Arrivée de Fouché à Paris.--Ses regrets de ce qu'une conspiration avait
eu lieu sans qu'il en fût.--Flatteries qu'on prodigue à Alexandre.--Nous
n'avions rien vu de semblable ni à Vienne ni à Berlin.--La reine
Hortense.--Alexandre se défend d'avoir été l'auteur de la perte de
l'empereur.--Partage de nos dépouilles.--Comme l'âne de la
fable.--Considérations politiques.
M. Fouché, qui avait attendu en Languedoc et en Provence le dénouement
de toute cette longue agonie, venait d'arriver à Paris, aussi surpris
que tout le monde de la direction qu'avaient prise les affaires; c'était
la première fois que l'on faisait quelque chose sans lui. Il se donna
mille mouvemens pour s'immiscer dans les affaires; mais tous les rôles
étaient remplis: il eut beau se présenter à l'empereur de Russie, au
comte d'Artois, se rapprocher de M. de Talleyrand, il était trop tard.
Il prétendait, et ses adhérens ont répété d'après lui, que, s'il avait
été à Paris, tout cela ne serait pas arrivé; les dupes ont pu le croire,
mais les personnes qui connaissaient M. Fouché lui rendaient plus de
justice, en disant qu'il n'y aurait eu de différence dans les événemens
qu'une meilleure capitulation pour lui.
Pendant le séjour que les souverains alliés firent à Paris, on leur
donna plusieurs divertissemens de société. On mettait à leur plaire un
empressement dont nous n'avions vu d'exemple ni à Vienne, ni à Berlin.
Il y avait bal chez M. de Talleyrand une ou deux fois par semaine, et on
les composait de tout ce que la haute société offrait de jolies femmes.
Il ne me souvient pas qu'on ait rien omis pour mieux faire ressortir la
dégradation dans laquelle on était tombé.
Les dames polonaises avaient tenu une conduite bien différente lorsque
les Autrichiens entrèrent à Varsovie en 1809, et l'empereur de Russie
dut bien s'apercevoir que l'on n'aurait pas mis le feu à Paris pour
l'empêcher d'y entrer. Il aimait les plaisirs, et suivait assidument
ceux qu'on lui offrait à l'envi; il fut galant avec les dames, et même
prévenant pour quelques unes qu'il alla voir. Par suite du plan de
conduite qu'il avait adopté à Paris, il crut devoir faire visite à
l'impératrice Joséphine. Il se fit annoncer à la Malmaison, et y
rencontra toutes les déférences auxquelles la politesse de sa démarche
lui donnait droit de prétendre; mais il était dans l'erreur, s'il
croyait que dans cet asile l'on fût insensible aux malheurs de
l'empereur. Aussi déchira-t-il le coeur de Joséphine, qui se contraignit
pour ne pas laisser apercevoir ce qu'elle éprouvait, et faire un accueil
gracieux à celui qui venait de détruire son existence et la tranquillité
du reste de sa vie. Elle avait chez elle la reine Hortense, dont les
agrémens de société attiraient beaucoup de monde à la Malmaison.
L'empereur de Russie avait entendu parler de cette princesse, et eut
aussi la curiosité de faire sa connaissance. On aurait pu croire qu'il
cherchait à se réconcilier avec ceux dont il avait détruit l'avenir;
mais on ne pouvait ni lui faire mauvaise grâce, ni s'excuser de
paraître, parce que c'était lui-même qui était devenu le régulateur des
convenances, et lorsqu'il ne craignait pas de venir étaler la pompe de
son triomphe au milieu de ses victimes, c'était au moins leur ordonner
de le bien accueillir.
Il prit goût à la société de la Malmaison, y revint plusieurs fois et
finit par permettre qu'on le traitât avec une sorte de familiarité, qui
d'ailleurs ne compromet jamais la gravité des souverains vis-à-vis des
dames. Comme celles-ci avaient l'esprit cultivé, la conversation fut
quelquefois établie sur un chapitre plus sérieux qu'il n'est d'ordinaire
de la voir chez les femmes. Les événemens du jour étaient une matière
suffisante pour fournir à la discussion que la reine Hortense était bien
en état de soutenir.
J'eus l'honneur de voir cette princesse depuis cette époque, et je lui
manifestai l'opinion que j'avais sur la cause de nos malheurs, en les
attribuant exclusivement à l'empereur de Russie, sans lequel on n'aurait
rien pu exécuter, parce qu'étant le chef de cette croisade, il n'avait
laissé entreprendre que ce qui lui convenait. La reine Hortense le
défendait; elle m'apprit qu'elle lui en avait fait l'observation, et
qu'il lui avait soutenu qu'il n'avait pas eu la moindre part à la
détrônisation de l'empereur.
«J'étais satisfait, lui disait-il, j'étais venu aussi à Paris.
L'empereur n'était plus à craindre pour moi, parce qu'on ne fait pas
deux fois dans la vie une entreprise comme celle de Moscou[29]; l'effet
de ses ressentimens n'aurait jamais pu arriver jusqu'à moi: ainsi je
n'avais aucune raison pour désirer sa perte. Il n'en était pas de même
de mes alliés, qui, étant ses voisins, avaient sans cesse devant les
yeux le tableau de tout ce qui leur était arrivé, et qu'ils redoutaient
encore. L'empereur d'Autriche particulièrement craignait de revoir
Napoléon à Vienne; il en était de même des autres. J'ai dû condescendre
à leurs désirs; mais pour moi personnellement, je me lave les mains de
ce qui a été fait.» La reine Hortense paraissait persuadée de la vérité
de ce discours qu'elle avait la bonté de me répéter; quant à moi, je n'y
vis qu'un artifice qui avait été employé pour détourner le reproche
d'une action déloyale, et surtout indigne d'un grand souverain. Ces
propos avaient encore un but, c'était de nous rendre l'Autriche odieuse,
et de nous faire revenir par là sur l'intérêt que tout le monde
témoignait à l'impératrice Marie-Louise, intérêt dont l'empereur
Alexandre commençait à s'apercevoir.
La chute de l'empereur était trop nécessaire à l'exécution des autres
projets qu'il avait en tête, pour qu'il laissât échapper une aussi belle
occasion de détruire celui qui aurait pu les traverser. Il lui importait
en conséquence beaucoup de mettre la France à la discrétion de son
ennemi le plus irréconciliable, de l'Angleterre; il s'en rapportait à
elle pour nous réduire à une impuissance absolue. Il devenait
naturellement par là le maître du monde. L'empereur de Russie pouvait
imaginer tout ce qu'il voulait faire répéter, pour former l'opinion sur
la part qu'il avait eue à la perte de l'empereur; se défendre, c'était
s'accuser, et c'était déjà reconnaître qu'il y avait eu une mauvaise
action de faite que d'en accuser ses collaborateurs. Or, c'était se
jouer de la crédulité publique, car il était évident qu'on n'avait rien
pu faire sans lui. Je ne sais d'ailleurs si le rôle qu'il cherchait à se
donner était préférable à celui qu'il voulait attribuer aux autres.
Pendant que l'empereur de Russie assistait à des bals, et respirait
l'encens qu'on brûlait devant lui, le roi de Prusse songeait à réparer
ses affaires, et il avait raison. Il vendait les magasins, les arsenaux,
et faisait charger les chariots de bagages de son armée de tout ce dont
nous avions fait si peu d'usage dans le moment où il s'agissait de notre
sort. Les fusils, les canons, les caissons, tout prit la route de
Berlin, et nous l'avions bien mérité. On ne toucha pas au Muséum, mais
on voyait que les mains en démangeaient à tout le monde. Il suffisait
qu'il attestât notre gloire pour qu'il fût déjà condamné, il ne fallait
qu'une occasion pour y revenir; heureusement l'ombre de l'empereur
protégeait encore cette riche collection.
Voilà donc la France réduite à laisser prendre sur elle tout ce qu'elle
avait acquis depuis 1792, tant par le droit des armes qu'en retour des
compensations qu'avaient obtenues ses ennemis dans les transactions
qu'ils avaient faites avec elle. Les sacrifices furent supportés par la
France seule; les autres puissances rentrèrent en possession de ce
qu'elles avaient perdu, et ne se dessaisirent pas des compensations
qu'elles avaient obtenues. Cela s'appelait rétablir l'équilibre entre
les différentes puissances de l'Europe.
La France fut à si peu de chose près anéantie, que l'on ne comprend pas
comment les gouvernemens à la merci desquels sa mauvaise fortune l'avait
mise ont laissé aller les choses à ce point. L'Autriche ne s'est pas
trompée dans l'issue qu'elle s'était flattée de donner aux affaires
générales; il faut convenir qu'elle s'est jetée de confiance dans les
bras des Russes, sans en prévoir les suites, ni tirer parti du poids que
ses armes avaient mis dans la balance, ou bien que, dès les conférences
de Prague, elle avait acquiescé à tous les projets des ennemis
personnels de l'empereur contre la puissance de la France. Quels
qu'aient été les antécédens de la détermination qu'elle prit à cette
époque, elle expiera quelque jour l'erreur de son cabinet, et
reconnaîtra qu'elle n'a fait que changer d'inconvéniens avec le
désavantage pour elle de la perte de tous les moyens qu'elle avait de se
rapprocher de la France, si le cas l'eût exigé, et que la politique en
eût fait un devoir.
L'histoire de tous les siècles est à peu près la même. Celle du dernier
nous apprend que, dans le temps où ni la Russie ni la Prusse n'étaient
connues, la Suède était une puissance ainsi que la Pologne, et surtout
l'empire ottoman. Dans ces temps-là, la monarchie autrichienne crut son
existence assez menacée par l'appel au trône d'Espagne d'un petit-fils
de Louis XIV, pour se déterminer à la longue guerre qui se termina par
le traité d'Utrecht. On établit alors un équilibre entre les puissances,
en démembrant une bonne partie de la monarchie espagnole. Aujourd'hui on
a replacé la France dans une situation moins avantageuse que celle où
elle se trouvait à cette époque, déjà malheureuse, mais qui lui donna
depuis la facilité de se lier avec l'Espagne et la Hollande pour
soutenir au moins son indépendance maritime. Elle ne pourrait reprendre
aujourd'hui la même opération en sous-oeuvre, puisque ces deux États ont,
ainsi qu'elle, perdu presque toutes leurs colonies; et ce sont ces
possessions qui composent une puissance commerciale et facilitent
l'entretien d'une marine. Les Anglais, en forçant cet état de choses,
ont assuré pour long-temps leur supériorité navale, qui est tout le
secret de leurs richesses, et par conséquent de leur influence sur le
reste du monde. Il est bien vrai que l'Amérique s'est élevée; mais aussi
elle est menacée de devenir tellement forte, qu'elle adoptera
vraisemblablement une politique différente de celle qu'elle a suivie
depuis la paix de 1783, et que la France, comme les autres, aura sa
rivalité à craindre après avoir espéré son appui. Peut-être un jour
verra-t-on les marines de l'Europe insuffisantes pour résister à celles
de l'Amérique, qui, sous ce rapport, a les mêmes avantages de position
que la Russie possède sur notre continent. Quoique cette époque soit
éloignée, on peut la prévoir, et celle de laquelle nous traitons, ayant
été assez laborieuse pour jeter un regard sur l'avenir, on est bien
autorisé à émettre l'opinion que, du côté de l'équilibre naval, il n'y a
pas même eu de l'équité dans les partages. Il ne faut que voir ce qui
s'est fait pour reconnaître la puissance qui a, non pas dirigé, mais
commandé en maîtresse absolue.
Dès le commencement du dix-septième siècle, la tranquillité de l'Europe
avait fait sanctionner les partages faits à Utrecht. Si les calamités
qui depuis ont affligé l'espèce humaine eussent eu pour but le
rétablissement d'un ordre de choses propre à assurer au monde une longue
paix, elles eussent porté leur excuse avec elles. Mais il n'en est pas
ainsi: on est forcé d'en convenir, ce qui s'est fait paraît en
opposition manifeste avec ce noble but. Assurément les changemens
survenus depuis un siècle dans la répartition de l'Europe en avaient
amené dans la politique. D'anciens États avaient en effet disparu,
d'autres s'étaient élevés et se sont présentés au partage tout arrondis
de la destruction de vingt peuples divers dont il n'est venu à l'idée
d'aucune puissance de leur demander compte. Il n'y a que la France à
laquelle on fit éprouver le sort de l'âne de la fable des _Animaux
malades de la peste_. On la condamna en admettant comme juges et témoins
tout ce qui avait pour le moins la conscience aussi chargée qu'elle. On
aurait dû cependant remarquer que tout ressentiment devait être mis à
part, qu'on commettait une grande faute, et que plus il y avait de
puissances qui aspiraient à la prépondérance sur la grande scène du
monde, plus on devait apporter d'attention à ce que l'on faisait.
C'était en effet le moment de comprimer toutes les haines particulières;
la prudence même commandait d'étouffer la discorde qui aurait pu se
rallumer parmi les Français, afin de pouvoir porter tout le corps
politique de cette nation du côté où cela aurait été nécessaire. Il y a
de l'erreur à croire qu'en morcelant un pays, les portions que l'on
réunit à divers autres États portent dans les affaires le même poids que
lorsqu'elles appartenaient à un grand peuple, et agissaient avec lui.
Tout ce qui a été enlevé à la France pour l'énerver n'a que faiblement
augmenté la puissance des États qui ont acquis ses provinces. De même
toutes les provinces que la Suède possédait avant le désastreux traité
de Neustadt, la Pologne, l'intégrité de l'empire turc, l'indépendance
des Tartares de la Géorgie et des provinces persanes aux bouches du
Volga ne menaçaient point la tranquillité de l'Europe, qui eut le
malheur de rester indifférente au sort que ces pays éprouvèrent
successivement. La Russie, en les subjuguant hors des regards de
l'Europe, a acquis une puissance incomparablement plus forte que tout ce
qui nous a été transmis par l'histoire. À cette puissance plus que
gigantesque se joint encore celle de l'unité d'action produite par un
gouvernement despotique qui commande à plus d'un quart de la population
du monde connu, et qui exerce une puissance morale sur la moitié du
reste. Depuis le rétablissement de l'équilibre en Europe, une foule de
peuples qui lui sont inconnus, ceux qui habitent sur la surface immense
entre les glaces qui séparent le nord de l'Amérique de la Russie et une
ligne tirée depuis l'embouchure de la Vistule par celle du Borysthène à
celle du Volga, plus une étendue de pays égale à la surface de la
France, et située à l'ouest de ces fleuves, et une autre plus inconnue
encore, aux bords de la mer Caspienne; tous ces peuples, dis-je, sont
vassaux immédiats du même gouvernement, qui ne reconnaît de loi que sa
volonté, qui peut lever des armées, faire la guerre ou la paix selon son
bon plaisir, sans qu'aucune institution intérieure puisse mettre des
bornes à son pouvoir. Il peut donc exister dans cette immense monarchie
des armées égales à celles du reste de l'Europe sans que celle-ci en ait
connaissance, parce que les relations avec ce pays n'existent que sur un
point tandis que celles de la Russie avec l'Europe ont des ramifications
innombrables. Ces armées peuvent être transportées en Asie ou au centre
de l'Europe, ayant qu'on sache à Paris, à Londres ou à Vienne de quoi il
s'agit.
Telle est cependant la position dans laquelle on s'est jeté en se
livrant exclusivement à l'esprit de vengeance et en lui sacrifiant tout.
On donne pour excuse que le souverain actuel de la Russie est ami de la
paix, et qu'il tiendra à son ouvrage; cependant c'est ce même souverain
qui a excité allumé la guerre de 1805, qui a amené toutes les autres.
Mais admettons que, mûri par l'âge qui donne de l'expérience et de la
philosophie, il soit disposé à maintenir l'harmonie entre les nations
dont il s'est rendu l'arbitre: est-il immortel? S'il meurt, quelles
mesures a-t-on prises contre son successeur, s'il est jeune et
belliqueux? Comment même prévenir les effets de son ambition dans un
pays qui, jusqu'à présent, compte presque autant de révolutions de
palais que d'avènemens de souverains au trône[30]?
On voit à l'église de la forteresse de Saint-Pétersbourg les tombes
sépulcrales des neuf ou dix souverains que la Russie compte déjà, et il
n'y a guère que Catherine II qui ait eu une mort naturelle.
Mais admettons que le souverain actuel de la Russie veuille maintenir la
paix, malgré les opérations qui lui sont encore commandées pour la
gloire de son règne, et la consolidation d'un système qu'il doit bien
penser être déjà l'objet de plusieurs sombres inquiétudes.
Si son successeur, qui n'aura pas la même puissance morale que lui sur
la nation, est obligé d'entreprendre de nouvelles excursions,
qu'arrivera-t-il au reste du monde, et où est l'alliance à former pour
s'opposer à ce torrent?
La Prusse sera obligée de suivre la politique de la Russie, pour ne pas
perdre les États qu'elle possède depuis Memel, au-delà du Niémen,
jusqu'à l'embouchure de la Vistule; elle obligera la Saxe de l'imiter,
et une bonne partie des États du nord de l'Allemagne suivront la même
direction.
Alors que fera l'Autriche seule avec la Bavière? Pourra-t-elle appuyer
les Turcs et se défendre elle-même? Il y a de la déraison à le supposer.
Appellera-t-elle la France et l'Espagne à son secours? Elles
arriveraient trop tard, et d'ailleurs il leur importe peu qui soit roi
de Bohême et de Hongrie; elles auront l'une et l'autre leur bât à
porter, on ne leur a laissé que ce droit-là par l'impuissance où on les
a réduites. Si elles se laissaient séduire par des promesses, elles en
seraient dupes; elles feront mieux de se réunir pour se présenter au
partage des dépouilles du vaincu, que d'aller aux coups: elles ont des
pertes à réparer, et rien à compromettre.
Plus on regarde avec sang-froid ce que l'Autriche a laissé faire, moins
on peut expliquer une aussi étrange politique.
Si c'est aux conférences de Prague que cette puissance a souscrit à la
destruction de la France en même temps qu'à celle de son chef, rien ne
peut excuser une pareille erreur, et en supposant que l'empereur
d'Autriche lui-même ait laissé rentrer dans son coeur des ressentimens
qui paraissaient en être sortis depuis l'union de sa fille avec
l'empereur Napoléon, son cabinet ne devait tout au plus que lui laisser
faire le sacrifice de ce qui touchait à sa propre dignité, mais jamais
celui de ce qui touchait aux intérêts immédiats de la monarchie.
Le monarque, dont les espérances avaient été trompées, pouvait avoir
repris son ancienne aigreur; mais un cabinet devait être d'autant plus
prudent, que le chef de l'État se livrait à une manière d'envisager qui
obscurcit le jugement.
Un ministre doit être sans passion, parce qu'il est responsable, et doit
toujours pouvoir rendre compte de ce qui a été la règle de sa conduite
sans être autorisé à s'excuser par des erreurs.
Si le ministère autrichien a souscrit à Prague à l'anéantissement de la
France, il est seul coupable de tout ce qui pourra en être la suite,
parce que son refus aurait obligé à adopter d'autres bases, qu'il ne
serait pas pardonnable de n'avoir pas présentées lui-même et fait
discuter d'avance.
Si ce sont les événemens qui ont suivi l'entrée des alliés à Paris, au
mois de mars 1814, qui ont déterminé l'Autriche à l'indifférence dans
laquelle elle est restée, son cabinet est encore plus répréhensible,
parce que ce qui aurait été une sage prévoyance avant de se livrer à la
coalition, devenait un devoir, lorsque la politique russe et anglaise se
développait de manière à faire reconnaître à l'Autriche si elle avait
été trompée, et à lui faire apercevoir que l'on dirigeait de nouveau
l'animadversion de la France contre elle, parce qu'il n'est pas permis à
son cabinet de douter quelles peuvent en être les conséquences.