CHAPITRE XV.

(1805.)

Bataille d'Austerlitz.--L'empereur Alexandre.--Négociations.--Le prince

Charles.--M. d'André.--Disgrâce de M. de Rémusat.--Duroc.--Savary.--Traité

de paix.

L'arrivée de l'armée russe, et la rigueur des conditions imposées par le

vainqueur, avaient déterminé l'empereur d'Autriche à tenter encore une

fois la voie des armes. Ayant donc rassemblé ses forces et joint

l'empereur Alexandre, il attendait Bonaparte qui marchait de son côté

pour le rencontrer. Ces deux armées immenses se joignirent en Moravie,

près du petit village d'Austerlitz, jusque alors inconnu, et devenu à

jamais célèbre par une si mémorable victoire. Ce fut le 1er décembre que

Bonaparte résolut de livrer bataille le lendemain, anniversaire de son

couronnement.

Le prince Dolgorouki avait été envoyé à notre quartier général par le

czar, pour offrir des propositions de paix qui, si l'empereur a dit vrai

dans ses bulletins, ne pouvaient guère être écoutées par un vainqueur,

maître de la capitale de son ennemi. À l'en croire, on exigeait la

reddition de la Belgique, et que la couronne de Fer passât sur une autre

tête. On fit parcourir à l'envoyé une partie de l'armée qu'on avait,

exprès, laissée dans le désordre, et il fut trompé, et trompa les

empereurs dans les récits qu'il leur fit.

Le bulletin, qui rend compte de ces deux journées du 1er et du 2

décembre, rapporte que l'empereur, vers le soir, rentrant dans son

bivouac, dit: «Voilà la plus belle soirée de ma vie. Mais je regrette de

penser que je perdrai bon nombre de ces braves gens. Je sens, au mal que

cela me fait, qu'ils sont véritablement mes enfants; et en vérité, je me

reproche ce sentiment, car je crains qu'il puisse me rendre inhabile à

faire la guerre.»

Le lendemain, en haranguant ses soldats: «Il faut, leur dit-il, finir

cette campagne par un coup de tonnerre. Si la France ne peut arriver à

la paix qu'aux conditions proposées par l'aide de camp Dolgorouki, la

Russie ne les obtiendrait pas, quand même son armée serait campée sur

les hauteurs de Montmartre.» Il était écrit, cependant, que ces mêmes

armées y camperaient un jour, en effet, et qu'Alexandre verrait à

Belleville un messager de Napoléon venir lui offrir telle paix qu'il

voudrait lui dicter.

Je ne copierai point ici le récit de cette bataille qui a fait un

honneur réel à nos armes; on le trouvera dans _le Moniteur_, et

l'empereur de Russie, avec cette noble sincérité qui le caractérisé, a

dit qu'on ne pouvait rien comparer aux dispositions prises par

l'empereur pour le succès de cette journée, à l'habileté de ses

généraux, et à l'ardeur du soldat français. L'élite des trois nations se

battit avec acharnement; les deux empereurs furent obligés de fuir, pour

éviter d'être pris, et sans les conférences du lendemain, il paraît que

la retraite de celui de Russie eût été fort difficile.

L'empereur dicta, presque sur le champ de bataille, le récit de tout ce

qui se passa le 1er, le 2 et le 3. Il en écrivit même une partie, et ce

rapport fait avec précipitation, mais cependant détaillé et très curieux

encore aujourd'hui, par l'esprit dans lequel il fut conçu, gros de

vingt-cinq pages, couvert de ratures, de renvois, sans ordre, et

souvent sans clarté, fut envoyé à Vienne à M. Maret, avec l'ordre de le

rédiger promptement pour le dépêcher au _Moniteur_ de Paris.

Aussitôt que M. Maret eut reçu ce paquet, il se hâta de le communiquer à

M. de Talleyrand et à M. de Rémusat. Tous trois, qui habitaient alors le

palais de l'empereur d'Autriche, se renfermèrent dans l'appartement même

de l'impératrice, que M. de Talleyrand occupait, pour le déchiffrer et

le mettre en ordre. L'écriture de l'empereur, toujours fort difficile à

lire et souvent sans orthographe, rendait ce travail assez long.

Ensuite, il fallait rétablir l'ordre des faits, et changer des

expressions trop incorrectes contre d'autres plus convenables, et,

d'après l'avis de M. de Talleyrand et à la grande terreur de M. Maret,

retrancher des paroles par trop humiliantes pour les souverains

étrangers, et des éloges si directs, qu'on pouvait s'étonner que

Bonaparte se les fût donnés lui-même.

Cependant, on eut soin de conserver certaines phrases soulignées et

auxquelles par conséquent il paraissait mettre de l'importance. Ce

travail dura plusieurs heures, et intéressa M. de Rémusat, en lui

donnant le moyen d'observer quelle différence de système, pour servir

l'empereur, suivaient les deux ministres avec lesquels il se trouvait.

Après la bataille, l'empereur François avait demandé une entrevue qui se

passa au bivouac. «C'est, disait Bonaparte, le seul palais que j'habite

depuis deux mois.--Vous en tirez si bon parti, répondait l'empereur

d'Autriche, qu'il doit vous plaire.»

On assure (_rapporte encore le bulletin_) que l'empereur a dit en

parlant de l'empereur d'Autriche: «Cet homme me fait faire une faute,

car j'aurais pu suivre ma victoire, et prendre toute l'armée russe et

autrichienne; mais, enfin, quelques larmes de moins seront versées.»

Il paraît clair, par ce bulletin même, que le czar y est ménagé. Voici

comment on rend compte de la visite que l'aide de camp Savary fut chargé

de lui rendre:

«L'aide de camp de l'empereur avait accompagné l'empereur d'Allemagne,

après l'entrevue, pour savoir si l'empereur de Russie adhérait à la

capitulation. Il a trouvé les débris de l'armée russe sans artillerie,

ni bagages, et dans un épouvantable désordre. Il était minuit; le

général Meerfeld avait été repoussé de Goeding par le maréchal Davout,

l'armée russe était cernée, pas un homme ne pouvait s'échapper. Le

prince Czartoryski introduisit le général Savary près de l'empereur.

«--Dites à votre maître, lui cria ce prince, que je m'en vais; qu'il a

fait hier des miracles; que cette journée a accru mon admiration pour

lui; que c'est un prédestiné du ciel; qu'il faut à mon armée cent ans

pour égaler la sienne. Mais puis-je me retirer avec sûreté?--Oui, sire,

lui dit le général, si Votre Majesté ratifie ce que les deux empereurs

de France et d'Allemagne ont arrêté dans leur entrevue.--Et

qu'est-ce?--Que l'armée de Votre Majesté se retirera chez elle par les

journées d'étapes qui seront réglées par l'empereur, et qu'elle évacuera

l'Allemagne et la Pologne autrichienne. À cette condition, j'ai ordre de

l'empereur de me rendre à nos avant-postes qui vous ont déjà tourné, et

d'y donner des ordres pour protéger votre retraite, l'empereur voulant

respecter l'ami du premier consul.--Quelle garantie faut-il pour

cela?--Sire, votre parole.--Je vous la donne.»

»Cet aide de camp partit sur-le-champ au grand galop, se rendit auprès

du maréchal Davout auquel il donna l'ordre de cesser tout mouvement et

de rester tranquille. Puisse cette générosité de l'empereur de France ne

pas être aussitôt oubliée en Russie que le beau procédé de l'empereur

qui renvoya six mille hommes à l'empereur Paul, avec tant de grâce et de

marques d'estime pour lui!»

Le général Savary avait causé une heure avec l'empereur de Russie, et

l'avait trouvé tel que doit être un homme de coeur et de sens, quelques

revers d'ailleurs qu'il ait éprouvés.

Ce monarque lui demanda des détails sur la journée: «Vous étiez

inférieurs à moi, lui dit-il, et cependant vous étiez supérieurs sur

tous les points d'attaque.--Sire, répondit le général, c'est l'art de la

guerre et le fruit de quinze ans de gloire. C'est la quarantième

bataille que donne l'empereur.--Cela est vrai, c'est un grand homme de

guerre. Pour moi, c'est la première fois que je vois le feu. Je n'ai

jamais eu la prétention de me mesurer avec lui.--Sire, quand vous aurez

de l'expérience, vous le surpasserez peut-être.--Je m'en vais donc dans

ma capitale; j'étais venu au secours de l'empereur d'Allemagne, il m'a

fait dire qu'il est content; je le suis aussi[27].»

[Note 27: Toutes ces anecdotes sont rapportées dans les

trentième et trente et unième bulletins de la grande armée,

datés d'Austerlitz, 12 et 14 frimaire an XIV (3 et 5 décembre

1806), pages 543 et 555 du vol. XI de la correspondance de

Napoléon Ier, publiée par ordre de l'empereur Napoléon III.

(P. R.)]

On s'est souvent demandé, dans ce temps-là, par quelle raison

l'empereur, en effet, ne poussa point la victoire, et consentit à la

paix après cette bataille, car cette raison donnée dans _le Moniteur_,

de quelques larmes de moins qui seraient versées, ne fut sûrement pas le

vrai motif de sa réserve.

Faut-il conclure que la journée d'Austerlitz lui coûta assez pour lui

inspirer de la répugnance à en risquer une semblable, et que l'armée

russe n'était pas si complètement défaite qu'il voulut le faire croire?

Ou bien que, cette fois encore, comme il disait lui-même, lorsqu'on lui

demandait pourquoi il avait mis un terme à la marche victorieuse, lors

du traité de Leoben: «C'est que je jouais au vingt et un, et je me suis

tenu à vingt»? Faut-il penser que Bonaparte, empereur depuis un an

seulement, n'osait point encore sacrifier le sang des peuples, comme il

l'a fait depuis, et que, surtout à cette époque, plein de confiance en

M. de Talleyrand, il cédait plus volontiers à la politique modérée de

son ministre? Peut-être aussi crut-il avoir, par cette campagne, plus

affaibli qu'il ne le fit réellement la puissance autrichienne; car il

lui arriva de dire, quand il fut de retour à Munich: «J'ai encore laissé

trop de sujets à l'empereur François.»

Quels qu'aient été ses motifs, il faut lui savoir gré de cet esprit de

modération qu'il sut conserver au milieu d'une armée échauffée par la

victoire, et qui se montrait en ce moment très ardente à prolonger la

guerre. Les maréchaux, et tous les officiers qui entouraient l'empereur,

s'efforçaient de le pousser à continuer la campagne; sûrs de vaincre

partout, ils demandaient de nouveaux combats, et en ébranlant les

intentions de leur chef, ils suscitèrent à M. de Talleyrand tous les

embarras qu'il avait prévus.

Ce ministre, mandé au quartier général, eut à combattre la disposition

de l'armée. Seul, il soutint qu'il fallait conclure la paix, que la

puissance autrichienne était nécessaire à la balance de l'Europe; et,

dès cette époque, il disait: «Quand vous aurez affaibli les forces du

centre, comment empêcherez-vous celles des extrémités, les Russes, par

exemple, de se ruer sur elles?» À cela, on lui répondait par des

intérêts particuliers, par un désir personnel et insatiable de toutes

les chances de fortune que la continuation de la guerre pouvait offrir,

et quelques-uns, connaissant assez bien le caractère de l'empereur,

disaient: «Si nous ne terminons pas cette affaire sur-le-champ, vous

nous verrez plus tard commencer une nouvelle campagne.» Quant à lui,

agité par des opinions si diverses, mû par le goût des batailles qu'il

avait encore, excité par sa défiance qui ne le quittait jamais, il

laissait voir à M. de Talleyrand, quelquefois, le soupçon qu'il n'eût

quelque intelligence secrète avec le ministère autrichien, et qu'il ne

lui sacrifiât les intérêts de la France. M. de Talleyrand répondait avec

cette fermeté qu'il sait mettre dans les grandes affaires, quand il a

pris un parti: «Vous vous trompez. C'est à l'intérêt de la France que je

veux sacrifier l'intérêt de vos généraux dont je ne fais aucun cas.

Songez que vous vous rabaissez en disant comme eux, et que vous valez

assez pour n'être pas seulement militaire.»

Cette manière d'élever Bonaparte en dépréciant autour de lui ses anciens

compagnons d'armes, flattait l'empereur, et c'est par une telle adresse

qu'il finissait par l'amener à ses fins. Il parvint enfin à le

déterminer à l'envoyer à Presbourg, où les négociations devaient avoir

lieu; mais, ce qui est étrange et peut-être inouï, c'est que l'empereur,

en donnant à M. de Talleyrand des pouvoirs pour traiter, ne craignit

point de le tromper lui-même, et de lui préparer le plus grand embarras

que jamais négociateur ait éprouvé. Lors de l'entrevue des deux

empereurs après la bataille, l'empereur d'Autriche avait consenti à se

dessaisir de l'État vénitien; mais il avait demandé que le Tyrol, dont

la plus grande partie venait d'être conquise par Masséna, lui fût rendu,

et l'empereur, peut-être, malgré tout son empire sur ses émotions, un

peu troublé et comme détendu par la présence de ce souverain vaincu,

venant discuter lui-même ses intérêts sur le champ de bataille où

gisaient encore ses sujets immolés pour sa cause, n'avait pas pu se

montrer inflexible. Il avait abandonné ce Tyrol qu'on lui demandait.

Mais, dès que l'entrevue fut terminée, il s'en repentit, et en donnant à

M. de Talleyrand les détails des engagements qu'il avait pris, il lui

fit un secret de celui qui regardait cette province.

Cependant Bonaparte, après avoir vu partir son ministre pour Presbourg,

revint à Vienne, s'établir dans le palais de Schönbrunn. Là, il s'occupa

à passer en revue son armée, et à rétablir les pertes qu'il avait

faites, en reformant les corps à mesure qu'ils venaient tous se

soumettre à son inspection. Fier et satisfait de sa campagne, il se

montra alors d'assez bonne humeur avec tout le monde, traita bien toute

la partie de sa cour qu'il retrouva, et se complut à raconter les

merveilles de cette guerre.

Une seule chose lui donnait quelquefois de légers éclairs de mauvaise

humeur: Il s'étonnait du peu d'effet que sa présence produisait sur les

Viennois, et de la peine qu'il avait à les attirer autour de lui,

quoiqu'il les invitât à des spectacles et à des dîners au palais qu'il

habitait. Il s'étonnait de leur attachement pour un souverain vaincu et

bien inférieur à lui. Il lui arriva, une fois, d'en parler assez

ouvertement à M. de Rémusat: «Vous avez passé, lui dit-il, quelque temps

à Vienne, vous avez été à portée de les observer. Quel étrange peuple

est-ce donc, qu'il se montre comme insensible à la gloire et aux

revers?» M. de Rémusat, qui avait conçu une grande estime pour ce

caractère dévoué et attaché des Viennois, en fit l'éloge dans sa réponse

et peignit le dévouement à leur souverain dont il avait été témoin.

«Mais, enfin, reprit Bonaparte, ils ont quelquefois parlé de moi; que

disent-ils?--Sire, répondit M. de Rémusat; ils disent: «L'empereur

Napoléon est un grand homme, il est vrai; mais notre empereur est

parfaitement bon, et nous ne pouvons aimer que lui.» Ces sentiments, qui

résistaient à l'infortune, ne pouvaient guère être compris par un homme

qui ne trouvait de mérite que dans le succès. Quand, de retour à Paris,

il apprit quelle touchante réception les Viennois avaient faite à leur

empereur vaincu: «Quel peuple! s'écria-t-il. Si je rentrais ainsi dans

Paris, certes je n'y serais pas reçu de cette manière.»

L'empereur était de retour depuis quelques jours, quand, à la grande

surprise de tout le monde, on vit tout à coup revenir M. de Talleyrand.

Les ministres autrichiens, à Presbourg, n'avaient pas manqué de lui

parler du Tyrol[28], et forcé alors de convenir qu'il n'avait aucune

instruction à ce sujet, il venait en chercher, très mécontent de se voir

joué de cette manière. Quand il en parla à l'empereur, celui-ci répondit

que, dans un moment de complaisance, dont il se repentait, il avait

consenti à la demande de l'empereur François, mais qu'il était

parfaitement décidé à ne point tenir sa parole. M. de Rémusat, qui

voyait beaucoup M. de Talleyrand alors, m'a dit souvent qu'il était

réellement indigné. Non seulement il voyait la guerre prête à

recommencer, mais encore le cabinet de France était entaché d'une

perfidie dont une partie de la honte rejaillirait sur lui. Sa course à

Presbourg ne serait plus que ridicule, montrerait le peu de crédit qu'il

avait sur son maître, et détruirait cette considération personnelle

qu'il s'appliquait toujours à conserver en Europe. Les maréchaux

poussaient de nouveau leurs cris de guerre. Murat, Berthier, Maret, tous

ces flatteurs de la passion de l'empereur, voyant de quel côté il

penchait, le poussaient vers ce qu'ils appelaient _la gloire_. M. de

Talleyrand avait à supporter les reproches de tout le monde, et souvent

il disait avec amertume à mon mari: «Je ne trouve que vous ici qui me

témoigniez de l'amitié; il s'en faut de bien peu que ces gens-là ne me

regardent comme un traître.» Sa conduite et sa patience, à cette époque,

doivent lui faire un honneur infini. Il vint à bout de ramener

l'empereur à son opinion sur la nécessité de faire la paix, et après

avoir tiré de lui la parole qu'il voulait, quoiqu'il ne pût jamais

obtenir que le Tyrol fût rendu, il partit une seconde fois pour

Presbourg plus content, et en faisant ses adieux à M. de Rémusat:

«J'arrangerai, me dit-il, l'affaire du Tyrol, et je saurai bien à

présent faire faire la paix à l'empereur, malgré lui.»

[Note 28: Dans le traité définitif le Tyrol fut, comme on

sait, donné à la Bavière en considération du mariage de la

princesse Auguste avec Eugène de Beauharnais, vice-roi

d'Italie. (P. R.)]

Pendant le séjour que Bonaparte fit à Schönbrunn, il reçut une lettre du

prince Charles, qui lui mandait que, plein d'admiration pour sa

personne, il désirait le voir et l'entretenir quelques moments.

Bonaparte, flatté de cet hommage de la part d'un homme qui avait de la

réputation en Europe, fixa pour le lieu de l'entrevue un petit

rendez-vous de chasse situé à quelques lieues du palais, et il ordonna à

M. de Rémusat de se joindre à ceux qui devaient l'accompagner, lui

recommandant de porter avec lui une très riche épée: «Après notre

conversation, lui dit-il, vous me la remettrez; je veux l'offrir au

prince en le quittant.»

Quand l'empereur eut joint le prince en effet, ils furent renfermés

ensemble quelque temps, et lorsqu'il sortit, mon mari s'approcha de lui,

comme il en avait reçu l'ordre. Mais Bonaparte, le repoussant assez

vivement, lui dit qu'il pouvait remporter l'épée; et quand il fut de

retour à Schönbrunn, il parla du prince avec assez peu de considération,

disant qu'il ne l'avait trouvé qu'un homme fort médiocre, ne lui

paraissant pas digne du présent qu'il voulait lui faire[29].

Je ne crois pas que je doive passer sous silence une circonstance

personnelle à M. de Rémusat qui vint encore troubler la lueur de faveur

que l'empereur semblait disposé à lui accorder. J'ai souvent remarqué

que notre destinée avait semblé s'arranger toujours pour nous empêcher

de profiter des avantages que notre position paraissait nous offrir, et,

depuis, j'en ai souvent rendu grâce à la Providence qui, par là, nous a

préservés d'une chute plus éclatante.

[Note 29: Le mot de l'empereur est ici un peu adouci, ou

affaibli. La vérité est que lorsque son chambellan s'approcha

pour lui rappeler ses intentions, et lui présenter l'épée:

«Laissez-moi tranquille, lui dit l'empereur. C'est un

imbécile.» (P. R.)]

Dans les premières années du gouvernement consulaire, le parti du roi

avait longtemps conservé l'espoir de voir rouvrir pour lui en France des

chances favorables, et, plus d'une fois, il avait tenté de s'y conserver

des intelligences. M. d'André, ancien député à l'Assemblée constituante,

émigré, dévoué à cette cause, s'était chargé de plusieurs missions

royalistes auprès de quelques souverains de l'Europe, missions dont

Bonaparte était très bien informé. M. d'André, Provençal comme M. de

Rémusat, son camarade de collège, et ainsi que lui magistrat avant la

Révolution (il était conseiller au parlement d'Aix), sans avoir gardé de

relations avec lui, ne pouvait lui être devenu étranger. Dans ce

temps-là, découragé apparemment de ses démarches infructueuses, croyant

la cause impériale absolument gagnée, fatigué d'une vie errante et de

l'état de gêne qui en était la suite, il aspirait à rentrer dans son

pays. Se trouvant en Hongrie, lors de la campagne de 1805, il envoya sa

femme à Vienne et s'adressa au général Mathieu Dumas, qui avait été son

ami, pour le prier de solliciter sa radiation. Ce général, un peu

effrayé d'une pareille mission, promit cependant de tenter quelques

démarches, mais il engagea madame d'André à voir M. de Rémusat pour

l'intéresser dans cette affaire. Mon mari la vit arriver un matin chez

lui; il la reçut comme la femme d'un ancien ami, fut touché de la

situation où elle lui dépeignit M. d'André, et ne sachant pas toutes les

particularités qui pouvaient rendre l'empereur implacable, croyant

d'ailleurs que ses victoires, en consolidant son pouvoir, devaient le

disposer à la clémence, il consentit à se charger de la demande de

radiation. Sa qualité de maître de la garde-robe lui donnait le droit de

s'introduire chez l'empereur pendant sa toilette. Il se hâta donc de

descendre à son appartement, et le trouvant à moitié habillé et d'assez

bonne humeur, il lui rendit compte de la visite qu'il venait de

recevoir, et de la sollicitation qu'il osait lui faire.

Au seul nom de M. d'André, le visage de l'empereur devint extrêmement

sombre: «Savez-vous, dit-il, que vous me parlez là d'un mortel

ennemi?--Non, sire, reprit M. de Rémusat; j'ignore si Votre Majesté a

réellement des raisons de se plaindre de lui; mais, dans ce cas,

j'oserais demander sa grâce. M. d'André est pauvre et proscrit, il me

paraît désirer d'aller vieillir tranquillement dans notre patrie

commune.--Est-ce que vous avez des relations avec lui?--Aucune,

sire.--Et pourquoi vous intéressez-vous à lui?--Sire, il est Provençal,

il a été élevé avec moi au collège de Juilly, il a suivi la même

carrière que moi, et il fut mon ami.--Vous êtes bien heureux, reprit

l'empereur, en lançant un regard farouche, d'avoir de tels motifs pour

excuse. Ne m'en parlez jamais, et sachez que, s'il était à Vienne et que

je pusse m'emparer de sa personne, il serait pendu dans les vingt-quatre

heures.» En achevant ces mots, l'empereur tourna le dos à M. de Rémusat.

L'empereur, partout où il se trouvait avec sa cour, avait coutume de

donner chaque matin ce qui s'appelait _son lever_. Quand il était

habillé, il passait dans un salon, et faisait appeler ce qu'on nommait

_le service_. C'étaient les grands officiers de sa maison, M. de Rémusat

comme maître de la garde-robe et premier chambellan, et les généraux de

sa garde. Le second lever se composait des chambellans, des généraux de

l'armée qui pouvaient se présenter, et, à Paris, du préfet de Paris, du

préfet de police, des princes et des ministres. Quelquefois il recevait

tout ce monde assez silencieusement, saluant et congédiant aussitôt. Il

donnait des ordres, quand il était nécessaire, et, quelquefois aussi, ne

craignait nullement de quereller tel ou tel dont il était mécontent,

sans égard à l'embarras de recevoir et de faire des reproches devant

tant de témoins.

Après avoir quitté M. de Rémusat, il fit donc approcher son lever, et,

renvoyant tout le monde, il garda le général Savary assez longtemps. À

la suite de cet entretien, Savary, retrouvant mon mari dans l'un des

salons du palais, le prit à part et commença avec lui une conversation

qui paraîtrait bien étrange à quiconque ne connaîtrait pas la _naïveté

de principes_ de ce général sur une certaine manière de se conduire.

«Venez, venez, dit-il à M. de Rémusat en l'abordant, que je vous fasse

compliment sur l'occasion de fortune qui se présente à vous, et que je

vous conseille fort de ne point laisser échapper. Vous avez risqué gros

jeu tout à l'heure en parlant à l'empereur de M. d'André, mais tout peut

se réparer. Où est-il?--Mais, je pense, en Hongrie; c'est du moins ce

que m'a dit sa femme.--Ah bah! ne dissimulez point. L'empereur le croit

à Vienne; il est persuadé que vous savez où il se cache, et il veut que

vous le disiez.--Je vous atteste que je l'ignore très parfaitement. Je

n'avais aucune correspondance avec lui; sa femme m'est venue voir

aujourd'hui pour la première fois, elle m'a prié de parler à l'empereur

pour son mari, je l'ai fait, et c'est tout.--Eh bien! s'il en est ainsi,

envoyez-la chercher de nouveau. Elle ne se défiera pas de vous,

faites-la causer, et tâchez de tirer d'elle le lieu de la retraite de

son mari. Vous ne pouvez imaginer à quel point vous plairez à l'empereur

par ce service que vous lui rendrez.»

M. de Rémusat, confondu au dernier point de ce qu'il entendait, ne put

s'empêcher de témoigner la surprise qu'il éprouvait. «Quoi! disait-il,

c'est à moi que vous faites une pareille proposition? J'ai dit à

l'empereur que j'avais été l'ami de M. d'André; vous le savez aussi, et

vous voulez que je le trahisse, que je le livre, et cela par le moyen de

sa femme qui a cru pouvoir se fier à moi!» Savary, à son tour, fut

étonné de l'indignation que paraissait éprouver M. de Rémusat. «Quel

enfantillage! disait-il; mais songez donc que vous allez manquer votre

fortune! L'empereur a eu plus d'une fois l'occasion de douter que vous

lui fussiez dévoué comme il veut qu'on le soit; voici une occasion de

dissiper ses soupçons, vous serez bien maladroit si vous la laissez

échapper.»

La conversation dura longtemps sur ce ton. On pense bien que M. de

Rémusat fut inébranlable; il assura à Savary que, loin de chercher

madame d'André, il éviterait même de la recevoir, et il fit dire à

celle-ci par le général Mathieu Dumas le mauvais succès de sa mission.

Savary revint à la charge pendant toute la journée, en répétant cette

phrase: «Vous manquez votre fortune, je vous avoue que je ne vous

conçois pas.--À la bonne heure!» répondait M. de Rémusat.

En effet, l'empereur garda rancune de ce refus et reprit avec mon mari

le ton sec et glacé qu'il avait toujours quand il était mécontent. M. de

Rémusat le supporta avec tranquillité, et ne s'en plaignit qu'au grand

maréchal du palais, Duroc. Celui-ci comprit mieux sa répugnance que

Savary, mais il plaignit mon mari de ce hasard qui le compromettait aux

yeux de son maître; il le complimenta sur sa conduite qui lui paraissait

un acte du plus grand courage, car ne point obéir à l'empereur lui

semblait la plus extraordinaire chose du monde.

C'était un singulier homme que Duroc. Son esprit n'était point étendu;

son âme, c'est-à-dire ses sentiments et ses pensées, demeuraient

toujours, et presque volontairement, dans un cercle rétréci, mais il ne

manquait point d'habileté ni de lumières dans le détail. Plutôt soumis

que dévoué à Bonaparte, il croyait que, lorsqu'on était placé auprès de

lui, on avait suffisamment usé des facultés de la vie en les employant

toutes à lui obéir ponctuellement. Pour ne manquer à rien de ce qui lui

paraissait, dans ce genre, du strict devoir, il ne se permettait pas

même une pensée qui fût hors des choses qui composaient ce qu'il avait à

faire dans le poste qu'il occupait. Froid, silencieux, impénétrable sur

tous les secrets qui lui étaient confiés, je crois qu'il s'était comme

habitué à ne jamais réfléchir sur les ordres qu'il recevait. Il ne

flattait point l'empereur, il ne cherchait point à lui plaire par des

rapports, souvent inutiles, mais qui satisfaisaient sa défiance

naturelle. Tel qu'un miroir fidèle, il réfléchissait à son maître tout

ce qui se passait en sa présence, et de même il rapportait les paroles

de celui-ci avec le même accent, et dans les mêmes termes, qu'il les

avait entendues. Eût-on dû mourir à ses yeux des suites d'une

commission qu'il eût reçue, il s'en acquittait avec une imperturbable

exactitude. Je ne pense pas qu'il s'amusât à examiner si l'empereur

était un grand homme ou non; c'était _le maître_, voilà tout. Sa

soumission le rendait fort utile à l'empereur; l'intérieur du palais lui

était confié, l'administration de la maison, toutes les dépenses; et

tout cela était réglé avec un ordre infini et une extrême économie,

accompagnés pourtant d'une grande magnificence.

Le grand maréchal Duroc avait épousé une petite espagnole fort riche,

assez laide, qui ne manquait point d'esprit, fille d'un nommé Hervas,

banquier espagnol, qui avait été employé dans quelque affaires

diplomatiques secondaires, qui fut fait marquis d'Abruenara, et qui

devint ministre en Espagne sous Joseph Bonaparte. Madame Duroc avait été

élevée chez madame Campan, comme madame Louis Bonaparte et mesdames

Savary, Davout, Ney, etc. Son mari vivait bien avec elle, mais sans

aucune de ces intimités qui procurent souvent un épanchement si doux à

ceux qui ont à supporter la gêne des cours. Il ne lui eût pas permis

d'avoir une opinion sur rien de ce qui se passait sous ses veux, ni de

former une liaison. Quant à lui, il n'en avait aucune. Je n'ai jamais

vu personne plus inaccessible au besoin de l'amitié, au plaisir de la

conversation; il n'avait aucune idée de la vie du monde; il ne savait ce

que c'était que le goût des lettres ou des arts, et cette indifférence

sur tout, cette ponctualité dans l'obéissance, sans montrer jamais ni

ennui de l'assujettissement, ni la moindre apparence d'enthousiasme, en

faisaient un caractère tout à part qu'il était vraiment curieux

d'observer. Il jouissait à la cour d'une grande considération, ou du

moins d'une extrême importance. Tout aboutissait à lui; il recevait les

confidences de chacun, ne donnait guère son avis sur rien, encore moins

un conseil; mais il écoutait attentivement, rapportait ce dont on

l'avait chargé, et jamais il n'a donné la moindre preuve de

malveillance, de même que la plus petite marque d'intérêt[30].

[Note 30: «Ce portrait du duc de Frioul, a écrit mon

père, est parfaitement conforme à l'opinion de tous les

contemporains éclairés. Peu d'hommes ont été plus secs, plus

froids, plus personnels, sans aucune mauvaise passion contre

les autres. Sa justice, sa probité, sa sûreté étaient

incomparables. C'était un administrateur d'un grand mérite.

Mais une chose curieuse, que ma mère paraît avoir ignorée, et

qui semble avérée, c'est qu'il n'aimait pas l'empereur, ou

que du moins il le jugeait sévèrement. Dans les derniers

temps, il était excédé de son caractère et surtout de son

système, et, la veille ou le jour de sa mort, il l'avait

encore laissé entendre, même à l'empereur. Le maréchal

Marmont, qui l'a bien connu, a donné de lui une peinture qui

présente tous les caractères de la vérité.» L'empereur avait

toutefois pour lui un sentiment particulier qui, chez un tel

homme, était presque de l'amitié, car voici ce qu'il

écrivait, de Haynau, le 7 juin 1813, à madame de Montesquiou:

«La mort du duc de Frioul m'a peiné. C'est depuis vingt ans

la seule fois qu'il n'ait pas deviné ce qui pouvait me

plaire.» (P. R.)]

Bonaparte, qui avait un grand talent pour tirer des hommes ce qui lui

était utile, aimait fort le service d'un personnage si complètement

isolé. Il pouvait le grandir sans inconvénient; aussi l'a-t-il comblé de

dignités et de richesses. Mais ses dons à Savary, qui furent aussi

considérables, eurent un motif différent. «C'est un homme, disait-il,

qu'il faut continuellement corrompre.» Et, chose étrange! malgré cette

opinion, il ne laissait pas d'avoir confiance en lui, ou du moins de

croire à ce qu'il venait lui raconter. À la vérité, il savait qu'il ne

se refuserait à rien et, en parlant de lui, il disait encore

quelquefois: «Si j'ordonnais à Savary de se défaire de sa femme et de

ses enfants, je suis sûr qu'il ne balancerait pas.»

Ce Savary, l'objet de la terreur générale, malgré sa conduite, ses

actions connues et cachées, n'était point foncièrement un méchant

homme. Le goût de l'argent fut sa passion dominante. Sans aucun talent

militaire, mal vu de ses valeureux camarades, il lui fallut songer à

faire sa fortune par d'autres moyens que ceux qu'employaient ses

compagnons d'armes[31]. Il vit un chemin ouvert dans sa fidélité à

suivre le système de ruse et de dénonciations que Bonaparte favorisait,

et s'y étant introduit une fois, il ne lui fut plus possible de penser à

s'en retirer. Intrinsèquement, il était meilleur que sa réputation,

c'est-à-dire qu'abandonné à son premier mouvement, il eût mieux valu que

sa conduite. Il ne manquait point d'esprit naturel; il était accessible

à quelque enthousiasme d'imagination, assez ignorant, mais avec le désir

d'apprendre, et un instinct assez juste pour juger; plus menteur que

faux, dur dans ses formes, mais très craintif au fond. Il avait des

raisons pour connaître Bonaparte et trembler devant lui. Quand il a été

ministre, il a osé se permettre cependant quelque ombre de résistance,

et alors il s'est montré accessible à un certain désir de se raccommoder

avec l'opinion publique. Comme tant d'autres, il doit peut-être au temps

où il a vécu le développement de ses défauts, qui ont étouffé la

meilleure partie de son caractère. L'empereur cultivait soigneusement

chez les hommes toutes les passions honteuses; aussi, sous son règne,

ont-elles plus particulièrement fructifié.

[Note 31: Pendant cette campagne on lui avait mis dans

les mains une assez grande caisse pleine d'or, pour payer la

police qu'il faisait autour de l'empereur, dans l'armée et

dans les villes conquises. Il s'acquittait de ce soin avec

une extrême habileté. Il ne se disait nulle part un mot, il

ne se faisait pas une action, dont il ne fût instruit.]

Revenons. Les négociations de M. de Talleyrand avançaient peu à peu.

Malgré tous les obstacles, il parvint par ses correspondances à

déterminer l'empereur à la paix, et le Tyrol, cette pierre d'achoppement

au traité, fut abandonné par l'empereur François au roi de Bavière.

Quand Bonaparte fut brouillé avec M. de Talleyrand, quelques années

après, il revenait, dans sa colère, sur ce traité, se plaignant que son

ministre lui avait arraché sa victoire, et avait rendu nécessaire la

seconde campagne d'Autriche, en laissant le souverain de ce pays encore

trop puissant.

Avant de quitter Vienne, l'empereur eut encore le temps d'y recevoir une

députation de quatre maires de la ville de Paris, qui venaient le

féliciter de ses victoires. Peu après, il partit pour Munich, ayant

annoncé qu'il allait mettre la couronne royale sur la tête de l'électeur

de Bavière, et conclure le mariage du prince Eugène.

L'impératrice, à Munich depuis quelque temps, voyait avec une extrême

joie une telle union qui allait donner à son fils de si grandes

alliances avec les premières maisons de l'Europe. Elle eût fort désiré

que madame Louis Bonaparte obtînt la permission de venir assister à

cette cérémonie, mais son mari la refusa obstinément; et elle eut besoin

de sa résignation ordinaire.

L'empereur, voulant peut-être montrer aussi aux étrangers quelqu'un de

sa famille, manda à Munich madame Murat, qui y porta des sentiments fort

mélangés. Le plaisir de se montrer, et d'être comptée pour quelque

chose, était un peu gâté pour elle par l'élévation où elle voyait porter

les Beauharnais, et elle eut, comme je le dirai plus bas, quelque peine

à dissimuler son mécontentement.

M. de Talleyrand rejoignit la cour après avoir signé le traité, et,

encore cette fois, la paix sembla être rendue à l'Europe, du moins pour

quelque temps. Cette paix fut signée le 25 décembre 1805.

Par le traité, l'empereur d'Autriche reconnaissait l'empereur Napoléon

comme roi d'Italie. Il abandonnait au royaume d'Italie les États

vénitiens. Il reconnaissait pour rois les électeurs de Bavière et de

Wurtemberg, abandonnant au premier plusieurs principautés et le Tyrol;

au roi de Wurtemberg un assez grand nombre de villes; à l'électeur de

Bade une partie du Brisgau.

L'empereur Napoléon s'engageait à obtenir du roi de Bavière la

principauté de Wurtzbourg pour l'archiduc Ferdinand qui avait été

grand-duc de Toscane. Les États vénitiens devaient être rendus sous le

délai de quinze jours. Voilà quelles furent les conditions les plus

importantes de ce traité.

Mémoires de madame de Rémusat (2/3) publiées par son petit-fils, Paul de Rémusat · 第 14 / 30 题