AIR: _J'ai vu partout dans mes voyages._

Ce qui dans le jour m'intéresse,

La nuit occupe mon repos.

Ainsi donc je rêve sans cesse

À la gloire de mon héros.

Les songes, dit-on, sont des fables,

Mais, quand c'est de lui qu'il s'agit,

J'en fais que l'on trouve incroyables,

Et sa valeur les accomplit.

On peut trouver dans les Mémoires de Bourrienne des détails

sur les représentations de la Malmaison. Le vaudeville était

fort à la mode à cette cour. C'était toute la littérature de

la jeunesse de beaucoup de personnages du temps. (P. R.)]

Il était assez curieux de voir de quel ton chacun se disait le soir:

«L'empereur a ri, l'empereur a applaudi...» et comme nous nous en

félicitions! Moi, particulièrement, qui ne l'abordais plus qu'avec une

certaine réserve, je me retrouvai tout à coup dans une meilleure

position vis-à-vis de lui, par la manière dont j'avais rempli le rôle

d'une vieille paysanne qui rêvait toujours que son héros ferait des

choses incroyables, et qui voyait les événements surpasser ce qu'elle

avait rêvé. Après le spectacle, il me fit quelques compliments; nous

avions tous joué de coeur, et il semblait un peu ému. Quand il

m'arrivait de le voir ainsi, saisi comme à l'improviste par une sorte de

détente et d'attendrissement, il me prenait des envies de lui dire: «Eh

bien, laissez-vous faire et consentez quelquefois à sentir et à penser

comme un autre.» J'éprouvais, dans ces occasions trop rares, un vrai

soulagement; il semblait qu'une espérance nouvelle vînt tout à coup se

raviver en moi. Ah! que les grands sont facilement maîtres de nous, et

par combien peu de frais ils pourraient se faire aimer!

Peut-être cette réflexion m'est-elle déjà échappée; mais je l'ai faite

si souvent pendant douze années de ma vie, elle me presse encore

tellement aujourd'hui, quand j'interroge mes souvenirs, qu'il n'est pas

extraordinaire qu'elle m'échappe plus d'une fois.

Mémoires de madame de Rémusat (2/3) publiées par son petit-fils, Paul de Rémusat · 第 18 / 30 题