et les Maḥâriyé.
Au Ouadaï, les Maḥâmid forment une des tribus les plus puissantes et les
plus considérées : ils possèdent d’immenses troupeaux de bœufs et de
moutons, et on vante aussi leur richesse en chameaux. Ils habitent la
région d’Ourâda, au nord-ouest du dar Mimi, où ils se seraient installés
bien avant le règne d’ʿAbd el Kerim ben Djamé. « Le terrain est peu
accidenté ; les dunes dominent. A l’Est, les monts Affala et Korbol (80
mètres de relief) sont les points culminants ; ils marquent la limite
des terrains de parcours des Maḥâmids.
« Arada est le principal point d’eau de la région. Pendant la saison des
pluies, c’est une grande mare alimentée par des ouadis de faible débit
venus des monts Affala et du mont Korbol ; pendant la saison sèche, il y
a de nombreux puits où l’eau est très abondante et très bonne.
« Au Nord, les puits de Kagimir et de l’ouadi Ouagad permettent
d’atteindre Om-Chalouba.
« Les cultures sont à peu près nulles, mais les pâturages sont assez
suffisants, surtout dans les ouadis. Près d’Arada, quelques tribus
cultivent de maigres champs de coton.
« Cette région est exclusivement habitée par les Arabes nomades...
Pendant la saison des pluies, ils abandonnent Arada et conduisent leurs
troupeaux à l’Est, vers les monts Affala et Korbol, où les ouadis et les
thalwegs fournissent d’excellents pâturages pour les bœufs et les
chameaux. Jadis ils s’établissaient au Nord, sur les bords de l’ouâdi
Kagimir et de l’ouâdi Ouagad. La crainte des rezzou senoussistes les a
ramenés en arrière.
« Pendant la saison sèche, ils s’établissent à Arada[128]. »
Selon les renseignements donnés par le lieutenant Lucien, les Maḥâmid
n’auraient plus le teint clair qui caractérisait autrefois ces Arabes.
« Ils ont à peu près perdu le type de leur race ; leur mélange avec les
autochtones ayant créé un type noir aux traits réguliers. Ils sont
intelligents, astucieux, menteurs, pleins de mépris pour ceux qui ne
sont pas de leur race. Ils ont su garder leur nationalité au milieu des
peuples guerriers qui les ont asservis. Jadis alliés aux Ouadaïens, ils
sont devenus leurs tributaires. En plus de l’impôt annuel, ils
fournissaient pendant les expéditions les animaux de transport et un
certain nombre de cavaliers... Les Maḥâmids peuvent mettre en ligne 400
à 500 guerriers, dont une centaine armés de fusils à tir rapide[129]. »
Les Maḥâmid sont réputés comme ayant pris, au contact des Ouadaïens, les
habitudes de violence et de brutalité qui distinguent ces derniers. On
dit même que, dans leurs campements, les vieillards à barbe blanche
(_chioukh_) — toujours nombreux chez les Arabes qui mènent la vie
pastorale — ne sont pas bien traités et qu’on n’a pour eux aucune espèce
d’égards.
Les Maḥâmid boivent le _khall_, boisson fermentée faite avec des dattes
et cela suffit à montrer combien leurs mœurs diffèrent de celles de
leurs voisins arabes de l’Ouest. Ils sont négligents dans l’exécution de
leurs devoirs religieux et ne se montrent que musulmans assez tièdes.
Ils ont le teint relativement clair, et tout le monde s’accorde à dire
qu’ils parlent l’arabe le plus pur de la région du Tchad.
Autrefois, les Maḥâmid ne vécurent pas toujours d’accord avec le sultan
du Ouadaï : ils furent razziés par Moḥammed Chérif, et leur cheïkh,
Bella, dut se réfugier au Darfour. On dit que la femme de Bella, Kinbélé
— dont la beauté avait excité, au plus haut point, le désir du cheïkh
ḥamidi Meguedji — fut la cause bien involontaire de la lutte qui éclata,
plus tard, entre les Maḥâmid et les Oulâd Râchid (Ḥamida et Zebada). Ces
derniers furent vaincus, mais, sous le règne de ʿAli, ils purent prendre
leur revanche avec l’aide des Djaʿâdné et des Missiriyé : ils battirent
les Maḥâmid et leur enlevèrent un grand nombre d’animaux.
Les Maḥâmid ont fait autrefois de nombreuses incursions au Borkou et
chez les Bideyat : les gens qu’ils enlevaient étaient vendus comme
esclaves sur le marché d’Abéché. Par contre, ces Arabes avaient à
souffrir des expéditions de pillage que menaient, dans les pays du nord
du Ouadaï, les Touareg, les Oulâd Slimân et les Tedâ.
La domination des Senoussia au Borkou inaugura, pour les Maḥâmid, une
ère de calme et de tranquillité. Les relations de Doud-Mourra avec la
confrérie, quoique peu amicales au début, furent toujours pacifiques, et
les Maḥâmid purent alors, sans crainte d’être pillés, faire un peu de
commerce avec les pays du Nord : ils allaient chercher, avec leurs
chameaux, les dattes et le sel blanc du Borkou, ainsi que le sel rouge
de Demi et du pays des Bideyat. Leur éloignement du territoire français
mit pendant longtemps les Maḥâmid à l’abri des reconnaissances exécutées
par nos troupes. Cependant, en mars 1908, le lieutenant Ferrandi tomba
sur Ourâda et coupa pour un temps la route directe du Borkou au Ouadaï.
Après la prise d’Abéché, le lieutenant Lucien parcourut le pays des
Maḥâmid, en août et septembre 1909. Les Arabes firent leur soumission,
et un rezzou senoussi (Arabes, Touareg et Bideyat) fut surpris et
dispersé, sur les bords de l’ouâdi Maï, à l’est d’Amm Chalôba. L’aguid
el Maḥâmid, Aḥmed, resta préposé à la surveillance de la région du Nord,
avec une centaine de fusils. Les Khouan étaient furieux de voir les
Maḥâmid et leur aguid reconnaître la domination des Chrétiens. Le cheïkh
senoussi Moḥammed Ṣâlèh Kéréma envoya même une lettre à Ourâda, pour
engager les Arabes à faire défection. Il ne fut point écouté, et les
Senoussia vinrent alors, à plusieurs reprises, razzier le dâr Maḥâmid.
En mars 1911, une compagnie méhariste fut installée à Ourâda.
La tribu est commandée par l’aguid le plus puissant du Ouadaï : le
cheïkh qui commande l’ensemble des fractions Maḥâmid n’est que le
khalifa de l’aguid. Moḥammed ould Bechara, qui fut tué le 17 juin 1908
au combat de Djoua, remplissait ses fonctions d’aguid el Maḥâmid depuis
la prise de Massnia par le sultan ʿAli (1870). Il était, au Ouadaï, un
personnage aussi considérable que Doud-Mourra lui-même : c’est à lui,
d’ailleurs que ce dernier devait en grande partie sa fortune. Appuyés
l’un sur l’autre, ces deux hommes n’eurent rien à craindre des diverses
factions qui au Ouadaï plus qu’ailleurs, se donnaient libre cours.
Moḥammed avait épousé une sœur de Doud-Mourra, Mérem Zara : pour
sauvegarder la réputation de sa famille et aussi pour faire plaisir à
son puissant ami, le sultan n’hésita pas à faire couper le cou à l’aguid
el Baḥr, le débauché Adem ould Keneticha, qui avait eu commerce
(_koubbanya_) avec Zara.
Les progrès de l’occupation française et la fuite de certains Arabes au
Fitri ayant enlevé aux Ouadaïens une grande partie de leurs ressources,
les Maḥâmid furent plus pressurés que par le passé. Ils eurent parfois
aussi à pâtir du voisinage du Darfour : c’est ainsi que, en 1906, ils
furent attaqués et pillés par l’aguid Adoum Roudjal, chef de guerre du
sultan ʿAli Dinar. Après la prise d’Abéché, l’aguid el Maḥâmid Aḥmed,
fils de Moḥammed ould Bechara, embrassa la cause d’Acyl. Il fit
défection en mars 1910, et alla rejoindre son oncle Doud-Mourra dans le
dar Zegâoua. Il fut remplacé par un frère d’Acyl, Sérhéroum, qui trouva
la mort dans un combat livré à un rezzou senoussi, sur les bords de
l’ouadi Maba, le 2 septembre 1910.
Les Maḥâmid comprennent un certain nombre de fractions : Oulâd Zêd,
Oulâd Nedja, Oulâd Djenoun, Oulâd Cheïkh, Oulâd Manṣour, Seif ed Din,
Oulâd Djenab, Ḥamdiyé et Teyifat.
Quelques-unes d’entre elles habitent la partie du Ouadaï qui confine au
Darfour, notamment le dar Tama.
Avec les Maḥâmid vivent des Ḥaddâd Gourân (Kodera), des Ayal Baba et un
certain nombre d’Arabes appartenant aux tribus voisines du Darfour :
Erégat, Maḥariyé, Naouaïbé. C’est parmi les fogara des Erégat et des
Maḥariyé que sont choisis, d’après une tradition séculaire, les
interprètes du sultan (_khechoum el kelâm_, bouches du langage).
_Oulâd Yasin_. — Les Oulâd Yasin habitent le Darfour. Leur ancêtre est
Yasin, fils de Barek, fils de Maḥmoud. Ils sont donc proches parents des
Maḥâmid ; mais ces derniers prétendent que, après la mort de Maḥmoud,
son fils aîné Chaïq remaria sa mère à un esclave et que la descendance
des Oulâd Yasin est issue de cette union.
_Chigguêrat_ ou _Choudjerat_. — « Ils sont rougeâtres de teint et
paraissent être de la famille des Maḥâmid. C’est leur qualité de baggara
qui les en distingue. Ils habitent entre Nimro et l’Aïd el
Djemel[130]. »
_Chouqeqat_. — « Ils sont alliés aux Maḥâmid mais d’une famille
différente. Ils sont peu nombreux, habitent le Kondongo et le bassin
occidental de la Bétéha. En automne, ils se retirent chez les Maḥâmid ou
dans le Bitakguinnek[131]. »
=Naouâïbé.= — Les Naouâïbé sont abbala et nomadisent dans le nord-ouest
du Darfour, en compagnie d’autres Arabes : Maḥariyé, Maḥâmid, Erégat,
etc. Ces tribus se sont plus ou moins mélangées aux Zegaoua Amm
Kimmélté, population complètement arabisée.
On trouve également des Naouâïbé au Ouadaï, où ils sont sédentaires et
baggara. Ils habitent sur les bords de la haute Bataḥ (Akroub), et
possèdent de superbes troupeaux de bœufs. Comme la plupart des Arabes du
sud du Ouadaï, ils abandonnent leurs villages à la saison des pluies,
pour gagner les pâturages du nord.
=Tordjem.= — Ces Arabes sont considérés comme des parents éloignés des
Rizégat ; la pureté de la race a cependant été altérée, chez eux, par
des alliances avec des esclaves.
Au Ouadaï, on trouve les Tordjem dans le dar Zioud et dans la région de
la haute Batah, à côté des Massalat el Hoch : ils sont sédentaires et
baggara.
Au Darfour, le plus grand nombre réside dans le Dâr Fêa, la province la
plus occidentale du pays (à Oumm Sehaba et dans le district de Bouré) ;
les autres Tordjem habitent avec les Ziadiya, les Beni Holba et les
Rizégat du nord. Ces Arabes sont baggara et presque tous sédentaires.
Ceux situés près de la frontière du Ouadaï sont réputés comme jouissant
d’un grand bien-être. Nachtigal nous a décrit la toilette de leurs
femmes. « Elles se faisaient remarquer, dit-il, par la richesse de leur
coiffure et de leurs bijoux. De petites tresses de cheveux leur
encadraient la tête et se greffaient sur deux grosses tresses serties de
perles qui allaient du front jusqu’à la nuque, deux colliers de perles
entouraient leur visage, des perles encore se balançaient à chaque
tresse et retombaient jusque dans la nuque. Le corail de pacotille, le
cheguig[132], l’ambre (kaouadim), le somit[133] et le zeïtoun[134]
étaient largement mis à contribution. Elles portaient au-dessus des
tempes, sur chaque côté de la tête, un anneau d’argent de moyenne
grandeur avec fermeture en corail et six ou sept autres au-dessus de
l’occiput. D’autres anneaux plus grands leur pendaient aux narines ;
chez quelques-unes, le nez était percé d’un fil où s’enfilaient des
perles. Au cou enfin, elles portaient d’étroits colliers, où l’on
remarquait des morceaux d’ambre gros comme des œufs de pigeon. En
général, ces femmes Tordjem avaient la taille bien faite, le visage
aimable ; leur teint rougeâtre leur donnait un attrait spécial..... Il
vint aussi quelques Arabes de la tribu des Maḥâmid, dont les chameaux
étaient dans le voisinage. Le piteux aspect de leurs femmes qui
n’étaient vêtues que de peaux, sans aucun bijou, contrastait avec les
vêtements luxueux et la riche parure des femmes Tordjem. Quelle
condamnation de la vie nomade[135] ! »
La coiffure décrite plus haut, qui rappelle celle des femmes Salamat et
des femmes Lisi, présente beaucoup d’analogie avec la coiffure des
Ouadaïennes[136]. Elle est plus ou moins adoptée, d’ailleurs, par les
tribus arabes du Ouadaï qui sont sédentaires. D’une façon générale, les
femmes du Ouadaï parent leur chevelure de bijoux en argent ou en or, de
perles, d’ambre, etc. On retrouve cette habitude chez certaines
fractions arabes de l’ouest, et les femmes des Deggâgueré, par exemple,
mettent également des perles et du corail dans leur chevelure.
Dans les tribus arabes, comme nous l’avons déjà dit, les hommes ont
presque toujours la tête rasée. Cependant, au Ouadaï, quelques-uns
d’entre eux laissent croître leurs cheveux et les arrangent en petites
tresses, tout comme les Maba : nous avons remarqué le fait, par exemple,
chez des Tordjem du dar Zioud.
Au Darfour, nombre d’Arabes, surtout parmi les nomades, gardent
également les cheveux longs.
OULAD RACHID
Les Oulâd Râchid racontent une histoire assez singulière au sujet de la
conception de leur ancêtre Râchid, fils posthume de Djinéd. Les Arabes
se trouvaient du côté de l’Égypte quand ce dernier mourut. Les oulémas
s’assemblèrent aussitôt afin de laver le corps conformément aux rites
religieux ; mais, chose qui les étonna profondément, certaine partie du
corps du défunt présentait une verticalité particulière, qu’ils ne
purent faire disparaître. On discuta, on fit appeler les femmes de
Djinéd, on les interrogea et on finit par comprendre que le cheïkh
désirait connaître — au sens biblique du mot — la plus jeune d’entre
elles. On les laissa seuls, _daker Djinéd defega_, comme disent les
Arabes, et le défunt eut un fils de plus, Râchid.
Les Oulâd Râchid habitent le Bornou et le Ouadaï. Ces Arabes allèrent
s’installer au Baḥr el Ghazal et, après la lutte contre les Salamat, ils
occupèrent la région de la Bataḥ que ceux-ci venaient d’abandonner. Les
Kecherda les remplacèrent dans le Baḥr el Ghazal et dans la région
appelée El Ḥarr. Plus tard, la tribu se dispersa : certaines fractions
passèrent sur la rive gauche du Chari et une partie du reste descendit
vers le Sud, du côté du Baḥr Salamat.
Les Oulâd Râchid du Bornou comptent parmi les premiers Arabes venus dans
le pays. Ils constituent la fraction des Djo’ama et se subdivisent en
Hémédiya[137] et Sawarima. Ils se sont conservés plus purs que beaucoup
d’autres Choa. On les trouve dans les districts de Karagouaro et de
Magomeri : Nachtigal évalue leur nombre à environ 2.000.
Ceux du Ouadaï comprennent trois fractions : Zebada[138], Ḥamida et
Azid.
Chez les Zebada, on distingue les Oulâd Nour, Mélékat, Oulâd Abou Zaït,
Dâr Salem et Zioud ; chez les Ḥamida, les El Fadhalia, Oulâd Abou Nafé
(Nafia), Oulâd Mogaddem, El Hômarat, El Euouas, Oulâd Matrouk, Oulâd
Bellal et Siérat. La plupart de ces Arabes habitaient autrefois la
région comprise entre la Bataḥ et le Mourtcha ; ils s’échelonnaient le
long de l’Oudey — les Zebada à l’Ouest (El Adara, El Ḥémédiya), et les
Ḥamida à l’Est (du côté de la grande mare d’Er Rouhoud). On les appelait
_Râchid el Bataḥ_. Ils menaient une existence analogue à celle de leurs
voisins, les Khouzam et les Missiriyé. Ils allaient hiverner sur les
bords de l’ouâdi Ḥaddâd et, à la saison sèche, regagnaient les pays du
Sud : les Zebada s’installaient sur les bords de la Batah (Atya,
Chibéna, Koundiourou) ; les Ḥamida circulaient le long de cette rivière,
traversaient le Moubi et allaient demeurer quelque temps avec leurs
frères du Baḥr Râchid. Les captifs et les Mesâkin restaient dans les
villages, où ils cultivaient le sol.
Durant les années 1904 (Moḥammed Fanioura ʿAbd en Nebi) et 1905 (El
Khalil), la plupart des Râchid el Bataḥ, lassés des exactions
ouadaïennes, se réfugièrent au Fitri. Le cheïkh El Khalil n’y resta pas
longtemps ; il eut des dissentiments avec les autres Arabes réfugiés et
il fut froissé de voir que, chez nous, les prérogatives attachées au
titre de chef des Zebada étaient limitées : c’est pourquoi il s’enfuit
au Ouadaï avec un certain nombre de campements (Oulâd el Haggar, Oulâd
Hemed, Oulâd Djibril), en octobre 1905. Il fut dès lors notre ennemi
déclaré et aida Badjouri dans tous les coups de main dirigés contre le
Fitri et nos Arabes protégés. En juillet 1907, il vint à Seïta, en
compagnie des Arabes Missiriyé, faire sa soumission au capitaine
Jérusalémy.
On trouve, chez les Zebada, la sous-fraction maraboutique des Mélékat :
ces Arabes relevaient autrefois de l’imam ouadaïen El Djezouli, qui fut
remplacé par son fils Adem.
Quant aux Zioud, ils habitent le pays très peuplé qui porte leur nom et
qui s’étend à l’ouest d’Abéché : ils sont sédentaires et leur teint est
légèrement foncé, car ils se sont mélangés à diverses populations, en
particulier aux Ouadaïens. « On peut dire que presque toute la province
du Dar Zioud est arabe. Les Tordjem, les Missiriyé ḥoum ou zourq, les
Oulâd Hemed, les Khouzam y habitent. D’ailleurs les autres groupements
ethniques ont adopté la langue et les mœurs arabes : tels sont les Maba
de sang royal, les quelques Kouka, les Toundjour, les Guimr ; puis
encore les Beraouna (Bornouans), les Djellaba, les Massalat, les
Kachméré, les Tama, les Djebel et enfin les Dorouq, qui sont originaires
du centre de l’Afrique. Cette dernière tribu n’habite que Bir Yoyo, leur
teint est gris, leur langue paraît être de la même famille que celle des
Guimr, mais ils ne parlent plus que l’arabe[139]. »
Certains Ḥamida (Dilla ?) habitent la partie orientale du Ouadaï, sur
les bord de l’ouâdi el Ḥamra (Abker, Chokkan), à côté des Beni Ḥassen et
des Tordjem.
Les Azid habitent la partie sud-ouest du Ouadaï, non loin des Arabes
Salamat. Leur pays est traversé par le baḥr Fodjo, qui forme la lagune
de même nom, et par le déversoir des lagunes Bougdi et Ndouma (ou
Andoma) : les deux baḥrs se réunissent à El Houguena, qui est la
capitale des _Râchid el Baḥariyé_ (Râchid du Baḥr). La rivière
résultante prend le nom de Baḥr Râchid et va se jeter dans le Baḥr
Salamat à El Djideï. Les Azid sont sédentaires : ils élèvent des bœufs
et pratiquent l’agriculture. Dans le pays qu’ils habitent, la terre est
grasse et produit notamment beaucoup de sorgho (bérbéré) ; mais de
grosses mouches, analogues à celles du Fitri, y sont un fléau pour le
bétail. Ces Arabes, qui sont bien moins purs que leurs frères de la
Bataḥ, se sont quelque peu mélangés aux Ḥamida qui venaient passer la
saison sèche dans le Baḥr Râchid. Jusqu’à ces derniers temps, ils
avaient vécu avec nous dans des termes peu amicaux. Mais les combats
victorieux que nous avons livrés aux Ouadaïens (Amm Timan, Dokotchi,
Djoua), semblent les avoir fait renoncer à toute attitude hostile à
notre égard.
Certains Azid vivent également dans la région montagneuse située au
nord-est du Baḥr Râchid (Bourma Taguil) : on les appelle _Râchid el
Ḥidjar_ (Rachid des montagnes).
On trouve enfin quelques Oulâd Râchid dans le pays de Boli et de
Kourtali.
=Beni Ḥassen.= — « Ils sont de la même famille que les Ḥamida ; de teint
rougeâtre et peu nombreux. Ils habitent les bords de l’Ouâdi el Ḥamra ;
comme leurs frères, ils vont chercher en automne des pâturages plus
riches[140] ».
=Beni Holba[141].= — On considère les Beni Holba comme des parents
éloignés des Oulâd Râchid. Ils sont nombreux au Darfour, et Nachtigal
rapporte qu’ils pouvaient mettre 3.000 cavaliers en ligne. Cette tribu
était beaucoup plus puissante autrefois, au temps où elle refusait de
payer l’impôt à Moḥammed el Fâdhel ; mais ce sultan la décima, lui
enleva ses troupeaux et, par la cruauté dont il fit preuve envers elle,
mérita d’être appelé _La Mort des Beni Holba_.
Les Beni Holba, comme la plupart des Arabes de l’intérieur du Darfour,
se sont mélangés aux autres indigènes et leur teint est généralement
bronzé. Ils sont baggara et habitent autour du Djebel Marra, dans le
district de Rô-Kouri. On en trouve également dans la région comprise
entre le Djebel Marra, le dâr Sila et le pays des Taacha,
particulièrement sur les bords de l’ouâdi Sâlèḥ. Les Beni Holba vivaient
autrefois en état d’hostilité avec leurs voisins les Taacha. Lors du
mouvement madhiste, ils prirent les armes, attaquèrent les troupes
égyptiennes et contribuèrent à la chute du Darfour. Ils forment
actuellement une tribu puissante, que le sultan ʿAli Dinar est tenu de
ménager.
Hors du Darfour, on trouve des Beni Holba au dâr Sila et dans la partie
orientale du Ouadaï.
BEDRIYÉ
Les Bedriyé ne sont pas des ’Yal Djinéd : ils se réclament de Bedr, fils
de Dahmech, fils de Bounou Chaker. Ils habitent, au Darfour, la province
orientale d’Abou Bâli. Ils possèdent quelques chameaux, mais ils élèvent
surtout des bœufs et sont devenus en partie sédentaires.
EL FEZARA
Les Arabes qui descendent d’Aḥmed el Afzer sont appelés Fezâra : ils
habitent presque tous le Darfour. Les deux fractions les plus
importantes de ce sous-groupe sont constituées par les Ziadiya et les
Maliya.
=Ziadiya.= — Les Ziadiya se subdivisent en Kouroumsiya et Qasarina. Ils
habitent au nord d’El Fâcher, dans le Dâr Tokouniawi. Ces Arabes sont
nomades et abbala. Nachtigal rapporte qu’ils possédaient cependant assez
de chevaux pour pouvoir mettre 2.000 cavaliers en ligne.
=Maliya ou Maaliya.= — Les Maliya comprennent les Oulâd ’Abdou et les
Ma’aqila. Ils sont abbala et nomadisent dans le Dâr-Abou-Dâli, au sud-
est d’El Fâcher. « La tribu des Maaliya est, de toutes les tribus arabes
du Sud, celle dont les mœurs s’effacent le plus rapidement. Adonnés à la
boisson, menant la vie la plus dissolue, les Maaliya sont méprisés par
les Arabes Ḥabbaniyé, Rizégât, Missiriyé et Ḥamer, qui ne boivent pas de
spiritueux et tiennent encore un peu à la pureté des mœurs[142]. » Les
Maaliya donnèrent cependant, avec les Rizégât et les Ḥabbaniyé, le
signal de l’insurrection mahdiste dans le Darfour méridional.
=Autres fractions.= — Les Fezâra comprennent encore les fractions
suivantes : Habbabin, Djelledat, Medjânin, Zanatit, Oulâd Igoï, Beni
Oumm Ron et Beni Djerrâr. Ces Arabes habitent la partie orientale du
Darfour : ils sont abbala et, pour la plupart, sédentaires. Les Zanatit
et les Medjânin sont quelque peu représentés au Ouadaï. Ils sont
sédentaires et agriculteurs : les premiers résident à ’Id el Gara’a ;
les seconds à Ḥadjer Tokoulla, Medjânin et Daraba.
ZABALAT, MAHADI, ISSIRRÉ
Ces tribus, peu nombreuses, sont installées au Ouadaï, près de la
frontière du Darfour. Elles doivent probablement se rattacher aux Arabes
Djoheïna ; les deux premières appartiennent à la même famille et ont le
teint fortement bronzé.
Les Zabalat sont fixés sur les bords de l’ouâdi Delal et émigrent au
Kounoungo en automne. Les Mahadi, sédentaires et agriculteurs, habitent
au sud du pays des Soungor. Les Issirré sont sédentaires à Chokkon et à
Nella, où ils pratiquent l’agriculture.
ḤAMER OU ḤOMR
« Les frères Ḥamed el Afzer et Ḥamed el Adjezem avaient une sœur qui,
après la mort de son père, contracta secrètement mariage avec un
Tourroudj (tribu au teint clair mais non noble) ; elle devint ainsi
l’aïeule des Ḥamr, dont le nom dérive de Aḥmar, c’est-à-dire rouge. Les
Ḥamr (ou Ḥomr) forment une très nombreuse tribu, qui habite les
districts-frontières du Kordofan et ceux du Dar-Four oriental : elle est
riche en chameaux et peut mettre 1.000 cavaliers en ligne[143] ».
Cette tribu est l’ennemie héréditaire des Kabâbich et des Maliya.
* * * * *
[Note 74 : Ou ʿAbdoullahi el Djaa’ni.]
[Note 75 : Variante (d’après Nachtigal)
Moḥammed el Haouri
Abdallah el Dja’ani
|
+----------------+--+----------------+-----------+
| | | |
Ḥamed el Adjezem Ḥamed el Afzer une fille Chaker
| | |
Djinéd Arabes Fezâra Arabes Hamer Daḥmech
Bedr
]
[Note 76 : On dit aussi : Aḥmed el Adjezem, Aḥmed el Adjedeb, Aḥmed el
Egdeb.]
[Note 77 : Les Chekouriyé du Darfour doivent probablement être issus de
Bounou Chaker.]
[Note 78 : On dit aussi : Djounéd, Djounaïd.]
[Note 79 : Pays du milieu, de l’intérieur (ou du Nord).]
[Note 80 : Pays du désert.]
[Note 81 : Enfants de Djinéd.]
[Note 82 : Elle aurait eu lieu au temps de l’un des deux sultans
ouadaïens (ou Arous).]
[Note 83 : Ces Arabes attribuent les pertes qu’ils ont faites en
chameaux à la piqûre d’une grosse mouche blanchâtre (_thèr_). Pour
préserver ces animaux, ils les recouvrent parfois d’un grand filet en
corde quand, au début de la saison sèche, ils viennent chercher du mil
au Fitri. Ils considèrent Yao comme un point très malsain pour les bêtes
et les gens, et ils n’aiment point y séjourner.]
[Note 84 : Depuis le temps où nous écrivions ces lignes, nos troupes ont
pris Abéché et occupé en partie le Ouadaï. Les Arabes de l’Ouest
n’auront désormais plus rien à craindre des bandes ouadaïennes.]