--Dans une petite pièce intitulée _Jérôme Pointu_, jouée aux

_Variétés amusantes_ en 1781, une actrice très jolie et très accorte,

Mlle Bisson, qui jouait le rôle de Jeannette, servante du vieux

procureur Jérôme, se présenta sur la scène avec une petite croix d'or

suspendue au cou par un petit ruban noir. Cette nouveauté plut aux

amateurs, bien moins assurément--dit un contemporain--pour

la croix même qu'à cause de celle qui la portait très gracieusement.

On l'appela tout d'abord _croix à la Jeannette_, et bientôt

_jeannette_ tout court, et ce bijou ne tarda pas à faire fureur dans

toutes les classes de la société. Dans cette pièce, le rôle de Jérôme

Pointu, vieux procureur très avare, très vétilleux, que berne Léandre,

son jeune clerc, était tenu par l'acteur Volange, qui s'est acquis une

immense célébrité par la création du rôle de Jeannot, sorte de

Jocrisse dont le langage, en phrases incidentes, prêtant aux plus

niaises ambiguïtés, a été caractérisé dans une chanson, qui pendant

longtemps fut d'une grande ressource pour les pitres des baraques de

saltimbanques chargés de mettre la foule en bonne humeur.

On en a surtout retenu ce couplet:

Voilà-t-il pas que, pour montrer mon adresse,

Je renversai les assiett' et les plats,

Je fis une tach' à mon habit, de graisse,

A ma culot' sur ma cuisse, de drap,

A mes beaux bas que mon grand-pèr', de laine,

M'avait donné avant de mourir, violets.

Le pauv' cher homme est mort d'une migraine,

Tenant une cuiss' dans sa bouche, de poulet.

«Le triomphe du patriarche de Ferney en 1778, dit M. Hipp. Gautier

dans son grand ouvrage sur 1789, semblait avoir fixé à de sublimes

hauteurs l'admiration populaire. Elle se retrouve le lendemain devant

le bouffon Volange, qui, à son tour, est reconnu divin, délectable,

ravissant... A ses parades foraines on s'est grisé d'oubli pour les

souffrances publiques, qu'une heure auparavant l'on arrosait de

larmes. Son personnage de Jeannot, autrement arrosé d'une fenêtre,

rôle d'un battu payant l'amende, a paru la plus délicieuse incarnation

de ce même peuple souffre-douleur que l'on plaignait.» L'historien

cite à l'appui de son dire ces passages de deux auteurs du temps:

_Mémoires_ du comédien Fleury: «L'homme qu'on put appeler à cette

époque _l'homme de la nation_ était un farceur nommé Volange; mais la

France ne le connut d'abord que sous le nom de _Jeannot_. Il y avait

un instant choisi de l'ouvrage, où ce héros arrosé... et flairant sa

manche... disait: _C'en est!..._ avec une telle sûreté!... On alla

jusqu'à élever des statues à Jeannot, en buste, en pied, en plâtre, en

terre, en porcelaine; la reine en donna; la faveur en fit une sorte de

décoration.»

[Illustration: FIG. 16.--Volange dans le rôle de Jeannot,

fac-similé d'une estampe du temps.]

_Annales_ de Linguet (janvier 1780): «Que diront les étrangers quand

ils apprendront qu'on joue maintenant à Paris, depuis un an, une pièce

dont le fond est une aspersion; que les meilleures plaisanteries du

_savoureux_ drame roulent sur cette question: _En est-ce?..._ qu'elle

a déjà eu plus de trois cents représentations, et qu'on s'y porte avec

fureur; que l'auteur lui-même est le héros des soupers où il régale de

son rôle les assistants; qu'enfin les deux mots qui en font tout le

charme sont devenus proverbe; et qu'à table, dans les meilleures

maisons, les dîners se passent dans un cliquetis perpétuel de ces deux

délicieuses phrases: _En est-ce? Oui! c'en est!_ Concevra-t-on un

pareil délire?»

=225.=--Le chevalier de Rohan, un des plus brillants et plus

braves seigneurs de la cour de Louis XIV, mais grand joueur et de vie

fort dissipée, se trouva poussé, par le dérangement de ses affaires et

des mécontentements contre Louvois, à entrer dans un complot, ce qui

le fit condamner à la peine capitale. Il espérait qu'on l'exécuterait

secrètement à la Bastille; mais, Bourdaloue, qui l'assistait à la

mort, lui ayant dit qu'il devait se résoudre à mourir sur la

place publique: «Tant mieux, répondit-il, nous en aurons plus

d'humiliation!» Le bourreau lui ayant demandé s'il voulait qu'on lui

liât les mains avec un ruban de soie: «Jésus-Christ, dit le chevalier,

ayant été lié avec des cordes, puis-je demander d'autres liens?»

Au dernier moment cependant le brave chevalier témoignait d'une grande

faiblesse, en dépit des exhortations de Bourdaloue, qui perdait son

éloquence à tâcher de lui inspirer la résolution. Ce que voyant, un

capitaine aux gardes qui avait jadis servi sous le chevalier s'élança

sur l'échafaud, en proférant de terribles jurons: «Comment,

s'écria-t-il, comment, chevalier, vous avez peur? Souvenez-vous du

temps où nous combattions ensemble! Imaginez-vous que les boulets vous

frisent encore les cheveux. Est-ce qu'alors cela vous inspira jamais

la moindre crainte? La crainte avait-elle d'ailleurs jamais approché

d'un homme comme vous?»

En entendant parler ainsi son ancien compagnon d'armes, le chevalier

retrouva toute son énergie, et souffrit la mort avec le plus ferme

courage.

=226.=--La partie dure et solide des poissons, qui leur tient

lieu d'ossements et soutient leur chair, a reçu le nom d'_arête_.

L'analogie de prononciation et l'espèce d'obstacle que cet organe

oppose aux mangeurs de poissons nous feraient volontiers croire que le

mot _arête_ dérive du verbe _arrêter_, dont vient _arrêt_, et dont il

serait une autre forme de substantif. Il n'en est rien. Outre la

différence orthographique (_arête_ s'écrivant avec une seule _r_

tandis que _arrêter_ en prend deux), le mot _arête_ dérive du latin

_arista_, qui signifie absolument la _barbe_ de l'_épi_, par extension

l'_épi_ (voire même le temps de la moisson), et par analogie _poil

hérissé_, et enfin _arête de poisson_.

Les botanistes nomment arête tout prolongement raide, filiforme, qui

surmonte certains organes floraux, notamment les glumes et glumelles

de graminées, et toute partie de végétal pourvue d'arêtes est dite

_aristée_, qualificatif qui nous ramène à la forme primitive du mot.

=227.=--Boileau, dans son _Lutrin_, avait caractérisé la vie du

chanoine en disant qu'il passait

La nuit à bien dormir et le jour à rien faire.

Vers le même temps, la Fontaine, faisant sa propre épitaphe, disait de

lui qu'ayant fait deux parts de son temps, il avait coutume de les

passer

L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.

Quelques critiques prétendirent que la tournure de Boileau était

incorrecte; et on la blâmait d'autant mieux que, la forme régulière

étant tout indiquée, Boileau aurait pu et dû dire:

La nuit à bien dormir, le jour à ne rien faire.

On prit vivement parti pour et contre. Boileau ne vit rien de mieux

que d'en référer au jugement de l'Académie, laquelle, d'un avis

unanime, déclara que

La nuit à bien dormir _et le jour à rien faire_

valait mieux que _le jour à ne rien faire_, parce que, en ôtant la

négation, _rien faire_ devenait une sorte «d'occupation qui

correspondait mieux à la nuit passée à bien dormir». Boileau laissa

donc son vers tel qu'il était.

=228.=--Le romarin, dit Pline, est ainsi nommé de _ros marinus_

(rosée de mer), parce que, en général, les rochers sur lesquels il

croît spontanément sont peu éloignés de la mer. Les anciens l'avaient

nommé aussi _herbe aux couronnes_, parce qu'il entrait dans la

composition des bouquets, qu'on l'entrelaçait dans les couronnes avec

le myrte et le laurier. Il est cité fréquemment dans les vieilles

chansons, dans les fabliaux et les _tensons_ des troubadours, toujours

en rappelant des idées gracieuses. Il n'est guère d'enfant qui n'ait

chanté la ronde populaire:

J'ai descendu dans mon jardin

Pour y cueillir du romarin,

Gentil coquelicot, Mesdames.

Dans quelques-unes de nos provinces on en mettait une branche dans la

main des morts, et on le plaçait sur les tombeaux, à cause de son

odeur aromatique, évoquant la pensée d'un agréable souvenir. De nos

jours il n'est guère employé que comme principal élément de la fameuse

eau dite de la _reine de Hongrie_, préparée par cette reine elle-même,

qui, d'ailleurs, affirmait en avoir reçu la recette d'un ange. Chez

les Anglais des derniers siècles, cette plante était, paraît-il, et

sans qu'on en connaisse la raison, considérée comme un symbole

d'ignominie. On peut en citer cet exemple d'après un chroniqueur du

dix-septième siècle:

L'histoire ou la légende affirme que Charles Ier fut exécuté par un

personnage masqué, à propos duquel il fut fait toute sorte de

suppositions. On sut enfin que ce bourreau n'était autre qu'un

gentilhomme nommé Richard Brandon, qui, ayant eu jadis à se plaindre

gravement du monarque, voulut se donner le cruel plaisir de lui porter

le coup mortel. Quand ce gentilhomme mourut, la populace s'attroupa

devant sa maison. Les uns voulaient jeter son corps dans la Tamise,

les autres le traîner dans les rues de Londres. Les clameurs devinrent

si violentes que les juges de paix, les sherifs de la cité de Londres

et les marguilliers de la paroisse furent obligés d'interposer leur

autorité. Ce ne fut qu'après avoir été largement abreuvée de bière et

de vin que la multitude consentit à l'inhumation du cadavre, mais à la

condition qu'on attacherait une corde autour du cercueil, et qu'on le

couvrirait de _bouquets de romarin, en signe d'infamie_.

=229.=--En 1776, mourut à Londres un ancien commerçant possesseur

d'une fortune de soixante mille livres sterling (1,500,000 fr.); il

avait institué pour légataire universel un de ses cousins, qui n'était

point négociant, avec cette singulière condition que chaque jour il

devrait se rendre à la Bourse, et y resterait depuis deux heures

jusqu'à trois. Ni le temps ni ses affaires particulières ne devaient

l'empêcher de s'acquitter de ce devoir; il n'en était dispensé qu'en

cas de maladie, dûment constatée par un médecin, dont le certificat

devait être envoyé au secrétariat de la Bourse. S'il manquait à

l'observation de cette clause, il perdrait toute la fortune de son

parent, qui reviendrait à de certaines fondations désignées, et

partant autorisées à réclamer la possession de l'héritage.

Le testateur avait voulu rendre ainsi une espèce d'hommage à la

Bourse, où il avait amassé toute sa fortune; mais il avait créé par là

un esclave qui ne se faisait pas faute de manifester son

mécontentement. Ce n'était jamais que le dimanche qu'il pouvait

s'éloigner de Londres, la Bourse étant fermée ce jour-là. Il devait,

les autres jours, arranger sa vie de façon à ne point manquer l'heure

de la Bourse. Habitant à une lieue environ de la Bourse, il y arrivait

à l'heure dite en voiture, y passait une heure sans parler à personne,

et remontait dans sa voiture. Il va de soi que les fondations

intéressées à le prendre en faute le faisaient observer de très près.

=230.=--Au dix-septième siècle, il fut très sérieusement question

parmi les lettrés de retrancher la lettre Y de l'alphabet français. La

querelle prit fin parce que Louis XIV se déclara pour le maintien de

cette lettre, notamment dans le mot _roy_, qu'il voulut que l'on

continuât d'écrire avec un Y. D'Hozier, le célèbre généalogiste,

dédiant son ouvrage au souverain, avait mis: _Au Roi_, au lieu de: _Au

Roy_. Louis XIV lui en témoigna son mécontentement, et l'on ne parla

plus de détrôner l'Y.

En 1776, cette même lettre causa en Allemagne une agitation plus

grave. Un maître d'école vint troubler la tranquillité d'un village de

l'évêché de Spire où, de temps immémorial, il était, paraît-il,

d'usage de placer l'Y dans l'alphabet immédiatement après l'I. Le

nouveau mentor de l'enfance crut faire merveille en mettant l'Y à la

place qu'on lui donne partout ailleurs; mais les têtes du village,

moins faciles à corriger qu'un alphabet, s'enflammèrent contre

l'innovation; la fermentation passa des enfants aux pères, la

querelle s'échauffa et menaça de tourner au tragique. Il fallut

l'envoi d'un corps de dragons pour soutenir l'Y et le maître d'école

dans leur nouveau poste. Ils s'y maintinrent, mais pendant quelque

temps beaucoup de pères refusèrent d'envoyer leurs enfants dans

l'école où l'Y n'était plus à sa place coutumière.

=231.=--Nous trouvons la note suivante dans un journal daté du 10

nivôse an VII:

«Le ministre de l'intérieur vient d'écrire au ministre des finances

pour l'inviter à suspendre la _vente de la cathédrale de Reims_, dont

le portail est un chef-d'œuvre d'architecture gothique. Le produit de

la vente serait peu considérable, et la conservation du monument est

précieuse, sous les rapports de l'antiquité et de l'art. Nous espérons

en conséquence que des adjudicataires barbares ne porteront pas la

hache sur ce beau monument, que la faux du vandalisme avait respecté,

et n'ajouteront pas cette perte à toutes celles dont gémissent les

amis des arts.»

=232.=--_Quid pro quo_, ces trois mots latins dont on a fait un

seul mot français en en retranchant une lettre, ont été mis en usage

par les anciens médecins, qui les plaçaient dans leurs formules

lorsqu'ils indiquaient la substitution possible d'une drogue

équivalente ou meilleure, cela en prévision du cas où les

apothicaires, dont les officines n'étaient pas toujours des mieux

fournies, n'auraient pas possédé telles ou telles substances, et

auraient pris sur eux de les remplacer par d'autres moins bonnes ou

moins chères. De là d'ailleurs le proverbe: «_Il faut_ se garder du

_quid pro quo_ de l'apothicaire.» Avec le temps et en cessant

d'appartenir exclusivement au langage des médecins, il s'est changé en

_qui pro quo_ pour les gens à qui une lettre de moins importe peu, et

insensiblement pour tout le monde.

Un jour, au temps où l'on annonçait encore à l'entrée dans un salon,

Émile Marco de Saint-Hilaire donne son nom à un domestique, qui

annonce: Monsieur le _marquis_ de Saint-Hilaire. Voyant que l'on riait

et riant lui-même: «Mon Dieu, fit-il, le mal n'est pas grand, c'est un

simple _quis pro co_.»

=233.=--Le maréchal de Richelieu avait pour le musc une telle

passion, qu'il faisait doubler ses culottes de peaux d'Espagne, qui

en sont fortement imprégnées. Il était allé un jour faire une visite à

la duchesse de Talud, à Versailles. Au moment où il sortait, vint le

cardinal de Rohan, à qui, par hasard, on présenta le fauteuil où

s'était assis le maréchal. De là, le cardinal alla chez la reine Marie

Leczinska, qui n'aimait pas les odeurs. A peine le prélat fut-il

auprès d'elle: «Ah! Monsieur le cardinal, s'écria la reine, est-il

possible d'être musqué à ce point? Je ne reconnais pas là un prince de

l'Église. Quand vous seriez un second Richelieu, vous n'auriez pas

plus l'odeur du musc...»

Le cardinal, stupéfait, jura qu'il ne se musquait jamais. En

s'approchant davantage de la reine, il la persuada encore plus qu'il

était musqué, et la scandalisa comme musqué et comme menteur impudent.

Le prélat, pétrifié, crut que ce n'était qu'un prétexte pour lui

annoncer sa disgrâce. Il se retira. Mais, quelques autres personnes

lui ayant fait la même observation, il se mit l'esprit à la torture,

et alla se souvenir qu'il avait dû s'asseoir dans le même fauteuil que

le maréchal, qui laissait partout son odeur favorite. Étant retourné

chez la duchesse, il eut la certitude que sa supposition était fondée,

et courut aussitôt chez la reine pour la dissuader, et déclamer contre

le maréchal musqué, que d'ailleurs Marie Leczinska détestait

profondément.

=234.=--Les Chinois ont connu bien longtemps avant les Européens

la méthode de préservation de certaines maladies épidémiques et

contagieuses, par l'inoculation du virus de ces maladies.

A l'époque où l'on préconisa l'inoculation de la variole, pratique qui

se généralisait quand la vaccine fut découverte, l'Académie des

sciences de France mentionna dans le compte rendu d'une de ses séances

que les Chinois inoculaient la variole non par introduction du virus

dans une incision, mais en aspirant par le nez, comme on prend du

tabac, la matière des boutons de variole desséchée et réduite en

poudre.

=235.=--Quel était, chez les Romains, l'accessoire du costume qui

faisait reconnaître les enfants de condition libre et les enfants

d'affranchis?

--«Tarquin l'Ancien--dit Pline--donna à son jeune fils

une bulle d'or pour le récompenser d'avoir, lorsqu'il portait encore

la prétexte (robe des adolescents), tué de sa main un ennemi.» Par

imitation de cet acte, l'usage s'établit alors de faire porter des

bulles d'or aux enfants des citoyens qui avaient servi dans la

cavalerie (classe la plus noble de Rome). A l'origine la prétexte et

la bulle d'or étaient les ornements des triomphateurs, qui portaient

cette bulle suspendue sur leur poitrine comme un charme souverain

contre l'envie. De là, dit Macrobe, l'usage de donner la prétexte et

la bulle d'or aux enfants de naissance noble, comme un présage, un

espoir qu'ils auraient un jour le courage du fils de Tarquin, qui les

avait reçues dès ses jeunes années.

[Illustration: FIG. 17.--Fac-similé d'une bulle d'or trouvée dans

un ancien tombeau de la voie Prénestienne.]

Divers auteurs donnent d'autres raisons à ce sujet. Selon ceux-ci, la

bulle d'or fut attribuée aux enfants en souvenir de l'un d'entre eux

qui, par instinct secret, en un moment de calamité publique, indiqua

le sens d'un oracle libérateur. Selon ceux-là, cette bulle en forme de

cœur que les enfants de condition libre portaient sur la poitrine,

était un symbole disant à ces enfants qu'ils ne seraient hommes que

s'ils avaient un cœur vaillant et généreux (nous dirions un cœur

d'or).

La bulle se composait de deux plaques concaves rassemblées par un

large lien de même métal, et formait une sorte de globe qui renfermait

d'ordinaire une amulette sacrée.

Toujours est-il que le port de la bulle d'or était général chez les

enfants de condition libre, qui ne cessaient de la porter que lorsque,

à dix-sept ans, ils revêtaient la robe virile; alors ils la

suspendaient à l'autel des dieux lares, protecteurs de leurs maisons.

[Illustration: FIG. 18.--Matrone romaine et son enfant portant au

cou la bulle d'or, d'après un verre antique.]

Les fouilles opérées, notamment dans les tombeaux, ont fait découvrir

un certain nombre de ces ornements symboliques. Nous donnons (fig. 17)

l'image d'une de ces bulles d'or trouvée dans un tombeau de la voie

Prénestienne et publiée en 1732 par Fr. dei Ficoroni, dans une étude

spéciale.

On remarquera qu'à cette bulle d'or se trouve attachée par une

chaînette la statue d'une déesse portant divers attributs, qui en font

une sorte d'amulette votive, plaçant l'enfant sous les auspices de

plusieurs déités. Elle a sur la tête le boisseau et le croissant, qui

font allusion à Sérapis et à Isis. Elle tient dans la main gauche une

corne entourée d'un serpent, symbole d'abondance et de santé (par

Esculape); de la main droite elle porte un gouvernail de navire,

emblème de la Fortune, à laquelle on rapportait le don de la richesse

et des prospérités.

La figure 18, empruntée au même opuscule, représente une matrone

romaine et son enfant, portant au cou la bulle d'or, d'après une

peinture sur émail antique. Le port de la bulle resta longtemps le

privilège des seuls enfants de naissance libre; mais, au cours de la

seconde guerre punique, plusieurs prodiges menaçants s'étant produits,

pour la conjuration desquels l'on fit de grandes cérémonies, d'après

l'avis des livres sibyllins, que les duumvirs consultèrent, les fils

d'affranchis ayant été joints aux enfants libres pour chanter les

hymnes propitiatoires, ils eurent dès lors le droit de porter la

prétexte et une bulle de cuir.

=236.=--Les Tlascalans, peuplade de l'ancien Mexique, qui étaient

réputés les plus vaillants et les plus habiles guerriers du pays,

s'étaient portés au-devant de Fernand Cortès qui marchait vers Mexico.

Les Espagnols, fort peu nombreux, durent en maintes occasions compter

avec ces ennemis, qui les arrêtèrent assez longuement.

Malgré la force avec laquelle les Tlascalans combattaient les

Espagnols,--remarque un historien de la conquête du Mexique,--ils

se conduisaient envers eux avec une sorte de générosité. Sachant que

ces étrangers manquaient de vivres, et imaginant sans doute que les

Européens n'avaient quitté leur pays que parce qu'ils n'y trouvaient

pas assez de subsistances (ce qui, d'après eux, devait être le seul

motif plausible d'invasion et de guerre), il envoyaient à leur camp

de grandes quantités de volailles et de maïs, en leur faisant dire

qu'ils eussent à se bien nourrir, parce qu'ils dédaignaient d'attaquer

des ennemis affaiblis par la faim. En outre, comme la coutume était

établie chez eux d'immoler les prisonniers de guerre aux dieux du pays

et de manger leurs corps, ils ajoutaient qu'ils croiraient manquer à

leurs divinités en leur offrant des victimes affamées, et qu'ils

craignaient que, devenus trop maigres, ils ne fussent plus bons à être

servis dans les festins qui suivaient les sacrifices.

=237.=--On dit communément _être au bout de son rouleau_. Cette

expression a son origine dans un détail tout matériel de l'ancienne

façon de confectionner les actes, les titres. Ces documents étaient

écrits sur des feuilles de papier ou de parchemin, que l'on roulait ou

déroulait selon le cas. De là l'expression «être au bout de son

_roulet_ ou _rolet_», qui depuis s'est prononcé _rouleau_. Le _rôle_,

comme on appelle encore les feuilles recevant des expéditions

judiciaires ou administratives, est un papier que jadis on _roulait_.

=238.=--On dit parfois à ceux qui objectent des _si_: «Ah! si le

ciel tombait, il y aurait bien des alouettes prises.» Ce proverbe nous

vient des Latins, qui disaient: _Multæ caperentur alaudæ si caderet

cœlum_. Aristote rapporte l'origine de cette locution proverbiale au

préjugé des anciens qui croyaient que le ciel était soutenu par Atlas,

et que sans cet étai il tomberait sur la terre.

=239.=--Chacun sait que le soufre dans son état ordinaire est une

substance très friable, très cassante; il est cependant possible de

rendre le soufre aussi élastique que le caoutchouc.

Les propriétés du soufre à l'état liquide varient avec la température:

à 120°, il est très fluide, transparent, d'un jaune clair; si on

continue à le chauffer, il se colore à partir d'environ 140°, en

devenant brun et de plus en plus visqueux. Vers 200°, sa viscosité est

telle qu'on peut retourner le vase qui le contient sans en renverser.

Au-dessus de cette température il devient un peu fluide, tout en

gardant sa coloration. Enfin il entre en ébullition à 440° et

distille.

Refroidi lentement, le soufre repasse par les mêmes états de fluidité;

si au contraire on coule dans l'eau froide du soufre à 250°, on

obtient le soufre mou. Le soufre ainsi trempé est élastique comme du

caoutchouc. Chauffé à 100°, il dégage assez de chaleur pour porter de

100° à 110° la température d'un thermomètre. Le soufre mou devient peu

à peu dur et cassant, en repassant à l'état de soufre ordinaire. On le

rend mou d'une manière plus durable en y mettant un peu de chlore ou

d'iode.

=240.=--Marie-Louise d'Orléans, première femme de Charles II, roi

d'Espagne, se promenant un jour à cheval, fut désarçonnée par

l'emportement de sa monture; son pied se trouvant pris dans l'étrier,

elle était traînée par le cheval affolé. Le roi, voyant en même temps

le danger que court la reine et l'immobilité des personnes de son

entourage, commande, supplie qu'on aille au secours de son épouse. Un

gentilhomme se jette à la bride de son cheval; un second, au risque de

sa propre vie, dégage le pied de Sa Majesté; mais tous les deux, ce

sauvetage opéré, disparaissent en toute hâte, au galop de leurs

chevaux.

La reine, revenue de sa frayeur, voulut voir ceux qui l'avaient

délivrée. Mais l'un des grands qui étaient près d'elle l'informa que

ses libérateurs avaient pris la fuite pour sortir, sans doute, du

royaume, afin d'éviter le châtiment auquel les condamnait une loi qui

défendait de toucher la cheville du pied d'une reine d'Espagne. Née et

élevée en France, la jeune princesse ne connaissait point la

prérogative de ses chevilles; elle sollicita du roi le pardon des deux

gentilshommes, obtint facilement leur grâce et leur fit à chacun un

présent proportionné au service rendu.

=241.=--Ce n'est pas d'hier que date l'idée de l'influence que

les détonations d'artillerie exercent sur la formation des nuages et

la chute de la pluie. On trouve, en effet, dans les _Mémoires de

Benvenuto Cellini_, écrits vers le milieu du seizième siècle, un

passage très significatif à ce sujet.

Cellini, s'évadant des prisons papales, s'était cassé la jambe en

tombant hors des murs. Il eut l'idée de se traîner à quatre pattes

vers la demeure d'une duchesse, nièce du pape, qui lui avait des

obligations, pour un service rendu en de singulières circonstances.

Curiosités Historiques et Littéraires · 第 11 / 25 段