[Note 85 : Les Ouadaïens enlevaient de préférence les chameaux, afin

d’empêcher les Arabes de fuir dans des régions sans eau, où ils ne

pouvaient les poursuivre. Les Arabes font boire leurs chameaux tous les

dix jours en hiver, tous les sept jours en été : les autres animaux

boivent tous les jours.]

[Note 86 : Il est plus probable cependant que les Oulâd Hemed qui

habitent actuellement le Darfour y étaient déjà à ce moment-là.

Quelques-uns de ceux qui quittèrent le Baḥr el Ghazal durent se réfugier

au Ouadaï, où l’on trouve encore des Oulâd Hemed dans le Dar Zioud.]

[Note 87 : Les Ta’âcha du Sila furent pillés en 1904 par Idris (aguid er

Rachid) et Gomboro, et en avril 1905 par l’aguid el Djaʿâdné et Oust

Kheir.]

[Note 88 : Rabaḥ demeura quelque temps dans le pays des Arabes Ta’acha.]

[Note 89 : Les Salamat disent d’ailleurs couramment : _Ana Salami_, je

suis un Salamat ; _Houma min ’yal Salam_, ce sont des Salamat.]

[Note 90 : Certains Salamat se disent originaires du pays de Médine, du

Hedjâz par conséquent.]

[Note 91 : Lors des fêtes de la circoncision, le sultan avait voulu

confisquer les moutons que les Ma’ïn venaient d’égorger. Cette

prétention aurait été, d’après les Arabes, la cause de la rupture.]

[Note 92 : Baḥr el Djideï (El Djideï est la capitale des Salamat du

Ouadaï), ou Baḥr et Tiné (le fleuve de la boue), ou Baḥr es Salamat (le

fleuve des Salamat).]

[Note 93 : Le village le plus septentrional du Fitri porte le nom de

Rahd es Salamat (la mare des Salamat).]

[Note 94 : Foureau : _D’Alger au Congo par le Tchad_, p. 698. Les deux

femmes Choa de la p. 699 sont des Salamat. Cela se reconnaît très

facilement à leur coiffure.]

[Note 95 : Nachtigal, t. II, p. 436.]

[Note 96 : Chevalier, _Afrique centrale française_, p. 321.]

[Note 97 : Les _Boulala Gousar_ de la région d’Ourel, par exemple, qui

sont originaires du Fitri et ne parlent que l’arabe.]

[Note 98 : Les Kanembou Goudjirou, qui sont en réalité des Kouka venus

autrefois du Fitri ; les Baguirmiens et les Lisi d’origine babalia ; les

Boulala, qui sont d’origine kanembou, etc.]

[Note 99 : Les Yéssiyé furent autrefois plus nombreux dans la région de

la Bataḥ de Laïri (Abouraï, El Bakkas, Nabagaïa) ; à la suite de

pillages répétés de la part des Ouadaïens, beaucoup d’entre eux

s’enfuirent vers l’Ouest.]

[Note 100 : Am Deguemat, sur la Bataḥ, est la résidence de l’aguid es

Salamat.]

[Note 101 : _Voyage au Ouadaï_, p. 41.]

[Note 102 : _Rabèḥ_ ربح est le nom indigène de Rabaḥ.]

[Note 103 : Capitaine Julien, _Le Dar-Ouadaï_. Les femmes arabes

chantent souvent les péripéties de la lutte entre Djideï et Cherf

eddin.]

[Note 104 : _Bir el Khala_, le puits de la brousse.]

[Note 105 : _Le Petit Temps_, 11 octobre 1908.]

[Note 106 : On trouve encore des Oulâd Moussa à Matko (Baguirmi) et à

Kornaka, du côté de Bédanga.]

[Note 107 : On dit que les Kouka de Bouloulou-Sigdia sont venus du

Tania.]

[Note 108 : « Le Debaba fut occupé au commencement du XVIIe siècle.....

Mousa, le père et fondateur de la tribu des Oulâd Mousa, est enterré

dans le Debaba, près du village de Bouloulou. Chaque année, de nombreux

pèlerins viennent prier sur sa tombe et immolent à sa mémoire des bœufs

et des moutons. » Capitaine Rivière, _Notice sur le Cercle de Moïto_.]

[Note 109 : En 1904, par peur des pillards ouadaïens, ceux qui

possédaient quelques biens se réfugièrent en territoire français. Ils

menaient l’existence nomade et passaient la saison sèche dans la région

de Seïta et de Malabesse.

On trouve également quelques Salamat au nord de la Batah, dans la région

Ourel-Cheqqel Hadjlidj.]

[Note 110 : En arabe régulier, مدب _madabb_ signifie : lieu où l’eau

s’écoule. Debaba a un sens analogue. Ce mot est donc un nom de pays et

non, comme on l’a cru parfois, un nom de tribu.]

[Note 111 : Celui de 1900, par exemple.]

[Note 112 : Freydenberg, _Le Tchad et le Bassin du Chari_, p. 99.]

[Note 113 : Baḥr Ligna.]

[Note 114 : Chevalier, _Afrique centrale française_, p. 337. Nous avons

déjà dit que les baḥrs entourant les îles des Kouri-Kaléa sont asséchés

depuis quelques années et que ce pays n’est plus qu’un ancien archipel.]

[Note 115 : Les Pouls sont disséminés dans tout le Baguirmi, entre

Tchekna, Bousso et Bédanga. Ils forment un groupe assez important dans

la région de Tchekna. Leur teint est généralement foncé, par suite de

croisements avec les populations étrangères, notamment avec les

Baguirmiens : beaucoup d’entre eux ne parlent que le baguirmien et

l’arabe. On trouve cependant, du côté de Melfi, des Pouls qui ont gardé

leur teint clair et leur longue chevelure.]

[Note 116 : Chevalier, p. 320. Cette description peut s’appliquer à la

plupart des Salamat.]

[Note 117 : Chevalier, p. 332.]

[Note 118 : Nachtigal. Il se pourrait cependant que ce nom de Oulâd

’Aïnâ ne soit autre chose que Oulâd Ma’ïn.]

[Note 119 : Le pluriel de _chérif_ est aussi _achrâf_. Certains Arabes

de la vallée du Nil portent ce titre et c’est à leur groupe

qu’appartenait le Mahdi, Moḥammed Aḥmed. Les Achrâf, c’est-à-dire les

parents du Mahdi et leurs partisans, outrés des humiliations que leur

avait fait subir le khalife ʿAbdoullahi, essayèrent de renverser ce

dernier.]

[Note 120 : _Voyage au Ouadaï_, p. 43.]

[Note 121 : Dans tout le pays qui nous occupe, les baḥrs sont la plupart

du temps à sec. Ils ne renferment de l’eau que pendant l’hivernage, soit

qu’il s’y forme des mares d’eau de pluie, soit que l’eau y soit amenée

par des dérivations.]

[Note 122 : « Quant aux Areygât, le faguyh Moḥammed l’Areygât,

interprète du sultan m’a dit qu’ils sont originaires de l’Irâg (Irak),

et issus des anciennes tribus arabes des Lakhmides et des Djouzâmides ».

El Tounesy, _Voyage au Ouaday_, p. 250.]

[Note 123 : Moḥammed el Fâdhel régna de 1799 à 1838.]

[Note 124 : On dit aussi Rézégat et Riziégat.]

[Note 125 : Slatin Pacha, _Fer et feu au Soudan_, t. I, p. 63.]

[Note 126 : Il y avait déjà depuis longtemps des Maḥariyé, Maḥâmid et

Naouâïbé — appartenant aussi à la famille des Rizégat — dans les

contrées du Nord. Nous avons vu, par exemple, que ces tribus arabes

comptaient parmi celles qui aidèrent ʿAbd el Kerim ben Djamé à renverser

la dynastie des Toundjour.]

[Note 127 : Slatin Pacha, _Fer et feu au Soudan_.]

[Note 128 : Lieutenant Lucien, _Ouadaï Aouali_ (_Bulletin du Comité de

l’Afrique française_, 1910).]

[Note 129 : Lieutenant Lucien.]

[Note 130 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 71.]

[Note 131 : _Ibid._, p. 72. Le Bitakguinnek est la partie centrale du

Ouadaï : il est administré par un kamkalek.]

[Note 132 : Perles vertes en verre.]

[Note 133 : Petits cylindres blancs, rayés de lignes brunes.]

[Note 134 : Olive, en arabe. Billes jaunes et transparentes qui, comme

l’ambre, servent à faire des colliers.]

[Note 135 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 106.]

[Note 136 : Cette coiffure se compose de longues tresses qui pendent

autour de la tête : les femmes mariées laissent tomber sur le visage une

partie de leur chevelure. La coiffure peut aussi comprendre une tresse

centrale qui descend sur la nuque et qui est simple pour les jeunes

filles, double pour les femmes mariées.]

[Note 137 : On trouve, chez les Oulâd Râchid du nord de la Bataḥ, un

village qui porte le nom de El Hémédiya.]

[Note 138 : « Le faguyh Moûça, aguyd des Zébédeh et frère de Bedr ed

Dyn, imâm du sultan Sâboûn, m’a assuré que les Zébédéh sont d’origine

yamanique, qu’ils tirent leur nom de Zébyd, ville de l’Yémen, et qu’ils

descendent des Himyarites (Homérites) ». El Tounesy, _Voyage au Ouadaï_,

p. 250.]

[Note 139 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 72.]

[Note 140 : Nachtigal, _Voyage au Ouadaï_, p. 71.]

[Note 141 : On dit aussi Beni Halba.]

[Note 142 : Slatin Pacha, t. I, p. 220.]

[Note 143 : Nachtigal, t. III, p. 454.]

TRIBUS NON-DJOHEINA

* * * * *

KABABICH

Nachtigal rapporte que les Arabes Djoheïna passent pour être proches

parents des Kabâbich. D’autre part, d’Escayrac de Lauture, qui considère

par erreur les Arabes du Soudan comme des tribus qoréïchites, range les

Kabâbich, les Ḥamer et les Toundjour parmi les tribus non-qoréïchites.

Les Kabâbich nomadisent, avec leurs chameaux, dans la partie du désert

qui s’étend entre le Kordofan et Dongola. Au temps où régnait le khalife

ʿAbdoullahi, ces Arabes virent leurs biens confisqués par ce dernier,

sous prétexte qu’ils n’avaient pas fait de pèlerinage à Omdourman, où se

trouvait le tombeau du Mahdi. « La tribu des Kabâbich avait longtemps

fait le commerce de la gomme et possédait beaucoup d’argent, que selon

leurs coutumes, ils avaient enfoui dans le désert à un endroit connu

d’eux seuls. Des tortures de toutes espèces les forcèrent de trahir leur

cachette et de livrer leur fortune[144]. » La plupart de ces Arabes

gagnèrent alors l’oasis de Omm Badr, où on n’osa les poursuivre.

BENI ḤASSEN DU DARFOUR

« Les Beni-Ḥassen du Dar-Mâdé habitent un district dont le centre est

marqué par le Djebel Ottâch ; ils peuvent mettre en ligne de 6 à 700

chevaux et prétendent être venus du Yémen. Bien que cette origine ne

soit pas démontrée, ils ne sont en tout cas ni des Fezâra, ni des

Soudjan (Soudanais)[145]. »

KOROBAT

« Les Korobat prétendent descendre du Yémen et en dernier lieu de Sabâ,

un petit-fils de Yoqṭan[146] ; ils ne seraient donc pas Ismaélites, mais

Sabéens. Lorsque les For soumirent les Guimr, qui commandaient la région

du Djebel Nokat, située entre le Tama et le pays des Zegaoua, ils

trouvèrent les Korobat. Ces Arabes se sont dispersés depuis dans le nord

du royaume[147]. »

Il y a aussi quelques Korobat au Ouadaï, dans la région du ouâdi Lobbode

et du ouâdi Delal : leur teint est bronzé et ils sont sédentaires.

DIALIIN

Nous ne saurions terminer cette étude d’ensemble des Arabes de l’Afrique

centrale, sans parler des Dialiin. Ces Arabes habitent la vallée du Nil

et ne se rattachent ni aux Ḥassaouna, ni aux Djoheïna. Ils sont

cependant bien connus dans les pays dont nous nous occupons, par suite

du rôle qu’ils y ont joué avec Zibêr, Solimân oueld Zibêr et Râbaḥ.

D’autre part, les Djellâba, ces petits commerçants que l’on trouve dans

la partie de l’Afrique comprise entre le Nil et le Haoussa, sont en

majeure partie des Dialiin.

Les Dialiin se réclament de Ṣâlèḥ ibn ʿAbdallah ibn ʿAbbâs ; comme on le

voit, ils font remonter leur origine à ʿAbbâs, oncle du Prophète, et

c’est pourquoi ils se disent ʿAbbassides (ʿAbbassiyé, Benou ʿAbbâs). Ils

habitent principalement la vallée du Nil, dans la région de Khartoum :

d’où les noms de _Baḥara_, _Baḥarina_ et _’Ayal el Baḥr_[148], qui leur

sont donnés au Darfour et au Ouadaï. Les Dialiin comprennent un certain

nombre de fractions : Djimeab, Sadab, Magadib, etc.

L’aventurier Zibêr appartenait à la fraction des Djimeab. Il avait

réussi, en faisant le commerce de l’ivoire et des esclaves, à se tailler

une sorte de principauté dans le Baḥr el Ghazal. A la cour d’El Fâcher

vivait, à ce moment-là, un certain faqih, Moḥammed el Boulali, qu’une

vive inimitié séparait du vizir (ouzîr), Aḥmed Chettâh. Celui-ci fit

tuer les deux fils de son rival, et le faqih, résolu à se venger, quitta

le Darfour et se retira à Khartoum. Là, il vanta les richesses des pays

du Sud et il décida le gouvernement égyptien à l’envoyer dans le Baḥr el

Ghazal, pour prendre possession des provinces non occupées. La lutte

éclata, naturellement, entre Zibêr et El Boulali : ce dernier fut battu

et tué. Le vainqueur, grâce à des présents adroitements distribués, sut

cependant se faire pardonner cette attaque par les Égyptiens, et il fut

nommé gouverneur du Baḥr el Ghazal. Il tourna alors ses vues du côté du

Darfour, dont il voulut s’emparer : il fit à Khartoum des propositions

en ce sens et celles-ci furent finalement adoptées.

Depuis Moḥammed el Fâdhel, la puissance du Darfour était allée en

déclinant et les Rizégât menaient de nouveau une existence presque

indépendante dans le sud du pays. Ces Arabes pillèrent une caravane de

Zibêr, qui traversait leur territoire pour se rendre du Kordofan au Baḥr

el Ghazal et tuèrent les gens qui en faisaient partie. L’aventurier prit

prétexte de cette agression pour envahir le Darfour : il massacra un

grand nombre de Rizégât et s’installa solidement à Chekka. Sur ces

entrefaites, le sultan Ḥassen mourait et était remplacé par son fils

Ibrahim Koïko (1873).

Le vizir Aḥmed Chettah, qui attaqua Zibêr, fut battu et tué ; les

Rizégât avaient prévenu les Dialiin de l’arrivée des Foriens et se

tenaient prêts à accabler la troupe vaincue : ils tombèrent sur les

fuyards, en massacrèrent un grand nombre et firent un butin immense.

Zibêr, après avoir reçu du gouvernement égyptien un renfort d’hommes et

de canons, s’avança jusqu’à Dara. Il repoussa une attaque du sultan du

Darfour et poursuivit ce dernier jusqu’à Manoatchi : là, une bataille

s’engagea et Ibrahim Koïko fut vaincu et tué. Le Darfour tomba alors

entre les mains de Zibêr qui reçut le titre de Pacha. Mais des

contestations s’élevèrent par la suite, entre lui et le représentant du

gouvernement égyptien, Ismaʿïl Ayoub Pacha. Zibêr demanda et obtint

l’autorisation de se rendre au Qaire pour présenter ses hommages au

khédive, l’assurer de sa fidélité et aussi lui exposer ses griefs : il y

fut retenu prisonnier[149] (1874).

Sur ces entrefaites, Gordon succéda à Ismaʿïl Ayoub comme gouverneur

général du Soudan. Zibêr avait été remplacé par son fils, Solimân oueld

Zibêr, dont les chefs étaient pour la plupart Dialiin et anciens

marchands d’esclaves. Solimân et ses compagnons eurent un moment l’idée

d’attaquer Gordon, mais le général réussit à apaiser l’orage et nomma le

fils de Zibêr gouverneur du Baḥr el Ghazal, avec le titre de bey. Depuis

le départ de Zibêr pour le Darfour, cette province était administrée par

un intendant du nom d’Idris oueld Dabter, qui appartenait à la tribu des

Danâgla. Les Danâgla (pl. de Dongolâoui : habitant de Dongola,

Dongolais) sont méprisés par les Dialiin, qui les considèrent comme les

descendants de l’esclave Dangal, le fondateur de la ville de Dongola :

ils sont le produit d’un mélange d’Arabes immigrés avec d’autres

indigènes.

La vieille inimitié qui régnait entre Dialiin et Danâgla fit qu’Idris

Dabter, ne voulant pas rendre compte de ses actes à Solimân, s’enfuit à

Khartoum. Là, il dit que le fils de Zibêr considérait le Baḥr el Ghazal

comme sa propriété personnelle et qu’il accordait toutes ses faveurs aux

Dialiin, au grand détriment des autres tribus, des Danâgla en

particulier. Grâce à ses intrigues, Idris réussit à obtenir la

déposition de Solimân et à se faire nommer à sa place. Le fils de Zibêr,

irrité, déclara qu’il ne céderait qu’à la force. Les marchands de la

région durent alors opter pour l’un des deux partis : les Dialiin, qui

formaient la majorité d’entre eux, se déclarèrent pour Solimân ; les

Danâgla et les autres pour Idris Dabter. Solimân, qui avait grossi ses

troupes de certains contingents, en particulier d’Arabes Rizégât et

Ḥabbaniyé, était installé à Dem Zibêr (le camp de Zibêr) : il enleva

Dara. Mais le gouvernement égyptien envoya contre lui une expédition,

sous les ordres de Romolo Gessi. Solimân échoua dans les attaques qu’il

dirigea contre Ganda ; Gessi le poursuivit, le battit et s’empara de Dem

Zibêr, où les Danâgla se partagèrent en secret la plus grande partie du

butin. Solimân, traqué, se réfugia alors dans les grands territoires de

l’Ouest et Gessi ne rencontra qu’une troupe de partisans commandée par

Râbèḥ (Râbaḥ), qui fut facilement battue et dispersée.

Afin d’empêcher Solimân de se ravitailler en armes et en munitions,

Gordon Pacha avait interdit tout commerce entre El ʿObéïd, Chekka et le

Baḥr el Ghazal. Mais les Djellaba réussissaient à se glisser par petites

troupes à travers les régions peu peuplées et couvertes d’immenses

forêts, où nomadisent les Arabes baggara du Sud : Ḥouazma, Ḥamr,

Missiriyé, Rizégât, etc. « Les rebelles payaient à des prix extravagants

les munitions et les armes. Pour un fusil à percussion à deux coups, par

exemple, on donnait six ou même huit esclaves ; une petite boîte de

capsules pouvait en valoir un ou deux. L’argent était rare et les

esclaves formaient la valeur régulière d’échange[150]. » L’édit de

prohibition restait lettre morte, et le commerce très lucratif des armes

ne faisait que grandir. Gordon prit alors des mesures énergiques pour

enrayer le mal : il ordonna aux cheïkhs des tribus arabes de se saisir

de tous les Djellâba qui se trouveraient dans leur territoire et de les

diriger sur certains points du Darfour. « Les Arabes commencèrent donc

une chasse générale et effrénée contre les Djellâba qui, dépouillés de

leurs biens et même de leurs vêtements, furent chassés presque nus et

par centaines, comme des fauves, vers Dara, Taouecha et Omm

Changuer[151]. »

Solimân, dont les forces fondaient à vue d’œil, errait dans la partie

méridionale du Darfour. Gessi partit de Kalaka, résidence des Arabes

Ḥabbaniyé, pour marcher à sa rencontre. Il fit proposer la paix au fils

de Zibêr : les Dialiin obtiendraient la vie sauve et la sécurité des

biens, à condition toutefois que leur chef se soumettrait au

gouvernement égyptien et livrerait ses armes et ses bazinguers. Solimân

et tous ses compagnons, sauf Râbèḥ, voulaient accepter les propositions

de Gessi. Râbèḥ était d’avis de partir vers les régions lointaines du

Sud-Ouest, au lieu d’aller s’installer dans la vallée du Nil et de

demander directement la paix au vice-roi d’Égypte ou tout au moins à

Gordon Pacha : en aucune façon il ne voulait traiter avec les Danâgla

détestés. « Râbèḥ finit son discours en déclarant que, si ses

propositions étaient repoussées, il se verrait obligé, à son grand

regret, de réunir ceux qui voudraient se joindre à lui et de partir pour

l’Ouest à la grâce de Dieu. Il répéta encore, avec plus d’énergie, qu’en

aucun cas il ne consentirait à se soumettre à la domination de Gessi et

des Danâgla, quelques bienveillantes que pussent paraître leurs

propositions de paix[152] ».

Finalement, Solimân et huit de ses chefs signèrent une lettre de

soumission, qui fut envoyée à Gessi. Râbèḥ, avec ses partisans et un

grand nombre de bazinguers, se sépara alors de ses compagnons et entama

la fameuse marche vers l’Ouest, qui devait le conduire sur les bords du

Tchad.

Quant à Solimân Zibêr, il fut victime des intrigues nouées contre lui

par les Danâgla. Ceux-ci, indépendamment de la haine qu’ils lui avaient

vouée, craignaient que Solimân ne fît connaître à Gessi quel riche butin

ils avaient indûment enlevé à Dem Zibêr ; comme ils ne voulaient pas le

restituer au gouvernement égyptien, ils tenaient à faire disparaître le

témoin gênant qu’était Solimân. Ils l’accusèrent d’entretenir des

relations avec Râbèḥ et de vouloir reprendre la lutte contre Gessi. Ce

dernier demanda alors des explications au fils de Zibêr et à ses huit

compagnons : les Dialiin répondirent avec vivacité, une dispute

s’ensuivit et Gessi, furieux, ordonna de les fusiller immédiatement. Les

Danâgla obéirent avec l’empressement que l’on conçoit (15 juillet 1879).

Cinq autres chefs, qui avaient abandonné Râbèḥ et se tenaient cachés

chez les Arabes, furent pris et également mis à mort[153].

« Ainsi tombèrent Solimân et tous ses chefs, à l’exception de Râbèḥ. La

puissance des Baḥara (c’est ainsi que l’on nommait Zibêr, ses partisans

et ses alliés) était anéantie.

« Le gouvernement, dans cette campagne, avait fait de grosses pertes en

hommes, en armes, en munitions, etc., tandis qu’au contraire, les tribus

baggara du sud, Taacha, Ḥabbaniyé et Rizégât, qui avant et après la

soumission de Solimân avaient fait un riche butin en Bazinguers et en

armes, se trouvaient enrichies et désormais en situation d’augmenter

leur puissance. Aussi devaient-elles nous susciter plus tard de graves

difficultés[154]. »

=Djellâba.= — Les marchands appelés Djellâba sont originaires du

Kordofan et de la vallée du Nil. Ils n’appartiennent pas à une tribu

particulière : certains d’entre eux sont des Berâbré de la région de

Dongola et de Dâr en Nouḥâs ; d’autres relèvent de la famille arabe,

comme les Dialiin, les Tcharata et les Chaïkié ; d’autres encore tirent

leur origine de l’Égypte proprement dite, comme les Oulâd er Rif ; ou

d’un mélange de diverses populations, comme les Meghâreba, qui doivent

être venus de l’Ouest, etc. Ils comprennent trente fractions, dont les

plus nombreuses sont constituées par les Dialiin et les Danâgla. Les

Djellâba sont nombreux au Darfour, où leurs groupes résident plus

particulièrement dans certaines localités (Taouécha, Menawâtchi, El

Fâcher, Kobéh, Qabqabiya, etc.). Au Ouadaï, leurs principales colonies

sont à Abéché et à Nimro. Dans le Territoire du Tchad, on les trouve à

Melmé (Fitri), à Tchekna et à Fort-Lamy. Enfin il y en a également au

Bornou.

L’arrivée au Bornou de Râbaḥ et de ses Dialiin releva considérablement

la situation des Djellâba dans la région du Tchad. Il ne semble

cependant pas que ces marchands y aient jamais été méprisés comme ils le

sont encore actuellement au Ouadaï et au Darfour. Là, on emploie souvent

le mot de _Dongolâoui_ pour désigner un Djellâbi, et ce nom est toujours

employé dans une acception de mépris. Au Darfour, on dit couramment :

« _Ed Dongolâoui ouaḥed cheiṭân modjelled be djild el insân_, le

Dongolais est un diable qui a revêtu la peau d’un homme[155] ». De même,

Nachtigal rapporte qu’au Ouadaï « être traité de Dongolâoui, était une

insulte aussi grave que celle de ḥaddâd (forgeron) ou kabartou (caste de

musiciens, méprisés dans le pays). Ce n’était que par le sang que l’on

pouvait laver de pareilles injures ».

Les Djellaba commencèrent à pénétrer au Ouadaï dans la première moitié

du XIXe siècle : ils y fondèrent une colonie importante dans la ville de

Nimro. Mais le sultan Moḥammed Chérif (1838-1854), les dépouilla de

leurs biens, les massacra et finalement les bannit de son royaume. Son

successeur, ʿAli, les rappella : il couvrit les Djellaba de sa haute

protection, s’intéressa à leur commerce et nomma même quelques-uns

d’entre eux à des emplois de confiance ; il était très lié avec un

Djellâbi originaire de Khartoum, le ḥadj Aḥmed Tangatanga, qui était son

confident et son conseiller.

Les Djellâba pullulaient dans le Baḥr el Ghazal, au temps où les gros

marchands d’esclaves ʿAli bou Amouri, Djour Ghattas Zibêr, etc.,

menaient des expéditions régulières contre les malheureux Fertit de la

contrée. Schweinfurth rapporte que le commerce des esclaves fut

particulièrement actif durant l’hiver 1870-1871 et nous donne, à ce

sujet, des détails édifiants. Il estime qu’en fixant à 25.000 le chiffre

des esclaves enlevés chaque année, on est bien au-dessous de la réalité,

et il nous dépeint l’activité inlassable et cupide des Djellâba qui

venaient acheter ce bétail humain. « J’ai entendu Zibêr, écrit

l’explorateur se plaindre de l’affluence des Ghellabas, me dire que ses

provisions en étaient épuisées, et le pays menacé de famine. Je tiens de

sa propre bouche que, depuis le commencement de la saison, les caravanes

avaient jeté dans le district deux mille de ces aventuriers. A la mi-

janvier, ce chiffre avait grossi ; quinze jours après, il arrivait à

deux mille sept cents...

« Chacun de ces petits marchands, selon ses moyens, prend à son service

un ou plusieurs Baggâras auxquels il confie le soin des bêtes qu’il

possède. Le chameau, ne résistant pas longtemps à l’influence du climat,

est très rarement employé comme moyen de transport. Tout Ghellaba monte

à âne, et l’on peut affirmer qu’il y passe la moitié de son existence.

On ne voit pas plus un de ces petits marchands sans son âne qu’un

Samoïède sans son renne. Outre le cavalier, la bête porte au moins dix

pièces de cotonnade ; si elle survit au voyage, elle est troquée contre

un ou deux esclaves. La charge vaut trois fois autant : d’où il résulte

que l’homme au baudet, arrivé sans autre chose que sa monture et vingt-

cinq dollars de calicot, se trouve en possession d’au moins quatre

esclaves qu’il peut vendre à Khartoum deux cent cinquante dollars. Il

revient à pied, faisant porter ses bagages et ses vivres par sa nouvelle

marchandise. »

La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2) · 第 7 / 22 段