
pratiques fétichistes sont à peu près les mêmes. Ne faut-il voir, dans
ce que nous venons de dire, qu’une simple similitude de noms, ou bien
existe-t-il une relation de parenté entre les deux populations ?... La
comparaison de leurs idiomes pourrait peut-être nous fixer à ce sujet.
Notons, au surplus, que le mot _Djenâkheraï_ — dont se servent les
Ouadaïens, pour désigner un de ces fétichistes du Sud, chez lesquels ils
menaient leurs razzias d’esclaves — ressemble fort au mot _Djongoraï_.
D’après cette explication, Djenakheré serait une corruption de Diongor,
Djongor.
MASMADJÉ[247].
Les Masmadjé sont installés sur les bords de la Baṭaḥ, depuis Birket-
Fatmé jusqu’à Mourdaf. Ces indigènes pêchent le poisson dans les fosses
d’eau permanente de la Baṭaḥ. C’est à Safik que l’on trouve la plus
grande de toutes : elle est assez profonde et a quelques centaines de
mètres de longueur. Les Masmadjé sont, d’après les indigènes, des
Diongor que Moḥammed Chérif aurait enlevés de la région de Maï, pour les
transplanter sur les bords de la Baṭaḥ. Ils sont musulmans et parlent la
langue arabe, indépendamment de leur dialecte propre.
BORNOUANS.
Les désordres intérieurs du Bornou et les invasions étrangères, surtout
celles des Pouls et de Râbaḥ, ont amené l’émigration d’un grand nombre
de Bornouans : on trouve beaucoup de ces indigènes dans le Baguirmi et
le Kouti, au Fitri, au Médogo et au Ouadaï. Dans ce dernier pays, ils
sont particulièrement nombreux dans la région de l’ouadi Rima qui
s’étend à l’est du Mourtcha kreda et qui porte, d’ailleurs, le nom de
Ouadi Bôrnou.
BAGUIRMIENS KOTOKO.
Ces indigènes furent transplantés au Ouadaï par le sultan ʿAli, après la
chute de Massnia. Ils habitent particulièrement la région d’Abéché. On
trouve aussi des Baguirmiens dans les pays qui avoisinent la capitale :
Nimro, Mourra, etc.
POULS (OU FELLAHTA)
Ces indigènes, peu nombreux, sont dispersés dans tout le pays. Ils
habitent particulièrement la partie occidentale du Ouadaï : Kotoro
Foulata (sur la route de Am Ḥadjer à Abéché) et autres villages.
NAS ES SELTAN
Enfin le sultan possède personnellement un certain nombre de villages,
dont les habitants sont appelés _nâs es selṭân_ (les gens du sultan).
Beaucoup d’entre eux sont des captifs ou d’anciens captifs : les autres
sont simplement au service du sultan.
=’Abidiyé.= — Les ’Abidiyé sont les captifs qui habitent les villages du
sultan.
=Ambaka.= — Les Ambaka sont d’anciens captifs du sultan qui résident
dans le village d’Abou Khous (à l’ouest du dar Zioud).
=’Ayal Baba.= — Les ’Ayal Baba, que nous avons déjà vus, sont les Arabes
qui gardent les troupeaux du sultan.
=Fagara.= — Le sultan possède aussi des villages de marabouts
(_fagarâ_) : signalons, par exemple, celui de Am Chererib (dâr Zioud).
AUTRES TRIBUS
Nachtigal signale encore quelques tribus peu nombreuses, musulmanes ou
païennes, qui vivent au Ouadaï. Ces indigènes sont probablement les
descendants d’anciens captifs : ceux-ci furent rendus à une liberté
relative et formèrent des villages relevant directement du sultan ou de
certains dignitaires ouadaïens.
Les Bandala[248], Torom et Mimji sont musulmans.
Les Denguéah (Djengué ?), Bolgou, Kâssa, Ngâma et Banâlé[249] sont
païens.
* * * * *
[Note 214 : En ce qui concerne certaines tribus ouadaïennes, nous avons
le plus large emploi des renseignements donnés par Nachtigal. Nous nous
sommes également servi, pour étudier les populations qui relevaient de
Moḥammed es Senousi, l’ancien sultan du Dâr el Kouti, d’une notice
ethnographique que le capitaine Modat a bien voulu nous communiquer.]
[Note 215 : Cette saillie ressemble au fruit du doum (douma). D’après
les indigènes, elle est l’indice d’un tempérament belliqueux : on peut
donc l’appeler « la bosse du courage ». Ce renflement de la peau porte
généralement le nom de _mouqla_. Dans certaines régions, les Ouadaïens
sont appelés _siyâd ed doukhmat_ (_doukhmat_ semble être une altération
de _doumat_) : les hommes qui possèdent une excroissance ressemblant au
fruit du doum.]
[Note 216 : _Voyage au Ouadaï_, p. 31.]
[Note 217 : Au sing. _Sennaoui_.]
[Note 218 : _Excelsior_, 7 octobre 1911.]
[Note 219 : Lieutenant Delacommune.]
[Note 220 : Lieutenant Lucien : _Ouadaï Aouali_ (_Bulletin du Comité de
l’Afrique française_, 1910). — Le lieutenant Lucien appelle « Ouadaï
Aouali » la région qui s’étend au nord et au nord-ouest d’Abéché. Il est
probable que ce nom lui fut donné, parce qu’elle forma le premier noyau
du Ouadaï — d’où _Aouali_ اول : premier, ancien.]
[Note 221 : Le djebel Abassa, qui se trouve entre le dâr Kadjagsé et le
dâr Sila, a quelques centaines de mètres de hauteur et est à peu près
comme les montagnes de Mataïa ou d’Abouṭiour.]
[Note 222 : Le mot arabe _guimr_ et le mot ouadaïen _ermbeli_ ont la
même signification : tourterelle, ramier (_guemriya, guimr_).]
[Note 223 : Lieutenant Delacommune.]