CHAPITRE VII.

L'empereur de Russie hésite.--Consternation des conspirateurs.--Le

gouvernement provisoire est sur le point de se dissoudre.--Conseil.--Le

général Dessoles; ses sollicitudes pour mademoiselle de Dampierre.--M.

de Pradt.--L'empereur se dispose à marcher sur Paris.--Ce qui

l'arrête.--Abdication.--Encore Marmont.--Projet coupable.--Ce que c'est

que les garanties que veulent les alliés.--Étonnement de M. de

Nesselrode.--En Russie on n'hésiterait pas tant.

Les choses allaient moins bien à Paris. L'empereur de Russie s'était

tellement ménagé les moyens de changer de résolution, que je tiens de M.

Anglès lui-même que les conspirateurs crurent un instant la partie

perdue. La chose fut au point qu'au sortir d'une conférence qui avait eu

lieu chez l'empereur de Russie, il fit charger sa voiture de voyage,

persuadé que tout était fini. Ce fut l'engagement pris par Marmont qui

ramena la sécurité dans toutes ces consciences coupables.

Il y avait à Paris de bons esprits qui, sans être bien contens du

gouvernement impérial, se trouvaient humiliés d'être l'objet de la

spéculation et du trafic de quelques intrigans accoutumés à tout servir

et à tout trahir.

On remarquait une direction indiquée au mouvement, que l'on excitait

sans faire connaître la puissance qui l'appuyait. On avait l'exemple

récent de Bordeaux: lorsque le maire de cette ville s'était déclaré pour

le duc d'Angoulême, on avait usé de son influence pour faire arborer les

couleurs royales. Les notables s'étaient assemblés et avaient été en

corps demander au général commandant les troupes anglaises qui avaient

pris possession de la ville, si c'était par son ordre que l'on y

déployait des signes propres à allumer la guerre civile; et celui-ci

avait répondu qu'il ne protégeait particulièrement aucun parti, qu'il

laissait chacun libre d'en agir comme il l'entendait.

À Paris, on voyait le corps municipal qui était excité à s'immiscer dans

le changement de gouvernement. Quelques uns de ses membres même, tels

que l'avocat Bellart et l'ancien notaire Pérignon, n'avaient pas craint

de se mettre en avant. Tout cela avait fait penser ceux qui redoutaient

de nouveaux orages, ou ne voulaient pas servir de marche-pied à quelques

intrigans. Plusieurs bonnes têtes imaginèrent d'écrire à l'empereur

Alexandre, en conservant l'anonyme, mais en employant le style qui porte

la conviction. On ne lui épargna pas les représentations sur l'estime ou

la confiance que méritaient les hommes qui travaillaient en son nom.

Peut-être aussi lui-même chercha-t-il, par d'autres voies, à s'assurer

au juste du véritable état de l'opinion. Soit que la masse d'intérêts

qu'il fallait froisser l'ébranlât, soit toute autre considération,

toujours est-il qu'il fut sur le point de répudier les casse-cous

politiques qui s'attachaient à ses pas. Quelle influence ne pouvait pas

avoir, dans cet état d'indécision, la présence de l'impératrice à Paris!

M. de Talleyrand, voyant les incertitudes de l'empereur Alexandre,

craignit que ce prince ne lui échappât. Il jugea bien que l'on ne

parviendrait pas à décider qui que ce fût à se prêter aux mesures

nécessaires pour prévenir tout retour de l'empereur, si Marie-Louise

restait sur le trône. Comme le danger était imminent et le devenait

chaque jour davantage, il abandonna l'idée de la régence et se rallia

aux Bourbons. Ce parti n'était pas sans inconvéniens pour lui, mais il

excluait toute idée de retour après une transaction aussi étrange, aussi

subite; il ne pouvait pas manquer de lui offrir des moyens de revenir à

son premier thème, en faisant mouvoir le parti de la révolution avant de

laisser les Bourbons s'établir. La chose était facile: la plupart des

places administratives étaient occupées par des hommes du parti.

Voilà donc Talleyrand décidé à faire adopter ce qu'il repoussait

jusque-là de toutes ses forces. Dès lors il ne chercha plus qu'à fixer

les irrésolutions de l'empereur Alexandre, et ne craignit pas, comme on

dit, de le mettre au pied du mur. Il devenait au reste urgent de le

décider, car le diplomate était déjà en butte aux reproches de tous ceux

qui s'étaient engagés avec lui dans cette entreprise. Le gouvernement

provisoire fut même sur le point de se dissoudre. M. de Talleyrand avait

trop d'expérience des hommes et des affaires pour manquer de tête dans

cette occasion: il réunit, à ce qui m'a été rapporté, les membres du

gouvernement provisoire, à l'issue de la conférence qui avait dissipé

tant d'illusions; il leur montra les dangers que chacun d'eux courait;

il les détermina sans peine à le suivre chez l'empereur de Russie, qui

occupait le premier étage de son hôtel. Il porta la parole et observa à

ce prince que les personnes qui l'accompagnaient s'étaient exposées à

tout perdre pour assurer son triomphe, que seuls ils avaient contenu la

population dans l'obéissance, qu'ils n'avaient pas craint de

compromettre leur existence, celle de leurs familles pour le servir, que

pour prix de tant de dévouement ils allaient être abandonnés aux

vengeances qu'ils avaient si aveuglement provoquées. Dans ce triste état

de choses, ils venaient tous le supplier de leur assurer un asile, s'il

persistait dans le dessein qu'il leur avait manifesté. Alexandre les

rassura sur les dangers dont ils se croyaient menacés, et leur dit qu'à

la vérité ses idées n'étaient pas encore arrêtées, mais qu'il

n'abandonnerait pas des hommes qui avaient tout compromis pour son

service, et leur assurerait une existence dont ils seraient satisfaits.

Les choses en étaient là lorsque M. de Talleyrand acquit la certitude

qu'il pouvait compter sur la défection de Marmont et sur le zèle

d'Oudinot. Dès-lors il fut plus assuré de réussir, et ne manqua pas de

transmettre ses espérances à l'empereur de Russie, qui assembla le

lendemain le conseil dans lequel on agita définitivement la question du

renversement du gouvernement impérial en France. Je tiens d'un des

membres de ce conseil le détail de ce qui s'y passa. Il était composé de

l'empereur Alexandre, du roi de Prusse, du prince de Schwartzenberg, de

M. de Metternich, et je crois du ministre d'Angleterre; je n'oserais

cependant assurer que ce dernier y fut. De Français, il y avait M. de

Talleyrand, le duc Dalberg, M. Louis, le général Dupont, le général

Dessoles, l'archevêque de Malines; je crois, sans en être sûr, que MM.

de Montesquiou (l'abbé), Beurnonville et Jaucourt en faisaient partie.

Ce fut l'empereur Alexandre qui ouvrit la discussion. Il déclara qu'il

avait dessein de renverser le gouvernement impérial, mais qu'avant de

l'annoncer publiquement, il désirait connaître quel était l'ordre de

choses qu'on pourrait lui substituer, pour éviter les dissensions

intestines qui avaient déchiré ce pays pendant tant d'années. Il

s'adressa à M. de Talleyrand en l'invitant à donner son opinion;

celui-ci, ne voulant pas émettre devant tant de monde une opinion qui

n'aurait peut-être pas été adoptée, et qui deviendrait peut-être un

motif pour le faire éloigner de la faveur du gouvernement qui allait

être élu, fit dans cette occasion ce que je lui ai vu faire dans les

conseils où l'empereur l'appelait.

Il parla avec sa facilité ordinaire, insista sur la nécessité d'abattre

l'empereur, mais aussi il énuméra les immenses intérêts qui reposaient

sur le système impérial et en étaient inséparables. Il dit que l'on ne

pouvait lui substituer qu'un ordre de choses qui garantirait à chacun la

conservation de ce qu'il avait acquis, si l'on ne voulait pas faire

revivre tous les désordres. Il ne s'expliqua pas plus clairement, mais

son discours prouvait assez qu'il penchait toujours pour la régence. M.

Louis laissait entrevoir les opinions qui furent reproduites par toutes

les créatures du diplomate. Enfin arriva le tour du général Dessoles.

Interpellé de s'expliquer sur ce qu'il convenait de faire, il répliqua

vivement, en s'adressant à Alexandre: «Sire, la régence n'est qu'un mot;

le tigre est derrière, et ne tardera pas à reparaître, si on la

proclame[11]. Au surplus, mon parti est pris; je ne demande rien pour

moi, mais, Sire, mademoiselle Dampierre! sauvez-la! de grâce,

sauvez-la!» L'empereur de Russie, tout surpris de cette chaude

allocution, cherchait ce que c'était que mademoiselle Dampierre; «C'est

ma femme, Sire, madame Dessoles; sans doute elle n'a pas un rapport bien

direct avec la question qui se débat, mais c'est mademoiselle Dampierre;

sauvez ce que j'ai de plus cher au monde!» Cette petite sollicitude

conjugale dérida un moment le conseil; mais on se remit bientôt, et la

discussion continua. C'était le tour de l'archevêque de Malines; il mit

cartes sur table. «Messieurs, dit-il, il faut s'expliquer nettement.

Vous êtes décidés à en finir avec l'empereur. Pourquoi, dans ce cas, ne

pas rendre à la France un gouvernement sous lequel elle a été heureuse

pendant tant de siècles? Je ne crains pas d'avancer ici que c'est le voeu

secret de la grande majorité des Français, et que, si l'on n'ose

l'émettre, c'est que l'esprit national est encore comprimé, et qu'on

craint de n'être pas appuyé en le manifestant. Quant à moi je déclare

que je ne vois d'autre projet raisonnable en abattant l'empereur que de

rappeler les Bourbons.» Alexandre arrêta la discussion, et se tournant

vers Frédéric-Guillaume: «Votre opinion, roi de Prusse?»--«Celle de

l'archevêque de Malines,» répondit Guillaume. L'empereur de Russie

continua de recueillir les voix des étrangers, qui furent de l'opinion

du roi de Prusse. Alexandre exposa la sienne à son tour, et dit que

c'était une très grande affaire que de se fixer sur le gouvernement qui

pouvait régner en France sans trouble et sans dangers pour la

tranquillité de ses voisins; qu'il pensait que la maison de Bourbon

pouvait convenir; que néanmoins il remettait au lendemain à se décider;

qu'on lui avait rendu compte de l'arrivée aux avant-postes d'une

députation venant de Fontainebleau; qu'il la recevrait et verrait

ensuite. Le conseil se sépara. On n'ignorait, comme je l'ai dit, rien à

Fontainebleau de ce qui se faisait à Paris. On y exagérait même les

choses, quoique le mal fût très grand.

L'empereur cependant ne se laissait pas imposer par les propos qu'on

semait autour de lui. Tout entier à des combinaisons militaires, il se

disposait à tenter de nouveau la fortune, lorsque le duc de Vicence

arriva. Il n'apportait pas des nouvelles bien heureuses, mais du moins

les alliés ne proscrivaient plus la régence. La condition était pénible,

le soldat bouillait d'ardeur: Napoléon continue de tout disposer pour

tenter la fortune; mais ses généraux n'ont plus d'élan, ils sont las de

guerres, de combats, personne n'envisage qu'avec une sorte d'effroi les

nouvelles chances qui vont s'ouvrir. C'est au milieu de cette anxiété

générale que le décret de déchéance arrive à Fontainebleau. Dès qu'il le

connaît, Napoléon n'hésite plus. La guerre civile lui apparaît avec

toutes ses horreurs; il se retire, et dresse lui-même l'acte qui le

dépouille du pouvoir[12]. L'abdication signée, il choisit des

négociateurs, qui, en la transmettant aux alliés, discutent les intérêts

de la France et ceux des braves qui l'ont servie. Il nomme le duc de

Vicence et le prince de la Moscowa; mais il ne les a pas plus tôt

désignés, que son vieil aide-de-camp lui revient à la mémoire. Il va

leur adjoindre Marmont, et veut que ce soit son plus ancien compagnon

d'armes qui aille débattre les intérêts de sa famille. On lui observe

que ceux de l'armée doivent aussi être défendus; qu'un homme qui a été

moins avant dans ses affections, que Macdonald, par exemple, aurait plus

de poids; il se rend et accepte le duc de Tarente. Sa prédilection

néanmoins le domine encore; il donne l'ordre formel aux

plénipotentiaires de prévenir le duc de Raguse qu'il ne l'a pas choisi,

mais qu'il ne peut refuser à sa fidélité, garantie par tant de bienfaits

d'un coté et de services de l'autre, ce dernier témoignage de confiance;

qu'en conséquence, s'il ne pense pas être plus utile à la tête de son

corps qu'à Paris, il est le maître de se joindre aux plénipotentiaires,

chargés d'expédier d'Essone un courrier qui rapportera ses pouvoirs.

Arrivés à Essone, les plénipotentiaires firent part au duc de Raguse de

ce qui s'était passé à Fontainebleau, de l'abdication consentie par

Napoléon, et de l'objet de leur mission à Paris. Ils lui transmirent

également le message dont ils étaient chargés. Cette circonstance dut

être pénible au maréchal, car il venait, comme nous l'avons vu,

d'arrêter ses conditions avec le généralissime. Il ne cacha pas à ses

collègues les termes où il en était avec les alliés. Il leur déclara

qu'il n'avait agi isolément que par suite de la dispersion de l'armée et

de la difficulté qu'il y avait à s'entendre; que de ce moment il se

réunissait à eux pour ne plus s'en séparer; qu'il les accompagnerait à

Paris, et ferait entendre au prince de Schwartzenberg les changemens

survenus dans sa position. Il prévint ses généraux, il l'atteste du

moins, de ne faire aucun mouvement qu'il ne leur eût expédié de nouveaux

ordres, et se rendit au quartier-général ennemi, où l'on ne fit aucune

difficulté d'annuler le projet de convention. Les trois maréchaux et le

duc de Vicence continuèrent leur route et allèrent à Paris pour négocier

en commun. Ils descendirent chez M. de Talleyrand, où, comme je l'ai

dit, logeait l'empereur de Russie; ils firent part au diplomate du motif

de leur voyage et du but de leur mission. L'un d'entre eux le prit à

part et lui dit que, s'il pouvait obtenir la régence, ils étaient

décidés (il ne nomma personne) à prendre un parti contre l'empereur, de

manière à prévenir tout retour. Il ne disait pas ce que c'était que ce

parti. M. de Talleyrand lui répondit que «tout s'arrangerait, que les

souverains alliés ne demandaient que cette garantie, qu'ils

accorderaient tout ce que l'on désirait, dès qu'ils seraient convaincus

que Napoléon ne reparaîtrait pas.» M. de Talleyrand ne pouvait désirer

mieux qu'une telle confidence; elle augmentait son crédit, et démontrait

qu'on ne pouvait rien faire sans lui. Il monta chez l'empereur Alexandre

pour le prévenir de l'arrivée des maréchaux, et lui rendit compte de ce

qui s'était passé chez lui, sans oublier assurément l'ouverture qui lui

avait été faite. C'était sans doute ce qui leur souriait le plus, car

enfin la demande de garantie que répétait sans cesse l'empereur

Alexandre contre le retour de l'empereur Napoléon était claire. On ne

prononçait pas le mot propre, mais l'affectation avec laquelle on

réclamait des garanties ne permettait pas de se méprendre sur ce que

l'on voulait.

Il jugeait des Français par quelques autres peuples; sous ce rapport, il

était dans l'erreur, ces choses-là ne vont pas à nos moeurs. Je tiens

d'un des secrétaires[13] de M. de Talleyrand, qu'après que tout fut

fini, c'est-à-dire, quand la déchéance fut prononcée, M. de Nesselrode

ne revenait pas de nos scrupules: «Quel pays! disait-il, quelle nation!

Si peu de chose vous arrête! Il n'en serait pas ainsi chez nous, tout

serait fini en moins d'un quart d'heure. Tant pis pour le souverain qui

se met en opposition avec l'intérêt général. C'est la chose du monde que

l'on trouve le plus aisément qu'un souverain.»

L'empereur de Russie fit dire à la députation des maréchaux qu'il la

recevrait le lendemain à neuf ou dix heures du matin. Ils se retirèrent

et se réunirent le soir à l'hôtel du maréchal Ney; on vint les y voir et

les entretenir de l'idée qu'il n'y avait que l'empereur qui fût un

obstacle à tout; que sans lui les souverains alliés accorderaient la

régence, ou tout autre gouvernement qu'on voudrait choisir. Ces

insinuations étaient inutiles, puisque l'empereur lui-même avait

recommandé aux plénipotentiaires de ne le considérer pour rien, et de

souscrire à tous les sacrifices qui lui seraient personnellement

imposés.

Je tiens d'une personne qui était présente à cette assemblée, sur tout

ce qui fut dit et fait, des détails qui prouvent à quel point était

portée l'aveugle confiance que l'on avait dans les sentimens de

l'empereur de Russie; mais elle a coûté trop de larmes pour la reprocher

à ceux qui la partageaient. On pensait encore que M. de Talleyrand était

dans des dispositions favorables à la régence, et je crois qu'on ne se

trompait pas, quoique du reste ce diplomate fût prêt aussi pour une

autre hypothèse.

Caulaincourt m'a dit depuis que c'était une erreur, que M. de Talleyrand

s'était dès le principe prononcé ouvertement pour la maison de Bourbon.

Je suis persuadé qu'il n'en est rien; mais, la chose faite, il valait

mieux se donner le mérite de l'avoir préparée que de convenir qu'on ne

l'avait pas voulue. Il est possible aussi que M. de Talleyrand ait

laissé percer ses intelligences avec Hartwell, afin de mieux brouiller

les cartes, se ménager plus de chances, et se trouver en mesure

d'obtenir de meilleures conditions. Il est même probable que les alliés

se sont servis de cet épouvantail pour amener le duc de Vicence aux

sacrifices qu'ils voulaient lui imposer; car, comme nous l'apprend un

des auxiliaires qu'ils s'étaient donnés, ils ne se flattaient pas de

venir si tôt à bout de leurs desseins, et voulaient achever par

l'intrigue ce que les armes avaient commencé[14]. Mais dans ce cas,

convaincu comme il était que M. de Talleyrand tournait en faveur des

Bourbons, pourquoi M. de Caulaincourt ne prévenait-il pas les maréchaux?

Pourquoi les conduisait-il chez un conspirateur qu'il devait mettre tous

ses soins à éviter? Le moindre inconvénient qui pouvait résulter pour

eux de la direction qu'il leur donnait, était de les mener se confesser

au renard, comme cela arriva effectivement. Mais il est probable, quoi

qu'il en ait dit plus tard, qu'il était dupe lui-même des apparences que

se donnait M. de Talleyrand; autrement il aurait eu le projet de livrer

les maréchaux. Cela donnerait de la force à des soupçons fâcheux qui ont

été émis sur son séjour à Châtillon.

Il y avait vingt endroits différens pour les réunir, et se rendre de là

chez l'empereur Alexandre avant d'être forcé d'entrer chez M. de

Talleyrand, si on le considérait comme ennemi. La chose est pénible à

dire, mais le fond de tout cela est que, voyant la chute de l'empereur

inévitable, on ne voulait que le quitter avec honneur, et préparer sa

position avec le gouvernement qui allait lui succéder, persuadé que l'on

pourrait conserver ce que l'on avait acquis en se mettant derrière une

lâcheté.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 7 · 第 11 / 65 题