La disproportion des deux flottes, résultant du temps et des

circonstances, était donc fort grande; néanmoins elle ne désespérait pas

le Premier Consul. Il voulait construire partout, au Texel, dans

l'Escaut, au Havre, à Cherbourg, à Brest, à Toulon, à Gênes. Il songeait

à comprendre un certain nombre de soldats de terre dans la composition

de ses équipages, et à racheter par ce moyen l'infériorité de notre

population maritime. Il avait été le premier à s'apercevoir qu'un

vaisseau, monté par 600 bons matelots et 2 ou 300 hommes de terre bien

choisis, tenu sous voile pendant deux ou trois années, exercé aux

manoeuvres et au tir, était capable de se mesurer avec tout vaisseau

quelconque. Mais, en employant ces moyens et d'autres encore, il lui

aurait fallu dix années, disait-il, pour créer une marine. Or, il ne

pouvait pas attendre dix ans, les bras croisés, que sa marine, courant

les mers par petits détachements, se fût rendue digne d'entrer en lutte

avec la marine anglaise. Employer dix ans à former une flotte, sans rien

exécuter de considérable dans l'intervalle, eût été un long aveu

d'impuissance, désolant pour tout gouvernement, plus désolant pour lui,

qui avait fait sa fortune, et qui devait la continuer, en éblouissant le

monde. Il devait donc, tout en s'appliquant à réorganiser notre armée

navale, tenter audacieusement le passage du détroit, et se servir en

même temps de la crainte qu'inspirait son épée, pour obliger l'Europe à

fermer à l'Angleterre les accès du continent. Si, à son génie

d'exécution pour les grandes entreprises, il joignait une politique

habile, il pouvait, par ces moyens réunis, ou détruire d'un seul coup, à

Londres même, la puissance britannique, ou la ruiner à la longue en

ruinant son commerce.

[En marge: Beaucoup d'amiraux ne partagent pas l'avis du Premier Consul

sur la possibilité de franchir le détroit.]

[En marge: Ordres pour réarmer sur-le-champ les 50 vaisseaux dont la

France peut disposer.]

[En marge: Emploi des 50 vaisseaux de la marine française, dans les

plans du Premier Consul.]

Beaucoup de ses amiraux, notamment le ministre Decrès, lui conseillaient

une lente recomposition de notre marine, consistant à former de petites

divisions navales, et à les faire courir sur les mers, jusqu'à ce

qu'elles fussent assez habiles pour manoeuvrer en grandes escadres; et,

en attendant, ils l'exhortaient à s'en tenir là, regardant comme douteux

tous les plans imaginés pour franchir la Manche. Le Premier Consul ne

voulut point s'enchaîner à de telles vues; il se proposa bien de

restaurer la marine française, mais en essayant néanmoins une tentative

plus directe pour frapper l'Angleterre. En conséquence il ordonna de

nombreuses constructions à Flessingue, dont il disposait par suite de

son pouvoir sur la Hollande; à Anvers, qui était devenu port français; à

Cherbourg, à Brest, à Lorient, à Toulon, enfin à Gênes, que la France

occupait au même titre que la Hollande. Il fit réparer et armer 22

vaisseaux à Brest; il en fit achever 2 à Lorient; réparer, mettre à flot

et armer 5 à La Rochelle. Il réclama de l'Espagne les moyens de radouber

et de ravitailler l'escadre en relâche à la Corogne, et envoya de

Bayonne tout ce qu'il était possible de lui faire parvenir par la voie

de terre, en hommes, en matériel et en argent. Il prit les mêmes

précautions pour le vaisseau en relâche à Cadix. Il ordonna l'armement

de la flotte de Toulon, qu'il voulait composer de 12 vaisseaux. Ces

divers armements, joints à 3 ou 4 vaisseaux hollandais, devaient, comme

nous l'avons dit, porter à 50 environ les forces de la France, sans

compter ce qu'on pouvait obtenir plus tard des marines hollandaise et

espagnole, sans compter ce qu'on pouvait construire dans les ports de

France, et armer avec un mélange de matelots et de soldats de terre.

Cependant le Premier Consul ne se flattait pas, avec de telles forces,

de reconquérir en bataille rangée la supériorité ou même l'égalité

maritime à l'égard de l'Angleterre; il voulait s'en servir pour tenir la

mer, pour aller aux colonies et en revenir, pour s'ouvrir pendant

quelques instants le détroit de Calais, par des mouvements d'escadres

dont on jugera bientôt la profonde combinaison.

[En marge: Formation de six camps sur les côtes de l'Océan.]

C'est vers ce détroit que se concentrèrent tous les efforts de son

génie. Quels que fussent les moyens de transports imaginés, il fallait

d'abord une armée, et il forma le projet d'en composer une, qui ne

laissât rien à désirer sous le rapport du nombre et de l'organisation;

de la distribuer en plusieurs camps, depuis le Texel jusqu'aux Pyrénées,

et de la disposer de telle manière qu'elle pût se concentrer avec

rapidité, sur quelques points du littoral habilement choisis.

Indépendamment d'un corps de 25 mille hommes, réunis entre Breda et

Nimègue, pour marcher sur le Hanovre, il ordonna la formation de six

camps, un premier aux environs d'Utrecht, un second à Gand, un troisième

à Saint-Omer, un quatrième à Compiègne, un cinquième à Brest, un sixième

à Bayonne, ce dernier destiné à imposer à l'Espagne, pour des motifs que

nous ferons connaître plus tard. Il commença d'abord par former des

parcs d'artillerie sur ces six points de rassemblement, précaution qu'il

prenait ordinairement avant toute autre, disant que c'était toujours ce

qu'il y avait de plus difficile à organiser. Il dirigea ensuite sur

chacun de ces camps un nombre suffisant de demi-brigades d'infanterie,

pour les porter à 25 mille hommes au moins. La cavalerie fut acheminée

plus lentement, et en proportion moindre que de coutume, parce que,

dans l'hypothèse d'un embarquement, on ne pouvait transporter que

très-peu de chevaux. Il fallait que la qualité et la quantité de

l'infanterie, l'excellence de l'artillerie, et le nombre des bouches à

feu, pussent compenser, dans une telle armée, l'infériorité numérique de

la cavalerie. Sous ce double rapport, l'infanterie et l'artillerie

françaises réunissaient toutes les conditions désirables. Le Premier

Consul eut soin de rassembler sur les côtes, et de former en quatre

grandes divisions, toute l'arme des dragons. Les soldats de cette arme,

sachant servir à cheval et à pied, devaient être embarqués seulement

avec leurs selles, et être utiles comme fantassins, en attendant qu'ils

pussent le devenir comme cavaliers, lorsqu'on les aurait montés avec les

chevaux enlevés à l'ennemi.

[En marge: Réunion de 400 bouches à feu à la suite de l'armée

d'expédition.]

Toutes les dispositions furent ordonnées pour armer et atteler 400

bouches à feu de campagne, indépendamment d'un vaste parc de siége. Les

demi-brigades, qui étaient alors à trois bataillons, durent fournir deux

bataillons de guerre, chacun de 800 hommes, en prenant dans le troisième

bataillon de quoi compléter les deux premiers. Le troisième bataillon

fut laissé au dépôt, pour recevoir les conscrits, les instruire et les

discipliner. Néanmoins, une certaine quantité de ces conscrits fut

envoyée immédiatement aux bataillons de guerre, pour qu'aux vieux

soldats de la République fussent mêlés, dans une proportion suffisante,

de jeunes soldats, bien choisis, ayant la vivacité, l'ardeur et la

docilité de la jeunesse.

[En marge: Loi de recrutement et moyens employés pour porter l'armée à

480 mille hommes.]

[En marge: Distribution de l'armée en Italie, en Hollande, en Hanovre,

sur les côtes de l'Océan, dans l'intérieur de la France, et aux

colonies.]

La conscription avait été définitivement introduite dans notre

législation militaire, et régularisée sous le Directoire, sur la

proposition du général Jourdan. Cependant la loi qui l'établissait

présentait encore quelques lacunes, qui avaient été remplies par une

nouvelle loi du 26 avril 1803. Le contingent avait été fixé à 60 mille

hommes par an, levés à l'âge de 20 ans. Ce contingent était divisé en

deux parts, de 30 mille hommes chacune. La première devait toujours être

levée en temps de paix: la seconde formait la réserve, et pouvait être

appelée, en cas de guerre, à compléter les bataillons. On était à la

moitié de l'an XI (juin 1803); on demanda le droit de lever le

contingent des années XI et XII, sans toucher à la réserve de ces deux

années. C'étaient 60 mille conscrits à prendre tout de suite. En les

appelant ainsi à l'avance, on se donnait le temps de les instruire et de

les accoutumer au service militaire, dans les camps formés sur les

côtes. On pouvait enfin recourir, s'il devenait nécessaire, à la réserve

de ces deux années, ce qui présentait encore 60 mille hommes

disponibles, mais dont on comptait ne se servir qu'en cas de guerre

continentale. Trente mille hommes seulement demandés à chaque classe,

étaient un faible sacrifice, qui ne pouvait guère fatiguer une

population composée de cent neuf départements. De plus, il restait à

prendre une partie des contingents des années VIII, IX et X, qui n'avait

point été appelée, grâce à la paix dont on avait joui sous le Consulat.

Un arriéré en hommes est aussi difficile à recouvrer qu'un arriéré en

impôts. Le Premier Consul fit, à ce sujet, une sorte de liquidation. Il

demanda, sur ces contingents arriérés, une certaine quantité d'hommes,

choisis parmi les plus robustes, et les plus disponibles; il en exempta

un nombre plus grand sur le littoral que dans l'intérieur, en imposant à

ceux qui n'étaient pas appelés un service de gardes-côtes. De la sorte,

il pourvut encore l'armée d'une cinquantaine de mille hommes, plus âgés,

plus forts que les conscrits des années XI et XII. L'année fut ainsi

portée à 480 mille hommes, répandus dans les colonies, le Hanovre, la

Hollande, la Suisse, l'Italie et la France. Sur cet effectif, 100 mille

environ, employés à garder l'Italie, la Hollande, le Hanovre et les

colonies, n'étaient pas à la charge du trésor français. Des subsides en

argent ou des vivres fournis sur les lieux couvraient la dépense de leur

entretien. Trois cent quatre-vingt mille étaient entièrement payés par

la France, et tout à fait à sa disposition. En défalquant de ces 380

mille hommes, 40 mille pour les non-valeurs ordinaires, c'est-à-dire,

pour les soldats malades, momentanément absents, en route, etc., 40

mille pour gendarmes, vétérans, invalides, disciplinaires, on pouvait

compter sur 300 mille hommes disponibles, aguerris, et capables d'entrer

immédiatement en campagne. Si on en destinait 150 mille à combattre

l'Angleterre, il en restait 150 mille, dont 70 mille, formant les

dépôts, suffisaient à la garde de l'intérieur, et 80 mille pouvaient

accourir sur le Rhin, en cas d'inquiétudes du côté du continent. Ce

n'est pas sur le nombre qu'il faudrait juger une telle armée. Ces 300

mille hommes, presque tous éprouvés, rompus aux fatigues et à la guerre,

conduits par des officiers accomplis, en valaient six ou sept cent

mille, un million peut-être, de ceux qu'on possède ordinairement à la

suite d'une longue paix; car entre un soldat fait et celui qui ne l'est

pas, la différence est infinie. Sous ce rapport, le Premier Consul

n'avait rien à désirer. Il commandait la plus belle armée de l'univers.

[En marge: Le Premier Consul veut se transporter sur les côtes de

l'Océan, pour arrêter le plan de la descente, mais il attend que les

constructions navales soient plus avancées.]

Le grand problème à résoudre, c'était la réunion des moyens de

transport, pour faire passer cette armée de Calais à Douvres. Le Premier

Consul n'avait pas encore définitivement arrêté ses idées à cet égard.

Une seule chose était fixée définitivement, d'après une longue suite

d'observations, c'était la forme des constructions navales. Des

bâtiments à fond plat, pouvant s'échouer, aller à la voile et à la rame,

avaient paru à tous les ingénieurs de la marine le moyen le plus adapté

au trajet, outre l'avantage de pouvoir être construits partout, même

dans le bassin supérieur de nos rivières. Mais il restait à les réunir,

à les abriter dans des ports convenablement placés, à les armer, à les

équiper, à trouver enfin le meilleur système de manoeuvres, pour les

mouvoir avec ordre devant l'ennemi. Il fallait pour cela se livrer à une

suite d'expériences longues et difficiles. Le Premier Consul avait le

projet de s'établir de sa personne à Boulogne, sur les bords de la

Manche, d'y vivre assez souvent, assez longuement, pour étudier les

lieux, les circonstances de la mer et du temps, et organiser lui-même,

dans toutes ses parties, la vaste entreprise qu'il méditait.

[En marge: En attendant il s'occupe d'assurer ses moyens de finances et

ses relations avec les États du continent.]

En attendant que les constructions ordonnées dans toute la France,

fussent assez avancées pour que sa présence sur les côtes pût être

utile, il s'occupait à Paris de deux soins essentiels, les finances et

les relations avec les puissances du continent; car il fallait, d'une

part, suffire aux dépenses de l'entreprise, et, de l'autre, avoir la

certitude de n'être pas troublé pendant l'exécution, par les alliés

continentaux de l'Angleterre.

[En marge: Moyens financiers imaginés pour faire face à la nouvelle

guerre.]

[En marge: Valeurs restant en biens nationaux.]

La difficulté financière n'était pas la moindre des difficultés que

présentait le renouvellement de la guerre. La Révolution française avait

dévoré, sous la forme d'assignats, une masse immense de biens nationaux,

et abouti à la banqueroute. Les biens nationaux étaient presque épuisés,

et le crédit était ruiné pour long-temps. Pour sauver de l'aliénation

les 400 millions de biens nationaux restant en 1800, on les avait

répartis entre divers services publics, tels que l'Instruction publique,

les Invalides, la Légion d'Honneur, le Sénat, la Caisse d'amortissement.

Changés ainsi en dotations, ils soulageaient le budget de l'État, et

présentaient une immense valeur d'avenir, grâce à l'augmentation de la

propriété foncière, augmentation constante en tout temps, mais toujours

plus grande le lendemain d'une révolution. Ils devaient toutefois être

diminués de quelques portions à restituer aux émigrés, portions peu

considérables, parce que les biens non aliénés étaient en presque

totalité des domaines de l'Église. Il faut ajouter à ce qui restait, les

biens situés dans le Piémont et dans les nouveaux départements du Rhin,

pour une valeur de 50 à 60 millions. Telles étaient les ressources

disponibles en domaines nationaux. Quant au crédit, le Premier Consul

était résolu à ne pas y recourir. On se souvient que lorsqu'il acheva,

en l'an IX, la liquidation du passé, il profita de l'élévation des fonds

publics, pour acquitter en rentes une partie de l'arriéré des années V,

VI, VII et VIII; mais ce fut la seule opération de ce genre qu'il voulut

se permettre, et il solda intégralement en numéraire les exercices des

années IX et X. En l'an X, dernier budget voté, il avait fait poser en

principe, que la dette publique ne dépasserait jamais 50 millions de

rentes, et que, si une telle chose arrivait, on créerait immédiatement

une ressource pour amortir l'excédant en quinze ans. Cette précaution

avait été nécessaire pour soutenir la confiance, car, malgré un

bien-être général, le crédit était tellement détruit, que les rentes 5

pour cent ne s'élevaient guère au delà de 56, et n'avaient pas dépassé

60, dans le moment où l'on croyait le plus à la paix.

[En marge: Le Premier Consul repousse l'idée de recourir au crédit.]

Depuis long-temps en Angleterre, et depuis peu de temps en France, les

fonds publics sont devenus l'objet d'un commerce régulier, auquel

participent les plus grandes maisons, toujours disposées à traiter avec

les gouvernements, pour leur fournir les sommes dont ils ont besoin. Il

n'en était pas ainsi à cette époque. Aucune maison en France n'aurait

voulu souscrire un emprunt. Elle aurait perdu tout crédit, en avouant

qu'elle était liée d'affaires avec l'État; et si des spéculateurs

téméraires avaient consenti à faire un prêt, ils auraient tout au plus

donné 50 francs d'une rente 5 pour cent, ce qui aurait exposé le trésor

à supporter l'énorme intérêt de 10 pour cent. Le Premier Consul ne

voulait donc pas d'une ressource aussi coûteuse. Il y avait une autre

manière alors d'emprunter; c'était de s'endetter avec les grosses

compagnies de fournisseurs, chargées de l'approvisionnement des armées,

en s'acquittant inexactement de ce qu'on leur devait. Elles s'en

dédommageaient en faisant payer les services deux ou trois fois ce

qu'ils valaient. Aussi les spéculateurs hardis, qui aiment les grandes

affaires, au lieu de s'attacher aux emprunts, se jetaient-ils avec

avidité sur les fournitures. On aurait eu le moyen, par conséquent, en

s'adressant à eux, de suppléer au crédit; mais ce moyen était encore

beaucoup plus cher que les emprunts même. Le Premier Consul entendait

payer les fournisseurs régulièrement, pour les obliger à exécuter

régulièrement leurs services, et à les exécuter à des prix raisonnables.

Il ne voulait donc ni de la ressource des aliénations de biens

nationaux, qui ne pouvaient pas encore se vendre avec avantage, ni de la

ressource des emprunts, alors trop difficiles et trop chers, ni enfin de

la ressource des grandes fournitures, entraînant des abus difficiles à

calculer. Il se flattait, avec beaucoup d'ordre et d'économie, avec

l'accroissement naturel du produit des impôts, et quelques recettes

accessoires que nous allons faire connaître, d'échapper aux dures

nécessités que les spéculateurs font subir aux gouvernements, qui sont

privés à la fois de revenus et de crédit.

[En marge: Augmentation du produit des impôts en l'an X.]

Le dernier budget, celui de l'an X (septembre 1801 à septembre 1802)

avait été fixé à 500 millions (620 avec les frais de perception et les

centimes additionnels). Ce chiffre n'avait pas été dépassé, ce qui était

dû à la paix. Les impôts seuls avaient excédé par leurs produits les

prévisions du gouvernement. On avait supposé un revenu de 470 millions,

et voté une faible aliénation de biens nationaux, pour égaler les

recettes aux dépenses. Mais les impôts avaient dépassé de 33 millions la

somme prévue, et dès lors l'aliénation votée était devenue inutile.

Cette augmentation inattendue de ressources provenait de

l'enregistrement, qui, grâce au nombre croissant des transactions

privées, avait produit 172 millions au lieu de 150; des douanes, qui,

grâce au commerce renaissant, avaient produit 31 millions au lieu de 22;

enfin des postes, et de quelques autres branches de revenu moins

importantes.

[En marge: La même augmentation se fait espérer en l'an XI malgré la

guerre.]

[En marge: Fixation du budget de l'an XI à 589 millions sans les frais

de perception.]

[En marge: Nécessité de trouver une ressource annuelle de cent millions

pour ajouter au budget.]

Malgré le renouvellement de la guerre, on espérait, et l'événement

prouva qu'on ne se trompait pas, on espérait la même augmentation dans

le produit des impôts. Sous le gouvernement vigoureux du Premier Consul,

on ne craignait plus ni désordres, ni revers. La confiance se

maintenant, les transactions privées, le commerce intérieur, les

échanges tous les jours plus considérables avec le continent, devaient

suivre une progression croissante. Le commerce maritime était seul

exposé à souffrir, et le revenu des douanes, figurant alors pour 30

millions au budget des recettes, exprimait assez qu'il ne pouvait pas

résulter de cette souffrance une grande perte pour le trésor. On

comptait donc avec raison sur plus de 500 millions de recettes. Le

budget de l'an XI (septembre 1802 à septembre 1803) venait d'être voté

en mars, avec la crainte, mais non pas avec la certitude de la guerre.

On l'avait fixé à 589 millions, sans les frais de perception, mais en y

comprenant une partie des centimes additionnels. C'était par conséquent

une augmentation de 89 millions. La marine, portée de 105 millions à

126, la guerre de 210 à 243, avaient obtenu une partie de cette

augmentation. Les travaux publics, les cultes, la nouvelle liste civile

des Consuls, et les dépenses fixes des départements, inscrites cette

fois au budget général, s'étaient partagé le reste. On avait fait face à

cette augmentation de dépenses avec l'accroissement supposé du produit

des impôts, avec les centimes additionnels consacrés auparavant aux

dépenses fixes des départements, et avec plusieurs recettes étrangères

provenant des pays alliés. Le budget courant devait donc être considéré

comme en équilibre, sauf un excédant indispensable pour les frais de la

guerre. Et il n'était pas supposable en effet qu'une vingtaine de

millions ajoutés à l'entretien de la marine, une trentaine ajoutés à

l'entretien de l'armée, pussent suffire aux besoins de la nouvelle

situation. La guerre avec le continent coûtait ordinairement assez peu,

car nos troupes victorieuses, passant le Rhin et l'Adige, dès le début

des opérations, allaient se nourrir aux dépens de l'ennemi; mais ici ce

n'était pas le cas. Les six camps, établis sur le littoral de la

Hollande aux Pyrénées, devaient vivre sur le sol français, jusqu'au jour

où ils franchiraient le détroit. Il fallait pourvoir en outre aux

dépenses des nouvelles constructions navales, et placer sur nos côtes

une masse énorme d'artillerie. Cent millions de plus par an étaient à

peine suffisants, pour faire face aux besoins de la guerre avec la

Grande-Bretagne[9]. Voici les ressources dont le Premier Consul

entendait se servir.

[Note 9: Cette somme paraîtra bien peu de chose en jugeant

d'après le chiffre actuel de nos budgets; mais il faut

toujours se reporter aux valeurs du temps, et se dire que 100

millions alors répondaient à 200 ou 250 d'aujourd'hui,

peut-être davantage, quand il s'agit de dépenses militaires.]

[En marge: Recettes d'Italie.]

Nous venons de mentionner quelques recettes étrangères, déjà portées au

budget de l'an XI, afin de couvrir en partie la somme de 89 millions,

dont ce budget dépassait le budget de l'an X. Ces recettes étaient

celles d'Italie. La République italienne n'ayant pas encore d'armée, et

ne pouvant se passer de la nôtre, payait 1,600 mille francs par mois

(19,200,000 francs par an) pour l'entretien des troupes françaises. La

Ligurie, placée dans le même cas, fournissait 1,200 mille francs par an;

Parme, 2 millions. C'était une ressource annuelle de 22 millions et

demi, déjà portée, comme nous venons de le dire, au budget de l'an XI.

Restait donc à trouver tout entière la somme de 100 millions, qu'il

fallait probablement ajouter aux 589 millions du budget de l'an XI.

[En marge: Somme des dons volontaires.]

[En marge: Prix de la Louisiane, évalué à 54 millions net.]

[En marge: Secours à tirer de la Hollande et de l'Espagne.]

[En marge: Motifs du Premier Consul pour faire concourir toutes les

nations maritimes à la guerre contre l'Angleterre.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 04 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 25 / 42 段