L'empereur Alexandre, bien qu'il eût donné son consentement, avait

cependant fait deux réserves, non pas expresses, mais verbales, et dont

il laissait à la courtoisie du Premier Consul la prise en

considération. La première était relative à l'évêque de Lubeck, duc

d'Oldembourg et son oncle. Ce prince perdait, par la suppression du

péage d'Elsfleth, sur le Weser, un revenu assez considérable, et

demandait une augmentation d'indemnité. C'étaient quelques mille florins

à trouver. La seconde réserve de l'empereur était relative à la dignité

électorale, qu'il aurait voulu conférer à la maison de Mecklembourg,

laquelle ne paraissait pas, du reste, s'en soucier beaucoup. Ceci était

plus difficile; car cette nouvelle faveur portait à dix le nombre des

électeurs, et plaçait un protestant de plus dans le collége électoral.

C'était chose à régler ultérieurement avec la Diète.

[En marge: Les ministres de France et de Russie chargés d'annoncer la

médiation à Ratisbonne.]

Tout avait été disposé pour que les courriers revenant de

Saint-Pétersbourg fissent leur retour par Ratisbonne, et remissent aux

ministres de Russie et de France l'ordre d'agir immédiatement. La Russie

avait désigné comme son ministre extraordinaire en cette circonstance,

M. de Buhler, son représentant ordinaire auprès de la cour de Bavière.

Le Premier Consul, de son côté, avait choisi pour le même rôle M. de

Laforest, ministre de France à Munich. M. de Laforest, par sa

connaissance des affaires allemandes, par son activité, réunissait les

qualités convenables aux fonctions difficiles dont il allait être

chargé. La note annonçant la médiation des deux cours avait été rédigée

d'avance, et envoyée aux deux ministres français et russe, pour qu'ils

pussent la présenter dès que les courriers seraient revenus de

Saint-Pétersbourg. Tous deux avaient ordre de quitter Munich pour se

rendre immédiatement à Ratisbonne. M. de Laforest exécuta cet ordre

sur-le-champ, en engageant M. de Buhler à le suivre sans retard.

Ils arrivèrent à Ratisbonne le 16 août (28 thermidor).

[En marge: Députation extraordinaire de l'empire, chargée de présenter

un projet d'indemnité.]

La Diète s'était déchargée de l'oeuvre difficile de la nouvelle

organisation germanique sur une députation extraordinaire, composée de

quelques-uns des principaux États allemands. C'était l'imitation de ce

qu'on avait fait à d'autres époques, en de pareilles circonstances,

notamment à la paix de Westphalie. Les huit États choisis étaient:

Brandebourg (_Prusse_), Saxe, Bavière, Bohême (_Autriche_), Wurtemberg,

Ordre Teutonique (_archiduc Charles_), Mayence, Hesse-Cassel. Ces huit

États se trouvaient représentés dans la députation extraordinaire, par

des ministres délibérant d'après les instructions de leur gouvernement.

Tous ces ministres n'étaient pas présents. M. de Laforest eut de grands

efforts à faire pour les amener à Ratisbonne, efforts d'autant plus

difficiles que l'Autriche, réduite au désespoir, avait pris le parti

d'opposer à la vivacité de l'action française les lenteurs de la

constitution germanique. La note, en forme de déclaration, fut remise au

nom des deux cours le 18 août (30 thermidor) au ministre directorial de

la Diète, chargé de présider à toutes les communications officielles.

Copie en fut donnée au plénipotentiaire impérial, car il y avait auprès

de la grande députation, comme auprès de la Diète elle-même, un

plénipotentiaire exerçant la prérogative impériale, laquelle consistait

à recevoir communication des propositions adressées à la Confédération,

à les examiner, à les ratifier ou à les rejeter, pour le compte de

l'empereur.

[En marge: Délai de deux mois assigné à la Diète de Ratisbonne.]

La note des puissances médiatrices, digne, amicale, mais ferme, disait

simplement que les États allemands n'ayant pu s'entendre encore pour

l'exécution du traité de Lunéville, et l'Europe entière étant intéressée

à ce que l'oeuvre de la paix reçût de l'arrangement des affaires

germaniques son dernier complément, la France et la Russie, puissances

amies et désintéressées, offraient leur médiation à la Diète, lui

présentaient un plan, et déclaraient _que l'intérêt de l'Allemagne, la

consolidation de la paix, et la tranquillité générale de l'Europe,

exigeaient que tout ce qui concernait le règlement des indemnités

germaniques fût terminé dans l'espace de deux mois_. Ce temps fixé avait

quelque chose d'impérieux, sans doute, mais il rendait sérieuse la

démarche des deux cours, et sous ce rapport il était indispensable.

Cette déclaration devait produire et produisit le plus grand effet. Le

ministre directorial, c'est-à-dire le président, la transmit

immédiatement à la députation extraordinaire.

Pendant qu'on agissait si résolument à Ratisbonne, une démarche

officielle était faite à Vienne par l'ambassadeur de France, pour

communiquer à la cour d'Autriche le projet de médiation, lui déclarer

qu'on n'avait pas voulu la blesser, qu'on ne le voulait pas encore,

mais que l'impossibilité de s'entendre avec elle avait obligé à prendre

un parti définitif, parti impérieusement réclamé par le repos de

l'Europe. On insinuait, au surplus, que le plan ne réglait pas toutes

choses d'une manière irrévocable, qu'il restait en dehors bien des

moyens de servir la cour de Vienne, soit dans ses négociations avec la

Bavière, soit dans ses efforts pour assurer à des archiducs la

succession de l'Ordre teutonique, et du dernier électorat

ecclésiastique; que, dans toutes ces choses, la condescendance du

Premier Consul serait proportionnée à la condescendance de l'empereur.

Au reste, M. de Champagny, notre ambassadeur, avait ordre de n'entrer

dans aucun détail, et de faire comprendre que toute discussion sérieuse

devait s'engager exclusivement à Ratisbonne.

[En marge: Occupation immédiate des territoires assignés à chaque

copartageant.]

Au milieu de ces inévitables délais de la diplomatie, les princes

indemnisés étaient fort impatients d'occuper les territoires qui leur

étaient dévolus, et ils avaient demandé à les occuper immédiatement. La

France y avait consenti, afin de rendre le plan proposé à peu près

irrévocable. Sur-le-champ la Prusse fit occuper Hildesheim, Paderborn,

Munster, l'Eichsfeld, Erfurth. Le Wurtemberg, la Bavière, qui n'étaient

pas moins impatients que la Prusse, envoyèrent des détachements de

troupes dans les principautés ecclésiastiques qui leur étaient

assignées. La résistance de la part de ces principautés ne pouvait être

grande, car c'étaient ou de vieux prélats, ou des chapitres

administrant les bénéfices vacants, n'ayant ni moyens ni volonté de se

défendre. La dureté des occupants valait bien, sous quelques rapports,

la dureté reprochée autrefois à la Révolution française. La protectrice

naturelle de ces malheureux ecclésiastiques était l'Autriche, chargée

d'exercer la puissance impériale. Mais la plupart d'entre eux étaient

placés bien loin de son territoire, et ceux qui se trouvaient à sa

portée, comme les évêques d'Augsbourg, de Freisingen, ne pouvaient être

secourus sans violer le territoire bavarois, ce qui eût été un acte

d'une immense gravité. Toutefois il y avait un de ces évêchés facile à

garantir de l'occupation bavaroise, et important à conserver, c'était

l'évêché de Passau. Entreprendre sa défense était un acte de vigueur,

propre à relever la situation fort abaissée de l'Autriche.

[En marge: Occupation par l'Autriche de l'évêché de Passau.]

Nous avons déjà indiqué la position géographique de cet évêché, tout

entier enclavé en Autriche, et n'ayant sur le territoire bavarois qu'un

point, c'était Passau. (Voir la carte nº 20.) La cour de Vienne voulait,

comme on l'a vu, que cette place fût donnée à l'archiduc avec l'évêché

lui-même. Les troupes autrichiennes étaient aux portes de Passau, et

n'avaient qu'un pas à faire pour les franchir. La tentation devait être

grande, et les prétextes ne manquaient pas. En effet, le malheureux

évêque, en voyant approcher les troupes bavaroises, s'était adressé à

l'empereur, protecteur naturel de tout État d'empire exposé à des

violences. Le plan qui donnait son évêché, partie à la Bavière, partie à

l'archiduc Ferdinand, n'était encore qu'un projet, point encore une loi

d'empire, et jusque-là on pouvait en considérer l'exécution comme un

acte illégal. Des actes de ce genre, il est vrai, se commettaient dans

toute l'Allemagne; mais là où il était possible de les empêcher,

pourquoi ne pas le faire, pourquoi ne pas donner signe de vie et de

vigueur?

L'Autriche était portée au dernier degré d'exaspération. Elle se

plaignait de tout le monde: de la France, qui, sans lui rien dire, avait

négocié avec la Russie le plan qui changeait la face de l'Allemagne; de

la Russie elle-même, qui, à Pétersbourg, lui avait tenu secrète

l'adoption du projet de médiation; de la Prusse et des confédérés, qui

s'appuyaient sur des gouvernements étrangers pour bouleverser

complétement l'empire. Ses plaintes étaient peu fondées, et elle n'avait

à reprocher qu'à elle-même, à ses prétentions exagérées, à ses finesses

mal entendues, l'abandon dans lequel chacun la laissait en ce moment.

Elle avait voulu négocier avec la Russie en se cachant de la France, et

la France avait négocié avec la Russie en se cachant d'elle. Elle avait

voulu appeler l'étranger dans l'empire, en ayant recours à l'empereur

Alexandre, et la Prusse, la Bavière, imitant son exemple, avaient appelé

la France, avec cette différence que la Prusse et la Bavière faisaient

intervenir une puissance amie du corps germanique, et obligée à

intervenir par les traités eux-mêmes. Quant aux occupations préalables,

c'étaient choses prématurées, il est vrai, et, dans la rigueur du droit,

illégales; mais malheureusement pour la logique de l'Autriche, elle

venait d'occuper elle-même Salzbourg et Berchtolsgaden.

Quoi qu'il en soit, l'Autriche exaspérée, et voulant montrer que son

courage n'était point abattu par un concours de circonstances

malheureuses, fit un acte peu conforme à sa circonspection ordinaire.

Elle enjoignit à ses troupes de franchir les faubourgs de Passau, pour

occuper la place, et en même temps accompagna cet acte d'explications

tendant à en atténuer l'effet. Elle déclarait qu'en agissant ainsi, elle

répondait à une demande formelle de l'évêque de Passau; qu'elle

n'entendait nullement décider par la force une des questions litigieuses

soumises à la Diète germanique; qu'elle voulait faire purement un acte

conservatoire, et qu'aussitôt après la décision de cette Diète, elle

retirerait ses troupes, abandonnant la ville contestée au propriétaire

qui en serait légalement investi par le plan définitif des indemnités.

Ses troupes entrèrent le 18 août dans Passau. Tandis qu'elles y

marchaient, les troupes bavaroises y marchaient de leur côté. Peu s'en

fallut qu'il n'y eut une collision grave, laquelle aurait mis toute

l'Europe en feu. Cependant la prudence des officiers chargés de

l'exécution prévint ce malheur. Les Autrichiens restèrent maîtres de la

place.

[En marge: Caractère du public réuni à Ratisbonne, et sensation produite

dans ce public par l'occupation de Passau.]

Cette conduite était hardie, plus hardie qu'il n'appartenait à

l'Autriche, car c'était sur un point important opposer un acte formel de

résistance à la déclaration des puissances médiatrices. L'effet en fut

très-grand à Ratisbonne, dans le nombreux public allemand qui s'y

trouvait réuni. Il y avait là des représentants de tous les États,

maintenus ou supprimés, satisfaits ou mécontents, cherchant, les uns à

faire adopter le plan proposé, les autres à le changer en ce qui les

concernait. Magistrats des villes libres, abbés, prélats, nobles

immédiats y abondaient. Les nobles immédiats surtout, remplissant les

armées et les chancelleries des cours allemandes, figuraient en grand

nombre comme ministres à la Diète. Ceux mêmes qui représentaient des

cours avantagées, et qui, à ce titre, auraient dû paraître contents,

conservaient néanmoins leurs passions personnelles, et, comme nobles

allemands, étaient fort loin d'être satisfaits. M. de Goertz, par

exemple, ministre de Prusse à Ratisbonne, était partisan du plan

d'indemnités pour le compte de sa cour; mais, en qualité de noble

immédiat, il regrettait vivement l'ancien ordre de choses. Plusieurs

autres ministres des cours allemandes étaient dans le même cas. Ces

personnages composaient à eux tous un public passionné, et très-porté

pour l'Autriche. Ce n'était pas à la France qu'ils en voulaient le plus,

car ils voyaient bien qu'elle était désintéressée en tout cela, et

qu'elle n'avait d'autre but que de mettre un terme aux affaires

germaniques; mais ils poursuivaient de leur blâme le plus sévère la

Prusse et la Bavière. L'avidité de ces cours, leurs liaisons avec la

France, leur ardeur à détruire la vieille Constitution, y étaient

qualifiées en termes d'une singulière amertume. La nouvelle de

l'occupation de Passau produisit au milieu de ce public la sensation la

plus vive et la plus agréable. Il fallait, disait-on, de la vigueur; la

France n'avait point de troupes sur le Rhin; sa paix avec l'Angleterre

n'était pas tellement solide qu'elle pût si facilement s'engager dans

les affaires de l'Allemagne; d'ailleurs le Premier Consul venait de

recevoir une sorte d'autorité monarchique, en récompense de la paix

procurée au monde; il ne pouvait pas retirer sitôt un bienfait payé d'un

si haut prix. On n'avait donc qu'à déployer de l'énergie, à passer

l'Inn, à donner une leçon à la Bavière, et l'on ferait tomber les

nombreuses mains levées à la fois contre la Constitution germanique.

[En marge: L'effet produit à Ratisbonne s'étend en Europe.]

[En marge: Convention entre la France, la Prusse et la Bavière, pour

faire évacuer Passau par les Autrichiens.]

L'effet produit à Ratisbonne se répandit bientôt dans toute l'Europe. Le

Premier Consul, attentif à la marche de ces négociations, en fut frappé.

Jusque-là il s'était soigneusement abstenu de toute démarche qui aurait

pu porter atteinte à la paix générale. Son but avait été de la

consolider et non de la mettre en péril. Mais il n'était pas d'humeur à

se laisser braver publiquement, et surtout à laisser compromettre un

résultat qu'il poursuivait avec tant d'efforts, et avec d'aussi

excellentes intentions. Il sentait ce que pourrait produire à Ratisbonne

cette hardiesse de l'Autriche, s'il ne la réprimait pas, et surtout s'il

paraissait hésiter. Sur-le-champ il manda auprès de lui M. de

Lucchesini, ministre de Prusse, M. de Cetto, ministre de Bavière. Il

leur fit sentir à tous deux l'importance d'une résolution prompte et

énergique, en présence de la nouvelle attitude prise par l'Autriche, et

le danger auquel serait exposé le plan des indemnités, si on montrait en

cette circonstance la moindre hésitation. Ces deux ministres le

sentaient aussi bien que personne, car l'intérêt de leurs cours

suffisait pour les éclairer à cet égard. Ils adhérèrent donc sans

balancer aux idées du Premier Consul. Celui-ci leur proposa de se lier

par une convention formelle, dans laquelle on déclarerait de nouveau,

qu'on était disposé à employer tous les moyens nécessaires pour faire

prévaloir le projet de médiation, et que si dans les soixante jours

assignés aux travaux de la Diète, la ville de Passau n'était pas

évacuée, la France et la Prusse uniraient leurs forces à celles de la

Bavière, pour assurer à celle-ci la part qui lui était promise par le

plan des indemnités. Cette convention fut signée le soir même du jour où

elle avait été proposée, c'est-à-dire le 5 septembre 1802 (18 fructidor

an X). Le Premier Consul n'appela point M. de Markoff, parce qu'il

prévoyait mille difficultés de sa part, suscitées dans l'intérêt de

l'Autriche. Il n'avait d'ailleurs pas besoin de la Russie pour faire

acte d'énergie. La convention même en devenait plus menaçante, signée

par deux puissances qui toutes deux étaient sérieusement résolues à

l'exécuter. On se contenta de la communiquer à M. de Markoff, en

l'invitant à la transmettre à Pétersbourg, pour que son cabinet pût y

adhérer, s'il le jugeait convenable.

[En marge: Sept. 1802.]

Le lendemain le Premier Consul fit partir son aide-de-camp Lauriston

avec la convention qui venait d'être signée, et avec une lettre pour

l'électeur de Bavière. Dans cette lettre il engageait l'électeur à se

rassurer, lui garantissait de nouveau toute la part d'indemnité qui lui

avait été promise, et lui annonçait qu'à l'époque fixée une armée

française entrerait en Allemagne, pour tenir la parole de la France et

de la Prusse. L'aide-de-camp Lauriston avait l'ordre de se rendre à

Passau, pour s'y faire voir, et pour juger de ses propres yeux quel

était le nombre d'Autrichiens réunis sur la frontière de Bavière. Il

devait ensuite se montrer à Ratisbonne, passer à Berlin, et revenir par

la Hollande. Il était porteur de lettres pour la plupart des princes

d'Allemagne.

C'était plus qu'il n'en fallait pour agir fortement sur les têtes

allemandes. Le colonel Lauriston partit sur-le-champ, et arriva sans

perdre un instant à Munich. Sa présence y causa au malheureux électeur

une joie des plus vives. Tous les détails contenus dans la lettre du

Premier Consul furent répétés de bouche en bouche. Le colonel Lauriston

continua sans retard sa tournée, acquit de ses propres yeux la

conviction que les Autrichiens étaient trop peu nombreux sur l'Inn pour

faire autre chose qu'une bravade, et se rendit à Ratisbonne, de

Ratisbonne à Berlin.

Cette promptitude d'action surprit l'Autriche, frappa de crainte tous

les opposants de la Diète, et leur prouva qu'une puissance comme la

France ne s'était pas publiquement engagée avec une autre puissance

comme la Prusse, à faire réussir un plan, sans le vouloir sérieusement.

D'ailleurs l'intention des médiateurs était si évidente, elle avait

tellement pour but d'assurer le repos du continent par la conclusion des

affaires allemandes, que la raison devait se joindre au sentiment d'une

force supérieure pour faire tomber toutes les résistances. Restaient à

vaincre, il est vrai, les difficultés de forme, dont l'Autriche allait

se servir pour ralentir l'adoption du plan, à moins qu'elle n'obtînt

quelque concession qui adoucît son chagrin, et sauvât la dignité du chef

de l'empire, fort compromise en cette occasion.

[En marge: Ouverture du protocole dans le sein de la députation

extraordinaire.]

[En marge: Quatre États sur huit adoptent complétement le projet de

médiation.]

La députation extraordinaire qui était chargée par la Diète de préparer

un conclusum, et de le lui soumettre, était en ce moment assemblée. Les

huit États qui la composaient, Brandebourg, Saxe, Bavière, Bohême,

Wurtemberg, Ordre Teutonique, Mayence, Hesse-Cassel, étaient présents

dans la personne de leurs ministres. Le protocole était ouvert; chacun

avait commencé à émettre son avis. Sur les huit États, quatre admirent

sans hésiter le plan des médiateurs. Brandebourg, Bavière, Hesse-Cassel,

Wurtemberg, exprimèrent leur gratitude pour les hautes puissances, qui

avaient bien voulu venir au secours du corps germanique, et le tirer

d'embarras par leur arbitrage désintéressé; déclarèrent en outre le plan

sage, acceptable dans son contenu, sauf quelques détails, à l'égard

desquels la grande députation pourrait sans inconvénient donner son

avis, et proposer d'utiles modifications. Ils ajoutèrent enfin,

relativement au délai fixé, qu'il était urgent d'en finir au plus tôt,

tant pour le repos de l'Allemagne que pour celui de l'Europe. Cependant

les quatre États approbateurs ne s'expliquaient pas d'une manière

précise sur ce terme de deux mois. C'eût été compromettre leur dignité

que de rappeler ce terme rigoureux, pour proposer de s'y soumettre; mais

c'était bien ce qu'ils entendaient dire, quand ils recommandaient à

leurs co-États d'en finir au plus tôt.

[En marge: Avis particulier de Mayence.]

On aurait dû s'attendre à l'approbation de Mayence, puisque cet ancien

électorat ecclésiastique était seul conservé, et pourvu d'un revenu d'un

million de florins. Mais le baron d'Albini, représentant de l'archevêque

électeur, homme d'esprit, fort adroit, souhaitant au fond du coeur le

succès de la médiation, était fort embarrassé d'approuver, en présence

de tout le parti ecclésiastique, un plan qui anéantissait la vieille

Église féodale d'Allemagne, et de l'approuver uniquement, parce que

l'électorat de son archevêque était conservé. De plus, cet archevêque

n'était pas complétement satisfait des combinaisons qui le concernaient.

Le bailliage d'Aschaffenbourg, dernier débris de l'électorat de Mayence,

formait la seule portion de revenu qui lui fût assurée en territoire. Le

reste devait lui être donné en assignations diverses sur les biens

d'Église réservés, et pour cette partie du million promis, partie la

plus considérable, car le bailliage d'Aschaffenbourg valait à peine 300

mille florins, il n'était pas sans inquiétude.

M. d'Albini, pour Mayence, émit donc un avis assez ambigu, remercia

beaucoup les hautes puissances médiatrices de leur intervention amicale,

déplora longuement les malheurs de l'Église germanique, et distingua

dans le plan deux parties, l'une comprenant la distribution des

territoires, l'autre les considérations générales dont le projet était

accompagné. Quant aux distributions de territoire, sauf les petites

indemnités, le ministre de Mayence approuvait les propositions des

puissances médiatrices. Quant aux considérations générales, contenant

l'indication des règlements à faire, il les trouvait insuffisantes, et

notamment les pensions du clergé lui paraissaient n'être pas assez

clairement assurées. En cela il faut reconnaître que les observations du

représentant de Mayence n'étaient pas dépourvues de raison.

Son avis ne contenait donc pas une approbation formelle.

[En marge: Avis de Saxe.]

Saxe demandait à réserver encore son vote, ce qui était fort en usage

dans les délibérations de la Diète germanique. Comme on recueillait

plusieurs fois les suffrages, on pouvait remettre à dire son opinion

dans une séance postérieure. Cet État, fort désintéressé, fort sage,

placé ordinairement sous l'influence de la Prusse, mais de coeur

préférant l'Autriche, catholique d'ailleurs par la religion de son

prince, quoique protestant par la religion de son peuple, éprouvait des

scrupules pénibles, partagé qu'il était entre ses affections et sa

raison, ses affections qui parlaient pour la vieille Allemagne, sa

raison qui parlait pour le plan des médiateurs.

[En marge: Avis de Bohême et Ordre Teutonique.]

[En marge: Ministres représentant les États de la députation

extraordinaire.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 04 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 8 / 42 段