cependant fait deux réserves, non pas expresses, mais verbales, et dont
il laissait à la courtoisie du Premier Consul la prise en
considération. La première était relative à l'évêque de Lubeck, duc
d'Oldembourg et son oncle. Ce prince perdait, par la suppression du
péage d'Elsfleth, sur le Weser, un revenu assez considérable, et
demandait une augmentation d'indemnité. C'étaient quelques mille florins
à trouver. La seconde réserve de l'empereur était relative à la dignité
électorale, qu'il aurait voulu conférer à la maison de Mecklembourg,
laquelle ne paraissait pas, du reste, s'en soucier beaucoup. Ceci était
plus difficile; car cette nouvelle faveur portait à dix le nombre des
électeurs, et plaçait un protestant de plus dans le collége électoral.
C'était chose à régler ultérieurement avec la Diète.
[En marge: Les ministres de France et de Russie chargés d'annoncer la
médiation à Ratisbonne.]
Tout avait été disposé pour que les courriers revenant de
Saint-Pétersbourg fissent leur retour par Ratisbonne, et remissent aux
ministres de Russie et de France l'ordre d'agir immédiatement. La Russie
avait désigné comme son ministre extraordinaire en cette circonstance,
M. de Buhler, son représentant ordinaire auprès de la cour de Bavière.
Le Premier Consul, de son côté, avait choisi pour le même rôle M. de
Laforest, ministre de France à Munich. M. de Laforest, par sa
connaissance des affaires allemandes, par son activité, réunissait les
qualités convenables aux fonctions difficiles dont il allait être
chargé. La note annonçant la médiation des deux cours avait été rédigée
d'avance, et envoyée aux deux ministres français et russe, pour qu'ils
pussent la présenter dès que les courriers seraient revenus de
Saint-Pétersbourg. Tous deux avaient ordre de quitter Munich pour se
rendre immédiatement à Ratisbonne. M. de Laforest exécuta cet ordre
sur-le-champ, en engageant M. de Buhler à le suivre sans retard.
Ils arrivèrent à Ratisbonne le 16 août (28 thermidor).
[En marge: Députation extraordinaire de l'empire, chargée de présenter
un projet d'indemnité.]
La Diète s'était déchargée de l'oeuvre difficile de la nouvelle
organisation germanique sur une députation extraordinaire, composée de
quelques-uns des principaux États allemands. C'était l'imitation de ce
qu'on avait fait à d'autres époques, en de pareilles circonstances,
notamment à la paix de Westphalie. Les huit États choisis étaient:
Brandebourg (_Prusse_), Saxe, Bavière, Bohême (_Autriche_), Wurtemberg,
Ordre Teutonique (_archiduc Charles_), Mayence, Hesse-Cassel. Ces huit
États se trouvaient représentés dans la députation extraordinaire, par
des ministres délibérant d'après les instructions de leur gouvernement.
Tous ces ministres n'étaient pas présents. M. de Laforest eut de grands
efforts à faire pour les amener à Ratisbonne, efforts d'autant plus
difficiles que l'Autriche, réduite au désespoir, avait pris le parti
d'opposer à la vivacité de l'action française les lenteurs de la
constitution germanique. La note, en forme de déclaration, fut remise au
nom des deux cours le 18 août (30 thermidor) au ministre directorial de
la Diète, chargé de présider à toutes les communications officielles.
Copie en fut donnée au plénipotentiaire impérial, car il y avait auprès
de la grande députation, comme auprès de la Diète elle-même, un
plénipotentiaire exerçant la prérogative impériale, laquelle consistait
à recevoir communication des propositions adressées à la Confédération,
à les examiner, à les ratifier ou à les rejeter, pour le compte de
l'empereur.
[En marge: Délai de deux mois assigné à la Diète de Ratisbonne.]
La note des puissances médiatrices, digne, amicale, mais ferme, disait
simplement que les États allemands n'ayant pu s'entendre encore pour
l'exécution du traité de Lunéville, et l'Europe entière étant intéressée
à ce que l'oeuvre de la paix reçût de l'arrangement des affaires
germaniques son dernier complément, la France et la Russie, puissances
amies et désintéressées, offraient leur médiation à la Diète, lui
présentaient un plan, et déclaraient _que l'intérêt de l'Allemagne, la
consolidation de la paix, et la tranquillité générale de l'Europe,
exigeaient que tout ce qui concernait le règlement des indemnités
germaniques fût terminé dans l'espace de deux mois_. Ce temps fixé avait
quelque chose d'impérieux, sans doute, mais il rendait sérieuse la
démarche des deux cours, et sous ce rapport il était indispensable.
Cette déclaration devait produire et produisit le plus grand effet. Le
ministre directorial, c'est-à-dire le président, la transmit
immédiatement à la députation extraordinaire.
Pendant qu'on agissait si résolument à Ratisbonne, une démarche
officielle était faite à Vienne par l'ambassadeur de France, pour
communiquer à la cour d'Autriche le projet de médiation, lui déclarer
qu'on n'avait pas voulu la blesser, qu'on ne le voulait pas encore,
mais que l'impossibilité de s'entendre avec elle avait obligé à prendre
un parti définitif, parti impérieusement réclamé par le repos de
l'Europe. On insinuait, au surplus, que le plan ne réglait pas toutes
choses d'une manière irrévocable, qu'il restait en dehors bien des
moyens de servir la cour de Vienne, soit dans ses négociations avec la
Bavière, soit dans ses efforts pour assurer à des archiducs la
succession de l'Ordre teutonique, et du dernier électorat
ecclésiastique; que, dans toutes ces choses, la condescendance du
Premier Consul serait proportionnée à la condescendance de l'empereur.
Au reste, M. de Champagny, notre ambassadeur, avait ordre de n'entrer
dans aucun détail, et de faire comprendre que toute discussion sérieuse
devait s'engager exclusivement à Ratisbonne.
[En marge: Occupation immédiate des territoires assignés à chaque
copartageant.]
Au milieu de ces inévitables délais de la diplomatie, les princes
indemnisés étaient fort impatients d'occuper les territoires qui leur
étaient dévolus, et ils avaient demandé à les occuper immédiatement. La
France y avait consenti, afin de rendre le plan proposé à peu près
irrévocable. Sur-le-champ la Prusse fit occuper Hildesheim, Paderborn,
Munster, l'Eichsfeld, Erfurth. Le Wurtemberg, la Bavière, qui n'étaient
pas moins impatients que la Prusse, envoyèrent des détachements de
troupes dans les principautés ecclésiastiques qui leur étaient
assignées. La résistance de la part de ces principautés ne pouvait être
grande, car c'étaient ou de vieux prélats, ou des chapitres
administrant les bénéfices vacants, n'ayant ni moyens ni volonté de se
défendre. La dureté des occupants valait bien, sous quelques rapports,
la dureté reprochée autrefois à la Révolution française. La protectrice
naturelle de ces malheureux ecclésiastiques était l'Autriche, chargée
d'exercer la puissance impériale. Mais la plupart d'entre eux étaient
placés bien loin de son territoire, et ceux qui se trouvaient à sa
portée, comme les évêques d'Augsbourg, de Freisingen, ne pouvaient être
secourus sans violer le territoire bavarois, ce qui eût été un acte
d'une immense gravité. Toutefois il y avait un de ces évêchés facile à
garantir de l'occupation bavaroise, et important à conserver, c'était
l'évêché de Passau. Entreprendre sa défense était un acte de vigueur,
propre à relever la situation fort abaissée de l'Autriche.
[En marge: Occupation par l'Autriche de l'évêché de Passau.]
Nous avons déjà indiqué la position géographique de cet évêché, tout
entier enclavé en Autriche, et n'ayant sur le territoire bavarois qu'un
point, c'était Passau. (Voir la carte nº 20.) La cour de Vienne voulait,
comme on l'a vu, que cette place fût donnée à l'archiduc avec l'évêché
lui-même. Les troupes autrichiennes étaient aux portes de Passau, et
n'avaient qu'un pas à faire pour les franchir. La tentation devait être
grande, et les prétextes ne manquaient pas. En effet, le malheureux
évêque, en voyant approcher les troupes bavaroises, s'était adressé à
l'empereur, protecteur naturel de tout État d'empire exposé à des
violences. Le plan qui donnait son évêché, partie à la Bavière, partie à
l'archiduc Ferdinand, n'était encore qu'un projet, point encore une loi
d'empire, et jusque-là on pouvait en considérer l'exécution comme un
acte illégal. Des actes de ce genre, il est vrai, se commettaient dans
toute l'Allemagne; mais là où il était possible de les empêcher,
pourquoi ne pas le faire, pourquoi ne pas donner signe de vie et de
vigueur?
L'Autriche était portée au dernier degré d'exaspération. Elle se
plaignait de tout le monde: de la France, qui, sans lui rien dire, avait
négocié avec la Russie le plan qui changeait la face de l'Allemagne; de
la Russie elle-même, qui, à Pétersbourg, lui avait tenu secrète
l'adoption du projet de médiation; de la Prusse et des confédérés, qui
s'appuyaient sur des gouvernements étrangers pour bouleverser
complétement l'empire. Ses plaintes étaient peu fondées, et elle n'avait
à reprocher qu'à elle-même, à ses prétentions exagérées, à ses finesses
mal entendues, l'abandon dans lequel chacun la laissait en ce moment.
Elle avait voulu négocier avec la Russie en se cachant de la France, et
la France avait négocié avec la Russie en se cachant d'elle. Elle avait
voulu appeler l'étranger dans l'empire, en ayant recours à l'empereur
Alexandre, et la Prusse, la Bavière, imitant son exemple, avaient appelé
la France, avec cette différence que la Prusse et la Bavière faisaient
intervenir une puissance amie du corps germanique, et obligée à
intervenir par les traités eux-mêmes. Quant aux occupations préalables,
c'étaient choses prématurées, il est vrai, et, dans la rigueur du droit,
illégales; mais malheureusement pour la logique de l'Autriche, elle
venait d'occuper elle-même Salzbourg et Berchtolsgaden.
Quoi qu'il en soit, l'Autriche exaspérée, et voulant montrer que son
courage n'était point abattu par un concours de circonstances
malheureuses, fit un acte peu conforme à sa circonspection ordinaire.
Elle enjoignit à ses troupes de franchir les faubourgs de Passau, pour
occuper la place, et en même temps accompagna cet acte d'explications
tendant à en atténuer l'effet. Elle déclarait qu'en agissant ainsi, elle
répondait à une demande formelle de l'évêque de Passau; qu'elle
n'entendait nullement décider par la force une des questions litigieuses
soumises à la Diète germanique; qu'elle voulait faire purement un acte
conservatoire, et qu'aussitôt après la décision de cette Diète, elle
retirerait ses troupes, abandonnant la ville contestée au propriétaire
qui en serait légalement investi par le plan définitif des indemnités.
Ses troupes entrèrent le 18 août dans Passau. Tandis qu'elles y
marchaient, les troupes bavaroises y marchaient de leur côté. Peu s'en
fallut qu'il n'y eut une collision grave, laquelle aurait mis toute
l'Europe en feu. Cependant la prudence des officiers chargés de
l'exécution prévint ce malheur. Les Autrichiens restèrent maîtres de la
place.
[En marge: Caractère du public réuni à Ratisbonne, et sensation produite
dans ce public par l'occupation de Passau.]
Cette conduite était hardie, plus hardie qu'il n'appartenait à
l'Autriche, car c'était sur un point important opposer un acte formel de
résistance à la déclaration des puissances médiatrices. L'effet en fut
très-grand à Ratisbonne, dans le nombreux public allemand qui s'y
trouvait réuni. Il y avait là des représentants de tous les États,
maintenus ou supprimés, satisfaits ou mécontents, cherchant, les uns à
faire adopter le plan proposé, les autres à le changer en ce qui les
concernait. Magistrats des villes libres, abbés, prélats, nobles
immédiats y abondaient. Les nobles immédiats surtout, remplissant les
armées et les chancelleries des cours allemandes, figuraient en grand
nombre comme ministres à la Diète. Ceux mêmes qui représentaient des
cours avantagées, et qui, à ce titre, auraient dû paraître contents,
conservaient néanmoins leurs passions personnelles, et, comme nobles
allemands, étaient fort loin d'être satisfaits. M. de Goertz, par
exemple, ministre de Prusse à Ratisbonne, était partisan du plan
d'indemnités pour le compte de sa cour; mais, en qualité de noble
immédiat, il regrettait vivement l'ancien ordre de choses. Plusieurs
autres ministres des cours allemandes étaient dans le même cas. Ces
personnages composaient à eux tous un public passionné, et très-porté
pour l'Autriche. Ce n'était pas à la France qu'ils en voulaient le plus,
car ils voyaient bien qu'elle était désintéressée en tout cela, et
qu'elle n'avait d'autre but que de mettre un terme aux affaires
germaniques; mais ils poursuivaient de leur blâme le plus sévère la
Prusse et la Bavière. L'avidité de ces cours, leurs liaisons avec la
France, leur ardeur à détruire la vieille Constitution, y étaient
qualifiées en termes d'une singulière amertume. La nouvelle de
l'occupation de Passau produisit au milieu de ce public la sensation la
plus vive et la plus agréable. Il fallait, disait-on, de la vigueur; la
France n'avait point de troupes sur le Rhin; sa paix avec l'Angleterre
n'était pas tellement solide qu'elle pût si facilement s'engager dans
les affaires de l'Allemagne; d'ailleurs le Premier Consul venait de
recevoir une sorte d'autorité monarchique, en récompense de la paix
procurée au monde; il ne pouvait pas retirer sitôt un bienfait payé d'un
si haut prix. On n'avait donc qu'à déployer de l'énergie, à passer
l'Inn, à donner une leçon à la Bavière, et l'on ferait tomber les
nombreuses mains levées à la fois contre la Constitution germanique.
[En marge: L'effet produit à Ratisbonne s'étend en Europe.]
[En marge: Convention entre la France, la Prusse et la Bavière, pour
faire évacuer Passau par les Autrichiens.]
L'effet produit à Ratisbonne se répandit bientôt dans toute l'Europe. Le
Premier Consul, attentif à la marche de ces négociations, en fut frappé.
Jusque-là il s'était soigneusement abstenu de toute démarche qui aurait
pu porter atteinte à la paix générale. Son but avait été de la
consolider et non de la mettre en péril. Mais il n'était pas d'humeur à
se laisser braver publiquement, et surtout à laisser compromettre un
résultat qu'il poursuivait avec tant d'efforts, et avec d'aussi
excellentes intentions. Il sentait ce que pourrait produire à Ratisbonne
cette hardiesse de l'Autriche, s'il ne la réprimait pas, et surtout s'il
paraissait hésiter. Sur-le-champ il manda auprès de lui M. de
Lucchesini, ministre de Prusse, M. de Cetto, ministre de Bavière. Il
leur fit sentir à tous deux l'importance d'une résolution prompte et
énergique, en présence de la nouvelle attitude prise par l'Autriche, et
le danger auquel serait exposé le plan des indemnités, si on montrait en
cette circonstance la moindre hésitation. Ces deux ministres le
sentaient aussi bien que personne, car l'intérêt de leurs cours
suffisait pour les éclairer à cet égard. Ils adhérèrent donc sans
balancer aux idées du Premier Consul. Celui-ci leur proposa de se lier
par une convention formelle, dans laquelle on déclarerait de nouveau,
qu'on était disposé à employer tous les moyens nécessaires pour faire
prévaloir le projet de médiation, et que si dans les soixante jours
assignés aux travaux de la Diète, la ville de Passau n'était pas
évacuée, la France et la Prusse uniraient leurs forces à celles de la
Bavière, pour assurer à celle-ci la part qui lui était promise par le
plan des indemnités. Cette convention fut signée le soir même du jour où
elle avait été proposée, c'est-à-dire le 5 septembre 1802 (18 fructidor
an X). Le Premier Consul n'appela point M. de Markoff, parce qu'il
prévoyait mille difficultés de sa part, suscitées dans l'intérêt de
l'Autriche. Il n'avait d'ailleurs pas besoin de la Russie pour faire
acte d'énergie. La convention même en devenait plus menaçante, signée
par deux puissances qui toutes deux étaient sérieusement résolues à
l'exécuter. On se contenta de la communiquer à M. de Markoff, en
l'invitant à la transmettre à Pétersbourg, pour que son cabinet pût y
adhérer, s'il le jugeait convenable.
[En marge: Sept. 1802.]
Le lendemain le Premier Consul fit partir son aide-de-camp Lauriston
avec la convention qui venait d'être signée, et avec une lettre pour
l'électeur de Bavière. Dans cette lettre il engageait l'électeur à se
rassurer, lui garantissait de nouveau toute la part d'indemnité qui lui
avait été promise, et lui annonçait qu'à l'époque fixée une armée
française entrerait en Allemagne, pour tenir la parole de la France et
de la Prusse. L'aide-de-camp Lauriston avait l'ordre de se rendre à
Passau, pour s'y faire voir, et pour juger de ses propres yeux quel
était le nombre d'Autrichiens réunis sur la frontière de Bavière. Il
devait ensuite se montrer à Ratisbonne, passer à Berlin, et revenir par
la Hollande. Il était porteur de lettres pour la plupart des princes
d'Allemagne.
C'était plus qu'il n'en fallait pour agir fortement sur les têtes
allemandes. Le colonel Lauriston partit sur-le-champ, et arriva sans
perdre un instant à Munich. Sa présence y causa au malheureux électeur
une joie des plus vives. Tous les détails contenus dans la lettre du
Premier Consul furent répétés de bouche en bouche. Le colonel Lauriston
continua sans retard sa tournée, acquit de ses propres yeux la
conviction que les Autrichiens étaient trop peu nombreux sur l'Inn pour
faire autre chose qu'une bravade, et se rendit à Ratisbonne, de
Ratisbonne à Berlin.
Cette promptitude d'action surprit l'Autriche, frappa de crainte tous
les opposants de la Diète, et leur prouva qu'une puissance comme la
France ne s'était pas publiquement engagée avec une autre puissance
comme la Prusse, à faire réussir un plan, sans le vouloir sérieusement.
D'ailleurs l'intention des médiateurs était si évidente, elle avait
tellement pour but d'assurer le repos du continent par la conclusion des
affaires allemandes, que la raison devait se joindre au sentiment d'une
force supérieure pour faire tomber toutes les résistances. Restaient à
vaincre, il est vrai, les difficultés de forme, dont l'Autriche allait
se servir pour ralentir l'adoption du plan, à moins qu'elle n'obtînt
quelque concession qui adoucît son chagrin, et sauvât la dignité du chef
de l'empire, fort compromise en cette occasion.
[En marge: Ouverture du protocole dans le sein de la députation
extraordinaire.]
[En marge: Quatre États sur huit adoptent complétement le projet de
médiation.]
La députation extraordinaire qui était chargée par la Diète de préparer
un conclusum, et de le lui soumettre, était en ce moment assemblée. Les
huit États qui la composaient, Brandebourg, Saxe, Bavière, Bohême,
Wurtemberg, Ordre Teutonique, Mayence, Hesse-Cassel, étaient présents
dans la personne de leurs ministres. Le protocole était ouvert; chacun
avait commencé à émettre son avis. Sur les huit États, quatre admirent
sans hésiter le plan des médiateurs. Brandebourg, Bavière, Hesse-Cassel,
Wurtemberg, exprimèrent leur gratitude pour les hautes puissances, qui
avaient bien voulu venir au secours du corps germanique, et le tirer
d'embarras par leur arbitrage désintéressé; déclarèrent en outre le plan
sage, acceptable dans son contenu, sauf quelques détails, à l'égard
desquels la grande députation pourrait sans inconvénient donner son
avis, et proposer d'utiles modifications. Ils ajoutèrent enfin,
relativement au délai fixé, qu'il était urgent d'en finir au plus tôt,
tant pour le repos de l'Allemagne que pour celui de l'Europe. Cependant
les quatre États approbateurs ne s'expliquaient pas d'une manière
précise sur ce terme de deux mois. C'eût été compromettre leur dignité
que de rappeler ce terme rigoureux, pour proposer de s'y soumettre; mais
c'était bien ce qu'ils entendaient dire, quand ils recommandaient à
leurs co-États d'en finir au plus tôt.
[En marge: Avis particulier de Mayence.]
On aurait dû s'attendre à l'approbation de Mayence, puisque cet ancien
électorat ecclésiastique était seul conservé, et pourvu d'un revenu d'un
million de florins. Mais le baron d'Albini, représentant de l'archevêque
électeur, homme d'esprit, fort adroit, souhaitant au fond du coeur le
succès de la médiation, était fort embarrassé d'approuver, en présence
de tout le parti ecclésiastique, un plan qui anéantissait la vieille
Église féodale d'Allemagne, et de l'approuver uniquement, parce que
l'électorat de son archevêque était conservé. De plus, cet archevêque
n'était pas complétement satisfait des combinaisons qui le concernaient.
Le bailliage d'Aschaffenbourg, dernier débris de l'électorat de Mayence,
formait la seule portion de revenu qui lui fût assurée en territoire. Le
reste devait lui être donné en assignations diverses sur les biens
d'Église réservés, et pour cette partie du million promis, partie la
plus considérable, car le bailliage d'Aschaffenbourg valait à peine 300
mille florins, il n'était pas sans inquiétude.
M. d'Albini, pour Mayence, émit donc un avis assez ambigu, remercia
beaucoup les hautes puissances médiatrices de leur intervention amicale,
déplora longuement les malheurs de l'Église germanique, et distingua
dans le plan deux parties, l'une comprenant la distribution des
territoires, l'autre les considérations générales dont le projet était
accompagné. Quant aux distributions de territoire, sauf les petites
indemnités, le ministre de Mayence approuvait les propositions des
puissances médiatrices. Quant aux considérations générales, contenant
l'indication des règlements à faire, il les trouvait insuffisantes, et
notamment les pensions du clergé lui paraissaient n'être pas assez
clairement assurées. En cela il faut reconnaître que les observations du
représentant de Mayence n'étaient pas dépourvues de raison.
Son avis ne contenait donc pas une approbation formelle.
[En marge: Avis de Saxe.]
Saxe demandait à réserver encore son vote, ce qui était fort en usage
dans les délibérations de la Diète germanique. Comme on recueillait
plusieurs fois les suffrages, on pouvait remettre à dire son opinion
dans une séance postérieure. Cet État, fort désintéressé, fort sage,
placé ordinairement sous l'influence de la Prusse, mais de coeur
préférant l'Autriche, catholique d'ailleurs par la religion de son
prince, quoique protestant par la religion de son peuple, éprouvait des
scrupules pénibles, partagé qu'il était entre ses affections et sa
raison, ses affections qui parlaient pour la vieille Allemagne, sa
raison qui parlait pour le plan des médiateurs.
[En marge: Avis de Bohême et Ordre Teutonique.]
[En marge: Ministres représentant les États de la députation
extraordinaire.]