CHAPITRE XII.

Déclaration du 19 mars.--Reproches faits à

l'empereur.--L'armistice.--Contre-projet.--Est-ce le duc de Vicence ou

l'empereur?

On a vu que le prince de Schwartzenberg avait répondu aux ouvertures du

duc de Trévise par l'envoi d'une pièce injurieuse à l'empereur. C'était

un nouveau manifeste où les alliés, continuant la déception de

Francfort, opposaient leur feinte modération aux vues ambitieuses du

souverain qui combattait pour ses foyers. Attentifs à saisir tout ce qui

pouvait nous aliéner l'opinion, ils se prévalaient des fautes de sa

diplomatie pour accuser les intentions du chef de l'État. Restituons à

chacun ce qui lui appartient de cette série d'actes malheureux ou

pusillanimes qui ont consommé la ruine de ce vaste édifice de gloire que

nous avions été vingt ans à élever.

Insensible aux calamités qui pesaient sur ses peuples, l'empereur

s'est-il obstiné à continuer la guerre? A-t-il, comme l'en accusaient

les alliés, repoussé tout projet de réconciliation pour solliciter un

armistice aux conditions auxquelles il pouvait obtenir la paix?

Examinons.

Le duc de Vicence, confiant dans la déclaration de Francfort, s'était

imposé, dans les pouvoirs qu'il avait rédigés pour lui-même,

l'obligation de ne traiter que sur les bases que les souverains

eux-mêmes avaient promulguées; mais, retenu aux avant-postes ennemis, il

ne tarda pas à se convaincre que les alliés étaient loin de vouloir

accorder à la France les limites dont ils l'avaient flattée. Il demanda

de nouveaux pouvoirs où il ne fût pas fait mention de frontières qu'on

ne pouvait obtenir. Ces pouvoirs furent expédiés le 4 avril dans les

termes que le négociateur avait désirés.

Napoléon avait hésité à les revêtir de sa signature, soit qu'il regardât

comme une faute de débuter dans une négociation qui n'était pas même

ouverte, par une concession dont les conséquences pouvaient être graves,

soit que les bases de Francfort fussent la seule planche de salut qu'il

voulût saisir dans son naufrage. L'idée de subir d'autres conditions lui

était insupportable.

Une lettre de Châtillon adressée au duc de Bassano arriva sur ces

entrefaites. Le duc de Vicence s'exprimait en ces termes: «Il ne faut

pas se faire illusion, l'ennemi a un immense développement de forces et

de moyens. Si l'empereur a des armées assez nombreuses pour que son

génie le fasse triompher, certes il ne faut rien céder en-deçà des

limites naturelles; mais si la fortune nous a assez trahis pour que nous

n'ayons pas en ce moment les forces nécessaires, cédons à la nécessité

ce que nous ne pouvons défendre, et ce que notre courage ne peut

reconquérir... Obtenez donc de S. M. une décision précise. Dans une

question de cette importance, il faut être décisif... _Il ne faut avoir

les mains liées d'aucune manière. Le salut de la France dépend-il d'une

paix ou d'un armistice qui doive être conclu sous quatre jours?_ Dans ce

cas, je demande des ordres précis, _et qui donnent la faculté d'agir._»

Le duc de Bassano remit la dépêche à l'empereur, le conjura de fléchir

devant la nécessité. Napoléon eut l'air de l'écouter à peine. Il lui

montra du doigt un passage des oeuvres de Montesquieu qu'il semblait

feuilleter avec distraction. Lisez, lisez tout haut, lui dit-il. Le

ministre lut: «Je ne sache rien de plus magnanime que la résolution que

prit un monarque qui a régné de nos jours, de s'ensevelir plutôt sous

les débris du trône, que d'accepter des propositions qu'un roi ne doit

pas entendre. Il avait l'âme trop fière pour descendre plus bas que ses

malheurs ne l'avaient mis, et il savait bien que le courage peut

raffermir une couronne, et que l'infamie ne le fait jamais[22].»

Douze ans auparavant, Napoléon disait à son ministre qui commençait à

avoir une grande part à sa confiance: «Je sais un homme à qui l'on peut

tout dire.» Le duc de Bassano se le rappela. «Je sais quelque chose de

plus magnanime encore, répondit-il à Napoléon, c'est de sacrifier votre

gloire pour combler l'abîme où la France tomberait avec vous.--Eh bien!

soit, reprit l'empereur, faites la paix, que Caulaincourt la fasse,

qu'il signe tout ce qu'il faut pour l'obtenir; je pourrai en supporter

la honte, mais n'attendez pas que je dicte ma propre humiliation.»

L'exemple récent du congrès de Prague avait déjà appris au duc de

Bassano, et devait avoir appris au duc de Vicence s'il serait facile

d'obtenir que Napoléon proposât une à une les conditions qu'il devait

subir.

Ce prince s'en remit à son plénipotentiaire, dont il venait de lire

l'opinion énergiquement exprimée, et lui fit écrire: «Les conditions

sont, à ce qu'il paraît, arrêtées d'avance entre les alliés: aussitôt

qu'ils vous les auront communiquées, vous _êtes le maître de les

accepter_, ou d'en référer à moi dans les vingt-quatre heures.»

L'alternative en pareille matière pouvait embarrasser le

plénipotentiaire, le duc de Bassano demanda avec instance que de

nouveaux ordres effaçassent ce que ceux-ci pouvaient contenir de

conditionnel. Il s'ensuivit une longue conversation qui dura une grande

partie de la nuit; enfin il fut autorisé à écrire le 5, et il écrivit à

la hâte en ces termes:

«Je vous ai expédié hier un courrier avec une lettre de Sa Majesté, et

les nouveaux pleins pouvoirs que vous avez demandés.

«Au moment où Sa Majesté va quitter Troyes, elle me charge de vous en

expédier un second, et de vous faire connaître en propre termes que Sa

Majesté vous donne _carte blanche pour conduire les négociations à une

heureuse issue, sauver la capitale, et éviter une bataille où sont les

dernières espérances de la nation_.»

Ces expressions, que Napoléon avait approuvées textuellement, étaient

précises, énergiques. Néanmoins le duc de Bassano ne les jugea pas

suffisantes. Il crut nécessaire de donner à l'autorisation qu'elles

portaient encore plus de force et de solennité, afin de garantir

pleinement le plénipotentiaire, quelque usage qu'il dût en faire, et de

le couvrir au besoin de sa propre responsabilité. À cet effet il ajouta:

«Les conférences doivent avoir commencé hier 4. Sa Majesté n'a pas voulu

attendre que vous lui eussiez donné connaissance des premières

ouvertures, de crainte d'occasionner le moindre retard.

«Je suis donc chargé, monsieur le duc, de vous faire connaître que

l'intention de l'empereur est que vous vous regardiez comme investi de

tous les pouvoirs, de toute l'autorité nécessaire dans ces circonstances

importantes pour prendre le parti le plus convenable, afin d'arrêter les

progrès de l'ennemi et de sauver la capitale.»

Voilà les pouvoirs donnés par le souverain, voyons l'usage que va en

faire le négociateur. Le congrès s'était ouvert le 5 février. La séance,

ajournée au lendemain, n'eut pas lieu, et laissa au plénipotentiaire

français le temps de recevoir sa carte blanche, qui lui parvint dans la

journée. Les ministres ennemis, rassemblés le 7, énoncèrent les

conditions qu'ils mettaient à la paix. C'étaient à peu près celles

auxquelles l'empereur allait consentir, quand il apprit la marche

imprudente de Blücher. Cependant, loin de les accueillir, Caulaincourt

n'opposa que difficultés. _Il réclama les bases de Francfort, voulut

savoir au profit de qui tourneraient les sacrifices imposés à la France,

s'enquit de l'emploi qu'on se proposait d'en faire, et exigea même qu'on

lui soumît un projet qui développât les vues des alliés dans leur

ensemble_, toutes prétentions incompatibles avec les circonstances, et

propres seulement à faire suspecter les intentions du souverain au nom

duquel elles étaient présentées. On ne dissimule pas au duc combien

elles sont étranges. Il se roidit, persiste à réclamer des limites dont

il a lui-même plaidé l'abandon, et, après deux jours perdus dans une

obstination sans objet, il imagine de céder ce qu'on lui demande, non

pas pour la paix qu'on lui offre, mais pour un armistice que rien ne

l'autorise à solliciter. Il fait plus: dans ces pénibles circonstances,

où le moindre délai peut devenir mortel, il ne propose pas même le

singulier expédient qu'il a improvisé. Il consulte M. de Metternich, qui

est à vingt lieues de là; il lui soumet ce qu'il a dessein de faire. On

ne pouvait mieux entrer dans les vues des alliés. Tous avaient vu leurs

capitales envahies; nos aigles s'étaient montrées à Vienne, à Berlin, à

Moscou. Ce souvenir importunait leur orgueil, ils brûlaient de nous

rendre l'humiliation qu'ils avaient reçue.

Le succès de Brienne semblait leur garantir la satisfaction qu'ils

ambitionnaient, il ne s'agissait que de s'assurer le temps nécessaire

d'arriver à Paris. La paix, telle qu'on voulait l'imposer à l'empereur,

en offrait les moyens. Elle était dure; il balancerait à l'accepter, et

ses hésitations permettraient de consommer sa ruine. Les inconcevables

prétentions que le duc de Vicence avait émises justifiaient cet affreux

calcul.

Les diplomates étrangers étaient dans une sécurité complète, lorsque

Caulaincourt, se ravisant tout à coup, consent à abandonner

immédiatement, pour un armistice, tout ce qui est en question pour la

paix. Le chevalier Floret, qui a reçu cette étrange confidence, la

communique aussitôt à M. de Stadion, qui la transmet au comte

Razumowski. Celui-ci prend sur-le-champ son parti. Les plénipotentiaires

anglais n'ont point d'injure personnelle à venger: il sait que la paix

est faite, s'ils apprennent que la France abandonne Anvers et se

dessaisit de la Belgique. Il n'a qu'un moyen de la prévenir; il s'en

empare, et demande au nom de son souverain que les conférences soient

suspendues. Il n'ignorait pas sans doute que c'était à la double faute

de M. de Vicence qu'il devait les avantages qu'il avait pris. Mais M. de

Vicence n'avait pas d'importance propre: c'était l'empereur qu'il

s'agissait de détruire, on n'eut garde de ne pas lui imputer les

méprises de son négociateur.

Les alliés ne s'en tenaient pas à cette fausse imputation: ils

accusaient encore l'empereur d'avoir long-temps tardé à fournir son

contre-projet de paix, et d'avoir enfin reproduit des prétentions

incompatibles avec l'état des choses. Voyons encore si c'est sur lui ou

sur son plénipotentiaire que doivent peser ces prétentions inopportunes.

Napoléon avait fait écrire, le 25 février, à son plénipotentiaire: «La

prudence veut sans doute qu'on cherche tous les moyens de s'arranger;

mais S. M. pense, et elle ordonne de l'écrire de nouveau à V. E., que

ces moyens, ou tout au moins les données qui peuvent servir à les

trouver, _c'est à vous à les procurer, et que les renseignemens à cet

égard ne peuvent vous venir de lui, mais doivent lui venir de vous_...

L'empereur juge comme vous que le moment est favorable pour traiter, si

la paix est possible; mais pour juger cette possibilité, il a _besoin

des lumières que lui procureront les négociations, ou vos rapports avec

les négociateurs_.»

Au lieu de ces données, de ces renseignemens, de ces lumières, Napoléon

ne recevait que des représentations, vides d'indications utiles, sur sa

position en général. Les dépêches de son plénipotentiaire contenaient

des lieux communs sur la guerre, des exhortations, des demandes, où les

convenances n'étaient pas toujours respectées. Le grand-écuyer ne savait

pas plus traiter avec son souverain qu'avec les alliés; il ne

l'éclairait pas, il le blessait. Après chacune de ses lettres,

l'empereur se sentait toujours moins disposé à céder.

L'empereur avait envoyé, le 2 mars, de La Ferté-sous-Jouarre, les

élémens du contre-projet. Le 8, il adressa au duc de Vicence une longue

lettre, dont nous reproduisons un extrait:

«M. de Rumigny arrive... Le canevas que S. M. vous a envoyé avec sa

lettre du 2, renferme les matériaux du contre-projet que V.E. est dans

le cas de présenter... S. M. vous a laissé toute latitude pour la

rédaction... Il s'agit, pour arriver à la paix, de faire des

sacrifices... Ces sacrifices portent sur des portions de territoire, la

Belgique et la rive gauche du Rhin, dont la réunion, _faite

constitutionnellement_, a été reconnue par de nombreux traités.

L'empereur ne peut pas, dans cette situation, proposer la cession d'une

partie de territoire. Il peut consentir à quelques concessions, s'il

n'est que ce moyen de parvenir à la paix; mais pour qu'il y consente, il

faut qu'elles lui soient demandées en masse par le projet que les alliés

vous ont remis. Mais ce projet est leur premier mot, et leur premier mot

ne saurait être leur _ultimatum_. Vous leur répondrez par l'acceptation

des propositions qu'ils ont faites à Francfort; et cette réponse, qui

est également votre premier mot, ne saurait être votre _ultimatum_. S.

M. connaît mieux que personne la situation de ses affaires, elle sent

donc mieux que personne combien il lui est nécessaire d'avoir la paix;

mais elle ne veut pas la faire à des conditions plus onéreuses que

celles auxquelles les alliés seraient véritablement disposés à

consentir.»

Ainsi l'empereur aurait consenti à ces conditions, si son

plénipotentiaire, qui négociait depuis plus d'un mois, avait su les

connaître, les apprécier, s'en rendre compte lui-même, et démontrer à

son souverain que les alliés ne s'en départiraient pas. Un homme de

résolution aurait trouvé dans cette lettre assez de prétextes pour

s'autoriser à conclure. On lisait encore dans les dépêches dont il

s'agit: «Vous avez la pensée de S. M. sur celles (les propositions)

qu'elle pourrait accorder.» (Elles sont énoncées dans le cours de cette

longue lettre: le Brabant hollandais, Wesel, Cassel, Kell, au besoin

Mayence.) «Si les alliés s'en contentent, rien n'empêche que nous

terminions; s'ils en veulent d'autres, vous aurez à les discuter pour

arriver à les faire modifier; _vous irez verbalement aussi en avant que

vous le jugerez convenable_, et quand vous serez parvenu à avoir un

_ultimatum_ positif, vous vous trouverez dans le cas d'en référer à

votre gouvernement pour recevoir ses derniers ordres.»

Si l'on voit dans cette lettre l'embarras, l'hésitation de Napoléon, et

une sorte de mécontentement contre un plénipotentiaire qui le régentait

sans l'aider en rien, et sans lui fournir aucune lumière, on y voit

aussi qu'il _veut la paix_, qu'il avoue qu'elle lui est nécessaire, et

qu'il n'est retenu que par la crainte de céder à des conditions dont les

ennemis pourraient se désister. «Vous irez verbalement aussi loin que

vous le jugerez convenable.» C'était encore une carte blanche, sauf

autorisation; mais si le plénipotentiaire, après en avoir fait usage et

être _parvenu à un ultimatum positif, ne se trouve pas dans le cas d'en

référer_, attendu la déclaration formelle que, s'il n'accepte pas dans

les vingt-quatre heures, la négociation est immédiatement rompue, il

accédera, il signera, à moins que le fantôme de sa responsabilité ne lui

retienne la main[23].

Les intentions de l'empereur ne furent pas mieux remplies dans cette

circonstance qu'elles ne l'avaient été dans celle qui nous a déjà

occupés. Les deux déclarations que le duc de Vicence fit insérer au

protocole de la conférence du 10 n'étaient pas, comme les alliés le

demandaient, un contre-projet rédigé sur le canevas que l'empereur lui

avait envoyé le 2, mais des observations qui enflaient plutôt qu'elles

n'atténuaient les prétentions sur lesquels il insistait. L'empereur le

remarqua et chercha de suite à y remédier. Il écrivit de Reims, où il se

trouvait lorsqu'il reçut les dépêches du duc de Vicence, une lettre dans

laquelle des concessions importantes étaient compliquées par des

locutions conditionnelles qui auraient de nouveau jeté son

plénipotentiaire dans sa perplexité habituelle.

Le caractère de ce ministre était embarrassant, il ne voulait rien

deviner, rien prendre sur lui, il lui fallait des ordres précis, et

quand ces ordres étaient de faire la paix à tout prix, il s'épouvantait

de leur précision même. C'est ce qui était arrivé au commencement de

février; mais après six semaines de négociations, il devait être plus

éclairé et serait peut-être moins timide. Il devait sentir qu'une longue

polémique n'était plus de saison, lorsque les événemens se pressaient,

et que ses courriers mettaient quatre jours pour parvenir au quartier

impérial. Dans ces momens extrêmes, l'envoi des pouvoirs absolus était

le seul moyen d'aller au but, s'il pouvait encore être atteint. Le duc

de Bassano fut autorisé à les donner; mais pour produire une impression

plus forte sur le plénipotentiaire, il obtint que Napoléon écrirait

directement. On lit dans ces lettres, datées de Reims, le 17 mars:

«Sa Majesté, ayant pris en considération vos deux lettres du 13,

dont elle a reçu le duplicata hier soir, et le primata ce matin,

vous laisse toute la latitude convenable, non seulement pour le

mode de démarches qui vous paraîtrait à propos, mais aussi pour

faire, par un contre-projet, les cessions que vous jugeriez

indispensables, afin d'empêcher la rupture des négociations....

«M. le duc de Vicence, je vous donne directement l'autorisation de

faire les concessions qui seraient indispensables pour maintenir

l'activité des négociations, et _arriver enfin à connaître

l'ultimatum des alliés_, bien entendu que les concessions qui

seraient faites par le traité auraient pour résultat l'évacuation

de notre territoire, et le renvoi, de part et d'autre, de tous les

prisonniers, etc., etc.

«_Signé_, NAPOLÉON.»

Une autre lettre du duc de Bassano, en date du 19, répétait cette

autorisation, en expliquant que Napoléon n'y mettait aucune limite. «Il

est bien temps, ajoutait cette lettre, de parvenir à savoir quels sont

les sacrifices que la France ne peut éviter de faire pour obtenir la

paix.» Au moment même où Napoléon dictait ces mots et demandait encore

ce que depuis long-temps son négociateur aurait dû lui apprendre, les

plénipotentiaires alliés déclarèrent à Châtillon que les négociations

étaient terminées. Revenons sur ce qu'ils avaient fait.

Le 13, ils avaient répondu aux déclarations verbales faites le 11 par M.

de Vicence, en se renfermant dans un cercle de vingt-quatre heures.

Dès-lors, ce plénipotentiaire ne peut plus douter que le projet de

traiter qu'ils ont remis ne soit, à quelques modifications près, leur

_ultimatum_. Il demande un nouveau délai; il l'obtient, et présente

enfin, le 15, un contre-projet. Il n'y parle ni du Brabant hollandais,

ni du Weser, de Cassel, de Mayence, de Kell, qu'il est autorisé à

abandonner. Dans ses déclarations du 10, rien n'est modifié, adouci;

rien n'est oublié, pas même la princesse Élisa, le grand-duc de Berg, le

prince de Neufchâtel et la principauté de Bénévent. Il n'y a pas

jusqu'aux petits princes allemands que le plénipotentiaire français ne

prenne sous sa protection, en demandant, par l'article 16, _que les

dispositions à faire_ des territoires cédés et les indemnités à donner

aux princes dépossédés soient réglées dans un congrès spécial où la

France interviendra: protection d'autant plus méritoire de sa part,

qu'il agit formellement contre les intentions de Napoléon, exprimées

sans équivoque dans la lettre du 8, dont M. de Rumigny a été le porteur:

«On ne trouvera aucune difficulté de la part de l'empereur sur l'état de

possession en Allemagne, il ne met pas d'importance à y intervenir. Il y

laissera les alliés faire à leur gré.»

Les alliés, que cette circonstance étonne, rappellent avec dérision au

plénipotentiaire français que, six semaines auparavant, il a offert pour

un armistice ce qu'il refuse aujourd'hui pour la paix, et les

négociations sont rompues. Mais à qui s'en prendre? Sur qui doivent

peser les conséquences de la rupture? Ce n'est assurément pas sur

l'empereur.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 7 · 第 17 / 65 题