maréchal. Ils renversent table, buffet, sièges. On accourt au bruit,
on les sépare avec peine, et ce n'est qu'avec de grandes difficultés
qu'on parvient à les résoudre d'aller se coucher chacun de leur côté,
en attendant l'heure du martyre.
=270.=--On sait que Gustave Vasa, pour arriver à la couronne de
Suède, provoqua l'insurrection des paysans de la Dalécarlie contre
Christian II, qui l'avait emprisonné et qu'il détrôna. Depuis plus
d'un an, ce prince, échappé de sa prison et fugitif, parcourait les
montagnes en excitant les montagnards à la révolte. Quoique prévenus
par sa bonne mine, par la noblesse de ses traits, par sa haute taille,
les Dalécarliens hésitaient à le suivre, lorsqu'un jour, où il avait
harangué avec beaucoup d'énergie une foule de gens, les anciens de la
contrée remarquèrent que le vent du nord s'était élevé pendant qu'il
parlait. Ce coup de vent leur parut un signe certain de la protection
du Ciel, et ils y virent un ordre de s'armer. Aussitôt fut décidée
l'insurrection qui ne tarda pas à triompher. C'est donc en réalité au
vent du nord que Gustave Vasa dut de devenir roi de Suède.
=271.=--C'était au moment où l'on commençait à s'engouer si fort
de la musique italienne que les œuvres des meilleurs, des plus
célèbres compositeurs français, devenaient peu à peu l'objet du plus
profond mépris. Méhul, le musicien, et Hoffmann, l'écrivain,
imaginèrent une mystification qui réussit au delà de leurs espérances.
Hoffmann ayant imaginé un livret à peu près dépourvu de sens commun,
intitulé _l'Irato_, Méhul en fit la musique. Et la pièce fut mise en
répétition, comme une sorte de _pastiche_ composé, disait-on, de
morceaux empruntés aux plus nouveaux et brillants chefs-d'œuvre
d'Italie. L'ouvrage fut répété en cachette; et, malgré le nombre des
acteurs et des musiciens qui prirent part aux répétitions, le secret
de l'anonyme fut gardé jusqu'au jour de la première représentation.
L'ouverture fut suivie d'applaudissements; mais ce fut bien autre
chose après chacun des morceaux exécutés par Elleviou, Martin et
l'élite des chanteurs que possédait alors l'Opéra-Comique. On
trépignait de joie; et comme la nombreuse chambrée était composée en
partie de fanatiques de la musique italienne, on peut juger si les
élans de leur satisfaction furent bruyants et tumultueux. L'un avait
entendu ce duo à Naples, et il était de Fioravanti; un autre, ce
morceau d'ensemble à la Scala, dans une œuvre de Cimarosa, et ainsi
de suite.
Enfin, la pièce achevée, quel ne fut pas l'ébahissement de ce public,
quand Elleviou vint annoncer que la musique de l'_Irato_ était de
Méhul, qui, l'on doit le noter, s'était, autant que possible, attaché
à faire en ce cas de la musique française.
=272.=--L'usage des exécutions en effigie était jadis à peu près
général. Il nous venait des Grecs, chez lesquels on faisait
communément le procès aux absents. S'ils étaient condamnés,--comme
nous disons aujourd'hui, par contumace,--on suppliciait leur image,
ou bien on écrivait leurs noms, avec la sentence, sur des colonnes
dressées dans la place publique.
On cite à ce propos le fait dérisoire du roi de Castille Pierre, dit
le Cruel, qui, voulant se faire passer pour juste, et montrer qu'il
était passible des mêmes peines que ses sujets, livra un jour son
effigie à la justice, pour qu'on lui coupât la tête en expiation d'un
meurtre qu'il avait commis dans un moment de colère. Il ordonna même
que cette _terrible_ exécution eût lieu devant son palais, afin qu'il
pût y assister,--spectacle qui, naturellement, dut lui procurer
une distraction assez originale.
Henry Estienne, le célèbre imprimeur, poursuivi pour son _Apologie
d'Hérodote_, qui contenait de violentes attaques contre l'Église
romaine, prit la fuite et dut errer assez longtemps sans trouver un
asile sûr. Il fut condamné à être brûlé en effigie. Depuis, ayant
connu la date du jour où cette sentence avait été exécutée, et se
rappelant qu'au même moment il vagabondait en plein hiver, il disait
en plaisantant:
«Je n'ai jamais eu si froid que le jour où je fus brûlé.»
=273.=--Il arrivait quelquefois à Rome que sur le théâtre un
acteur parlait pendant qu'un autre faisait les gestes accompagnant ses
paroles. Ce singulier mode d'exécution dramatique venait de ce que
chez les Romains les spectateurs, en criant _bis_ (coutume passée chez
nous), faisaient répéter les morceaux qui leur avaient plu. Il arriva
qu'un jour on fit tant de fois répéter l'acteur Livius Andronicus,
qu'épuisé, enroué, il fit parler un esclave à sa place, tandis qu'il
faisait les gestes expressifs. Il s'acquitta même si bien de cette
partie du rôle que ce fut, dit-on, ce qui donna lieu à la création de
l'art de la pantomime, qui bientôt fit fureur, et fut poussé par
certains acteurs à une véritable perfection.
=274.=--D'où viennent les mots _épices_, _épiceries_?
--Nos pères, dit Legrand d'Aussy dans son _Histoire de la vie
privée des Français_, avaient une véritable passion pour les
assaisonnements forts. Ce goût, au reste, n'était point encore un
penchant déréglé de la nature, mais un principe d'hygiène, un système
réfléchi. Accoutumés à des nourritures très substantielles, qu'ils
consommaient d'ailleurs avec l'appétit que donne l'habitude des grands
exercices physiques, ils croyaient que leur estomac avait besoin
d'être aidé dans ses fonctions par des stimulants, qui lui donnassent
du ton: d'après ces idées, non seulement ils firent entrer beaucoup
d'aromates dans leur nourriture, mais ils imaginèrent même d'employer
le sucre pour les confire ou les envelopper, et de les manger ainsi,
soit au dessert comme digestif, soit dans la journée comme
corroborants. _Après les viandes,_ les Triomphes de la noble Dame, _on
sert chez les riches, pour faire la digestion, de l'anis, du fenouil
et de la coriandre confits au sucre._ Il y eut des dragées faites avec
de la coriandre et du genièvre, qu'on appelait _dragées de
Saint-Roch_, parce qu'on les croyait propres à préserver du mauvais
air et de la peste. Quant au peuple, à qui ses facultés ne
permettaient pas ces superfluités très coûteuses, vu le prix très
élevé du sucre et des épices fines apportées d'Orient, il mangeait les
épices indigènes sans aucune préparation.
Ce sont ces aromates confits que l'on nomma proprement _épices_, et
dont le nom se trouve si souvent répété dans nos anciennes histoires.
Ce sont eux qui formaient presque exclusivement les desserts, car les
fruits, réputés froids, se mangeaient au commencement du repas. On
servait les épices avec différentes sortes de vins artificiels, seules
liqueurs alors connues. De là cette commune façon de parler: _après le
vin et les épices_, pour dire _après la table_.
Les sucreries ont été longtemps comprises sous le nom d'_épices_, ou
mieux _espices_, expression dont au premier coup d'œil il est assez
difficile d'apercevoir l'origine. Dans la basse latinité on se servait
du mot _species_ pour désigner les différentes _espèces_ de fruits que
produit la terre. Dans Grégoire de Tours, notre plus ancien historien,
par exemple, il signifie du blé, du vin, de l'huile. Cependant, quand
on parla d'aromates, on distingua ceux-ci par l'épithète
_aromatiques_, qu'on ajouta au mot _species_. Par la suite,
l'expression latine ayant passé dans la langue française, ces
dernières productions devinrent _espices aromatiques_, puis, par
abréviation, on ne dit plus qu'_espices_, et enfin _épices_ et
_épiceries_.
Quoique les épices orientales fussent connues en Occident bien avant
les croisades, elles ne commencèrent cependant à y devenir un peu
communes qu'après que ces expéditions eurent fait naître et affermi le
commerce des Occidentaux avec le Levant. Malgré ce débouché nouveau,
les frais que les épiceries exigeaient pour être transportées de
l'Inde dans la Méditerranée étaient tels qu'elles furent toujours
énormément chères. Mais cette cherté même, la sorte d'estime qu'on
attache d'ordinaire à ce qui est rare, et qui vient de loin, leur
odeur agréable, la saveur, les vertus hygiéniques qu'elles ajoutaient
aux boissons et aux aliments, leur donnèrent un prix infini. Chez nos
poètes du moyen âge on voit souvent les mots de cannelle, de muscade,
de girofle et de gingembre. Veulent-ils donner l'idée d'un parfum
exquis, ils le comparent aux épices. Veulent-ils peindre un jardin
merveilleux, un séjour des fées, ils y plantent les arbres qui
produisent ces aromates précieux.
Nous pouvons noter ici que l'idée de trouver et conquérir _le pays des
épices_ entra largement en compte dans les espérances de Christophe
Colomb, quand il projeta ses découvertes. D'après l'estime qu'on
faisait des épices, l'on ne saurait être surpris qu'elles aient été
regardées comme constituant un présent très honorable. Aussi était-ce
un de ceux que les corps municipaux croyaient pouvoir offrir aux
personnes de la plus haute distinction dans les cérémonies d'éclat,
aux gouverneurs des provinces, aux rois mêmes, quand ils faisaient
leur entrée dans les villes. Ce don était encore fort usité à la fin
du dix-septième siècle.
A la nouvelle année, aux mariages, aux fêtes des parents, on donnait
des _épices_, et les boîtes de dragées ou de confitures sèches que
l'on distribue encore à propos des baptêmes et, en de certaines
régions, à propos des fiançailles, sont un vestige de l'ancienne
coutume.
Quand on avait gagné un procès, on allait par reconnaissance offrir
des _épices_ à ses juges. Ceux-ci, quoique les ordonnances royales
eussent réglé que la justice serait absolument gratuite, se crurent
permis de les accepter, parce que, en effet, un présent aussi modique
n'était pas fait pour alarmer la probité. Bientôt cependant l'avarice
et la cupidité changèrent en abus vénal ce tribut de gratitude. Saint
Louis décréta que les juges ne pourraient recevoir dans la semaine
plus de dix sous en _espices_. Philippe le Bel leur défendit d'en
accepter plus qu'ils ne pourraient en consommer journellement dans
leur ménage. Mais le pli était pris, la coutume était établie. Au lieu
de ces paquets de bonbons, dont la multiplicité embarrassait et dont
on ne pouvait se défaire qu'avec perte, les magistrats trouvèrent plus
commode d'accepter de l'argent. Pendant quelque temps il leur fallut
une permission particulière pour être autorisés à cette nouveauté.
Aussi voyons-nous alors les plaideurs qui avaient gagné leur procès
présenter requête au parlement pour demander à gratifier leurs juges
d'un présent.
Lorsqu'ils furent accoutumés à cette forme de rétribution, les juges
oublièrent qu'en principe elles avaient été libres; ils en vinrent à
penser qu'elles leur étaient dues, et en 1402 un arrêt intervint qui
les déclara telles. Les plaideurs, de leur côté, au lieu d'attendre
l'issue du procès pour payer les _espices_, ne craignirent pas de les
présenter d'avance à des juges, qui les acceptèrent sans aucun
scrupule. Et les juges ne tardèrent pas à transformer en tradition
normale cette nouvelle coutume; de là cette formule si célèbre, qu'on
lit en marge des rôles sur les anciens registres du parlement: _non
deliberetur donec solvantur species_ (il ne sera pas délibéré avant
que les épices aient été payées). Jusqu'à la Révolution, d'ailleurs,
les honoraires des juges ont conservé le nom d'épices.
=275.=--Vers le milieu du dix-septième siècle, en 1746, le joug
que l'Espagne faisait d'ordinaire peser sur les Napolitains était
devenu absolument insupportable, sous la vice-royauté d'un duc
d'Arcos, qui ne semblait préoccupé que d'édicter les mesures les plus
vexatoires et de frapper des impôts les plus lourds les choses les
plus indispensables. Une taxe ayant été mise par lui sur les fruits et
les légumes, principale nourriture des pauvres gens en été, un grand
mécontentement agitait le populaire, qui n'attendait qu'une occasion
pour se révolter. Le signal lui fut donné par un pauvre pêcheur, un
jeune homme nommé Thomas Aniello, ou par abréviation Masaniello, qui,
sommé de payer la taxe pour des fruits qu'il emportait du marché dans
une corbeille, repoussa violemment l'employé du fisc et appela à son
aide le peuple, qui, après avoir saccagé et incendié les bureaux de
perception, porta en triomphe Masaniello et, le plaçant sur un trône
improvisé, le déclara chef suprême ou roi de la ville de Naples.
Tout s'émeut, tout s'arme. Masaniello le pêcheur se voit bientôt obéi
par une multitude, à laquelle la milice espagnole n'ose résister. Le
vice-roi lui-même, cédant à la force des événements, négocie avec le
monarque improvisé et reconnaît son autorité. Masaniello, après les
premiers instants de joyeux et généreux triomphe, n'use bientôt plus
de son pouvoir que pour donner les ordres les plus cruels. On
incendie, on tue, on exerce partout le pillage et la vengeance. Ses
partisans eux-mêmes sont d'autant mieux effrayés que sa tyrannie
s'exerce contre plusieurs d'entre eux, ce qui s'explique enfin quand
ils le voient tout à coup parcourir les rues en brandissant une épée,
dont il frappe en aveugle sur tous ceux qu'il rencontre, puis, après
ces signes évidents de démence furieuse, se réfugier dans sa demeure,
où, saisi d'une profonde mélancolie, il se cache à tous les yeux. Le
duc d'Arcos n'a pas de peine alors à exciter l'indignation publique
contre le malheureux, qui, repris d'un accès de fureur, est tué à
coups de fusil par un groupe d'hommes; et la multitude traîne son
cadavre dans les rues. La royauté de Masaniello avait duré dix jours.
Peu après cependant, ce même peuple qui l'a mis à mort et qui a
insulté sa dépouille, fait à Masaniello de magnifiques funérailles.
[Illustration: FIG. 23.--Fac-similé d'une gravure publiée à Paris
en 1647.]
Cet épisode étrange de l'histoire de Naples, qui causa une grande
émotion chez les contemporains, est devenu populaire chez nous depuis
qu'il a servi de sujet à deux compositions lyriques, qui l'une et
l'autre eurent un grand succès dans leur nouveauté et sont restées
célèbres: _Masaniello_, opéra de Caraffa, et la _Muette de Portici_
d'Auber. Nous reproduisons en fac-similé une gravure qui se vendait
dans les rues de Paris à la fin de l'année 1647. Cet événement
attirait d'autant mieux l'attention que, la France étant alors en
guerre avec l'Espagne, ce n'était pas sans un certain sentiment de
satisfaction que l'on voyait dans notre pays une des principales
possessions espagnoles livrée à des agitations, qui continuèrent
longtemps après la mort de Masaniello, et qui furent même sur le point
d'enlever à la couronne d'Espagne cette partie de son domaine.
=276.=--Exemples des moyens de transport chez nos pères. En 1561,
Gilles le Maître, premier président du parlement de Paris, stipulait
dans le bail qu'il passait avec les fermiers de sa terre près de
Paris, «qu'aux quatre bonnes fêtes de l'année et au temps des
vendanges, ils lui amèneraient une charrette couverte et de la paille
fraîche dedans, pour asseoir sa femme et sa fille, et qu'ils lui
amèneraient aussi un âne ou une ânesse pour monture de leur fille de
chambre. Il allait devant sur sa mule, accompagné de son clerc à
pied.»
On lit dans le _Journal de Paris_ du 15 mai 1782: «Le public est
averti qu'à dater du 20 de ce mois, la voiture de Vincennes, qui ne
partait qu'une fois par jour de Paris et de Vincennes, partira deux
fois par jour de chacun de ces endroits, savoir: de Paris à dix heures
du matin et à cinq heures du soir. La voiture se prendra à Vincennes
au lieu accoutumé; à Paris chez le sieur Gibé, limonadier, à la porte
Saint-Antoine, où l'on pourra retenir des places.»
=277.=--Chacun sait qu'aux années qui suivirent la terrilbe
période révolutionnaire, époque où le style avait affecté en même
temps soit la rudesse triviale, soit la plus pompeuse solennité,
l'esprit d'extrême réaction avait mis à la mode une sorte de jargon
efféminé dont le principal caractère consistait notamment dans la
suppression des _r_. C'est ce qu'on appela la langue des
_Incroyables_, ou plutôt des _Incoyables_, puisqu'une consonne trop
dure ne pouvait alors figurer dans un mot quelconque. On sait cela,
mais on a généralement oublié qu'au siècle précédent la _préciosité_,
qui fit tant parler d'elle et à laquelle Molière porta les premiers
coups, ne dut pas se borner à l'enflure et à la prétention dans la
construction des phrases. Quelque chose de ce style affecté avait dû
passer dans le langage proprement dit, c'est-à-dire dans
l'articulation même des phrases, que précieux et précieuses
alambiquaient à qui mieux mieux. Assurément Cathos, Madelon et le
marquis de Mascarille, qui tortillaient si mièvrement la période,
devaient avoir une prononciation particulière correspondant à la forme
de leur phraséologie. Un contemporain de Molière, le comédien Poisson,
qui a laissé quelques comédies assez insignifiantes comme conception
première et comme mérite littéraire, mais très curieuses comme reflets
des mœurs de l'époque, avait placé dans une de ses pièces intitulée
_l'Après-soupé des auberges_, une certaine vicomtesse provinciale qui,
voulant affecter en l'exagérant, bien entendu, le parler précieux,
nous offre un témoignage du caractère que pouvait avoir ce langage,
qui, dans la pièce imprimée, est orthographié comme il doit être
prononcé. Les modifications de ce parler--le parler _gueas_,
c'est-à-dire _gras_--portent sur l'_r_ qui se change en _l_, sur
le _j_ qui se change en _z_, sur le _c_ dur et le _q_ qui deviennent
_t_, sur le _ch_ qui devient _s_ ou _c_ doux, etc. En entrant, la
vicomtesse dit à une autre femme:
Vous nous avez tités, ma sèle, sans lien dile
(Vous nous avez quittés, ma chère, sans rien dire).
Me fais-ze entendle au moins, et mon gueasséiement
Ne m'oblize-t-il point d'avoil un tlucement?
Teltes (quelques) uns de mes mots vous essapent, ze daze (gage).
Et comme la dame lui assure que les gens de goût s'appliquent à parler
comme elle:
Et il bien vlai, ma sèle? ah! te les zens sont fous
De tloile (croire) t'ils poullont applendle ce landaze!
Ze dois à la natule un si gland avantaze.
Elles ont beau tassel (tâcher), elles n'applendlont pas.
Z'étais zeune, fol zeune et pallais dézà gueas.
Ze me souviens touzoul te z'étais dans un toce (coche);
Z'allais, ze pense, à Toul (Tours) et levenais de Loce (Loches),
Z'appelais un tocé (cocher): Tocé! tocé! tocé!
Et zamais ce tocé ne voulut applocé (approcher).
Or, comme elle est fort _enlhumée_, elle louzit (rougit), dit-elle, de
toussé si glosièlement (grossièrement). «Z'ai si mal à la dolze
(gorge) te ze ne sais t'y faile (qu'y faire).
Z'ai la dolze le soil tazi (quasi) toute étolcée (écorchée);
Z'aime la soupe aux soux avecque des pizons,
Ze m'en clève (crève) le soil (soir) tant ze les tlouve bons:
On dit t'assulément (qu'assurément) c'est cela ti m'enlhume.
Sur quoi une servante se récrie:
Eh! que ne dites-vous des choux et des pigeons?
Alors la précieuse:
La sotte me fait lile (rire),
Mais puiste ze ne puis enfin tant (quand) nous pallons
Plononcel tomme vous des _choux_ et des _pigeons_.
Et Dieu sait si l'on rit de l'avoir poussée à la prononciation
ordinaire.
Ce type, évidemment chargé, nous donne une idée intéressante des
originaux dont il était la copie, et nous apprend en outre que les
_Incoyables_ du Directoire n'eurent pas dans leur façon de parler le
mérite de l'invention.
=278.=--Pourquoi la _pivoine_ fut-elle jadis appelée _rose de la
Pentecôte_?
--Parce que le jour de la Pentecôte, lors de l'office solennel de
cette grande fête chrétienne, on avait autrefois coutume de faire
tomber de la voûte des églises les larges pétales rouges de la
pivoine, pour rappeler les langues de feu qui, selon le texte de
l'Évangile, s'arrêtèrent sur les apôtres pour leur communiquer le
Saint-Esprit.
Chez les anciens, d'ailleurs, la pivoine était réputée comme possédant
des propriétés merveilleuses. Les poètes ont supposé qu'elle devait
son nom (en latin _peonia_, du grec _paiôniæs_, propre à guérir) à
Péon, médecin fameux, qui employa cette plante pour guérir Mars blessé
par Diomède, et Pluton blessé par Hercule. Galien fait le plus grand
éloge de cette plante, au point de vue purement médicinal; et
l'imagination, égarée par le christianisme, attribuait à l'emploi de
la pivoine des effets miraculeux. Avec elle, disait-on, il était
possible de conjurer les tempêtes, de dissiper les enchantements, de
chasser l'esprit malin!... Elle était surtout souveraine pour toutes
les maladies nerveuses, pour les convulsions, la paralysie,
l'épilepsie. A vrai dire, cette plante devait être cueillie dans des
conditions particulières, à de certaines heures de la nuit, en évitant
d'être aperçu par le pivert, etc. Déchue de toutes ces qualités
extraordinaires, la pivoine, absolument inusitée en médecine, n'est
aujourd'hui qu'une des plus belles Heurs de nos jardins.
=279.=--Vers 1826, il fut grand bruit du testament d'un avocat de
Colmar, qui léguait à l'hôpital des fous la somme de soixante-quatorze
mille francs. «J'ai gagné, disait le testateur, cette somme avec ceux
qui passent leur vie à plaider: ce n'est donc qu'une restitution.»
Le 5 mars 1805, mourait à Londres un riche gentilhomme, lord Borkey,
qui, par son testament, laissait vingt-cinq livres sterling de rente à
quatre de ses chiens. Lord Borkey avait un attachement excessif pour
la race canine, et quand on lui représentait qu'une partie des sommes
qu'il dépensait pour eux serait mieux employée au soulagement de ses
semblables, il répondait: «Des hommes ont attenté à mes jours; des
chiens fidèles me les ont conservés.» En effet, dans un voyage qu'il
fit en Italie, lord Borkey, attaqué par des brigands, avait dû son
salut à un chien qui était avec lui. Les quatre chiens auxquels il
léguait une pension alimentaire descendaient de celui qui lui avait
sauvé la vie.
Sentant sa fin approcher, il fit placer sur des fauteuils, aux deux
côtés de son lit, ses quatre chiens, reçut leurs caresses, les leur
rendit de sa main défaillante, et mourut littéralement entre leurs
pattes. Il avait du reste ordonné, en outre, que les bustes de ces
quatre chiens, nés de son sauveur, fussent sculptés aux quatre coins
de son tombeau.
Un seigneur de la maison du Châlelet, mort en 1280, ordonna par
testament de creuser son tombeau dans un des piliers de l'église de
Neufchâteau et que son corps y fût placé debout, afin que «les
roturiers ne lui marchassent point sur le ventre».
=280.=--_Bambochade_, dit un auteur du siècle dernier, est le nom
qu'on donne à certains tableaux représentant des scènes grotesques ou
triviales (notamment les compositions des peintres flamands). On les a
appelés ainsi de leur premier auteur, Pierre de Laer, que la petitesse
de sa taille fit nommer _Bamboccio_, qui signifie _petit_, par les
Italiens, chez lesquels il voyagea. Louis XIV n'aimait pas les
_bambochades_ (où l'on comprenait alors des œuvres comme celles des
Téniers). La première fois qu'on lui présenta des ouvrages de ce
genre: «Qu'on m'ôte ces magots,» dit-il.
=281.=--Les Anglais ont un saint légendaire, dont l'influence
météorologique est analogue à celle que la vieille croyance attribue
chez nous à saint Médard: saint Swithin, dont la fête tombe le 18
juillet, et qui dans les anciens almanachs avait pour emblème une
averse. Or voici, d'après la légende, comment saint Swithin, évêque de
Winchester au neuvième siècle, devint le _saint de la pluie_. (Voy. no
181.)