«On a prétendu, écrivaient-ils, que nous étions _des agents de l'île

d'Elbe_; nous ne nous en sommes que faiblement défendus lorsque le

danger était imminent; et maintenant qu'il pourrait nous être

avantageux d'accréditer cette idée, nous déclarons hautement que nous

n'avions aucune connaissance des événements qui s'accomplissaient. La

coïncidence qui s'est trouvée entre notre anecdote sur la plume de

_cane_ et le débarquement de l'empereur est un simple jeu du hasard.

Des folliculaires gagés pouvaient seuls penser que le héros rappelé

sur le trône par les vœux de l'armée et de la nation, avait besoin de

recourir à d'aussi piètres moyens.»

Quoi qu'il en fût, le jeu de mots, si fortuit qu'il pût être, fit

assez grand bruit, et nous en retrouvons d'ailleurs un écho dans le

numéro du 5 avril du même journal.

«Le lendemain de l'arrivée de l'empereur à Paris, Sa Majesté, causant

avec le célèbre chimiste Ch. (Chaptal, sans doute) lui demanda si l'on

s'occupait encore du sucre de betteraves.--Sire, dit M. P...y(?),

on ne veut plus que du sucre de _Cannes_!...»

=44.=--Une des plus grandes et plus belles estampes de Rembrandt,

représentant Jésus-Christ guérissant les malades, est ordinairement

connue dans le monde des arts sous le nom de _Pièce aux cent florins_.

Pourquoi cette désignation? Selon les uns, tout simplement parce que,

du vivant même de l'auteur, elle se vendait ce prix-là en Hollande;

selon les autres, parce que, certain jour, un marchand venant de Rome

proposa à Rembrandt quelques estampes de Marc-Antoine auxquelles il

mit le prix de cent florins. Rembrandt offrit pour prix de ces

estampes sa gravure, que le marchand accepta, soit qu'il voulût

obliger l'artiste, soit qu'il estimât qu'il ne perdait pas au change.

Depuis, les bonnes épreuves de cette estampe ont souvent atteint et

dépassé dans les ventes le taux primitif. Par exemple, en 1754, on en

vendit une 151 florins; en 1809, 41 livres sterling ou 801 francs; en

1835, 163 livres ou 4,075 francs; en 1859, 3,690 francs, etc.

=45.=--D'où vient le nom de _teston_ donné jadis à une monnaie

française?

Jusqu'au règne de Louis XII, les monnaies françaises portèrent toutes

sortes de marques héraldiques ou symboliques, et sur un grand nombre

se voit l'image d'un prince ordinairement en pied, assis sur son

trône, le sceptre à la main; mais cette effigie pouvait convenir à

n'importe quel roi, car, vu la dimension restreinte de l'image, on n'y

trouvait aucune reproduction individuelle. Ce fut seulement sous Louis

XII que, pour la première fois, furent frappées des pièces sur

lesquelles se vit seulement la _tête_ du roi, que le graveur prit soin

de rendre ressemblante.

«Ces nouvelles espèces, dit Le Blanc dans son _Traité des monnaies_,

furent appelées _testons_ à cause de la tête du roi qui y est

représentée. Je crois que leur origine vient d'Italie. Le roi, n'étant

encore en France que duc d'Orléans et duc de Milan, comme héritier de

Valentine de Milan sa grand'mère, en avait fait fabriquer avant qu'on

commençât à en faire en France.»

Nous empruntons au célèbre ouvrage que nous venons de citer la

reproduction de ces monnaies milanaises et françaises, et nous y

joignons, d'après le même auteur, une pièce frappée en 1498 au nom

d'Anne de Bretagne. Cette pièce est, paraît-il, la première des

monnaies françaises sur laquelle on trouve le millésime (voir la

figure supérieure de gauche). Au-dessous est un écu d'or, où les armes

de France sur la face et la croix sur le revers sont accompagnées du

_porc-épic_, que Louis XII avait pris pour symbole, avec la devise:

_Cominus et eminus_ (de près et de loin), faisant allusion à la

croyance qu'on avait alors que le porc-épic pouvait lancer ses dards

sur ses ennemis. La légende de la face est: _Ludovicus, Dei gratia

Francorum rex_. Celle du revers est: _Christus vincit, Christus

regnat, Christus imperat_, qui se voit pour la première fois sur un

sol d'or de Louis VI (1078-1131). Un historien rapporte que ce fut le

mot de l'armée chrétienne dans une bataille qu'elle livra aux

Sarrasins au temps de Philippe Ier. Ce même sol d'or est, d'ailleurs,

celui où l'on voit pour la première fois des fleurs de lis. Enfin, au

bas, le _teston_ de Louis XII avec les mêmes légendes.

[Illustration: FIG. 3.--Testons et écus d'or, monnaies du XVe

siècle, d'après le traité de Le Blanc.]

Les figures de droite sont les monnaies frappées à Milan par Louis,

avant son élévation au trône de France, gardant son titre de duc

d'Orléans (_Dux Aureliensis_). Sur le revers, l'écu est _écartelé_ aux

armes de France et de Milan. Dans les _quartiers_ français, un

_lambel_ (marque d'un cadet royal) accompagne les fleurs de lis. Le

quartier milanais nous montre la guivre des Visconti, et la légende

porte _Mediolani ac Asti dominus_ (seigneur de Milan et d'Asti), ville

où ces pièces furent frappées.

=46.=--Le mot _acclimater_, très usité aujourd'hui, fut employé

pour la première fois par l'abbé Raynal, dans son _Histoire de

l'établissement des Européens dans les deux Indes_, publiée vers 1770,

avec le sens de _s'accoutumer à la température d'un climat nouveau_.

Le Dictionnaire de l'Académie ne l'a reconnu que dans son édition de

1813. Mercier, dans sa _Néologie_, crut devoir ajouter au verbe

_acclimater_ le substantif _acclimatement_, qui n'a pas été admis;

mais on a créé depuis _acclimatation_, qui ne figure que dans une très

récente édition du Dictionnaire de l'Académie.

=47.=--Qu'appelait-on autrefois les _sorts des saints_ (_sortes

sanctorum_)?

Les anciens, qui, à tout propos, consultaient les augures, les

oracles, avaient une sorte de divination qui consistait à ouvrir au

hasard le livre de quelque poète fameux, et d'interpréter à leur façon

les passages sur lesquels s'arrêtait leur doigt ou leur regard.

C'était ce qu'ils appelaient, selon le poète auquel ils s'adressaient,

_sortes Homericæ_, _sortes Virgilianæ_, _sortes Claudianæ_. Cette

coutume superstitieuse passa chez les chrétiens, qui substituèrent les

livres saints à ceux des poètes profanes. Dans les situations

embarrassantes de la vie, ils ouvraient la Bible ou les Évangiles, et

se décidaient selon le sens évident ou probable du premier passage

remarqué. C'est ce qu'ils appelaient prendre les sorts des saints.

L'histoire du moyen âge offre d'assez nombreux exemples de cette

pratique singulière.

=48.=--«Cette pauvre petite statuette, qui n'est pas même une

œuvre d'art, mais devant laquelle ma bonne et sainte mère

s'agenouilla longtemps chaque soir, est pour moi une relique sacrée;

où que j'aille habiter, je lui donne dans mon humble logis une place

d'honneur, je l'installe même la première quand j'emménage quelque

part, c'est elle qui prend avant moi possession de la nouvelle

demeure; que voulez-vous? ces sentiments-là, Dieu merci! ne se

raisonnent pas: il me semble que cette naïve image soit pour moi comme

une sorte de _palladium_: un simple particulier peut bien, n'est-ce

pas? se permettre les faiblesses dont plusieurs peuples donnèrent

l'exemple.»

Ce passage, extrait d'un roman moderne, fait allusion à la fameuse

statue de Pallas, qui, selon la légende antique, était la sauvegarde

de Troie. Les Romains, prétendus descendants d'Énée, croyaient avoir

chez eux cette relique, que le héros troyen avait emportée dans sa

fuite, et que l'on gardait dans le temple de Vesta; mais pour eux le

véritable _Palladium_ était le bouclier qui, d'après le dire de Numa,

était tombé du ciel et dont la garde fut confiée aux prêtres saliens.

Parmi les exemples assez nombreux de superstitions analogues on peut

citer le palladium du royaume d'Écosse, qui n'était autre qu'une

espèce de chaire de pierre grossière, sur laquelle s'asseyaient les

anciens rois ou chefs _scotts_ le jour de leur consécration.

Lorsque (au treizième siècle) Édouard Ier d'Angleterre, appelé en

arbitrage par les Écossais pour prononcer entre deux prétendants au

trône, s'attribua indirectement la souveraineté, son premier soin,

après avoir fait prisonnier et dépossédé le roi Jean Baliol, fut

d'emporter à Londres la couronne, le sceptre, tous les insignes de la

royauté écossaise, et surtout cette pierre du destin, en latin _saxum

fatale_, et en langue du pays _girisfail_, que, d'après la légende

héroïque, au quatrième siècle, les anciens Scots avaient apportée

d'Hibernie (Irlande) en Albanie (contrée du nord de l'Écosse actuelle)

et qui devait les faire régner partout où elle resterait au milieu

d'eux. On a depuis formulé cet oracle en deux vers latins:

_Ni fallat fatum, Scoti quocumque locatum

Invenient lapidem regnare tenentur ibidem._

Édouard fit placer et sceller cette pierre dans l'abbaye de

Westminster, sous le siège où les rois d'Angleterre sont couronnés,

et, ajoute l'historien, cette précaution, quelque triviale qu'elle

puisse paraître, contribua largement à décider de la soumission du

peuple écossais.

=49.=--Corbinelli, qui mourut à plus de cent ans, assistait sur

ses vieux jours à un souper où Mme de Maintenon fut très librement

chansonnée. Le lieutenant de police d'Argenson, en ayant été informé,

envoya chercher Corbinelli.

«Où avez-vous soupé tel jour?--Je ne m'en souviens pas.--N'étiez-vous

pas avec tels princes ou tels seigneurs?--Je n'en ai pas

mémoire.--N'avez-vous pas entendu certaines chansons?--Je ne me le

rappelle pas.--Mais il me semble qu'un homme comme vous devrait

répondre autrement que cela.--Possible, Monsieur; mais devant un

homme comme vous, je ne suis pas un homme comme moi.»

=50.=--Mercier, dans son _Tableau de Paris_, publié quelques

années avant la Révolution, s'exprime ainsi à propos des musiques

militaires, qui étaient alors de création relativement récente:

«Dans les beaux jours de l'été, la musique des gardes donne des

sérénades sur les boulevards. Le peuple accourt, les équipages se

pressent, et tout le monde se retire très satisfait. Cette musique

imprime au régiment une distinction qui le fait chérir. Autrefois, ce

régiment était comme avili par son indiscipline et sa mauvaise

conduite; aujourd'hui il est considéré. Son colonel l'a totalement

métamorphosé; et ces mêmes soldats qui commettaient une infinité de

désordres sont devenus honnêtes et utiles.

«On a trop négligé parmi nous la musique militaire; nous n'avions pas,

il y a vingt-cinq ans, une seule trompette qui sonnât juste, pas un

seul tambour qui battît en mesure.

«Aussi, durant les dernières guerres, les paysans de Bohême,

d'Autriche et de Bavière, tous musiciens-nés, ne pouvant croire que

des troupes réglées eussent des instruments si faux et si discordants,

prirent tous nos vieux corps pour de nouvelles troupes, qu'ils

méprisèrent; et l'on ne saurait calculer à combien de braves gens des

instruments faux et des musiciens ignares ont coûté la vie. Tant il

est vrai que dans l'appareil de la guerre il ne faut rien négliger de

ce qui frappe les sens.

«Et si, comme le dit l'abbé Raynal, le roi de Prusse a dû quelques-uns

de ses succès à la célérité de ses marches, il en doit aussi plusieurs

à sa musique vraiment guerrière.»

=51.=--Nasradin, député par ses concitoyens vers Tamerlan, pour

implorer la clémence de ce prince, qui ne la pratiquait guère,

consulta sa femme sur les fruits qu'il devait offrir à ce terrible

conquérant. «Je n'ai d'ailleurs à choisir, lui dit-il, qu'entre des

figues et des coings.--Offrez-lui des coings, répliqua la femme;

les coings, étant plus beaux et plus gros que les figues, plairont

certainement davantage au vainqueur.»

Nasradin, persuadé que le conseil d'une femme est toujours celui qu'il

ne faut pas suivre, en conclut qu'il devait porter des figues. Il en

fit donc provision et se mit en route.

Arrivé à la tente de Tamerlan, il se présenta tête nue, salua le

conquérant et mit à ses pieds son présent.

Tamerlan, surpris, ne fut cependant qu'à demi courroucé par la

mesquinerie de cette offrande. Il se contenta d'ordonner qu'on jetât

l'une après l'autre toutes les figues à la tête de Nasradin, qui était

chauve.

A chaque figue qui le frappait, Nasradin s'écriait: «Dieu soit loué!

Dieu soit loué!»

Tamerlan, encore plus étonné qu'auparavant, voulut savoir la cause de

cette exclamation:

«Je remercie Dieu, lui dit l'ambassadeur, de n'avoir pas suivi le

conseil de ma femme; car si, comme elle le voulait, j'eusse apporté à

Votre Majesté des coings au lieu de figues, à coup sûr j'aurais

maintenant la tête cassée.»

Tamerlan se mit à rire, et consentit à tout ce que Nasradin lui

demanda.

=52.=--Les pères jésuites, qui, pendant leurs missions, avaient

connu les précieuses vertus médicales du _quinquina_, furent les zélés

promoteurs de ce médicament en Europe; et comme ils en avaient d'abord

envoyé une certaine quantité au cardinal Lugo, qui le fit répandre par

les membres de l'ordre, le quinquina fut en principe appelé _écorce

des jésuites_ ou _du cardinal_.

=53.=--Une des principales punitions à l'adresse des

gentilshommes bretons qui s'étaient déshonorés par une bassesse ou une

lâcheté, était de faire détruire la double allée d'arbres qui

conduisait à leurs châteaux, et dont l'établissement constituait un

des privilèges de la noblesse.

=54.=--Au Japon, lisons-nous dans le grand ouvrage que M. Humbert

a publié sur ce pays, un véritable culte est rendu aux arbres chargés

d'années. On raconte que quand le seigneur de Yamalo voulut se faire

faire un ameublement complet tiré du plus beau cèdre de son parc, la

hache des bûcherons rebondit sur l'écorce, et l'on vit des gouttes de

sang découler de chaque entaille. «C'est que, dit la légende, les

arbres séculaires ont une âme comme les hommes et les dieux, à cause

de leur grande vieillesse. Aussi se montrent-ils sensibles aux

infortunes des fugitifs qui viennent se mettre sous leur protection.

Ils ont sauvé plus d'une fois, en les abritant dans leur feuillage ou

dans les cavernes de leurs troncs, des guerriers malheureux sur le

point de tomber entre les mains de leurs ennemis.»

=55.=--D'où vient le nom de _parvis_, donné ordinairement à la

place sur laquelle se trouve l'entrée d'une église, et par suite à

l'enceinte des édifices sacrés?

--Selon toute probabilité, ce mot serait dérivé de _paradisus_

(paradis), parce qu'il désignait l'_aire_ qui était devant les

basiliques. Cette place était considérée comme le symbole du paradis

terrestre, par lequel il faut passer pour arriver au paradis céleste

figuré par l'église. De _paradisus_, et par contraction _parvisus_,

s'est formé le mot français _parvis_.

=56.=--Chez les Romains, les deux lettres S. T. étaient le

symbole du silence, et l'on semble s'en servir encore aujourd'hui

quand, pour faire taire quelqu'un, on dit _St! St!_ S. en ce cas

signifierait: _Sile_ (gardez le silence), et T. _Tace_ (taisez-vous).

=57.=--D'où vient le nom de _Picpus_ donné jadis à un village et

gardé par un quartier de Paris?

--Un mal épidémique, consistant en une éruption de boutons et de

petites tumeurs, sévissait dans les premières années du quinzième

siècle et attaquait surtout les femmes. On rapporte qu'un religieux du

couvent de Franconville, ayant d'abord guéri l'abbesse de Chelles,

puis s'étant rendu à Paris, où il opéra plusieurs cures semblables,

s'adjoignit quelques-uns de ses compagnons et fonda une succursale de

son ordre dans un petit hameau situé sur le chemin de Vincennes, et

qui n'avait pas encore de nom. Les moines guérisseurs furent appelés

des pique-puces, soit parce que le mal avait l'apparence de la piqûre

d'un insecte, soit plutôt parce qu'ils faisaient une piqûre aux

tumeurs pour les guérir, en opérant ensuite une succion. Le nom de

_Picpus_ resta à leur monastère et au village qui l'environnait.

=58.=--«Le roi (Louis XIV), feu Monsieur, Mgr le dauphin et M. le

duc de Berry étaient de grands mangeurs. J'ai vu souvent le roi manger

quatre pleines assiettes de soupes diverses, un faisan entier, une

perdrix, une grande assiette de salade, deux grandes tranches de

jambon, du mouton au jus et à l'ail, une assiette de pâtisserie, et

puis encore du fruit et des œufs durs.» (PRINCESSE PALATINE,

_Correspondance_.)

=59.=--Strafford, ministre du roi Charles Ier, mis en jugement,

fut condamné sous le prétexte de haute trahison, mais en réalité pour

avoir voulu défendre trop énergiquement les prérogatives royales

contre le mouvement d'opposition qui devait renverser la monarchie.

L'exécution de la peine capitale ne pouvait avoir lieu qu'avec

l'assentiment du roi, qui n'eut pas le courage de le refuser. En

allant au supplice avec une grande fermeté, Strafford prononça ce

verset du psaume 145, auquel sa situation ne donnait que trop raison:

_Nolite confidere in principibus, in filiis hominum, in quibus non est

salus_. (Ne placez point votre confiance dans les princes et dans les

fils des hommes, car il n'y a point de salut à espérer d'eux.)

=60.=--Le _British Museum_ a dernièrement acquis un des petits

carnets où le célèbre Beethoven avait coutume de noter, au jour le

jour, les moindres faits de sa vie.

En voici un extrait, qui prouve surabondamment le mal que devait lui

donner la tenue de sa maison:

31 janvier. Renvoyé le domestique.

15 février. Pris une cuisinière.

8 mars. Renvoyé la cuisinière.

22 mars. Pris un domestique.

1er avril. Renvoyé le domestique.

16 mai. Renvoyé la cuisinière.

30 mai. Pris une femme de ménage.

1er juillet. Pris une cuisinière.

28 juillet. La cuisinière s'en va. Quatre mauvais jours. Mangé à

Lerchenfeld.

29 août. Congédié la femme de ménage.

6 septembre. Pris une bonne.

3 décembre. La bonne s'en va.

18 décembre. Renvoyé la cuisinière.

22 décembre. Pris une bonne.

Et, entre tous ces congés, le compositeur trouvait le temps d'écrire

les chefs-d'œuvre que nous savons.

=61.=--Dans un recueil intitulé _Variétés historiques, physiques

et littéraires_, publié en 1752, nous trouvons ces remarques suivantes

sur l'usage du tabac:

«Chacun sait que, l'usage du tabac étant devenu commun, on ne se

contenta pas d'en mâcher et d'en fumer; on le réduisit encore en

poudre dans de petites boîtes faites en forme de poires, qu'on ouvrait

par un petit trou, d'où l'on en faisait sortir la poudre, dont on

mettait deux petits monceaux sur le dos de la main, afin qu'on pût de

là les porter l'un après l'autre à chaque narine.»

Le premier usage de ce tabac en poudre parut dans les commencement si

bizarre qu'on crut qu'il ne convenait qu'à des soldats et aux

personnes très vulgaires. Il n'y eut en effet que ces sortes de gens

qui en usèrent les premiers.

Cependant, comme il arrive à l'égard des coutumes les plus

extravagantes, l'imagination se fit peu à peu à celle-là. Des gens

distingués commencèrent à l'adopter; on fit en leur faveur des boîtes

beaucoup plus propres et plus riches, qui se fermaient avec une sorte

de petit appareil qui ne prenait dans la boîte qu'autant de poudre

qu'il en fallait pour chaque narine, et qu'on mettait toujours sur le

dos de la main. Un second perfectionnement fut que cette même boîte

contint une râpe que l'on faisait tourner sur un bloc de tabac (dit en

_carotte_), de façon à produire chaque fois une petite quantité de

poudre fraîche. (Notons que cette râpe portative resta très longtemps

en usage chez les vrais amateurs de tabac.)

Dans l'estampe que nous reproduisons, et qui date de 1660, l'on voit

aux mains d'un abbé mondain la râpe primitive, très volumineuse, sur

laquelle le priseur frotte à pleine main la _carotte_, pour la réduire

en poudre à mesure des besoins.

[Illustration: FIG. 4.--_Monsieur l'abbé prend du tabac_,

fac-similé d'un estampe du dix-septième siècle (1660).]

La répugnance qu'on avait eue d'abord étant levée, chacun se piqua

d'avoir du tabac en poudre et d'en user; mais les personnes délicates

eurent de la peine à s'accommoder de l'odeur de cette plante; on y mit

différents aromates: et ce fut encore ici où la bizarrerie parut plus

grande. Certaines odeurs furent en vogue et prirent le dessus, selon

le caprice des personnes qui les mettaient en crédit, jusque-là qu'un

marchand d'une ville de Flandre s'enrichit pour avoir su donner à son

tabac en poudre _l'odeur des vieux livres moisis_, qu'il sut

accréditer parmi les officiers français alors en garnison dans cette

province.

L'odeur la plus généralement recherchée fut celle du musc, et c'est de

cette époque que date la réputation de certains débits qui s'étaient

placés sous le vocable de la _Civette_, que quelques-uns ont gardé

jusqu'à nos jours.

Quoi qu'il en fût, l'usage du tabac était devenu général. «Au

lieu d'en avoir, comme dans les commencements, une sorte de

honte,--dit le même auteur,--chacun s'en fit une espèce de

bienséance. En avoir le nez barbouillé, la cravate ou le justaucorps

marqués n'a rien de choquant aujourd'hui, comme d'avoir en poche des

râpes presque aussi longues que des basses de violes. Une fois en

chemin, on n'y a plus gardé de mesure; plusieurs l'ont pris à pleine

main non seulement dans les tabatières, mais jusque dans des poches

tout exprès adaptées à leurs habits...»

=62.=--_Mite_ est un qualificatif que l'on donne aux chats (du

latin _mitis_, doux), parce que les chats et surtout les chattes ont

une apparence de douceur. (La Fontaine a dit: «Faisait la chatte

mite.») De là _mitaines_, pour désigner en principe des gants fourrés

en poil de chat, par suite la locution «prendre des mitaines pour agir

en telle ou telle circonstance»; de là aussi _mitonner_, parce que le

pain devient plus doux en _mitonnant_.

=63.=--Notre mot _niveau_ vient du latin _libella_, qui avait la

même signification, et longtemps en français l'on dit _liveau_. Les

Italiens disent encore _livallo_, et les Anglais _leval_. C'est donc

par corruption et substitution de l'_n_ initiale à l'_l_ que s'est

formé le mot actuel.

=64.=--Notre mot _grotesque_ dérive incontestablement du mot

_grotte_, dont on ne s'explique pas tout d'abord la relation, étant

donné le sens attribué au dérivé. Lorsque Raphaël et Jean d'Udine

étaient en réputation, on découvrit dans les ruines du palais de Tite

quelques chambres enfoncées sous ces ruines et semblables à des

grottes, dont les parois étaient couvertes de peintures dans le goût

des ouvrages bizarres et plaisants qu'on a depuis appelés

_grotesques_, parce que les peintures auxquelles on les a comparées

étaient dans des _grottes_.

=65.=--Pourquoi l'usage établi en France et devenu, croyons-nous,

en quelque sorte officiel, a-t-il décidé que pour la circulation dans

les rues et sur les routes, les voitures--et les piétons

eux-mêmes en cas de foule--doivent tenir la droite plutôt que la

gauche?

Pourquoi les chemins de fer, au contraire, marchent-ils sur la voie de

gauche par rapport au sens de leur direction?

--L'_Intermédiaire des chercheurs et des curieux_ publie à ce

sujet une très intéressante communication de M. le docteur A.

Fournier, d'après un mémoire présenté en juin 1879 à la _Société

d'anthropologie_ par M. de Jouvencel:

M. de Jouvencel a constaté que Français, Italiens, Espagnols et leurs

colonies, en un mot les _populations latines_, prenaient toujours

_leur droite_.

Les Allemands, les Anglais, les Scandinaves, prennent, au contraire,

_leur gauche_.

Voici comment M. de Jouvencel explique ces coutumes:

Le Romain était très superstitieux, très attentif au moindre _signe_

dans l'air, et partout _la droite_ était considérée comme la région

des signes favorables: un tressaillement de l'_œil droit_ était un

bon présage.

Par contre, tout signe apparu sur _la gauche_ était funeste, sinistre.

Cette croyance nous est restée dans le mot _sinistre_, qui indique une

chose de mauvais augure, et qui vient du latin _sinister_, désignant,

pour le Romain, le _côté gauche_.

Afin d'échapper à tout mauvais signe de la gauche, le charretier

romain s'en éloignait, et se tenait toujours sur la droite, par où il

pouvait se rapprocher des présages heureux.

De là vient évidemment cet usage général chez les populations

néo-latines de prendre leur droite.

Mais pourquoi les peuples d'origine germaine et saxonne prennent-ils

leur _gauche_?

Précisément parce que les Romains, leurs ennemis, prenaient leur

_droite_...

Curiosités Historiques et Littéraires · 第 2 / 25 段