La méthode des Anglais est bien supérieure à celle de leurs voisins. Ils

surveillent Guerbeï et tiennent la main à ce que n’ait pas lieu chez eux

ce qui se passe en territoire allemand. Ils y ont tout intérêt,

d’ailleurs. C’est dans la partie du Bornou qui leur appartient que se

trouvent les Arabes les plus nombreux et les plus riches.

Les Arabes sont également nombreux dans le Territoire du Tchad. Ils sont

tous _baggara_[48] : quelques fractions nomadisent au Baḥr el Ghazal ou

au Kanem ; les autres sont sédentaires. Les Salamat, qui constituent la

majeure partie de ces Arabes, ont le teint très foncé ; les Ḥassaouna,

échelonnés entre Fort-Lamy et le Kanem, ont le teint plus clair.

Les Arabes du Ouadaï, répandus sur tout l’ensemble du pays,

appartiennent au groupe venu de l’Est. Ils se sont conservés plus purs

que les Choa et que les Arabes du Darfour[49]. Ceux du Nord, au teint

clair, sont nomades et abbala (Oulâd Râchid, Maḥâmid) ; ceux du Sud

(Khouzam du Kadjagsé, Salamat de la Batah et du Baḥr et Tiné, Beni Halba

du Sila, etc.) ont le teint plus foncé et sont baggara. Tous, d’une

façon générale, ont été durement traités par les Ouadaïens[50].

Le Darfour est le pays le plus arabisé de toute l’Afrique Centrale : les

Arabes, très nombreux, y sont nomades ou sédentaires, abbala ou baggara.

Leur sort fut toujours de beaucoup préférable à celui qui était fait aux

Arabes du Ouadaï. Nachtigal rapporte que deux Arabes, un cheïkh des

Maḥâmid du Ouadaï et un cheïkh des Naouâïbé du Darfour, parlaient un

jour devant lui des avantages que présentaient les deux pays pour les

Arabes nomades. Le second disait que les Arabes du Darfour étaient bien

mieux traités que leurs frères de l’Ouest, et Nachtigal le croyait sans

peine : « L’aspect seul du cheïkh des Naouâïbé, dit-il, plaidait déjà

éloquemment en faveur de sa thèse. Au Ouadaï, les Arabes allaient tête

nue[51], ils n’avaient que rarement des sandales et circulaient dans la

capitale vêtus de grossières cotonnades du pays. Le cheïkh du Dar-Four

portait un vêtement de soie, sa tagiyé (coiffure) avait des couleurs

chatoyantes et ses chaussures égyptiennes étaient en maroquin rouge. Je

le revis à la cour du Dar-Four avec un châle de cachemire, un objet de

très grand prix dans ces parages[52]. »

Les Arabes du Darfour participaient autrefois aux grandes razzias

d’esclaves menées dans le Dar-Fertit : Chekka, la capitale des Rizégat,

était un centre important de caravanes et l’entrepôt où les gros

marchands d’esclaves du Kordofan venaient faire leurs achats de bétail

humain. Les Arabes foriens sont très belliqueux, et une agression de la

turbulente tribu des Rizégat provoqua l’invasion du Darfour par les

bandes de Zibêr. Plus tard, l’élément arabe de ce pays lutta contre

l’occupation égyptienne et joua un rôle capital, lors de la révolution

mahdiste.

A l’heure actuelle, quelques tribus sont assez puissantes pour obliger

le sultan forien à montrer certains ménagements envers elles : ʿAli

Dinâr a eu d’ailleurs des révoltes à réprimer et la dernière en date est

celle de Kabkabiyé (1909).

* * * * *

[Note 1 : Le domaine de la langue arabe s’étend surtout à l’est du lac

Tchad ; mais elle est également employée au Bornou, et ce que rapporte

Elisée Reclus, d’après Rohlfs, ne correspond plus à la réalité. « En

comparaison du kanouri, dit-il, l’arabe est une langue morte, respectée,

mais hors d’usage. De même que le peuple qui le parle, il a perdu de son

influence dans la partie du monde soudanien dont le lac Tzâdé occupe la

dépression centrale. A la cour de Kouka, l’arabe n’est plus le langage

officiel et même ceux qui le savent affectent de se le faire traduire

par un interprète. » (Tome XII, p. 706.) Il est certain que, depuis

lors, l’arrivée, dans le pays, de Rabaḥ et de ses Arabes Dialiin et

Taaïché a beaucoup contribué à élargir le champ de la langue arabe,

laquelle continuera vraisemblablement à gagner du terrain. D’une façon

générale, d’ailleurs, l’arabe est très répandu en Afrique, surtout dans

la partie septentrionale. Pour donner une idée de l’extension de cet

idiome, nous ne saurions mieux faire que de citer les lignes suivantes

de Robert Cust. Alors que les autres langues sont souvent localisées,

« l’arabe étend son influence bien au-delà des limites des populations

stables des divers royaumes. C’est le véhicule de la pensée à travers la

plus grande partie de l’Afrique, qu’il soit parlé par les Bédouins

nomades qui surprennent les voyageurs par leur apparition inattendue, ou

par les conquérants envahisseurs comme le sultan de Zanzibar, par des

trafiquants entreprenants comme les marchands d’esclaves qui sont

généralement des Arabes avilis, ou bien par les races dominatrices du

centre de l’Afrique ; enfin c’est l’instrument de la propagation du

mahométisme et de toute civilisation quelconque en dehors de celle qui

résulte du contact des Européens ». Robert Cust, _Les langues

d’Afrique_, p. 44.]

[Note 2 : Dans la région du Ouadaï, les indigènes musulmans qui ne sont

pas Arabes sont désignés sous le nom de _Nouba_, sing. _Noubaï_. Les

fétichistes sont appelés _Kirdi_, sing. _Kirdaï_.]

[Note 3 : Les Kouri sont musulmans et l’islamisme fait des progrès chez

les Boudouma.]

[Note 4 : M. René Basset nous signale, à l’appui de ce que nous venons

de dire sur la propagation de l’islâm grâce à la paix imposée par les

Européens, l’opinion de C. H. Becker, professeur à l’Institut Colonial

de Hambourg : « Ist der Islam eine Gefahr für unsere Kolonien : L’islam

est-il un danger pour nos colonies ? » _Koloniale Rundschau_, mai 1909,

p. 266-293. Du reste, les Allemands se montrent inquiets des progrès

incessants que fait la religion musulmane dans leurs colonies d’Afrique,

surtout dans celle de l’Est africain. En 1907, il y eut une certaine

agitation religieuse dans les pays de la rive gauche du Chari qui

appartiennent à la colonie allemande du Cameroun.]

[Note 5 : « Le nègre qui se convertit à l’Islam croit s’élever d’un

degré parmi les hommes. » Elisée Reclus, _L’Homme et la Terre_, t. VI,

p. 400.]

[Note 6 : Nous mettons à part les Oulâd Slimân, lesquels, comme nous

l’avons déjà vu, sont appelés _Wassili, Wassal, Ouachila, Minimini_.]

[Note 7 : La terminaison _gué_ est l’indice du pluriel : il reste donc

le radical _Sow, Soa, Choa_. Les Boulala emploient d’ailleurs aussi le

mot _Choua_, comme les Baguirmiens.]

[Note 8 : Le mot arabe _chaé, chiwah_, signifie : brebis, mouton, espèce

ovine. _Chaouia_ veut donc dire : pasteurs de moutons.]

[Note 9 : Tome III, p. 157.]

[Note 10 : D’Escayrac de Lauture : _Mémoire sur le Soudan_.]

[Note 11 : Vivien de Saint-Martin, _Nouveau dictionnaire de géographie

universelle_ : article « Choua ». Il est exact, en effet, que l’histoire

ne signale aucune émigration arabe dans cette partie de l’Afrique : un

mouvement de cette nature n’aurait pu cependant passer inaperçu. M. René

Basset croit que la présence de tribus arabes dans le Soudan peut

s’expliquer par des razzias menées dans ce pays ou par des infiltrations

successives mais bien postérieures à l’islam.]

[Note 12 : Dans la langue des For, _Solong_ signifie : Arabe, bédouin.]

[Note 13 : Tribu arabe خزامة.]

[Note 14 : Ḥassan l’Occidental.]

[Note 15 : M. René Basset nous fait remarquer que ʿAbd el Moṭṭaleb était

aussi bien le grand-père de ʿAli (par Abou Ṭâleb, père de celui-ci) que

de Moḥammed (par ʿAbdallah, père de ce dernier). Abou Ṭâleb et ʿAbdallah

étaient deux des fils de ʿAbd el Moṭṭaleb.

ʿAbd el Moṭṭaleb

|

+-------------------+

ʿAbdallah Abou Ṭâleb

| |

Moḥammed ʿAli

]

[Note 16 : Tome I, p. 687.]

[Note 17 : Tome II, p. 436.]

[Note 18 : _abbala_, éleveurs de chameaux ; _baggara_, éleveurs de

bœufs.]

[Note 19 : Nous parlons ici d’une façon générale. Il est bien évident

qu’on ne passe pas brusquement d’un groupe à l’autre et que les

transitions existent. C’est ainsi, par exemple, que les Dagana, Beni-

Ouaïl et autres ont de beaux troupeaux de vaches et de moutons.]

[Note 20 : هما عرب هونين ما حرين مثلنا هما مثل الكردى.]

[Note 21 : Entre Massakory et Tchoukla.]

[Note 22 : ذا كلامنا : c’est notre langage.]

[Note 23 : _Mémoire sur le Soudan_.]

[Note 24 : « Il est remarquable que les Kanouri, ou indigènes du Bornou,

désignent communément les Choa sous la dénomination de _Karda_, qui

ressemble singulièrement à celle de _Kardi_, par laquelle on désigne,

dans le Bornou et le Baguirmi, tous les noirs idolâtres ». Vivien de

Saint-Martin. — Avant notre arrivée dans le pays, il n’y avait guère que

les Oulâd Slimân qui, par terme de mépris, appelaient quelquefois

_Kerâda_ (infidèles) tous les autres indigènes. Ils faisaient d’ailleurs

exception pour les Choa, qu’ils appelaient Benou Ḥassen et envers

lesquels ils montraient quelques ménagements.]

[Note 25 : Nachtigal, t. III, p. 449.]

[Note 26 : Cf. un article de Hartmann, _Schoa und Tundscher_ (_Der

islamische Orient_, t. I, p. 29-31) et C. H. Becker, _Zur Geschichte der

östlichen Sudan_ (_Der Islam_, 1re année, fasc. II). Il signale une

double émigration, l’une du Nord et l’autre de l’Est, et voit dans

Toundjour l’altération du mot arabe تجار, les marchands.]

[Note 27 : La maison-mère de l’ordre de Sidi-Aḥmed-Tidjâni est près de

Laghouat, à ʿAïn Madhi. Sa plus importante succursale est Temacin, près

de Touggourt. Cette confrérie a pour affiliés beaucoup de Tunisiens et

les populations du pays de Ségou et du Fouta, ainsi qu’un grand nombre

de Touaregs.]

[Note 28 : Un moyen très simple de reconnaître les Senoussia : ils

prient les bras croisés, au lieu de les garder étendus le long du corps,

comme le font tous les autres Malékites. On accusa d’ailleurs le cheïkh

Senoussi d’être motazélite. Il n’en était rien, et, selon Moḥammed el

Hachaïchi, il avait coutume de dire : « Ce que j’aime le mieux, après

Dieu, le Prophète et les quatre khalifes, c’est l’imam Malek ».]

[Note 29 : Les indigènes avouent également que, avant notre arrivée dans

le pays, ils ne savaient point ce qu’étaient les _nesara_ (chrétiens).

Dans sa relation de voyage, Nachtigal signale cette ignorance à

plusieurs reprises. C’est pourquoi les gens du Kanem ont cru pendant

longtemps, ou même continuent à croire, que l’explorateur Von Beurmann

était un Juif (_ihoudi_).]

[Note 30 : انا تجانى : je suis un adepte de la Tidjânïa.]

[Note 31 : Citons, en passant, l’appréciation que le lieutenant

Delacommune portait sur les habitants d’un village arabe du Fitri, où il

avait demandé des animaux porteurs : « Dans un village arabe où je

savais qu’il y en avait (des animaux porteurs), j’ai palabré deux heures

et demie environ. Quelles vilaines gens que ces Arabes, faux et

cauteleux ! Ils promettent tout ce qu’on veut, font toutes les bassesses

possibles, mais se gardent bien de tenir leurs promesses. Les

tirailleurs bouillaient d’impatience et voulaient mettre à sac le

village. » (Lettres du lieutenant Delacommune, _Bulletin du Comité de

l’Afrique française_, 1910).]

[Note 32 : « D’où leur nom de Choa. Ce mot me paraît venir de l’arabe

chaoua شوى, brebis, et signifie les « pasteurs » nomades en opposition

aux sédentaires. » (Note de M. René Basset). C’est aussi l’opinion de

MM. Hartmann et Becker, _op. laud._]

[Note 33 : Nous signalerons, à ce sujet, le rôle que joue l’urine de

vache dans la fabrication du beurre. Il n’est pas rare, au moment où

l’un de ces animaux urine, de voir une femme arabe recueillir le

précieux liquide dans une calebasse. Ces habitudes ne sont d’ailleurs

pas particulières aux Arabes. Pour beaucoup d’indigènes, la vache semble

être l’animal-fétiche, dont tous les produits sans exception peuvent

être utilisés : urine pour faire le beurre, bouse pour sécher les

plaies, etc. Un matin que nous étions sur les bords du lac, dans un

campement kouri, une vache se mit à uriner à peu de distance de nous,

immédiatement un Kanembou se précipita pour se laver la figure à cette

fontaine d’un nouveau genre. La chose nous étonna fort, d’autant plus

que l’eau ne manquait pas dans le baḥr d’à-côté. Aux questions que nous

lui posâmes à ce sujet, le Kanembou se contenta de répondre : « _boul el

beguera semèh bel hèn_, l’urine de vache est quelque chose

d’excellent ».

Schweinfurth rapporte, du reste, les mêmes détails à propos des Dinka,

bergers riverains du haut Nil (_Au cœur de l’Afrique_, traduction

Loreau, tome I, pages 160-164). Tout ce qu’il dit de ces nègres peut, à

quelques différences près, s’appliquer aux Arabes. « Les Dinkas n’ont

pas d’autre pensée que d’acquérir des bêtes bovines, pas d’autre

ambition que de les multiplier. Ils paraissaient avoir pour elles une

sorte de respect ; même leurs excréments sont considérés dans le pays

comme une chose de grande importance. La bouse, ainsi que nous l’avons

vu, est réduite en cendres, qui forment la couche sur laquelle on dort,

et le badigeon dont on se revêt ; l’urine est employée au nettoyage des

vases culinaires, elle entre dans les cosmétiques et remplace le

sel....... Jamais une bête bovine n’est abattue ; on ne mange que celles

qui périssent de mort naturelle (les musulmans ne les mangent pas), ou

par accident..... Les Dinka n’ont aucune répugnance à manger d’un bœuf

que l’on a tué, quand l’animal n’était pas à eux. C’est donc pour le

plaisir de les posséder, plutôt que par superstition, qu’ils respectent

leurs troupeaux. Le chagrin qu’éprouve un Dinka de la perte de son

bétail, soit par la mort, soit par le vol, est indescriptible..... Quand

on leur demande à quoi leur sert d’avoir des bœufs, ils vous répondent

qu’il leur suffit de les voir engraisser et embellir. » Le colonel

Largeau (Les Dinka : _Bulletin du Comité de l’Afrique française_, 1910)

confirme les renseignements donnés par l’explorateur et ajoute : « Quant

au lait lui-même, malheur à la jeune femme qui par mégarde en répand

quelques gouttes ! Elle peut être frappée de stérilité, ce qui, chez les

dames dinkas, est une infirmité très mal portée ».

Schweinfurth fait remarquer, au surplus, que ces diverses coutumes se

retrouvent chez beaucoup de tribus pastorales d’Afrique.]

[Note 34 : Les prépuces sont placés dans des petites boîtes et

enterrés.]

[Note 35 : Chanson arabe.]

[Note 36 : Le pagne blanc peut être remplacé par une natte toute neuve,

blanche par conséquent (_brich abied_).]

[Note 37 : Les yous-yous des femmes (_zakharat, korrorat_) sont des cris

de joie, dans les tams-tams et les fêtes, et des cris d’alerte en temps

ordinaire. Dans ce dernier cas, tous les hommes valides prennent leurs

armes et se précipitent vers l’endroit d’où partent les cris (il existe,

à ce point de vue, une très grande solidarité entre habitants d’un même

village ou d’un même campement) : les femmes et les jeunes filles se

réunissent alors en dehors des cases, dans la direction prise par les

hommes, se rangent en ligne et commencent à pleurer et à se lamenter par

anticipation, quittes d’ailleurs à sécher immédiatement leurs larmes si

aucun événement fâcheux ne s’est produit.]

[Note 38 : Arabes rouges.]

[Note 39 : Arabes gris.]

[Note 40 : « D’une façon générale, les vêtements misérables des femmes

choua sont d’une malpropreté révoltante et semblent avoir été trempés

dans l’huile ou dans du beurre fondu ». Foureau.]

[Note 41 : Les maladies des yeux sont très fréquentes chez les Arabes,

surtout chez les nomades : cela tient principalement, croyons-nous, au

manque de propreté corporelle et à la poussière soulevée par le vent du

désert.]

[Note 42 : Les Arabes ont généralement la tête rasée : certaines tribus

laissent toutefois pousser leurs cheveux et les arrangent en petites

tresses, à la mode ouadaïenne. Les enfants ont une ou plusieurs touffes

de cheveux longs. En signe de deuil, les hommes laissent pousser leurs

cheveux et les femmes ne tressent plus leur chevelure.]

[Note 43 : Capitaine Rivière : _Notice sur le Cercle de Moïto_ (_Revue

des Troupes Coloniales_, année 1907).]

[Note 44 : « Nous sommes des Arabes misérables. Nous n’avons pas de

bétail. Ici, y a-t-il du bétail ?... Là-bas, au Bornou, les Arabes ont

de nombreux esclaves, beaucoup de vêtements, beaucoup de thalers et du

bétail aussi nombreux que les grains de sable ».]

[Note 45 : « Les Français ne connaissent que la voie droite, la voie de

la justice. »]

[Note 46 : « Il y a aussi dans notre entourage un homme qui se trouvait

déjà depuis quelque temps avec Joalland. Il se nomme Diagara, c’est le

frère de l’ancien chef de Goulfeï mis à la porte par Rabah. C’est un

grand gaillard très maigre, très actif, très ambitieux et de plus fort

intelligent. Il parle un peu l’arabe et je l’emploie parfois pour

recueillir des renseignements. » (Foureau, _D’Alger au Congo par le

Tchad_, p. 688.)]

[Note 47 : A propos du Bornou allemand, citons quelques lignes d’un

article de la _Tägliche Rundschau_, dans lequel l’ancien gouverneur du

Cameroun, M. de Puttkamer, se montrait favorable à la cession de la

« Tête-de-Canard » à la France. « Si la France désire vraiment ces

territoires, on peut lui donner le Bornou allemand avec Dikoa, la région

du Choa et les villages de Goulfeï et de Koussri. Ces pays ne possèdent

pas une valeur économique bien grande..... Sans doute, ce serait dommage

de faire cette cession. Le geste ne serait pas très beau et

n’accroîtrait pas notre prestige aux yeux des tribus. Cependant, nous le

répétons, ce sont des territoires isolés, sans communications avec les

régions du Mandara et de l’Adamaoua. On dira que les Haoussa y ont un

certain commerce ; c’est exact, mais il ne faut pas trop en parler.

L’inondation du Chari y dure six mois de l’année et empêche tout trafic.

Je me rappelle que lorsque j’ai voyagé dans ce pays la route de Marna à

Koussri était impraticable.

« Le Bornou allemand avec Dikoa, c’est une petite partie du grand empire

du Bornou dont le centre est dans la Nigéria anglaise. Ce pays gravite

dans la colonie voisine.....

« Il faut donc conclure que le Bornou allemand n’est pas indispensable

au Cameroun. Les régions habitées par les Arabes du Choa sont sans

valeur ; il en est de même de la région inondée par le Chari. Nous

pouvons aussi renoncer, à la rigueur, à Goulfeï et à Koussri ; ce serait

grand dommage, il est vrai, d’abandonner des tribus qui ont monté avec

nous la garde sur le Chari. C’est mon ami Diagara qui serait surtout à

plaindre. Il ne possède qu’un territoire assez petit, mais il est

turbulent et le commandant français de Fort-Lamy ne l’aime guère. Quant

au territoire de Musgu, je ne sais pas s’il a la valeur qu’on lui

attribue. »

M. de Puttkamer souhaitait cependant voir l’Allemagne conserver les

montagnes du Mandara, « probablement riches en or ».

L’accord congolais, qui vient d’être signé tout récemment, porte que

l’Allemagne cède à la France les territoires compris entre le Chari à

l’Est et le Logone à l’Ouest (le Bec-de-Canard). De plus, nous obtenons

certaines facilités pour le ravitaillement des pays du Tchad par la voie

de la Bénoué et du Mayo Kébi, et les autorités allemandes n’apporteront

aucune entrave au passage des troupes françaises, de leurs armes ou de

leurs munitions.]

[Note 48 : C’est à tort que Nachtigal range les Qawalma et les Assâlé

parmi les Arabes abbala.]

[Note 49 : « Les Arabes bédouins ouadayens sont d’un teint plus clair

que les bédouins fôriens ; la tribu des Mahâmyd, au nord-ouest du

Ouadaï, a presque la nuance claire des Égyptiens ». Moḥammed el Tounesi,

_Voyage au Ouadaï_, p. 400.]

[Note 50 : De nombreux Arabes du Ouadaï (Oulâd Rachid, Khouzam,

Missiriyé, etc.), fuyant les exactions des aguids ouadaïens, s’étaient

réfugiés au Fitri. En partie abbala, ils hivernaient au Baḥr el Ghazal

et passaient la saison sèche au Fitri. La prise d’Abéché et l’occupation

du Ouadaï leur ont permis de retourner sur leurs anciennes terres

(Argana, Er Rouhoud, etc.).]

[Note 51 : Les Choa s’habillent souvent à la mode bornouane et portent

le petit bonnet blanc ou bleu.]

[Note 52 : _Voyage au Ouadaï_, p. 109.]

LES HASSAOUNA

* * * * *

Nous avons déjà vu que les Ḥassaouna étaient les descendants des Arabes

venus par la route du Nord, sous la conduite de Ḥassen eṣ Ṣeghir el

Gharbi. Pour montrer le degré de parenté des tribus qui constituent ce

groupe, nous allons donner une certaine généalogie, que nous avons

établie tant bien que mal avec celles qui nous ont été présentées.

Il y a quelques variantes, que nous signalons. Quoiqu’on puisse penser

de cette généalogie, elle aura du moins l’avantage de grouper les tribus

ḥassaouna d’une manière rationnelle.

Les Ḥassaouna sont bien moins nombreux que les Arabes du groupe venu de

l’est (Salamat, Oulâd Râchid, Hémat, Khouzam, etc.). Ils sont

probablement arrivés après ces derniers dans la région du Tchad : la

tradition rapporte, en effet, que les Boulala s’étaient déjà mélangés

aux Hémat avant d’envahir le Kanem, et que les rois de ce pays, obligés

de se réfugier au Bornou, furent secondés par les Djo’ama (Oulâd Râchid)

et les Êssela (Salamat) dans leurs luttes contre les Sô[53].

ʿAli el Kerrar

Ḥassan es Sebtihé

ʿAbdoullahi

Meḥemmed

Ḥassan Asani

ʿAbdoullahi el Mahdi

Mousa el Djaouniou[54]

Daoud

ʿAbdoullahi

Meḥemmed

Yahya ez Zaït

ʿAbdoullahi

Meḥemmed

Ḥassan eṣ Ṣeghir ’alamethou mekata ’azeha Allah, el Gharbi[55]

|

+------------------+----------+-------+-----------------+

| | | |

Ouaïl Rouïes (Ghebes) Issé Ghadêr[56]

|

Gâlem ou Ghânem[57]

|

’Aouada

|

+---------------+------------++-----------+--------------+

| | | | |

Serrâr[58] Meḥâreb Salem ’Amer Ali el Êsselé

|

+----------------------------+

| |

ʿOthman abou Diguen[59] ʿAli el ʿAouân

(M. René Basset nous fait remarquer que cette généalogie est bien

connue. C’est celle d’ʿAli et de son fils aîné. ʿAli était cousin et

gendre de Moḥammed, dont il avait épousé la fille Faṭimah. Il eut pour

fils El Ḥasan, qui eut pour fils El Ḥasan es Sibt, etc. La généalogie

que nous donnons est incomplète.)

Après la dispersion des tribus du groupe oriental, les Hassaouna

occupèrent la région comprise entre le Chari, le Kanem et le Baḥr el

Ghazal, où ils vécurent sous l’autorité successive simultanée du Bornou,

du Baguirmi et du Ouadaï. Ces Arabes, comme tous les nomades, étaient

très turbulents et passaient leur temps à se piller et à se battre. Des

rivalités éclatèrent entre tribus ou même entre fractions d’une même

tribu. Certains Ḥassaouna franchirent le Chari, à la recherche d’un pays

moins troublé que celui de la rive droite : d’autres suivirent et la

majorité du groupe se trouva ainsi transportée au Bornou. Les migrations

successives et l’intervention de puissants voisins modifièrent souvent

la situation respective des tribus ; nous signalerons celles qui, à un

moment donné, ont exercé une sorte de prééminence.

D’une façon générale, les Ḥassaouna se sont conservés plus purs que

certaines tribus du groupe oriental (Salamat, Hémat), depuis plus

longtemps qu’eux au contact avec les populations noires. Ils se sont

toutefois sérieusement mélangés aux autres indigènes : Kanouri, Kotoko,

Kouri, Gourân, Toundjour, Kanembou, etc. Les plus purs d’entre eux, chez

les Beni-Ouaïl, par exemple, se trouvent au Dagana et au Kanem. Les

alliances avec des éléments étrangers devenant de plus en plus

fréquentes, on peut prévoir le temps où il n’y aura plus de Ḥassaouna au

teint clair. A l’appui de ce que nous avançons, nous citerons l’exemple

des Dagana : Nachtigal, qui parle dans sa relation du teint

« étonnamment clair » de ces Arabes, serait fort étonné de voir le

changement qui s’est produit en une trentaine d’années.

On range souvent sous les noms de Ghaoualma (ou Qaoualma) et ’Aouada les

tribus qui se réclament de Râlem et ’Aouada. Sont ainsi appelées les

tribus suivantes : Oulâd Meḥâreb, Oulâd Serrâr, Oulâd Salem, Oulâd

’Amer, Assâlé, Dagana, Oulâd el ʿAouân, Oulâd Manṣour, Oulâd Amiré, etc.

=Oulâd Meḥâreb.= — Ne se trouvent qu’au Bornou et au Kanem. Ils

habitaient autrefois, en compagnie des Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân,

Assâlé et Dagana, la région comprise entre le Chari et le Baḥr el

Ghazal. Les Toundjour, installés au Kanem, recevaient un tribut de tous

ces Arabes, qui étaient alors nomades. Des querelles fréquentes

divisaient les tribus. Les Oulâd Meḥâreb, qui avaient eu quelque

puissance au temps du cheïkh Kidjémi oueld Damir, furent vaincus et

pillés par les Dagana, aidés par les Ouadaïens. Oulâd Serrâr, Oulâd el

ʿAouân et Assâlé subirent d’ailleurs le même sort. Les Oulâd Meḥâreb

passèrent ensuite au Bornou.

La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2) · 第 2 / 22 段