=Oulâd Serrâr.= — Ne se trouvent qu’au Bornou et au Kanem. C’est un

Serrâri, Igoma, qui, ayant été dépouillé de ses biens, alla trouver les

Ouadaïens et les amena pour la première fois dans la région habitée par

les Oulâd Meḥâreb, Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân, Assâlé et Dagana.

Le cheïkh le plus puissant des Oulâd Serrâr fut Guènedj.

=Oulâd Sâlem, Oulâd ’Amer.= — Au Bornou.

=Assâlé.= — Ce sont les descendants d’ʿAli el Êsselé (ʿAli le chauve).

« On les dit originaires du Fezzân », rapporte Nachtigal. Nous ne savons

si le fait est exact, mais cette origine concorde, en tout cas, avec la

direction générale d’arrivée des Ḥassaouna.

Les Assâlé, pillés par les Dagana, se réfugièrent du côté du Tchad. Ils

habitent aujourd’hui, à proximité des Kouri-Kalé, la région qui a pour

centre Bout el Fil. Ils sont peu nombreux et se sont fortement mélangés

aux Kouri et aux Kotoko.

Quelques Assâlé passèrent au Bornou, afin d’éviter les razzias des

Baguirmiens et des Ouadaïens. Ils sont également très teintés et

habitent le pays de Magoumeri et le Ngoumâti. Nachtigal cite quelques-

unes de leurs fractions[60] : Oulâd Solimân, Oulâd Merrouah, Oulâd Daï,

Oulâd Tomboub, Oulâd Chérif et El Tawâbté.

Les chefs de cette tribu qui ont eu un certain renom sont les cheïks El

Iamenouk[61], El Gadem Abou Sourra et Adem.

=Dagana.= — Les Dagana se réclament du cheïkh ʿOthman, appelé _Abou

Diguen_ à cause de sa longue barbe, qui donna son nom à la tribu. La

tradition des Dagana ne remonte pas au-delà du temps où ces Arabes, qui

étaient alors abbala, menaient la vie nomade dans la région du Baḥr el

Ghazal actuellement occupée par les Kreda (Djemilé, El Lihân, Am Atïé,

Abou Debaba, Ed Dekma, Oufer, etc.). Vers la fin du XVIIIe ou le

commencement du XIXe siècle, ces derniers descendirent vers le Sud et

entamèrent la lutte pour la possession des pâturages du Baḥr el Ghazal :

elle devait être longue et acharnée. La tribu des Dagana était alors

assez forte : elle avait de riches troupeaux et pouvait mettre 1.300

cavaliers en ligne ; mais les Kreda étaient beaucoup plus nombreux.

La lutte avait commencé au temps du cheïkh Aḥmed oueld Meḥemmed, qui fut

tué par les Kreda. Son fils et successeur, ʿAbd er Resoul, fut également

tué par les Kreda à Stoumi (1846). Le frère de ʿAbd er Resoul, El

Baḥeiri, continua la lutte. Mais la partie était inégale[62]. Malgré la

vaillance de El Baḥeiri et de son frère Mousa Abou Doumou, qui, dit-on,

tua de sa main trente Kreda dans le même jour pour venger la mort de son

fils Brahim, les Dagana furent obligés de céder la place. Ils s’y

résignèrent en 1868 et allèrent nomadiser au Fitri et au Médogo ; le

climat humide de ces régions décima aussi bien les Arabes que leurs

troupeaux et la tribu revint alors s’installer sur les bords du Baḥr el

Ghazal, dans la région qui portait le nom de Massakôry : il y avait là

d’excellents pâturages, dus à la proximité de l’eau du fleuve. Mais,

pendant l’hivernage, les Dagana ne pouvaient plus, comme par le passé,

remonter vers le Nord et se retirer avec leurs troupeaux dans les

régions sablonneuses du Baḥr el Ghazal. El Baḥeiri, tout en conservant

le commandement nominal de la tribu, laissait son frère Mousa exercer

une autorité effective. A ce moment-là, les relations étaient tendues

entre le sultan du Ouadaï, ʿAli, et son vassal Moḥammed Abou Sekkin,

mbang du Baguirmi. Ce dernier envoyait ses troupes commettre des

exactions dans certains pays dépendant directement du Ouadaï, au Fitri

par exemple, et ne tenait aucun compte des observations du roi ʿAli. Un

dernier incident devait donner le signal de la lutte. Les Dagana étaient

administrés par un dignitaire ouadaïen, l’aguid el Djaʿâdné, qui levait

l’impôt pour le compte du sultan. Moḥammed Abou Sekkin voulut aussi

exiger un tribut du cheïkh Mousa. Ce dernier refusa. Le sultan du

Baguirmi, furieux, ordonna alors d’arrêter les deux cheïks des Dagana,

El Baḥeïri et Mousa. Mais ceux-ci se réfugièrent au Ouadaï et les

Baguirmiens ne purent mettre la main que sur la mère de Mousa. Le sultan

ʿAli intima à son vassal l’ordre de la remettre en liberté, et, sur le

refus de ce dernier, la guerre éclata. Les Dagana firent partie du

contingent arabe qui grossissait l’armée ouadaïenne. Après la chute de

Massnia, ils reprirent leur existence nomade et promenèrent leurs

_fourgan_ (campements) entre le Baḥr el Ghazal, le Chari et le Khouzam.

En 1873, ils étaient campés sur les bords du Séré[63], où ils devaient

rester quelque temps à demi sédentaires. C’est là que Nachtigal, en se

rendant du Bornou au Ouadaï, avec un koursi du sultan ʿAli, ʿOthman

oueld el Fadhel, et en compagnie d’une caravane de pèlerins haoussas et

pouls, trouva installée la tribu des Dagana. Il ne put que constater sa

décadence[64] : sa relation parle du teint « étonnamment clair » des

Dagana et de leur « insupportable fierté ».

Chose curieuse, le passage de Nachtigal chez ces Choa ne fut point

remarqué. Comme il portait un costume fezzanais, qu’il parlait très bien

l’arabe et se faisait appeler chérif Idris, on dut le prendre pour un

des nombreux Arabes du Nord, désignés sous le nom collectif de Fezzân

(sing. Fezzâni), qui venaient alors commercer dans ces régions.

El Baḥeiri mourut en 1876. En janvier 1881, les deux voyageurs italiens

Massari et Matteucci, après avoir traversé le Ouadaï et passé à Yao,

Abou Koakib et Ngourra, arrivèrent à Massakôry, où se trouvait alors

Mousa Abou Doumou[65]. Ils avaient comme guides les Ouadaïens El Amin et

Kabeldjou. Les voyageurs excitèrent l’admiration du cheïkh et de son

fils Aboubeker, en allumant un morceau d’amadou au moyen d’une loupe et

du soleil[66]. Ils restèrent deux jours chez Mousa et gagnèrent ensuite

Goulfeï et Kouka.

Après la mort de Mousa, son fils Abou Bekr alla à Abéché recevoir

l’investiture. Le nouveau cheïkh et son oncle Handja, qui était chef de

village, se disputèrent une succession, les armes à la main. Handja

succomba dans la lutte et la plus grande partie de ses biens fut

confisquée. Son fils ʿAli s’enfuit au Baguirmi, puis au Ouadaï, où il

resta quelques années. Il finit par décider le sultan Yousouf à le

nommer chef des Arabes Dagana. Accompagné par une troupe de Ouadaïens,

ʿAli rentra alors dans sa tribu : Abou Bekr s’enfuit chez les Assâlé,

son village fut pillé et son frère Dannah tué.

Pendant le commandement d’ʿAli, des Kanembou et des Ḥaddâd du Kanem

vinrent s’installer dans la partie ouest du Dagana. Les Kouri-Kalé du

chef Daouda, qui voulurent piller les nouveaux venus, apprirent à

connaître les flèches empoisonnées des Ḥaddâd[67] et ne recommencèrent

plus. Les Arabes El ʿAouân, les Ḥaddâd et les Kanembou étaient placés

sous l’autorité du cheïkh des Dagana, qui, avant l’occupation du Dar

Kaddada par les Tourk, recevait aussi des présents des indigènes de

cette région. Plus tard, la réconciliation se fit entre Abou Bekr et

ʿAli : ce dernier donna sa fille en mariage à son ancien rival.

En février 1900, très peu de temps après le passage de la mission

saharienne, l’aguid el baḥr Haggar Kebir descendit de la région des

Kreda pour piller le Dagana. Tous les habitants s’enfuirent : les

Kanembou au Tchad, les Ḥaddâd à El Ḥout et les Arabes à Tchoukla. Il ne

resta, sur les bords du baḥr Massakôry, que le cheïkh ʿAli et les gens

de son village (Ez Zoul). Haggar rafla tout ce qu’il put trouver dans le

pays, surprit les Ḥaddâd et retourna ensuite au Baḥr. ʿAli avait prévenu

Milma Tchiloum, le chef des Ḥaddâd, de l’approche de l’aguid. Mais

Tchiloum s’était enfui trop tard à El Ḥout : Haggar lui avait enlevé

beaucoup de bétail et avait, de plus, tué des Ḥaddâd et fait des

captives. Tchiloum alla cependant trouver l’aguid, après que celui-ci

fut retourné chez les Kreda, et il réussit à l’apaiser en lui offrant un

superbe cheval.

Les Français arrivèrent en fin 1901. Le cauteleux Abou Bekr desservit

ʿAli auprès des nouveaux maîtres et redevint le chef des Dagana, tandis

que le cheïkh ʿAli et son frère Chebaka étaient déportés à Fort-

Archambault. ʿAli mourut à Fort-Lamy, en revenant dans sa tribu. Depuis,

le commandement des Ḥaddâd et des Kanembou a été enlevé à Abou Bekr[68].

=Oulâd el ʿAouân[69].= — Les Oulâd el ʿAouân vivaient autrefois à côté

des Dagana, dans le Baḥr el Ghazal. Puis, une querelle divisa les deux

tribus : les Dagana avaient volé, paraît-il, du bétail aux El ʿAouân.

Une lutte s’ensuivit, au cours de laquelle le cheïkh des Dagana fut tué.

Les Oulâd el ʿAouân allèrent alors s’installer dans la région comprise

entre le Tchad, le Baḥr el Ghazal, le Chari et le pays actuel des

Khouzan, où nomadisaient les Oulâd Meḥâreb, les Oulâd Serrâr et les

Assâlé.

C’est sous ʿAbd el Kerim Saboun, que les Ouadaïens, conduits par Igoma,

firent leur première apparition dans la contrée. Les Dagana entretinrent

de bonnes relations avec eux et firent même appel à leur puissance pour

combattre les autres tribus arabes. Le chef des Dagana Aḥmed oueld

Merenn, alla à Abéché recevoir l’investiture du sultan du Ouadaï. Il

mourut à Ouara, et le petit Moḥammed oueld Younes, qui se trouvait avec

lui, reçut le kademoul. Traqués par les Dagana, alliés aux Ouadaïens,

les Assâlé se réfugièrent du côté du lac, tandis que les Meḥâreb, les

Serrâr et une grande partie des El ʿAouân passèrent au Bornou. Quelques-

uns de ces derniers, cependant, refusèrent de partir et restèrent dans

le pays avec leur cheïkh ʿAbd er Raḥman. Ils y vécurent depuis lors,

dans la dépendance des Arabes Dagana.

On trouve quelques Oulâd el ʿAouân au Dagana (Moʿallem Adem) et à

Massaguet.

Les Oulâd el ʿAouân sont nombreux au Bornou, dans le Ngoumâti.

=Oulâd Manṣour.= — Vivent dans le Chitati, avec les Gadoa. Nachtigal les

appelle Beni Ḥassen, mais cette désignation semble être le nom générique

du groupe : Ḥassaouna, Benou Ḥassen. Nachtigal a cru, à tort, que ces

Arabes formaient une même tribu avec les Beni Ḥassen du Bornou[70]. Ces

derniers ne sont pas des Ḥassaouna : ils appartiennent au groupe

oriental.

=Oulâd Amiré, Oulad Ghânem, El Haouarti, Oulâd Saïl, Oulâd Mehoï.= — Au

Bornou.

=Beni-Ouaïl.= — Cette tribu, autrefois la plus puissante du groupe

Hassaouna avec les cheïkhs Tougdou oueld Faraôn et Drissi oueld Faraôn,

n’est plus que faiblement représentée dans le territoire du Tchad : la

plus grande partie de la tribu est passée au Bornou, où elle habite

particulièrement le Ngoumati. On trouve des sédentaires près de Tchoukla

(Djemena) et au Dagana, et des nomades au Dagana et au Kanem. Ils sont

tous baggara. Leur teint est généralement clair. Les Beni-Ouaïl du Kanem

vivent à l’est de Mao : avec eux se trouvent des Oulâd Meḥâreb, des

Oulâd Serrâr et des Oulâd Am Haboub.

Il y avait autrefois des Beni-Ouaïl dans le Baḥr el Ghazal et, pendant

une partie de l’année, au Fitri : on trouve encore, dans ce dernier

pays, un village qui porte le nom de Beni-Ouaïl.

=Oulâd abou Issé.= — La majeure partie des Oulâd abou Issé est passée au

Bornou, où ils sont nombreux dans le Ngoumâti. Ceux qui sont restés sur

la rive droite du Chari se trouvent principalement à Mendjelgué.

Les Oulâd abou Issé furent autrefois en rivalité avec les Oulâd abou

Ghadêr : on cite notamment la lutte entre les cheïkhs Baït et ʿAli oueld

Djemer, qui commandaient respectivement les deux tribus.

=Oulâd abou Ghadêr[71].= — Ils sont nombreux au Bornou. Le centre des

Oulâd abou Ghadêr qui habitent le territoire français est Tchoukla.

Toute cette région de la rive droite du Chari, depuis Fort-Lamy, qui

n’existait pas alors, jusqu’au Tchad, fut autrefois occupée par les

Tourk. Un lieutenant de Rabah, ʿOthman, enleva Gaoui, village kotoko

entouré d’un dourdour : il administra, dès lors, les Kotoko et les

Arabes du pays. Les rabḥistes ne poussèrent pas toutefois plus loin que

Gaoui. Il est vrai qu’il n’y avait pas de villages entre ce point et le

Dagana[72] et que, pendant la saison sèche, il fallait couvrir cette

distance, plus de 100 kilomètres, sans trouver une goutte d’eau en

route[73]. Sur la rive droite du Chari, la limite nord de la région

soumise à Rabaḥ allait ainsi depuis Gaoui jusqu’au pays des Assâlé

inclusivement. Ce pays portait le nom de _dar el kaddada_ (_keddad el

baḥr_ : pays situé le long du fleuve) ; il était réputé pour son miel

et, avant l’arrivée de Rabah, était administré par un dignitaire

ouadaïen, l’aguid el Kaddada.

Quand les Tourk passèrent sur la rive droite et firent irruption dans le

dar el Kaddada, les Oulâd abou Ghadêr (cheïkh ʿOthmân) se réfugièrent au

Dagana, où ils restèrent un an. Ils revinrent ensuite à Tchoukla.

On trouve aussi quelques Oulâd abou Ghadêr à Soufia, près de Moïto.

* * * * *

[Note 53 : « Un texte arabe de El Bekri nous signale en 1067 des

Oméïyades émigrés au Kanem à la suite de persécutions infligées par les

Abbasides ». Decorse : _Du Congo au lac Tchad_, p. 325. « Nous savons

qu’à la chute des Omayades, ceux-ci et leurs clients prirent la fuite

dans toutes les directions pour éviter le massacre qu’en faisaient les

Abbasides : il y en eut qui s’enfuirent dans l’Inde et jusqu’au Japon :

d’autres en Ifriqya : un autre fonda en Espagne la dynastie des Khalifes

de Cordoue. Maqrizi (et d’autres) parlent de la fuite d’Omayades en

Nubie : de là il dut passer des individus isolés qui firent souche dans

le Soudan oriental. » (Note de M. René Basset.)]

[Note 54 :

Variante : El Djaounii

Mousa el Djaounii.

]

[Note 55 : Ḥassan le Petit, à qui la route fut indiquée par un signe

émanant de Dieu, l’Occidental.]

[Note 56 : Ou Radêr.]

[Note 57 : On écrit Qâlem et Ghâlem.]

[Note 58 :

Variante : ’Aouada

Adem oueld ’Aouada

Serrar.

]

[Note 59 : ʿOthman ou ʿAli abou Diguen.]

[Note 60 : T. II, p. 437.]

[Note 61 : C’est auprès du cheïkh El Iamenouk que se réfugia le mbang du

Baguirmi, Bourgoumanda, après que ce prince eût été vaincu par le fatcha

Araouéli. Les Assâlé habitaient alors le même pays que les Dagana (t.

II, p. 715).]

[Note 62 : Les Oulâd Hemed étaient également aux prises avec les Kreda,

mais chacune des deux tribus arabes combattait pour son compte : il

n’est pas d’exemple, du reste, que l’union ait jamais pu régner quelque

peu entre les Choa.]

[Note 63 : Rivière qui communique avec le Tchad, entre le Chari et le

Baḥr el Ghazal.]

[Note 64 : « J’avais déjà entendu parler au Bornou et au Baguirmi de

l’ancienne puissance et de la richesse des Deqena. Il y a quelques

dizaines d’années, ils pouvaient mettre en ligne plus de mille

cavaliers ; c’est à peine s’ils pouvaient en fournir encore une

centaine. On me raconta que le chef nominal de la tribu, le cheïkh El

Baheïri, ne serait jamais allé à pied en ces jours de gloire, fût-ce

d’une tente à une autre. »]

[Note 65 : Le cheïkh Moussa habitait le village actuel de Amoul Afia

Mabrouk.]

[Note 66 : Le journal de voyage de Matteucci est très bref : « È venuto

Schech Musa, al quale presentammo dei doni ». Ces présents consistaient

en deux pièces d’étoffe, l’une blanche et l’autre noire. Mousa offrit,

en échange, l’hospitalité aux deux Européens : il leur donna du lait, du

blé, des dattes, quatre moutons et un petit bœuf ; il les aurait même

accompagnés jusqu’à Goulfeï (Matteucci n’en parle pas). Les Dagana se

rappellent les moindres détails du passage des deux voyageurs : les

_neṣara_ avaient de longues barbes et des lorgnons noirs ; ils étaient

de taille moyenne et paraissaient avoir une trentaine d’années ; l’un

d’eux (Matteucci) parlait très bien l’arabe, tandis que l’autre

(Massari) connaissait à peine cette langue ; etc.]

[Note 67 : Les Kouri se battirent contre les Ḥaddâd du village actuel de

Doualla Adem Tchoukou.]

[Note 68 : Nachtigal signale quelques Dagana au Bornou, à l’est de Ngala

et au Ngoumâti (t. II, p. 437). Nous n’en avons jamais entendu parler.

Il faut donc admettre, s’il est vrai que des Dagana aient autrefois

émigré au Bornou, que ces Arabes se sont fondus dans le reste des

Qawalma.]

[Note 69 : ʿOthman abou Diguen et ʿAli el ʿAouân étaient fils d’une même

mère.]

[Note 70 : T. II, p. 437.]

[Note 71 : Nachtigal les appelle Oulâd Bokhtêr.]

[Note 72 : C’est par les Français qu’ont été installés, entre Gaoui et

Massakory, le village sara de Djedada et le village sara-arabe-ḥaddâd de

Massaguet.]

[Note 73 : C’est pourquoi, même après la création des villages de

Djedada et de Massaguet, on a dû pendant longtemps passer du côté du lac

pour se rendre de Fort-Lamy au Kanem. Cette situation a cessé le jour où

un puits a pu enfin être creusé à Djodol, entre Massaguet et Massakory

(fin 1906) : un petit groupe de captifs libérés y fut installé.]

LES DJOHEÏNA

* * * * *

Les Ḥassaouna ne sont qu’une infime minorité par rapport aux Arabes du

groupe oriental. Ceux-ci font remonter leur généalogie à ʿAbd el

Moṭṭaleb, grand’père et tuteur de Moḥammed, et se réclament tous d’un

certain ʿAbdoullahi el Djoheïni[74], d’où leur nom de Djoheïna. Ces

Arabes se disent originaires du Yémen et les descendants de 72 tribus

qui vinrent s’installer en Égypte. Ils auraient quitté ce dernier pays,

« pour ne pas payer l’impôt », sous le règne du khalife ʿOmar II (ibn

ʿAbd el ʿAziz), de la dynastie des Omayades de Damas, qui régna de 717 à

720.

La généalogie ci-après permettra de saisir, d’un coup d’œil, le degré de

parenté des diverses tribus.

Le groupe des Djoheïna se subdivise en deux sous-groupes : les Arabes

qui se réclament de Aḥmed el Adjedem (_El Djoudm_ ou _El Djouzm_) et

ceux qui sont issus de Aḥmed el Afzer (Fezâra).

Les Arabes El Djouzm sont les plus nombreux : ils habitent le Darfour,

le Ouadaï, le territoire du Tchad et le Bornou. Leur dispersion sur une

vaste étendue fait que l’on ne trouve pas chez eux le sentiment de

proche parenté entre tribus que l’on remarque chez les Ḥassaouna,

beaucoup moins nombreux et entièrement groupés autour du lac Tchad.

Hachim

ʿAbd el Moṭṭaleb

El ʿAbbas abou el Fadoul

ʿAbdoullahi el Djoheïni[75]

|

+-----------------------------------+-----------------+

| |

Déyan Aḥmed el Afzer

ʿIssa

Mater

ʿAbbâs

El Lechdia

Aḥmed el Adjedem[76]

Bounou Chaker[77]

|

+-+-----------------------------------------------+

| |

Djinéd[78] Dahmech

| |

| Bedr

|

+----------------------+----------------+-------------+

| | | |

Hémat Rakal ou Erêga Salem Râchid

| |

+----+-------+----------+ Atïé

| | | ou Attïé

Hassaballah Arabes Arabes |

Taa’cha Habbaniyé +-------------------------+

ʿAmer | |

Missir Rizq ou Rizeq

Hemed | |

Taʿleb +----------+----+---+

Ghedef | | |

Mahar Maḥmoud Naïb

Moḥammed

Barek

’Aboud

Yassin

Massarra

La majeure partie des tribus El Djouzm descend de Djonaid, (جنيد) qui

semble avoir joué un rôle important. Au temps de ce chef, les Arabes se

trouvaient du côté de l’Égypte et n’avaient pas encore pénétré dans les

pays qu’ils occupent actuellement. La tradition dit qu’ils arrivèrent

par le Kordofan et le Darfour : certains Arabes parlent aussi du Dar el

Djouf[79] et du Dar el Khela[80]. Ce mouvement de migration vers l’Ouest

a dû parfois être assez lent. Nous savons, en effet, que l’arrivée de

certaines tribus dans la région du Tchad est relativement récente.

D’autre part, les Djoheïna ont conservé l’habitude d’appeler _Noubai_

(pl. _Nouba_) tout indigène musulman non arabe : cela semblerait donc

indiquer qu’ils ont séjourné quelque temps dans le Kordofan, à proximité

du Dar Nouba.

Les Salamat, qui forment la majorité des Arabes du territoire du Tchad,

sont des _’ayal Djinéd_[81]. Les autres tribus de même origine ne sont

que faiblement représentées dans le territoire : Khouzam du Baguirmi,

Noala d’Abrémé, Oulâd Hemed du Baḥr el Ghazal, ʿAmer de Boullong et

Bédanga, Djaa’dné du Fitri.

Elles étaient beaucoup plus nombreuses autrefois. Au XVIIIe siècle, les

Djaʿâdné, Oulâd Râchid et Missiriyé menaient la vie nomade dans le Baḥr

el Ghazal. La lutte éclata entre eux et les Salamat et Khouzam, qui

habitaient la vallée de la Bataḥ[82]. Ceux-ci, vaincus, durent céder la

place et se dispersèrent. Plus tard, lors des migrations arabes sur la

rive gauche du Chari, beaucoup de Salamat, Khouzam et Hémat passèrent au

Bornou. Il ne resta sur la rive droite que les fractions indiquées plus

haut.

Après notre arrivée dans le pays, un certain nombre de Djoheïna, heureux

de pouvoir enfin échapper aux pillages incessants des Ouadaïens,

s’enfuirent sur notre territoire (1903). Ces « Arabes réfugiés au

Fitri » passaient la saison sèche sur les bords de la lagune et allaient

hiverner dans le Baḥr el Ghazal. L’exode des Arabes du Ouadaï, commencé

en 1904, ne cessa de continuer pendant les années suivantes : attirés

par les bons procédés dont nous usions à l’égard des indigènes et

révoltés des exactions des Ouadaïens qui, sentant cette proie leur

échapper, se montraient encore plus pillards que par le passé, les

Djaʿâdné, les Khouzam, les Oulâd Râchid et enfin une grande partie des

Missiriyé (juillet 1907) abandonnèrent le pays du sultan Doud-Mourra.

Ces Arabes sont, avec les Maḥâmid, les Bédouins les plus purs de toute

l’Afrique Centrale. Ils habitaient autrefois la partie du Ouadaï

comprise entre le pays des Kecherda et celui des Maḥâmid (Ourâda). Ils

étaient abbala et menaient la vie nomade. Cependant les plus pauvres

d’entre eux, les _mesâkîn_, vivaient dans des villages et se livraient à

la culture du sol, considérée par les autres Arabes comme un travail de

captif ou, tout au moins, de miséreux. Ceux qui possédaient des

troupeaux se dispersaient en petits campements : pendant la saison

sèche, ils allaient s’installer près de l’eau (au Fitri, sur la Bataḥ,

au Baḥr Rachid, dans l’Abou Telfan, etc.) et, pendant l’hivernage,

remontaient dans les plaines sablonneuses du nord et allaient camper sur

les bords de l’ouadi Ḥaddâd.

A l’heure actuelle, on peut dire que le pays au nord de la Bataḥ, depuis

le Fitri jusqu’au dar Zioud, a été presque complètement abandonné par

les Arabes. Il n’y a plus que quelques mesâkîn dans les anciens villages

des Arabes réfugiés au Fitri. Ils restent là pour cultiver un peu de mil

et, d’ailleurs, la crainte d’être pillés par les Ouadaïens fait qu’ils

ne gardent avec eux que quelques têtes de bétail : le reste est confié à

leurs frères du Territoire. Il y a aussi quelques villages de Nouba

(Boulala Gousar, Kouka, etc.).

Toute cette région, où l’on trouve beaucoup d’anciens emplacements de

villages, a l’air morne et désolé. Quand nous la traversions, notre

guide arabe, qui appartenait à la tribu de Djaʿâdné, nous disait :

« Autrefois tout ce pays était couvert de villages et de campements ;

partout on entendait le beuglement des vaches et le mugissement des

chameaux et, pendant la nuit, les aboiements des chiens et le bruit des

tams-tams. Regarde maintenant : il n’y a plus que quelques rares

villages, il n’y a pas de puits et la fatigue et la soif accablent le

voyageur. Mais, ajoutait-il, quand les Français seront à Abéché, que

tout le pays leur appartiendra et que nous n’aurons plus rien à craindre

des Ouadaïens, nous reviendrons nous installer ici, dans la région où

ont vécu nos pères et où nous avons été engendrés. Nous pourrons alors

quitter le Fitri et ses mouches venimeuses[83] et nous ne serons plus

obligés d’aller hiverner dans le Baḥr el Ghazal, où les Kreda nous

traitent presque en ennemis (_ichoufouna misl el ’adou_). »

La création du nouveau poste-frontière d’Atya (commencement de 1908)

permettra à certains de ces Arabes de revenir quelque peu dans leurs

anciens pâturages[84].

Autrefois, les « Arabes réfugiés au Fitri » avaient beaucoup de

chameaux, mais les confiscations des Ouadaïens[85] ont réduit

considérablement le nombre de ces animaux. La principale richesse de ces

Arabes consiste en vaches et en moutons : quelques fractions même n’ont

plus de chameaux et sont devenues complètement baggara.

EL DJOUZM

Dans le sous-groupe El Djouzm, les principales tribus issues de Djinéd

sont les suivantes : Hémat, Erégat, Missiriyé, Rizégat, Maḥâriyé,

Maḥâmid, Naouâïbé, Oulâd Sâlem et Oulâd Râchid.

HÉMAT

De toutes les subdivisions qui se réclament de Djinéd, celle des Hémat

est la plus importante. Elle comprend les tribus suivantes : Oulâd

Hemed, Oulâd ʿAmer, Noumourra, Djerarha, Selmaniyé Ta’acha, Nedjmiyé et

Habbaniyé. Aux Hémat se rattachent encore : les Djaʿâdné, les Salamat,

qui constituent une des tribus arabes les plus nombreuses de l’Afrique

Centrale et les Khouzam.

La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2) · 第 3 / 22 段