CHAPITRE IX.

RECETTES VIRGINALES.--MOYENS A EMPLOYER POUR EFFACER LES RIDES ET

DIMINUER L'AMPLEUR DU VENTRE ET DE LA GORGE ET DE LA FAIRE CROÎTRE A

CELLES QUI SONT PRIVÉES DE CE BEL ORNEMENT.

Quelquefois, après la grossesse, la gorge et le ventre restent flétris

et plus volumineux. L'art offre ici plusieurs moyens: ils sont ou

mécaniques, ou thérapeutiques; les premiers consistent dans

l'application de bandelettes pour le sein, et de larges bandes sur le

ventre, aussitôt après les couches, avec la précaution de les resserrer

graduellement, pour laisser à l'organe de la génération les moyens de

contraction qui lui sont alors nécessaires. L'habit européen est, à cet

effet, plus favorable aux femmes que la veste asiatique qui, ne

contenant point les intestins, permet à la texture molle de leurs

enveloppes, d'acquérir des dimensions énormes. Plus soigneuses de leur

gorge et de leurs pieds, les Géorgiennes, les Otaïtiennes, les

Chinoises, les Bayadères captivent leur gorge enfantine dans un étui,

qu'elle ne peut dépasser[27], et emprisonnent, dès le berceau, dans une

_babouche_ étroite, leur pied qui ne s'accroît que très-peu. On a

ridiculisé ce goût fondé cependant sur quelque raison. En effet, une

main calleuse, un pied plat et long annoncent une basse extraction, une

vie exercée aux travaux les plus rudes, tandis qu'un pied mignon,

présage flatteur d'attraits plus cachés, semble être le résultat d'une

éducation soignée: et ne fît-on que retracer cette fameuse Rhodope, déjà

citée par nous, dont le joli soulier, emporté par un aigle et tombé à

Memphis, dans le bain du roi _Psammétique_, fit marcher son petit pied à

si grands pas vers la fortune, et valut à Rhodope les honneurs du trône;

on avouera qu'on a quelque droit à placer ce genre d'attrait parmi ceux

qui exercent sur l'homme un grand empire.

[Note 27: Nous n'avons point en France le bois mobile et léger dont

se servent, pour cet usage, les Bayadères, mais nous pouvons le

remplacer avec avantage par la gomme élastique, qui, par sa flexibilité

et sa légèreté, ne peut froisser ni déformer les contours qu'elle serait

destinée à faire éclore. On connaît à présent le moyen de dissoudre

cette gomme ou plutôt ce _gluten_ animal.]

On a vanté la mélisse pilée et appliquée sur la gorge, et l'arbrisseau

de Vénus, le myrte, s'honore d'offrir aussi un moyen de faire

disparaître les traces du culte qu'on rendit à la divinité auquel il est

consacré. En général, les sumacs (_rhus coriaria_), les chênes (_quercus

ilex_), les épines, les arbousiers et tous les végétaux styptiques

contiennent un _tannin_ très-propre à cet usage.

Enfin, le médecin des dames[28] dit:

_Si mulierum sinus pudoris sit nimium dilatatus, quod accidit tùm

propter partus, tùm propter frequentes coïtus, debent mulieres tunc uti

sequentibus remediis_[29]:

Prenez, dit-il, noix de galle encore vertes, faites-les bouillir dans du

vin avec quelques clous de girofle, trempez-y un linge et appliquez.

[Note 28: Le Camus, homme grave, érudit, et qui s'honora cependant

de tracer l'hygiène de la beauté sous le nom d'Abdeker.]

[Note 29: On pourrait nous reprocher nos citations latines, celle-ci

s'excuse d'elle-même, et les mères prudentes nous en sauront gré; quant

aux autres, nous avons ménagé, aux jeunes agréables du jour, l'occasion

de se montrer, auprès des belles, érudits à peu de frais.]

Ou bien: alun, sang-dragon, gomme arabique, suc d'acacia, feuilles de

plantain, de renouée, de tormentille, fleurs et fruits de grenadier,

capsules de glands, sorbes non mûres, roses de Provins, faites bouillir

dans du vinaigre, et appliquez au moyen de compresses.

Ou: quatre onces d'huile d'amandes amères, une once de cire blanche;

faites fondre au bain-marie; ajoutez deux gros d'alun, une once de suie

et un gros d'orcanette, vous avez une pommade styptique[30]; ou, enfin:

alun, une once, acide vitriolique, demi-gros; faites fondre dans quatre

onces de vinaigre et quatre onces d'eau de plantain ferrée; ajoutez deux

onces d'esprit de vin et servez-vous-en, mais avec discrétion, pour

imbiber, avec une éponge, certaines parties qui laisseraient des preuves

non équivoques de fécondité, ou au moins, comme disait Fontenelle, que

l'_amour avait passé par là_.

Un moyen plus simple et non moins efficace, c'est d'extraire le tannin,

en versant de l'eau sur du tan en poudre dans un appareil semblable à

celui des salpêtriers. Cette eau, en traversant le tan, lui enlève une

portion de son principe styptique; versée sur du nouveau, elle en

dissout une autre quantité, et ainsi de suite jusqu'à ce que le tan soit

plus disposé à lui en enlever qu'à lui en céder; alors la concentration

est parfaite, et on l'emploie comme les décoctions ci-dessus

prescrites; mais tous ces moyens ne peuvent que succéder aux

compressions graduelles des bandes à sec, et longtemps après que tous

les résultats de couche sont terminés, ou bien on courrait le risque

d'une suppression souvent mortelle et toujours douloureuse. Enfin, avec

les mêmes précautions, les bains froids et répétés offrent le plus sûr

comme le moins dangereux de tous les topiques.

[Note 30: Cette pommade rappelle l'aventure assez plaisante du jeune

abbé de Fl..., qui, en ayant trouvé sur une toilette et ayant les lèvres

gercées, les en frotta innocemment et sans penser à mal, mais avec un

tel succès, que le matin, en s'éveillant, il ne pouvait ouvrir la

bouche. Pareille aventure arriva également à M. le comte de Rochefort.

Voici comment il la raconte dans ses _Mémoires_. Mlle de Menneville,

fille d'honneur de la reine mère, ayant demandé à ce dernier un habit

d'homme, en secret:

«Je le lui portai dans sa chambre. Mais comme il n'y avoit personne pour

le recevoir, je le mis sous son lit où elle m'avoit dit de le mettre, et

m'en fus causer avec la bonne femme Mme du Tilleul, sous-gouvernante des

filles, qui étoit de mes bonnes amies. Comme toutes les chambres des

filles, ou, pour parler plus juste, toutes les loges étoient ouvertes,

car elles ressembloient proprement à celles des comédiens, j'aperçus, en

me promenant avec elle, sur une toilette, des peignes, une boëte à

poudre, et tous les autres ingrédiens qui servent à l'ajustement d'une

fille, et niant remarqué entr'autres choses une petite boëte de pommade,

j'en voulus prendre pour me frotter les mains que j'avois un peu rudes.

Je la trouvai toute d'une autre couleur que celle de l'ordinaire, ainsi

croiant qu'elle pouvoit servir aux lèvres, où j'avois un peu mal, j'en

mis assez imprudemment. Mais je ne fus pas longtemps à m'en repentir, au

même temps mes lèvres me firent un mal enragé, ma bouche se rétrécit,

mes gencives se ridèrent, et quand je vins à vouloir parler, je fis rire

tellement Mme du Tilleul, que je jugeai qu'il falloit que je fusse bien

ridicule. Ce qui fut le pis fut que je ne pus presque articuler aucune

parole, et, courant promptement à un miroir, je me fus regarder, et me

fis tant de honte à moi-même, que je m'enfuis pour me cacher. En m'en

allant je trouvai M. le duc de Roquelaure qui entroit pour venir faire

la cour à quelqu'une des filles, et étant tout étonné de me voir de la

sorte, il me demanda qui m'avoit mis en cet état. Je lui contai

naïvement mon infortune, à quoi il me fit réponse, en se moquant de moi,

que je n'avois que ce que je méritois, qu'à mon âge je devois savoir

qu'il y avoit de toutes sortes de pommade; que celle que j'avais prise

n'étoit ni pour les mains ni pour les cheveux, et qu'elle étoit un peu

plus rare. Il me quitta après s'être ainsi raillé de moi, et s'en allant

dans la chambre de la reine-mère, il lui fit sa cour à mes dépens.

Aussitôt tout le monde accourut pour me voir, et voiant que j'avais

aprêté manière de rire, j'en aurois ri, tout le premier, s'il m'avoit

été permis d'ouvrir la bouche. Cette aventure fut le sujet de

l'entretien de toute la cour, pendant plus de huit jours, et on le manda

même à Nantes, où le roi étoit, qui pour être si sérieux ne put

s'empêcher de rire. Pour moi, j'en avois tout autant d'envie que les

autres quand je pensois à cet accident, mais quoi que je m'étuvasse la

bouche d'eau fraîche, et tantôt de vin tiède, il n'y eut que le temps

qui m'aporta du soulagement.»]

Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux · 第 74 / 86 题