»Si je rencontre le crapaud, comme vous l'appelez, je lui marcherai sur

la tête, et je mettrai des clous à mes souliers, pour qu'il le sente

mieux. Je ne m'informe guère de l'effet de toutes ces belles choses, et

elles n'en ont guère non plus sur moi. Je crois qu'elles ont fait plus

d'impression sur *** que sur aucun de nous. Les gens sont assez polis;

je n'ai pas manqué d'invitation, mais je n'en ai accepté aucune. Je suis

très-peu allé dans le monde l'année passée, et j'ai dessein d'y aller

encore moins celle-ci. Je n'ai pas de goût pour les assemblées, et j'ai

long-tems regretté de m'être livré à ce que l'on appelle la vie de

Londres, ce qui, de toutes les vies que j'ai vues (et j'en ai vu presque

autant qu'il y en a dans Plutarque), me semble laisser le moins de tems

pour songer au passé ou à l'avenir.

»Où en est votre poème? ne le négligez pas, et je ne crains rien pour

lui. Je n'ai pas besoin de vous dire que votre réputation m'est chère:

en vérité, je pourrais dire plus chère que la mienne; car depuis quelque

tems, je commence à penser que mes ouvrages ont été loués bien au-delà

de leur valeur: dans tous les cas, j'ai cessé pour jamais d'écrire. Je

puis vous dire à vous ce que je ne dirais pas à tout le monde; mes deux

derniers poèmes ont été écrits, l'un en quatre jours, et l'autre en

dix[105]. Je trouve que c'est là un aveu humiliant; il prouve mon manque

de sens de publier, et celui du public de lire des choses qui ne

sauraient avoir assez de mérite pour demeurer.

[Note 105: Quand il dit qu'il n'a donné que quatre jours à la

composition de _la Fiancée_, il faut entendre qu'il parle du premier

jet, car les additions successives qu'il y a faites lui ont coûté bien

plus de tems. _Le Corsaire_, au contraire, fut fait d'un seul coup: il

n'y eut après que fort peu de changemens et d'additions; et la rapidité

avec laquelle il fut composé, près de deux cents vers par jour,

paraîtrait presqu'incroyable, si nous n'avions son propre témoignage et

celui de son libraire pour nous empêcher d'en douter. Si l'on tient

compte de la beauté surprenante de cet ouvrage, une telle promptitude

d'exécution est presque sans exemple dans l'histoire du génie, et montre

qu'_écrire de passion_, comme le dit Rousseau, est peut-être une route

plus sûre pour arriver à la perfection que toutes celles que l'art a

tracées.]

»Je n'ai pas peur que vous ne vous pressiez trop, j'en ai moins encore

que vous puissiez ne pas réussir. Mais je crois qu'un an est un terme

assez long pour une composition qui ne doit pas être épique. Il faut

même que le _nonum prematur_ d'Horace ait été inventé pour les

millénaires ou quelque génération qui devait vivre plus long-tems que la

nôtre. Je ne sais même ce que nous aurions aujourd'hui de lui, s'il

avait suivi sa propre règle à la lettre. Que la paix soit avec vous!

Rappelez-vous que je suis toujours, etc.

»_P. S._ Je n'ai jamais eu connaissance du bruit dont vous parlez, ni

probablement de bien d'autres; mais, naturellement, vous avez comme les

autres hommes d'excellens amis, que le diable puisse emporter, qui font

leur devoir à l'ordinaire. Une chose qui vous fera rire.»

LETTRE CLXXI.

À M. MOORE.

12 mars 1814.

«Voyez toujours l'avenir en noir et vous vous tromperez rarement. Je ne

vous en dirai pas davantage à présent, et pourtant peut-être... mais

n'importe. J'espère que nous serons réunis un jour, et quelque nombre

d'années qui s'écoulent avant ou après ce jour-là, je le marquerai d'une

pierre blanche, dans mon calendrier. Je ne suis pas sûr de ne me pas

retrouver dans votre voisinage. Si cela arrive, et que je sois

célibataire alors, comme il y a gros à parier, je fondrai chez vous, je

vous enlèverai chez moi, et m'efforcerai de vous faire excuser la

mauvaise chère que vous y trouverez, par le bon visage que je vous y

ferai. Mettant toujours le sexe à part, je ne connais personne que je

serais plus aise de revoir.

»Je n'ai rien du genre que vous désirez, si ce n'est les _vers sur les

larmes_, s'il vous convient de les insérer dans votre _Post-Bag_; pour

moi je désire leur donner toute la publication possible. Ceux sur le

_caveau_[106] sont tout-à-fait de nature à être attaqués devant les

tribunaux, et les imprimer, ce serait mettre l'éditeur dans un danger

réel. Mais je crois que les _larmes_ ont tous les droits du monde

d'entrer dans votre recueil, et l'éditeur, quel qu'il soit, pourrait y

joindre ou non une note facétieuse, selon qu'il lui plairait.

[Note 106: Les vers pleins de force et d'amertume qu'il avait écrits

sur l'ouverture du caveau qui renfermait les restes d'Henri VIII et de

Charles Ier.

(_Note de Moore_.)]

»Je ne sais comment les vers sur le _caveau_ ont ainsi circulé; cela est

par trop farouche, mais la vérité c'est que ma satire n'est jamais à

l'eau de roses. J'ai dans ma tête le plan d'une épître _à lui_ et _sur

lui_[107], que je pourrais bien exécuter, s'ils ne me laissent pas

tranquille. Je n'aurais rien, ou peu de chose à dire de moi-même. Quant

à la gaîté et au plaisant, ce n'a jamais été mon fait, mais je suis

assez en fonds d'amertume et de mépris, et, avec mon Juvénal devant moi,

je lui ferai peut-être un sermon tel qu'il n'en a jamais entendu à la

cour. D'après certaines particularités qui sont venues à ma

connaissance, pour ainsi dire par hasard, je sais mon homme par coeur, et

je pourrais lui dire quel il est.

[Note 107: Le prince régent.

(_N. du Tr._)]

»Je voulais, mon cher Moore, vous écrire une longue lettre, le tems ne

me le permet pas.

»_P. S._ Réfléchissez-y encore une fois avant de vous décider à retarder

la publication de votre poème. Voici venir un jeune poète, plus âgé que

moi, par parenthèse, mais plus nouveau dans le métier, M. G. Knight,

avec un volume de contes orientaux, écrits depuis son retour, car il est

allé dans le pays. Il me fit consulter l'été dernier, et je lui

conseillai d'en écrire un dans chaque mesure, n'ayant, à cette époque,

aucune intention de faire précisément la même chose. Depuis, par

l'habitude où je suis de composer toujours dans un accès de fièvre, je

l'ai devancé du mètre, mais sans aucune intention. Quant à ses

histoires, je ne les connais pas, ne les ayant jamais vues[108]; mais il

a aussi, comme dans _le Giaour_, une femme dans un sac, à ce qu'il m'a

dit à cette époque.

[Note 108: Il ne savait pas encore, à ce qu'il paraît, que le

manuscrit anonyme que M. Murray lui avait soumis, fût celui de M.

Knight.

(_Note de Moore_.)]

»La meilleure manière de forcer le public à m'oublier, c'est de

l'occuper de vous. Vous ne pouvez supposer que je voulusse vous demander

ou vous conseiller de rien publier, si je pensais que vous dussiez ne

pas réussir. En vérité, je n'ai point de jalousie en littérature; et je

ne crois pas qu'un ami ait jamais souhaité le succès de son ami, plus

vivement que je souhaite le vôtre. C'est la maladie des vieillards de ne

pouvoir supporter de _frère près du trône_; nous ne vivrons, j'espère,

pas assez long-tems pour connaître jamais cette faiblesse-là. Je

voudrais que vous parussiez avant qu'on n'offrît au public d'autres

sujets orientaux.»

LETTRE CLXXII.

À M. MURRAY.

12 mars 1814.

«Je n'ai pas le tems de lire tout l'ouvrage[109]; mais ce que j'en ai

vu, vers et prose, me semble fort bien écrit; il est vrai que je ne

saurais être juge, au moins un juge désintéressé dans la question. Je

n'y ai rien vu qui doive vous faire hésiter à le publier à cause de moi.

Si l'auteur n'est pas le docteur Busby lui-même, je ne vois pas pourquoi

le dédier à ses souscripteurs; je ne comprends pas en effet ce que le

docteur peut avoir à faire là-dedans, si ce n'est peut-être comme

traducteur des doctrines de Lucrèce, dont, à coup sûr, il n'est pas

responsable. Je vous le dis ouvertement et franchement, si cet ouvrage

doit être publié, je ne vois aucune raison au monde qui empêche que ce

ne soit par vous; vous ne sauriez, au contraire, me faire un compliment

plus flatteur sur la bonté et la loyauté de mon caractère, qu'en

publiant cet ouvrage et tout autre où je serai honorablement attaqué

sans intention haineuse; et certes, pour ce que j'ai lu, du moins, je ne

saurais en accuser cet auteur.

[Note 109: Le manuscrit d'une longue et lourde satire, intitulée

l'_Anti-Byron_, que Murray lui avait envoyée, lui demandant, je ne

saurais croire que ce fût sérieusement, s'il lui conseillait de

l'imprimer.

(_Note de Moore_.)]

»Il se trompe en un point: je ne suis pas athée; mais s'il croit que

j'aie publié des principes qui sentent l'athéisme, il a parfaitement le

droit de les réfuter. Je vous en prie, imprimez; je ne me pardonnerais

jamais de vous en avoir empêché.

»Faites mes complimens à l'auteur; dites-lui que je lui souhaite du

succès, ses vers en méritent; et je serai la dernière personne à mettre

en doute la bonté de son intention.

»_P. S._ Si vous ne les publiez pas, il faudra toujours que quelqu'autre

le fasse; et vous ne me croyez pas, j'espère, l'esprit assez étroit pour

reculer devant la discussion. Je vous répète, encore une fois, que je le

regarde, autant que j'en puis juger par ce que j'ai lu, comme un bon

ouvrage; et c'est tout ce que vous devez considérer. Il est étrange que

_huit_ vers en aient fait naître au moins _huit mille_, y compris tout

ce qui a été dit, et qui le sera encore sur ce sujet.»

LETTRE CLXXIII.

À M. MURRAY.

9 avril 1814.

«Toutes les nouvelles sont fort belles; mais, néanmoins, j'ai besoin de

mes livres: si vous pouvez me les trouver, ou faire en sorte que

quelqu'un me les trouve, ne fût-ce que pour les prêter à Napoléon, dans

sa solitude de l'île d'Elbe. Je désirerais encore, si cela ne vous

dérangeait pas, et que vous n'ayez pas de société, vous parler ce soir

quelques minutes; j'ai reçu une lettre de M. Moore, et je voudrais vous

demander, comme au meilleur juge, quel serait le meilleur tems pour lui

de publier un ouvrage qu'il a composé. Je n'ai pas besoin de vous dire

que j'ai grandement à coeur ses succès, non-seulement parce qu'il est mon

ami, mais ce qui est plus fort, parce que c'est un homme de grand

talent, ce dont il est moins persuadé qu'aucun même de ses ennemis. Si

donc vous pouvez avoir l'obligeance de venir jusqu'ici, faites-le; si

vous ne le pouvez pas, n'en parlons plus; j'irai vous trouver, chez

vous, dans le courant de la semaine prochaine.

»_P. S._ Je vois qu'on annonce les tragédies de Sotheby. _La Mort de

Darnley_ est un sujet très-heureux, et, je crois, éminemment dramatique.

Faites m'en tenir un exemplaire, dès que vous le pourrez.

»Mrs. Leigh a été très-contente de ses livres; elle me charge de vous

remercier, et se dispose, je crois, à vous en écrire elle-même.»

LETTRE CLXXIV.

À M. MOORE.

N° 2, Albany, 9 avril 1814.

«Le vicomte d'Althorpe va se marier, et j'ai pris son bel appartement de

garçon dans Albany, où vous m'adresserez bientôt, je l'espère, votre

réponse à la présente.

»Je suis de retour à Londres, d'où vous pouvez conclure que je l'avais

quitté. Pendant tout le mois dernier, j'ai boxé tous les jours avec

Jackson, pour faire de l'exercice. J'ai bu pas mal aussi; une fois,

entre autres, je suis resté à table avec trois amis, au Cacaotier,

depuis six heures du soir jusqu'à quatre et cinq heures du matin. Nous

avons pris du Bordeaux et du Champagne jusqu'à deux heures. Alors, nous

avons soupé et terminé la séance par une sorte de punch _au régent_,

composé de Madère, d'eau-de-vie et de thé vert, car l'eau en nature n'y

était point admise. Voilà une soirée qui vous aurait convenu! Sans

quitter la table, si ce n'est pour me rendre chez moi, à pied,

dédaignant un fiacre et mon propre vis-à-vis, moyens de transport dont

on avait cru nécessaire de se précautionner. En somme, je m'en trouve

très-bien, quoiqu'on prétende que cela altère ma constitution.

»J'ai aussi enfreint plus ou moins quelques-uns de mes commandemens

favoris; mais je suis décidé à m'amender et à me marier, si quelqu'un

veut bien m'accepter. En attendant, je me suis à moitié tué l'autre soir

avec un morceau de porc dont j'ai soupé, et qui m'a donné une fort

longue et fort pénible indigestion. Toute cette gourmandise était en

l'honneur du carême: la viande m'est défendue pendant tout le reste de

l'année; mais elle m'est sévèrement ordonnée pendant votre abstinence

solennelle. J'ai été de plus assez suffisamment amoureux; mais nous en

reparlerons quand nous pourrons.

»Mon cher Moore, dites ce que vous voudrez dans votre préface, attaquez

tout et tout le monde, moi le premier. Fi! me croyez-vous de la vieille

école? Si l'on ne peut rire de ses amis, de qui donc rirait-on? Vous

n'avez rien à craindre de ***, que je n'ai pas vu cependant, parce que

j'étais à la campagne quand il s'est présenté chez moi. Il sera correct,

coulant; mais je doute qu'il y mette autre chose que ce que l'art peut

donner. Qu'importe après tout? ne vous déferez-vous jamais de cette

insupportable modestie? Quant à Jeffrey, c'est quelque chose de beau à

lui de dire du bien d'un vieil antagoniste; voilà ce dont un esprit

ordinaire ne serait pas capable. Tout le monde peut rétracter des

louanges; mais si ce n'était en partie mon cas à moi-même, je dirais

qu'il n'y a qu'un esprit au-dessus du vulgaire qui sache démentir ses

premières censures et les faire suivre par des éloges.

»Que pensez-vous de la _Revue_ de Lewis? Cela est bien plus insultant

que votre _Post-Bag_ et mes huit vers; la cour en est furieuse, comme je

l'ai su de bonne part. Avez-vous eu des nouvelles de...

»Plus de rimes _pour moi_ ou plutôt _de moi_. J'ai quitté le théâtre; je

ne monterai pas davantage sur les planches: j'ai eu mon tems et c'est

fini; tout ce que je puis attendre ou même désirer, c'est qu'on dise de

moi, dans la _Biographie Britannique_, que j'aurais pu devenir poète si

j'avais continué et que je me fusse amendé. Ma grande consolation c'est

que la célébrité éphémère dont j'ai joui a été obtenue en dépit de

toutes les opinions et de tous les préjugés du monde. Je n'ai flatté

aucune des puissances, et je n'ai jamais eu une pensée que j'aie cru

utile d'exprimer. On ne pourra dire de moi que j'aie été le poète des

circonstances, que j'aie profité des sujets populaires, comme Johnson,

ou je ne sais qui, l'a dit de Cléveland. Ce que j'ai acquis de renommée

l'a été au prix d'autant de faveur personnelle qu'il était possible; car

je ne crois pas qu'il ait jamais existé un poète plus impopulaire que

moi, _quoad homo_. Maintenant j'ai fini, _ludite nunc alios_. Chacun est

libre de se damner s'il en a l'envie, et de gagner sa part des feux

éternels de l'autre monde.

»Oh! oh! j'oubliais, voici venir un long poème, l'_Anti-Byron_, pour

prouver que j'ai formé une conspiration pour renverser, _à l'aide de la

rime_, la religion et le gouvernement, et que j'ai déjà fait de grands

progrès vers ce double but. Cette satire n'est pas trop personnelle,

mais sérieuse et métaphysique. Je ne m'étais jamais cru un personnage,

jusqu'à ce moment où je me vois un petit Voltaire, pour avoir nécessité

une telle réfutation. Murray ne voulait pas l'imprimer: ce serait une

sottise et je le lui ai dit; car à coup sûr quelqu'un s'en chargera. En

voilà au moins assez sur ce sujet.

»Votre projet de voyage en France est bon; mais que ne le changez-vous

en un voyage en Italie? tous les Anglais vont affluer à Paris.

Choisissez Rome, Milan, Naples, Florence, Turin, Venise ou la Suisse,

_et par dieu_, comme dit Bayes, _je me marierai et j'irai avec vous_;

puis, dans ce Paradis, nous composerons ensemble un nouvel _Inferno_.

Réfléchissez-y, et, en vérité, j'achète une femme, un anneau, je dis le

fameux _oui_, et je m'installe avec vous dans quelque maison de

plaisance sur les bords de l'Arno, du Pô ou de l'Adriatique.

»Ah! ma pauvre petite idole! Napoléon est tombé de son piédestal. On dit

qu'il a abdiqué; il y a de quoi tirer des larmes de bronze fondu des

yeux de Satan:

«Quoi! baiser la terre devant les pieds du jeune Malcolm, et puis

s'exposer aux insultes de cette populace[110]!

[Note 110: Shakspeare.--_Macbeth_.

(_N. du Tr._)]

Je ne puis supporter une si humiliante catastrophe. Il faut que je

reporte mon amour sur Sylla: tous mes favoris modernes ne valent rien;

leurs abdications sont d'un autre genre. Joie et santé, mon cher Moore.

Excusez la longueur de cette épître.

»Toujours tout à vous, etc.

»_P. S._ Le _Quarterly-Review_ vous cite souvent dans un article sur

l'Amérique, et toutes mes connaissances s'informent sans cesse de vous

et de vos ouvrages. Quand voulez-vous leur répondre en personne?»

Lord Byron ne persévéra pas long-tems dans sa résolution de ne plus

écrire, comme on le verra par les billets suivans à son éditeur.

À M. MURRAY.

10 avril 1814.

«J'ai écrit une _Ode sur la chute de Napoléon_, que je copierai et dont

je vous ferai présent, si cela peut vous convenir. M. Merivale en a vu

une partie et l'approuve. Vous pouvez la montrer à M. Gifford et

l'imprimer ou non, comme il vous plaira; je n'y attache aucune

importance. Elle ne contient rien en sa faveur, et pas la moindre

allusion aux Bourbons ou à notre gouvernement.

»Tout à vous, etc.

»_P. S._ Elle contient dix strophes, en tout quatre-vingt-dix vers, et

est écrite dans le même mètre que mes stances à la fin de

_Childe-Harold_, qui ont été si goûtées. _Et tu es mort_, etc., etc.»

À M. MURRAY.

11 avril 1814.

«Vous trouverez ci-joint une petite lettre de Mrs. Leigh.

»Il vaudra mieux ne pas mettre mon nom à notre _ode_; mais vous pouvez

dire ouvertement, et tant que vous voudrez, qu'elle est de moi; je puis

en outre écrire sur un exemplaire: _À M. Hobhouse, de la part de

l'auteur_, ce qui sera l'avouer suffisamment. Après la résolution que

j'ai affichée de ne plus rien publier, encore que cette pièce ait peu

d'étendue et moins d'importance, il vaut mieux encore garder l'anonyme;

mais vous pourrez la joindre au premier volume de mes oeuvres que vous

aurez le tems ou la volonté de publier.

»Je suis toujours votre, etc., etc.

BYRON.

»_P. S._ J'espère que vous avez reçu un billet de variantes que je vous

ai envoyé ce matin?

«2° _P. S._ Ô mes livres! mes livres! ne me trouverez-vous jamais mes

livres?»

À M. MURRAY.

12 avril 1814.

«Je vous envoie quelques notes et quelques changemens de peu

d'importance, plus une nouvelle épigraphe de Gibbon, et qui convient

admirablement ici. Un de mes _bons amis_ m'avertit qu'il y a dans

l'_Anti-Jacobin Review_ une attaque très-virulente contre nous, et que

vous n'avez pas vue. Envoyez-la-moi, car je suis dans un tel état de

langueur qu'une occasion de me mettre en colère ne saurait manquer de me

faire du bien.

»Toujours tout à vous, etc.»

LETTRE CLXXV.

À M. MOORE.

Albany, 20 avril 1814.

«Je suis charmé d'apprendre que vous vous disposez à quitter Mayfield

sitôt, et la première partie de votre lettre m'a fait grand plaisir;

mais peut-être vous y moquez-vous de moi comme dans l'autre[111]. Je ne

vous parle pas de l'effet de votre ironie, vous vous doutez bien que

cela ne m'a pas mis de mauvaise humeur; je sais supporter la critique,

je suis homme à en croire un ami sur parole, et, s'il le dit, à ne pas

douter un moment que j'aie écrit d'infernales absurdités. Il y avait une

restriction mentale dans mon engagement avec le public, en faveur des

ouvrages anonymes; et même, quand cette restriction n'y eût pas été,

l'occasion était telle qu'il m'était physiquement impossible de passer

sous silence cette détestable époque de lâcheté triomphante. C'est une

vilaine affaire, et après tout je ferai un peu plus de cas de la rime et

de la raison, et bien peu de votre peuple de héros, jusqu'à ce que l'île

d'Elbe devienne un volcan et le lance de nouveau sur le monde. Je ne

puis croire que tout soit fini.

[Note 111: Je lui avais écrit qu'on lui attribuait l'_Ode sur la

chute de Napoléon_; mais que je ne pouvais croire qu'elle fût de lui,

après l'engagement qu'il avait pris de ne plus rien publier. Je lui en

demandais en riant son avis, etc., etc.

(_Note de Moore_.)]

»Mon départ pour le continent est subordonné à quelque chose de

très-incontinent. J'ai reçu deux invitations à la campagne, et ne sais

que répondre et que décider. En attendant, j'ai acheté un papegaud et un

autre perroquet; j'ai mis mes livres en ordre, je fais des armes, je

boxe tous les jours et sors très-peu.

»Au moment où j'écris ces lignes, Louis le goutteux se fait rouler dans

Piccadilly, dans toute la pompe et avec tout le cortége de canaille

qu'exige la royauté. On m'avait offert des places pour les voir passer;

mais comme j'ai vu le sultan aller à la mosquée, que je l'ai vu recevoir

un ambassadeur, sa majesté très-chrétienne n'a pas beaucoup d'attrait

pour moi. Toutefois, dans quelque année à venir de l'hégire, je ne

serais pas fâché, peu après la seconde révolution, de voir les lieux où

_il aura heureusement_ régné pendant deux mois, dont les dernières six

semaines auront été en proie à la guerre civile.

»Écrivez-moi, je vous prie, et croyez-moi toujours, etc.»

LETTRE CLXXVI.

A M. MURRAY.

21 avril 1814.

«Mille remerciemens pour les lettres que je vous renvoie. Vous savez que

je suis jacobin; je n'ai pu me décider à arborer le blanc, et à voir

l'installation de Louis le goutteux.

»Voilà une mauvaise nouvelle bien pénible pour ceux qui souffrent en

tout tems, mais particulièrement en ceux-ci; je veux parler de la sortie

de Bayonne.

»Vous devriez presser Moore de paraître.

»_P. S._ J'ai besoin d'acheter Moréri à tout prix; j'ai Bayle, mais je

veux aussi Moréri.

»2e _P. S._ Perry me fait un compliment ce matin dans le _Morning-Post_;

je crois qu'il aurait aussi bien fait de ne pas me désigner par mon nom.

N'importe, ils ne peuvent que répéter leur vieux reproche

d'inconséquence avec moi-même; je m'en moque, c'est-à-dire quant à ce

qui regarde la publication de nouveaux ouvrages. Toutefois, maintenant

je veux tenir ma parole. Il n'y avait qu'une occasion aussi irrésistible

qui pût m'y faire manquer; et puis je considérais l'anonyme comme

toutà-fait excepté de mon engagement avec le public. C'est du reste la

seule chose que j'aie publiée depuis, et je n'y reviendrai pas.»

LETTRE CLXXVII.

A M. MURRAY.

25 avril 1814.

«Remettez la lettre à M. Gifford, et qu'il la rende à son loisir. Je la

lui aurais offerte si j'avais cru qu'il s'occupât de choses semblables.

»Avez-vous besoin de la dernière page _immédiatement_? Je doute que ces

vers valent la peine d'être imprimés: dans tous les cas, il faut que je

les revoie, et que j'y change quelques passages avant de les lancer dans

l'_océan_ de la circulation. Voilà une phrase sonore, sans qu'il y

paraisse; _canal_ de la circulation ira peut-être mieux.

»Je ne suis pas en veine, autrement il ne m'eût pas été difficile de

forger deux ou trois strophes qui eussent mieux cadré avec le reste de

l'ode. Dans tous les cas, je le répète, il faut que je revoie ces vers,

car il y en a deux que j'ai déjà changés dans ma tête. Quelqu'un les

a-t-il vus et jugés? Voilà la pierre de touche dont j'ai besoin pour me

régler; seulement dites-moi la vérité, et ne me déguisez pas les

critiques qu'on peut en avoir faites: si je les trouve justes, je

composerai quelques autres stances.

»Toujours tout à vous, etc.

»J'ai besoin d'un _Moréri_ et d'un _Athénée_.»

Il faut, pour l'intelligence de la lettre précédente, savoir que M.

Murray l'avait prié de faire quelques additions à son ode, afin d'éviter

le droit de timbre sur toutes les brochures qui ne dépassent pas une

feuille. Les vers qu'il lui envoya en conséquence sont, je crois, ceux

qui commencent par: _Nous ne te maudissons pas, Waterloo_, etc., etc. Il

ajouta ensuite de lui-même, pendant les réimpressions successives, cinq

ou six stances à son ode, qui n'en avait d'abord que onze. Il en avait

aussi composé trois de plus, qui n'ont jamais été imprimées, mais qui

méritent d'être conservées, à cause du juste tribut qu'il y paie à la

mémoire de Washington.

17. Il fut un jour, il fut une heure, quand le monde était

soumis à la France, et la France à toi, où l'abdication de

cet immense pouvoir t'eût valu une renommée plus pure que la

journée de Marengo n'en a attaché à ton nom. Cette journée

de Marengo dont l'éclat s'est cependant reflété sur tout le

reste de ta carrière, quoiqu'obscurci comme par des nuages,

par tes crimes passagers.

18. Mais il fallait absolument que tu fusses roi, que tu

vêtisses la pourpre, comme si cette robe ridicule pouvait

ôter, en la couvrant, les souvenirs de ta poitrine. Qu'est

devenu ce vêtement fané? Où sont toutes ces brillantes

babioles dont tu aimais à te parer: l'étoile, le cordon, la

couronne? Enfant vain et fantasque de l'empire, dis-moi,

t'a-t-on donc enlevé tous ces joujoux!

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 10 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 20 / 26 段