villages — était la propriété de la famille du sultan Doud-Mourra et de
quelques Ouadaïens de noble origine. « Ce qui est assez curieux dans
tous ces villages, c’est de voir la division en quartiers très séparés.
Il y a d’abord le village ouadaïen ; puis, à quelque distance, ceux qui
appartiennent à de grands personnages. C’est ainsi que la mère du sultan
a 253 villages à elle. Dans ces villages sont des captifs qui sont loin
d’être à plaindre. Ils ont des cases, sont nourris ainsi que leurs
familles, possèdent même souvent des moutons que leurs maîtres leur ont
donnés en cadeaux. En échange, ils cultivent le mil pour leurs patrons
et gardent leurs troupeaux. La seule chose qui était pénible dans leur
situation, c’est que leurs enfants n’étaient pas à eux et que leurs
maîtres pouvaient les vendre ou les transporter ailleurs à leur
guise[219]. »
TRIBUS DEVENUES ANALOGUES AUX MABA.
Les Kondongo, les Mararit et les Mimi, quoique n’appartenant pas au
groupe maba, sont cependant considérés comme des tribus de race noble
(_ḥourrin_). Autrefois, lorsque le sultan était tenu de respecter la
coutume qui a régné si longtemps au Ouadaï, il pouvait, sans déroger,
prendre femme dans l’une de ces trois tribus.
=Kondongo= ou =Oulâd Mêsé.= — Les Kondongo forment la tribu la plus
considérée du groupe : ils comptent même parmi les tribus autochtones du
Ouadaï. Ils ne sont venus à l’islâm qu’après les Maba : ils aidèrent
cependant ʿAbd el Kerim dans sa lutte contre le paganisme.
Nachtigal dit que les Kondongo ressemblent aux Maba, au physique comme
au moral. Ils habitent au pied de la chaîne montagneuse qui s’étend à
l’ouest d’Abéché et que coupe, vers son milieu, la route conduisant au
dar Zioud. Ils se sont également répandus vers le Nord, du côté des pics
Tolfou, Dobou, Chibi, etc., et ils se sont mélangés aux habitants de
cette contrée.
Cette tribu parle le bora-mabang et un dialecte qui en est dérivé.
Les Mararit et les Mimi sont venus à l’islâm en même temps que les Maba
et ils ont secondé les efforts de ʿAbd el Kerim. Chacune de ces deux
tribus parle une langue qui lui est propre.
=Mararit.= — Les Mararit sont ainsi appelés du nom de leur ancêtre
Marra ; on les nomme aussi Abou Chârib (les hommes aux moustaches) et
Abii. Avec eux vivent les Châlé, Oro et Kourbô : ces indigènes parlent
des dialectes plus ou moins apparentés à celui des Mararit, mais qui en
diffèrent toutefois d’une manière notable. Nachtigal fait d’ailleurs
remarquer que, au Darfour, ces fractions sont indépendantes des Mararit.
Ceux-ci jouissent au Ouadaï d’une mauvaise réputation : on les dit sans
cœur, sans foi et sans parole. On les trouve dans le pays à l’est des
Kodoï : ils gardaient autrefois le Ouadaï des attaques des Tama.
=Mimi= ou =Moutoutou.= — Cette tribu est très nombreuse, mais beaucoup
de ses membres se sont dispersés dans le sud du Ouadaï, où ils vivent
mélangés aux autres peuplades. Nachtigal rapporte que les Mimi sont
braves et cruels et qu’ils sont gouvernés par un _melik ḥourr_,
jouissant de certaines prérogatives.
Les Mimi habitent le pays situé au nord de celui des Oulad Djema’ et des
Mararit : ils voisinent avec les Zegâoua et avec les Arabes Maḥâmid
d’Ourâda. Dans leur région, « le terrain est généralement sablonneux ;
les dunes alternent avec le naga (terrain siliceux très dur). L’eau est
assez rare..... Les villages sont grands, bien tenus, bâtis sur des
dunes près des points d’eau. Les principales cultures sont le mil et le
coton. Avec les Mimis vivent quelques tribus d’Arabes Maḥamids qui
établissent leurs campements sur les bords de l’ouadi Fétité[220] ». Les
Mimi ont contracté de nombreuses alliances avec les Zegâoua, auxquels
ils ressemblent beaucoup au moral. Le sultan du Ouadaï faisait
administrer le dar Mimi par un kamkalek : ce fonctionnaire percevait
l’impôt et rendait la justice au nom de son maître.
TRIBUS IMMIGRÉES.
Les indigènes dont nous allons parler présentent une analogie presque
complète avec ceux des deux groupes précédents. Ils sont cependant
considérés comme n’étant pas de race noble. Ils comprennent les tribus
suivantes : Ganyanga, Banadoula, Kabga, Koubou et Nas Djoumbo.
=Ganyanga.= — Ils habitent le pays au nord-est d’Abéché. Ce sont
d’anciens fétichistes immigrés dans la région des Maba : leur nom, qui
est synonyme de l’arabe _ʿarianin_ (nus), leur a été donné en souvenir
de l’habillement sommaire qu’ils avaient autrefois. Ils ne sont pas
nombreux et vivent mélangés aux Maba, dont ils parlent la langue et avec
lesquels ils présentent la plus grande analogie.
=Banadoula.= — Les Banadoula sont également des fétichistes immigrés :
ils parlent la langue maba.
=Kabga.= — Cette tribu fut convertie à l’islâm par la force des armes.
Le pays des Kabga, situé à côté de celui des Mimi, renferme une montagne
inaccessible, le djebel Kabga, qui permit à ces indigènes de rester
longtemps indépendants du Ouadaï : ils furent cependant vaincus et
dispersés. On les trouve actuellement dans le Kelinguen et du côté de
Mourra, le village du sultan. Les Kabga se sont mélangés aux Maba,
auxquels ils ressemblent beaucoup : ils possèdent toutefois une langue
qui leur est propre.
=Koubou.= — Les Koubou dépendent politiquement des Mararit. Nachtigal
dit qu’ils appartiennent au même groupe ethnique que ces derniers et
qu’ils en sont peut-être issus. Ils parlent, en tout cas, un dialecte se
rapprochant du mararit.
=Nas Djoumbo.= — Les gens qui habitent la région de Ḥadjer Djoumbo sont
actuellement analogues aux Maba.
C’est dans la région comprise entre Ḥadjer Djoumbo et Ourâda que se
trouve le ouadi Yên, sur les bords duquel de nombreuses tribus nomades
(Noarma, Zegâoua, Missiriyé, etc.) viennent installer leurs campements,
à la fin de la saison des pluies. Le reste du pays est habité par des
Mimi, Nâs Djoumbo et autres Ouadaïens, qui cultivent un peu de mil et de
coton.
TRIBUS PLUS OU MOINS ALLIÉES AUX MABA.
Le groupe formé par les Karranga, Fala, Kachméré, Marfa, Kadjanga, Ali
et Moyo se rapproche beaucoup du groupe maba, soit que ces indigènes
possèdent des liens de parenté avec les tribus autochtones, soit qu’ils
en aient adopté les mœurs et les coutumes. Sauf certaines fractions des
Kadjanga, les tribus de ce groupe furent converties par la force des
armes (_anermélé_).
=Karranga.= — Les Karranga sont considérés comme étant de meilleure
noblesse que les maîtres du pays. Cette tribu est très belliqueuse et
fort redoutée pour sa cruauté : elle est gouvernée par un melik. Les
Karranga sont étroitement alliés aux Maba : ils parlent un dialecte
spécial qui n’est qu’un dérivé du bora-mabang. Ils habitent les
montagnes qui se trouvent au nord d’Am Deguemat. C’est dans le massif
des Karranga qu’était autrefois installée la souveraineté des
Toundjour : leur sultan avait sa capitale au pied du mont Kadama.
=Fala= ou =Bakka.= — Les Fala se rattachent aux Karranga. Ils
ressemblent en tous points aux tribus maba, dont ils ont les mœurs et
les usages. Ils habitent les montagnes situées au sud d’Am Deguemat et
parlent un dialecte dérivé du bora-mabang.
=Kachméré.= — Les Kachméré présentent le type maba, mais leur teint est
un peu moins noir que celui des tribus autochtones. Ils ont des mœurs et
des coutumes différentes : c’est ainsi qu’ils mangent des mets que les
Maba considèrent comme impurs (grenouille, lézard). Ce sont des gens
très pacifiques. Ils parlent un dialecte spécial dérivé du bora-mabang.
Cette tribu habite le pays de la rive gauche de la Bétêha, au nord du
massif des Karranga.
Les Kourdjinna parlent un dialecte apparenté au kachméré.
=Marfa.= — Les Marfa ressemblent aux Maba au point de vue physique, mais
ils ont les mœurs et les coutumes des Kachméré. Ils sont également
d’humeur pacifique et leur tribu est la seule qui n’ait jamais pris les
armes contre les sultans du Ouadaï. Ils parlent un dialecte dérivé du
bora-mabang, assez proche de celui des Kadjagsé. Ils habitent le pays à
l’est des Karranga.
=Kadjanga= ou =Abou Derreg.= — Les Kadjanga vivent au milieu de Maba
authentiques : ils se sont alliés à ceux-ci et l’accord le plus parfait
règne entre les deux populations. C’est pourquoi on range parfois cette
tribu parmi les Maba de race : cependant une fraction des Kadjanga a été
convertie à l’islâm par la force des armes. Ces indigènes parlent la
langue maba et un dialecte qui en est dérivé. Ils sont peu nombreux et
ont la réputation d’être braves, mais cruels. Leur tribu habite la
région de la haute Bétêha, et la partie orientale du territoire qu’elle
occupe est marquée par le confluent des Delal, Lobbode et Mondjobok.
=Ali.= — Les Ali habitent la partie orientale du Ouadaï et sont
installés à côté des Massalat el Hôch. Ils se rapprochent quelque peu
des Maba par les mœurs, les coutumes et les traditions. Ils parlent le
bora-mabang et un dialecte qui en est très éloigné ou peut-être même
totalement différent.
=Moyo.= — Les Moyo semblent appartenir à la même famille que les Marfa.
Ils ont le teint plus noir que les Maba. Ils parlent le bora-mabang et
un dialecte qui leur est propre. Cette tribu, peu nombreuse, vit en très
bons termes avec les Marfa et les Kadjagsé : son territoire est
d’ailleurs situé entre celui de ces deux tribus. Les Moyo habitent
quelques montagnes au nord d’Akroub et d’Amm Goudjia.
KADJAGSÉ OU KADJAKSÉ
Les Kadjagsé paraissent se rattacher à la famille des Marfa : ils
parlent d’ailleurs la même langue que ceux-ci. Nachtigal dit que les
Kadjagsé sont très honnêtes et très bons. Dans tout le Ouadaï, en effet,
ces indigènes jouissent d’une excellente réputation : on ajoute aussi
qu’ils sont très pieux et que leur tribu compte de nombreux fogara. Il
est de toute évidence que des gens aussi brutaux que les Maba devaient
accuser de lâcheté une pareille population.
Le pays des Kadjagsé est parsemé de petites montagnes, dont la plus
élevée est le djebel Abassa[221]. Ces montagnes produisent beaucoup de
miel, qui est recueilli avec soin par les habitants et leur sert à
acquitter une partie de l’impôt : la tribu envoie tous les ans une
grande quantité de pots de miel au sultan d’Abéché. Chose assez
curieuse, d’ailleurs, cette industrie diminue quelque peu l’estime en
laquelle certains indigènes tiennent la population sympathique des
Kadjagsé : d’après eux, le fait d’enlever aux abeilles le fruit de leur
travail serait désagréable à Allah. Le faqih médagaoui, qui nous donnait
ce renseignement, avait visité le Kadjagesé alors qu’il était mehadjiri.
Il professait le plus sérieusement du monde l’opinion précédente sur
l’apiculture : mais cela ne l’empêchait pas de faire ses délices des
petits gâteaux au miel que lui confectionnaient ses femmes.
Le pays des Kadjagsé avoisine le dâr Sila. Ces indigènes sont
administrés par des chefs plus ou moins importants (melik, mandjak) : le
plus élevé en grade porte le nom de khalifa.
TRIBUS ABSOLUMENT DIFFÉRENTES DES MABA.
Les tribus que nous venons d’étudier se rattachaient aux Maba d’une
façon plus ou moins directe, par le mélange du sang ou par l’affinité de
la langue et des mœurs. Nous allons voir maintenant des tribus qui en
diffèrent complètement et dont les dialectes — sauf cependant pour les
Massalat — ne sont point apparentés au bora-mabang.
Les Soungor, Guimr, Tama et Djebel forment un groupe spécial. Ces
indigènes ressemblent physiquement au Maba, mais ils en diffèrent
beaucoup au moral : ils parlent une langue qui leur est propre.
=Soungor.= — Les Soungor sont très religieux. Ils furent cependant
convertis à l’islâm par la force des armes. Ils ont la réputation d’être
jaloux, rancuniers et traîtres. Cette tribu possède de nombreux chevaux
et habite la haute région du Lobbode et du Delal, sur la frontière du
Darfour, au sud-est du dâr Tama.
=Guimr= ou =Ermbeli[222].= — Les Guimr (ou Guemr, Guemra) sont
originaires du Darfour. Ils furent les premiers habitants du dâr Tama.
Leur teint est foncé et quelquefois cuivré. Les Guimr du Ouadaï se sont
dispersés : on les trouve aujourd’hui dans le dâr Guimr (capitale
Ganâtir) et aussi dans le dâr Tama, au Guerri et dans le dâr Zioud (Bir
Yoyo).
Nachtigal dit que la langue des Dorouqq, qui sont originaires de
l’Afrique Centrale et habitent le dâr Zioud (Bir Yoyo), paraît être de
la même famille que celle des Guimr.
Le dâr Guimr a toujours été en butte aux pillages de ses voisins —
notamment des Foriens, depuis que ʿAli Dinar règne à El Fâcher. Le
sultan actuel, Idris, « a reçu de son père un pays riche et prospère.
Envahi et battu par les Foriens, il s’est vu enlever la moitié de ses
villages et ses 1.000 fusils. Depuis, son pays a été la proie de qui
voulait : il a été razzié trois fois par les Foriens, trois fois par les
Massalit et deux fois par les Za’aoura (Zeghâoua, Zegâoua), de sorte
qu’il lui reste bien peu de sa grandeur première[223]. »
Après la prise d’Abéché et l’occupation du Tama, Idris appela dans son
pays le lieutenant Delacommune, qui se trouvait à Niéré. Cet officier
s’y rendit en novembre 1909. Le sultan le supplia de rester à Ganâtir,
afin de mettre le dâr Guimr à l’abri de toute incursion ennemie ; mais
satisfaction ne put point être donnée à Idris. Après le massacre de la
colonne Fiegenschuh, les Foriens envahirent son pays : un neveu de ʿAli
Dinar, Aḥmadou Beïda, fut intronisé par eux comme sultan du Guimr. Idris
s’enfuit au Tama et se replia ensuite sur Bir Ṭaouil, en compagnie de
l’aguid Barkaï. Après la défaite des Foriens à Guéréda, il envoya son
fils Aboubeker à Ganâtir et alla lui-même le rejoindre quelque temps
après.
A la fin de 1910 et au début de 1911, les Foriens firent de nouvelles
incursions dans la partie orientale du Ouadaï : le capitaine Chauvelot,
qui les poursuivit jusque dans le Darfour, ne réussit pas à les
atteindre. Depuis lors, l’insurrection ouadaïenne a attiré sur d’autres
points l’attention du commandement, et il est probable que l’occupation
du dâr Tama et celle du dâr Guimr ne se feront pas de quelque temps
encore.
=Tama.= — Les Tama ont du sang dadjo dans les veines. Les Guimr
régnaient à l’origine dans le pays de Niéré, mais une famille de race
dadjo, originaire du dâr Sila, arriva au pouvoir. Ainsi s’explique, dit
Nachtigal, la survivance chez les Tama, et particulièrement chez leurs
femmes, de certains caractères distinctifs des Dadjo.
Les Tama, quoique laborieux et de mœurs paisibles, ont énergiquement
défendu leur pays contre les entreprises des sultans ouadaïens. ʿAbd el
Kerim Saboun les réduisit d’une façon qui semblait à peu près
définitive. Moḥammed Chérif dut marcher de nouveau contre eux et essuya
plusieurs échecs, avant d’arriver à les soumettre. Le sultan du dâr Tama
installé par Chérif, Ibrahim, ne tarda pas, d’ailleurs, à briser le lien
de vassalité qui l’unissait au Ouadaï : il donna même asile à plusieurs
chefs ouadaïens rebelles, au tangtalek Moḥammed Harir ainsi qu’au
prétendant Adem (fils du sultan ʿAbd el ʿAziz), et il refusa de les
livrer à Chérif. En souvenir des campagnes qui avaient dû être menées
contre le Tama, l’usage se perpétua chez les souverains d’Abéché de
faire un simulacre de razzia de ce pays, lors de leur avènement au
trône.
C’est à tort que le capitaine Julien croit qu’Édouard Vogel fut
assassiné à Niéri, la capitale du dâr Tama. L’explorateur allemand fut
assommé par les gens de l’aguid Djerma, dans les environ d’Abéché, vers
la fin de l’année 1856[224]. Les seuls Européens qui aient trouvé la
mort dans le dâr Tama sont : Giorgiadis, qui mourut aux environs de
Niéré en 1880, et le lieutenant Boyd Alexander, qui fut assassiné le 2
avril 1910, à 3 kilomètres à l’ouest de Niéré.
Durant le règne de ʿAli, les troupes ouadaïennes eurent de nouveau à
combattre les Tama. L’aguid el Khouzam Dannah prit la fuite dans une
rencontre avec les rebelles, qui avait coûté la vie à l’aguid el
Djaʿâdné Fadhel Allah. ʿAli enleva le kademoul à Dannat et le remit à
Zaït, qui devint plus tard aguid el Djaʿâdné et fut remplacé par Yousouf
en Nefsa.
Les voyageurs italiens Massari et Matteucci séjournèrent au dâr Tama du
5 septembre au 25 octobre 1880, avant de pénétrer au Ouadaï. Le sultan
du pays, Ibrahim, les reçut fort bien et s’intéressa à leurs projets de
voyage : il parut rassuré lorsque les chrétiens lui annoncèrent qu’ils
étaient porteurs d’une lettre du Gouvernement égyptien pour le sultan
d’Abéché, Yousef, et que, au cas où ce dernier leur refuserait
l’autorisation de pénétrer au Ouadaï, ils retourneraient au Darfour.
Ibrahim écrivit alors à son suzerain et chargea un faqih de porter cette
lettre à Abéché, en même temps que celle des deux voyageurs. Un
compagnon de route de ceux-ci, Giorgiadis, mourut le 16 septembre dans
un petit village des environs de Niéré et, le 1er octobre, le prince
Giovanni Borghese, qui les avait accompagnés au dâr Tama, prit la route
de Birrak et d’Abou Keren pour revenir au Darfour. Le sultan du Ouadaï,
Yousef, envoya quelques-uns de ses gens, afin d’avoir des renseignements
précis sur le compte des Européens qui demandaient à traverser ses
États. Un faqih interrogea les voyageurs et sa conclusion fut : que les
Ouadaïens et les chrétiens avaient une religion différente, mais que
ceux-ci croyaient également à un Dieu unique et qu’un lien fraternel les
unissait aux musulmans. Quand il sut à quoi s’en tenir, le sultan Yousef
chargea un de ses amins et l’aguid ed Debaba d’aller chercher les deux
voyageurs et de leur dire, en même temps, qu’il désirait fort posséder
une carabine Winchester. Massari et Matteucci purent alors prendre la
route d’Abéché.
Les renseignements que le diario de Matteucci donne sur le dâr Tama
présentent quelque intérêt : c’est un pays couvert de montagnes, de
formation granitique, dont la plus grande, haute de 180 mètres, atteint
à une altitude de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer — l’industrie
de Gneri (Niéré) est nulle et le commerce est également presque nul ;
quelques Djellâba du Darfour viennent dans le pays —. « Les gens du Tama
sont une belle race. De taille élevée (près de 1m,80), tête
brachycéphale (350), angle facial très ouvert (81°). Ils ne sont pas
curieux. Ils s’habillent avec décence et obéissent bien à l’autorité qui
les commande[225]. » Le Tama est séparé du Ouadaï par une zone inhabitée
d’environ 50 kilomètres, « désert tout artificiel, dû aux guerres
incessantes entre les deux pays ; la végétation y est très belle »[226].
La capitale du Tama, Niéré, se trouve à 125 kilomètres d’Abéché.
Après la prise d’Abéché, le lieutenant-colonel Millot se rendit au dâr
Tama. Le sultan du pays, ʿOthmân, était hostile aux Français : il
abandonna Niéré, emmena les troupeaux et fit le vide devant nous. Il fut
alors remplacé par son oncle Ḥassen, qui vivait depuis très longtemps à
la cour d’Abéché, où il était dignitaire. Afin de consolider ce nouvel
état de choses, le lieutenant Delacommune reçut mission de poursuivre
ʿOthmân, qui tenait la brousse avec une soixantaine de fusils. En
octobre 1909, eut lieu la tentative de l’aguid Choucha, un cousin de
ʿOthmân, qui se fit proclamer sultan dans le nord du pays. Surpris et
mis en fuite par le lieutenant Delacommune, il vint, plus tard, faire sa
soumission, fut envoyé à Abéché, réussit à se sauver et se réfugia chez
les Massalat : Tâdj eddin lui accorda sa protection. En février 1910, un
mois après le guet-apens de Bir-Ṭaouil, Choucha put rentrer au Tama,
grâce à l’appui du sultan des Massalat : Ḥassen et nos auxiliaires
ouadaïens (Barkaï, aguid er Rachid, et Idris, sultan des Guimr) se
replièrent alors vers l’Ouest. Quelques jours plus tard, Ḥassen rentrait
de nouveau dans Niéré, avec le capitaine Chauvelot ; mais il dut
abandonner sa capitale, pour la seconde fois, quand les troupes d’Adoum
Roudjal envahirent le pays : l’ancien sultan ʿOthmân fut réinstallé à
Niéré par les Foriens.
La défaite d’Adoum Roudjal à Guéréda et la fuite de Doud-Mourra vers le
Nord permirent à Ḥassen de redevenir effectivement le sultan du dâr
Tama. Mais ʿAli Dinar continua à garder une attitude hostile envers
notre protégé : au début de l’année 1911, il lui fit parvenir une lettre
menaçante, dans laquelle il l’appelait « chrétien noir » et lui
ordonnait de reconnaître la suzeraineté du Darfour. Au mois de février,
les Foriens pénétrèrent de nouveau dans le Tama, où ils enlevèrent 180
femmes et 3.000 bœufs. Durant les mois qui suivirent, les gens de ʿAli
Dinar continuèrent à piller ce malheureux pays. Ils s’enfuirent ensuite
devant le détachement du capitaine Chauvelot, qui essaya vainement de
les rejoindre jusque dans le Darfour (mai 1911). L’aguid Choucha fit sa
soumission.
Depuis lors, les événements qui se sont déroulés au Ouadaï n’ont pas
permis d’occuper définitivement le Tama, qui a tout particulièrement
souffert durant ces deux dernières années.
=Djebel.= — Ces indigènes sont originaires du djebel Moul, au Darfour.
On ne les trouve que dans le sud du dâr Zioud (Bourourik).
ZEGAOUA OU AMM KIMMÉLTÉ.
La majeure partie des Zegâoua habite le Darfour. On compte cependant
quelques-unes de leurs fractions dans le nord du Ouadaï : Zegâoua Koubé,
Zegâoua Dor, Zegâoua Anka, Zegâoua Menderfôki et Zegâoua Dourné. La
langue des Zegâoua ne présenterait que quelques différences avec celle
des Bideyat.
Les Zegâoua ont le teint plus noir que les Maba. Ils ressemblent
beaucoup aux Toubou, au point de vue physique, et les deux peuplades ont
des mœurs et des coutumes analogues.
Les Zegâoua ont de nombreux Ḥaddâd cherek, qui prennent le gibier dans
leurs filets et boivent du lait d’ânesse. Les Zegâoua ḥourrin réprouvent
ces usages : cependant beaucoup d’entre eux se sont mélangés à leurs
Ḥaddâd et cela explique peut-être en partie pourquoi, dans tout le
Ouadaï, les Zegâoua sont méprisés à l’instar des forgerons. Il est à
noter toutefois que le sultan Moḥammed Chérif avait pris deux de ses
femmes dans cette tribu.
Les Zegâoua sont de médiocres musulmans. Ils voisinent avec les Guimr,
qu’ils ont souvent pillés.
La partie du dâr Zegâoua qui relève du Ouadaï renferme le grand cirque
rocheux de Kapka, sorte de forteresse naturelle qui, à un moment donné,
servit de refuge à Doud-Mourra. Ce sultan y fut d’ailleurs poursuivi par
le capitaine Chauvelot, en avril 1910, après les combats de Guéréda et
de Biltin, et il dut s’enfuir dans le Zegâoua forien. Plus tard, les
Foriens vinrent occuper ce point et leurs bandes rayonnèrent de là pour
faire des incursions dans les contrées voisines. ʿAli Dinar installa
même à demeure, dans le Zegâoua ouadaïen, des réguliers du Darfour.
On trouve aussi des Zegâoua dans le pays des Mimi et dans le nord du dâr
Zioud, où ils se sont fortement mélangés à diverses populations : Mimi,
Arabes et autres.
DARMOUT.
Les Darmout parlent la même langue que les Zegâoua. Ils vivent à côté de
ces derniers et sont tout aussi méprisés.
DERREN OU DOURRENG.
Ces indigènes parlent un dialecte qui est presque semblable à celui des
Zegâoua. Ils vivent dans le nord-ouest du dâr Zioud et leurs villages
sont particulièrement installés autour de Ḥadjer Djoumbo : ils sont
riches en troupeaux.
BIDEYAT.
Les Bideyat habitent, au Nord du Ouadaï et du Darfour, le pays
montagneux de l’Ennedi[227], qui est marqué, du côté de l’Ouest, par les
points de Woï, Archeï, Kafra et les cirques rocheux de Beskéré et de
Sini[228] : ils se donnent à eux-mêmes le nom de Baelé et les Toubou les
appellent Annâ (sing. : Annou). Ces indigènes présentent beaucoup de
ressemblance avec les Zegâoua. La langue des Bideyat et celle des
Toubou, quoique ayant certains points communs, sont notablement
différentes : les indigènes qui les parlent ne se comprennent pas.