ouvert l'entrée du duché de Mecklembourg; déjà, il avait invité les
habitants, par un manifeste, à retourner sous la domination de leurs
souverains légitimes et à chasser tout ce qui tenait à Wallenstein. Mais
les Impériaux se rendirent maîtres par artifice de la ville importante
de Rostock, et le roi, qui ne voulait pas diviser ses forces, dut
renoncer à pousser plus avant. Les ducs de Mecklembourg, chassés de
leurs États, avaient en vain fait intercéder auprès de l'empereur les
princes assemblés à Ratisbonne; en vain, pour fléchir l'empereur par
leur soumission, ils avaient rejeté l'alliance de la Suède et tout
recours à la force. Réduits au désespoir par le refus opiniâtre de
Ferdinand, ils prirent alors ouvertement le parti du roi, levèrent des
troupes et en donnèrent le commandement au duc François-Charles de
Saxe-Lauenbourg. Celui-ci réussit à s'emparer de quelques places fortes
sur l'Elbe; mais elles lui furent bientôt enlevées par le général de
l'empereur, Pappenheim, envoyé contre lui. Peu après, assiégé par ce
dernier dans Ratzebourg, il se vit contraint, après une vaine tentative
d'évasion, à se rendre prisonnier avec tout son monde. Ainsi s'évanouit
de nouveau pour ces malheureux princes l'espérance de rentrer dans leurs
États: il était réservé à Gustave-Adolphe de leur rendre cette justice
éclatante.
Les bandes fugitives de l'empereur s'étaient jetées dans la marche de
Brandebourg, et elles en faisaient le théâtre de leurs brigandages. Non
contents d'exiger les contributions les plus arbitraires, d'écraser le
bourgeois par les logements militaires, ces monstres fouillaient encore
l'intérieur des maisons, forçaient et brisaient tout ce qui était fermé,
pillaient toutes les provisions, maltraitaient de la manière la plus
affreuse quiconque essayait de résister, déshonoraient les femmes jusque
dans les lieux saints; et tout cela se passait, non point en pays
ennemi, mais dans les États d'un prince de qui l'empereur n'avait pas à
se plaindre et qu'il osait presser, malgré toutes ces horreurs, de
prendre les armes contre le roi de Suède. Le spectacle de ces
épouvantables désordres, que le manque d'argent et d'autorité les
obligeait de souffrir, indignait les généraux même de l'empereur, et
leur chef, le comte de Schaumbourg, rougissant de tant d'excès, voulut
déposer le commandement. L'électeur de Brandebourg, trop pauvre en
soldats pour défendre son pays, et laissé sans secours par l'empereur,
qui ne daignait pas répondre aux représentations les plus pathétiques,
ordonna enfin à ses sujets, par un édit, de repousser la force par la
force et de tuer sans miséricorde tout soldat impérial qui serait
surpris à piller. L'horreur des vexations et la détresse du gouvernement
étaient montées à un tel point qu'il ne restait plus au souverain que la
ressource désespérée d'enjoindre par la loi la vengeance personnelle.
Les Impériaux avaient attiré les Suédois dans la marche de Brandebourg,
et le refus de l'électeur de lui donner passage par la place forte de
Cüstrin avait pu seul empêcher Gustave-Adolphe d'assiéger
Francfort-sur-l'Oder. Il revint sur ses pas pour achever la conquête de
la Poméranie par la prise de Demmin et de Colberg. Cependant le
feld-maréchal Tilly s'avançait pour défendre la marche de Brandebourg.
Ce général, qui pouvait se glorifier de n'avoir encore perdu aucune
bataille, le vainqueur de Mansfeld, de Christian de Brunswick, du
margrave de Bade et du roi de Danemark, allait trouver dans le roi de
Suède un adversaire digne de lui. Tilly était d'une famille noble de
Liége et s'était formé dans la guerre des Pays-Bas, alors l'école des
généraux. Il trouva bientôt, sous l'empereur Rodolphe II, l'occasion de
montrer en Hongrie les talents qu'il avait acquis, et il s'y éleva
promptement d'un grade à un autre. Après la conclusion de la paix, il
entra au service de Maximilien de Bavière, qui le nomma général en chef
avec un pouvoir illimité. Il fut, par ses excellents règlements, le
créateur de l'armée bavaroise, et c'était à lui surtout que Maximilien
devait la supériorité qu'il avait eue jusque-là en campagne. Après la
guerre de Bohême, on lui remit le commandement des troupes de la Ligue,
et, après la retraite de Wallenstein, celui de toute l'armée impériale.
Aussi sévère pour ses troupes, aussi sanguinaire avec l'ennemi, d'un
caractère aussi sombre que Wallenstein, il le laissait bien loin
derrière lui pour la modestie et le désintéressement. Un zèle aveugle
pour sa religion, une soif barbare de persécution se joignaient à un
caractère naturellement farouche, pour faire de lui l'effroi des
protestants. A son humeur répondait un extérieur bizarre et terrible.
Petit, maigre, les joues creuses, il avait le nez long, le front large
et ridé, une forte moustache, le bas du visage en pointe. Il se montrait
d'ordinaire en pourpoint espagnol de satin vert clair, à manches
tailladées, et coiffé d'un petit chapeau à haut retroussis, orné d'une
plume d'autruche rouge, qui descendait en flottant jusque sur son dos.
Toute sa personne rappelait le duc d'Albe, le geôlier des Flamands, et
sa conduite était loin d'effacer cette impression. Tel était le général
qui se présentait en ce moment contre le héros du Nord.
Tilly était bien éloigné de mépriser son adversaire. «Le roi de Suède,
disait-il hautement dans l'assemblée des électeurs, à Ratisbonne, est un
ennemi aussi habile que vaillant, endurci à la guerre, et dans la fleur
de son âge. Ses mesures sont excellentes; ses ressources ne sont point
faibles; les états de son royaume lui ont témoigné un extrême
empressement. Son armée, composée de Suédois, d'Allemands, de Livoniens,
de Finlandais, d'Écossais et d'Anglais, ne fait qu'une seule nation par
son aveugle obéissance. Contre un pareil joueur, ne pas avoir perdu,
c'est avoir déjà beaucoup gagné.»
Les progrès du roi de Suède dans le Brandebourg et la Poméranie ne
laissaient pas au nouveau généralissime un moment à perdre, et les
généraux qui commandaient sur les lieux réclamaient instamment sa
présence. Tilly appela donc auprès de lui, avec toute la célérité
possible, les troupes impériales dispersées dans toute l'Allemagne; mais
il lui fallut beaucoup de temps pour tirer des provinces désolées et
appauvries les provisions de guerre dont il avait besoin. Enfin, au
milieu de l'hiver, il parut à la tête de vingt mille hommes devant
Francfort-sur-l'Oder, où il fit sa jonction avec le reste des troupes de
Schaumbourg. Il remit à ce général la défense de Francfort, avec une
garnison suffisante. Il voulait lui-même courir en Poméranie, pour
sauver Demmin et débloquer Colberg, déjà réduit à la dernière extrémité
par les Suédois; mais, avant qu'il eût quitté le Brandebourg, Demmin,
très-mal défendu par le duc Savelli, s'était rendu au roi, et Colberg
capitula aussi, par famine, après cinq mois de siége. Les passages de
la Poméranie antérieure étant fortement occupés, et le camp du roi près
de Schwedt défiant toutes les attaques, Tilly renonça à son premier plan
offensif et se retira sur l'Elbe pour assiéger Magdebourg.
La prise de Demmin laissait Gustave libre de pénétrer sans obstacle dans
le Mecklembourg; mais une entreprise plus importante attira ses armes
d'un autre côté. Tilly avait à peine commencé sa retraite que le roi
leva brusquement son camp de Schwedt, et marcha contre
Francfort-sur-l'Oder avec toutes ses forces. Cette ville était mal
fortifiée, mais défendue par une garnison de huit mille hommes, dont la
plupart étaient le reste de ces bandes furieuses qui avaient ravagé la
Poméranie et le Brandebourg. L'attaque fut vive, et, dès le troisième
jour, la ville fut emportée d'assaut. Les Suédois, assurés de la
victoire, rejetèrent toute capitulation, quoique l'ennemi eût battu deux
fois la chamade: ils voulaient exercer le terrible droit de
représailles. Dès son arrivée dans le pays, Tilly avait enlevé à
Neubrandebourg une garnison suédoise demeurée en arrière, et, irrité de
sa vive résistance, il l'avait fait massacrer jusqu'au dernier homme.
Les Suédois, quand ils prirent d'assaut Francfort, se souvinrent de
cette barbarie. «Quartier comme à Neubrandebourg!» répondait-on à chaque
soldat de l'empereur qui demandait la vie, et on l'égorgeait sans pitié.
Quelques milliers furent tués ou pris; un grand nombre se noyèrent dans
l'Oder; le reste s'enfuit en Silésie; toute l'artillerie tomba au
pouvoir des Suédois. Pour satisfaire à la fureur du soldat, il fallut
que Gustave permît trois heures de pillage.
Tandis que ce roi courait d'une victoire à une autre, que le succès de
ses armes relevait le courage des princes protestants et rendait plus
vive leur résistance, l'empereur, toujours inflexible, continuait de
pousser à bout leur impatience par ses prétentions exagérées envers eux
et en faisant exécuter à la rigueur l'édit de restitution. La nécessité
le poussait maintenant dans les voies violentes, où il était d'abord
entré par orgueil; pour sortir des embarras où sa conduite arbitraire
l'avait précipité, il ne voyait plus d'autre ressource que l'arbitraire.
Mais, dans un système d'États aussi artificiellement organisé que l'est
aujourd'hui et que le fut toujours le corps germanique, la main du
despotisme devait produire des perturbations infinies. Les princes
voyaient avec stupeur la constitution de l'Empire renversée
insensiblement et l'état de nature, auquel on revenait, les conduisit à
la défense personnelle, le seul moyen de salut qui reste dans cet état.
Les attaques ouvertes de l'empereur contre l'Église évangélique avaient
enfin arraché des yeux de Jean-Georges le voile qui lui avait caché si
longtemps l'astucieuse politique de ce prince. Ferdinand l'avait
personnellement offensé, en excluant son fils de l'archevêché de
Magdebourg, et le feld-maréchal d'Arnheim, son nouveau favori et son
ministre, ne négligea rien pour enflammer son ressentiment. Auparavant
général de l'empereur sous les ordres de Wallenstein, et toujours ami
ardemment dévoué de ce dernier, il cherchait à venger son ancien
bienfaiteur et à se venger lui-même de Ferdinand, et à détacher
l'électeur de Saxe des intérêts de l'Autriche. L'apparition des Suédois
en Allemagne devait lui en fournir les moyens. Gustave-Adolphe était
invincible aussitôt que les membres protestants de l'Empire s'unissaient
à lui, et l'empereur ne craignait rien tant que cette union. L'électeur
de Saxe, en se déclarant, pouvait, par son exemple, entraîner tous les
autres, et le sort de Ferdinand se trouvait, en quelque sorte, dans les
mains de Jean-Georges. L'adroit favori, flattant l'ambition de son
maître, lui fit sentir son importance, et lui conseilla d'effrayer
l'empereur en le menaçant d'une alliance avec la Suède, pour obtenir de
lui par la crainte ce qu'on ne pouvait attendre de la reconnaissance.
Cependant, il était d'avis que l'électeur ne s'engageât point
effectivement avec la Suède, afin de conserver toujours son importance
et sa liberté. Il l'enivrait du projet magnifique, pour l'exécution
duquel il ne manquait rien qu'une main plus habile, d'attirer à lui tout
le parti protestant, de former en Allemagne une troisième puissance, et
de jouer le rôle d'arbitre souverain entre la Suède et l'Autriche.
Ce plan devait flatter d'autant plus l'amour-propre de Jean-Georges,
qu'il lui était également insupportable de tomber sous la dépendance de
la Suède ou de rester plus longtemps sous la tyrannie de l'empereur. Il
ne pouvait voir avec indifférence qu'un prince étranger lui enlevât la
direction des affaires d'Allemagne, et, tout incapable qu'il était de
jouer le premier rôle, sa vanité ne pouvait se contenter du second. Il
résolut donc de faire tourner, autant qu'il pourrait, à l'avantage de
sa situation particulière, les progrès du monarque suédois, mais de
suivre, en demeurant indépendant de lui, son propre plan. Dans cette
vue, il eut une conférence avec l'électeur de Brandebourg, qui avait des
raisons semblables d'être irrité contre l'empereur et de se défier de la
Suède. Après s'être assuré, dans une diète convoquée à Torgau, de
l'assentiment des états de Saxe, qui lui était indispensable pour
l'exécution de son plan, il invita tous les membres évangéliques de
l'Empire à une assemblée générale, qui devait s'ouvrir à Leipzig le 6
février 1631. Brandebourg, Hesse-Cassel, plusieurs princes, des comtes,
d'autres membres de l'Empire, des évêques protestants, parurent en
personne ou se firent représenter dans cette assemblée, que le
prédicateur de la cour de Saxe, le docteur Hoe de Hohenegg, ouvrit par
un sermon véhément. L'empereur avait fait d'inutiles efforts pour
empêcher cette conférence, qui se réunissait de son autorité privée,
dont l'objet était visiblement la défense personnelle, et que la
présence des Suédois en Allemagne rendait fort dangereuse. Les princes
assemblés, animés par les progrès de Gustave-Adolphe, maintinrent leurs
droits, et ils se séparèrent, au bout de deux mois, après une décision
remarquable, qui jeta Ferdinand dans un grand embarras. Elle portait que
l'empereur serait énergiquement requis, dans un écrit rédigé au nom de
tous, d'abolir l'édit de restitution, de retirer ses troupes de leurs
résidences et places fortes, de cesser les exécutions, de réformer tous
les anciens abus. En attendant, on mettrait sur pied une armée de
quarante mille hommes, pour se faire justice soi-même, en cas d'un
refus de l'empereur.
Une nouvelle circonstance se présenta, qui ne contribua pas peu à
fortifier les princes protestants dans leurs résolutions. Le roi de
Suède avait enfin surmonté les scrupules qui l'avaient détourné
jusque-là d'une liaison plus étroite avec la France, et, le 13 janvier
1631, il avait conclu avec cette couronne une formelle alliance. Après
avoir très-vivement débattu la manière dont seraient traités les princes
catholiques de l'Empire, que la France prenait sous sa protection, et
envers lesquels Gustave voulait user du droit de représailles; après une
contestation, moins importante, sur le titre de Majesté, que l'orgueil
français refusait à la fierté suédoise, Richelieu céda enfin sur le
second point, Gustave-Adolphe sur le premier, et le traité d'alliance
fut signé à Beerwald, dans la Nouvelle-Marche. Les deux puissances s'y
engagèrent à se soutenir mutuellement et à main armée, à défendre leurs
amis communs, à aider à rentrer dans leurs États les princes de l'Empire
dépossédés, et à rétablir toutes choses, aux frontières et dans
l'intérieur de l'Allemagne, comme elles étaient avant que la guerre
éclatât. Dans cette vue, la Suède devait entretenir à ses frais en
Allemagne une armée de trente mille hommes, et la France fournir aux
Suédois quatre cent mille écus de subsides annuels. Si la fortune
favorisait les armes de Gustave, il devait respecter dans les places
conquises la religion catholique et les lois de l'Empire, et ne rien
entreprendre contre elles; l'accès de l'alliance était ouvert à tous les
membres de l'Empire et aux princes, même catholiques, en Allemagne
comme au dehors; une partie ne pouvait conclure, sans la connaissance
et le consentement de l'autre, une paix séparée avec l'ennemi;
l'alliance devait durer cinq ans.
Autant le roi de Suède avait répugné à recevoir une solde de la France
et à sacrifier l'avantage de conduire la guerre avec une entière
liberté, autant cette alliance fut décisive pour ses affaires en
Allemagne. Alors seulement, les membres de l'Empire germanique, le
voyant soutenu par la puissance la plus considérable de l'Europe,
commencèrent à prendre confiance dans son entreprise, dont le succès
leur avait donné jusqu'alors de justes alarmes. Alors seulement, il
devint redoutable à l'empereur. De ce moment, les princes catholiques
eux-mêmes, qui désiraient l'humiliation de l'Autriche, virent avec moins
de défiance les progrès de Gustave en Allemagne, parce que son alliance
avec une puissance catholique lui imposait des ménagements envers
l'Église. De même que l'apparition de Gustave-Adolphe protégeait la
religion évangélique et la liberté allemande contre la prépondérance de
l'empereur, de même l'intervention de la France pouvait maintenant
protéger la religion catholique et la liberté allemande contre
Gustave-Adolphe, si l'ivresse du succès devait l'entraîner au delà des
bornes de la modération.
Le roi de Suède ne tarda point à notifier ce traité conclu avec la
France aux princes qui avaient formé l'alliance de Leipzig, et les
invita en même temps à s'unir avec lui plus étroitement. La France
appuya cette invitation et n'épargna aucun argument pour décider
l'électeur de Saxe. Gustave-Adolphe offrait de se contenter d'un appui
secret, si les princes jugeaient encore téméraire de se déclarer
ouvertement pour lui. Plusieurs lui firent espérer leur adhésion,
aussitôt qu'ils verraient jour à se déclarer. Jean-Georges, toujours
défiant et jaloux du roi de Suède, toujours fidèle à sa politique
intéressée, ne put se résoudre à se déclarer bien nettement.
La résolution de la conférence de Leipzig et le traité entre la France
et la Suède étaient deux nouvelles également fâcheuses pour l'empereur.
Contre la décision des princes, il eut recours aux foudres de sa
toute-puissance impériale. Pour faire sentir à la France tout son
mécontentement du traité, il ne lui manquait qu'une armée. Tous les
membres de l'Union de Leipzig reçurent des lettres de remontrances, qui
leur interdisaient, dans les termes les plus forts, toute levée de
troupes. Ils répondirent par de violentes récriminations, justifièrent
leur conduite par le droit naturel, et continuèrent leurs préparatifs de
guerre.
Cependant, les généraux de l'empereur se voyaient réduits, par le défaut
de troupes et d'argent, à la fâcheuse alternative de perdre de vue le
roi de Suède ou les princes allemands, ne se trouvant pas en état de
leur tenir tête en même temps avec leurs forces divisées. Les mouvements
des protestants attiraient leur attention vers l'intérieur de l'Empire;
les progrès du roi dans la marche de Brandebourg, qui menaçaient déjà de
près les États héréditaires de Ferdinand, exigeaient impérieusement
qu'ils tournassent leurs armes de ce côté. Après la prise de Francfort,
Gustave avait marché contre Landsberg sur la Wartha, et Tilly, après
avoir essayé trop tard de sauver cette place, retourna vers Magdebourg,
pour continuer avec vigueur le siége commencé.
Le riche archevêché, dont Magdebourg était la résidence, avait longtemps
appartenu à des princes évangéliques de la maison de Brandebourg, qui y
établirent leur religion. Christian-Guillaume, le dernier
administrateur, avait été mis au ban de l'Empire, à cause de ses
liaisons avec le Danemark, et le chapitre, pour ne pas attirer sur
l'archevêché la vengeance impériale, s'était cru obligé de le dépouiller
formellement de sa dignité. A sa place, il proposa le prince
Jean-Auguste, deuxième fils de l'électeur de Saxe; mais Ferdinand le
rejeta, pour conférer l'archevêché à son propre fils Léopold. Là-dessus,
l'électeur adressa de vaines plaintes à la cour impériale.
Christian-Guillaume de Brandebourg prit des mesures plus efficaces.
Assuré de l'attachement du peuple et des magistrats de Magdebourg, et
enflammé par des espérances chimériques, il se crut en état de vaincre
tous les obstacles que la sentence du chapitre, la concurrence de deux
puissants rivaux et l'édit de restitution opposaient à son
rétablissement. Il fit un voyage en Suède et tâcha de s'assurer, par la
promesse d'une importante diversion en Allemagne, le secours de Gustave.
Le roi ne le renvoya point sans lui faire espérer un vigoureux appui,
mais il lui recommanda en même temps d'agir avec prudence.
A peine Christian-Guillaume eut-il appris le débarquement de son
protecteur en Poméranie, qu'il se glissa dans Magdebourg, à la faveur
d'un déguisement. Il parut soudain dans le conseil de la ville, rappela
aux magistrats tous les maux que les troupes impériales avaient fait
souffrir à la ville et au territoire, les pernicieux desseins de
Ferdinand, le péril de l'Église évangélique. Après ce début, il leur
annonça que le moment de leur délivrance était arrivé, et que
Gustave-Adolphe leur offrait son alliance et ses secours. Magdebourg,
une des plus riches cités de l'Allemagne, jouissait, sous le
gouvernement de ses magistrats, d'une liberté républicaine, qui
inspirait aux citoyens une audace héroïque. Ils en avaient déjà donné
des preuves glorieuses dans leur conduite envers Wallenstein, qui,
attiré par leurs richesses, leur avait adressé des réquisitions
exorbitantes, et, par une courageuse résistance, ils avaient maintenu
leurs droits. Tout leur territoire éprouva, il est vrai, la fureur
dévastatrice de ses troupes, mais Magdebourg même échappa à sa
vengeance. Il ne fut donc pas difficile à l'administrateur de gagner des
esprits encore émus par le récent souvenir de ces mauvais traitements.
Une alliance fut conclue entre la ville et le roi de Suède: Magdebourg
accordait au roi le libre passage dans la ville et le pays, avec le
droit de recrutement sur le territoire de l'archevêché, et recevait, en
retour, l'assurance que sa religion et ses priviléges seraient
loyalement protégés.
Aussitôt l'administrateur leva des troupes et commença prématurément les
hostilités, avant que Gustave fût assez près pour le soutenir avec son
armée. Il réussit à enlever quelques détachements impériaux dans le
voisinage, à faire de petites conquêtes, et même à surprendre la ville
de Halle; mais l'approche d'une armée autrichienne l'obligea bientôt de
reprendre en toute hâte et non sans perte le chemin de Magdebourg.
Gustave-Adolphe, quoique mécontent de sa précipitation, lui envoya un
officier expérimenté, Dietrich de Falkenberg, pour diriger les
opérations militaires et assister l'administrateur de ses conseils.
Falkenberg fut nommé, par les magistrats, commandant de la ville, pour
toute la durée de la guerre. Chaque jour, il arrivait des villes
voisines de nouveaux renforts à l'armée du prince; elle remporta
plusieurs avantages sur les régiments impériaux envoyés contre elle, et
put soutenir, pendant plusieurs mois, une guerre avec beaucoup de
bonheur.
Enfin le comte de Pappenheim s'approcha de la ville, après son
expédition contre le duc de Saxe-Lauenbourg. Il délogea, en peu de
temps, de toutes les redoutes environnantes, les troupes de
l'administrateur, lui coupa ainsi toute communication avec la Saxe, et
entreprit sérieusement le siége de la ville. Tilly survint bientôt
après; il somma l'administrateur, dans un écrit menaçant, de ne pas
résister plus longtemps à l'édit de restitution, de se soumettre aux
ordres de l'empereur, et de rendre Magdebourg. La réponse du prince fut
vive et hardie, et décida le général impérial à lui faire éprouver la
force de ses armes.
Cependant, le siége fut encore retardé quelque temps, à cause des
progrès de Gustave-Adolphe, qui appelèrent d'un autre côté le général de
l'empereur, et la jalousie des généraux, qui commandaient en son
absence, laissa à la ville un répit de quelques mois. Enfin, le 30 mars
1631, Tilly reparut, et, dès ce moment, le siége fut poussé avec
vigueur.
Tous les ouvrages extérieurs furent emportés en peu de temps. Falkenberg
avait lui-même retiré les postes inutilement exposés et fait rompre le
pont de l'Elbe. Comme on n'avait pas assez de troupes pour défendre une
si vaste place avec ses faubourgs, on abandonna ceux de Sudenbourg et de
Neustadt à l'ennemi, qui aussitôt les réduisit en cendres. Pappenheim se
sépara de Tilly et passa l'Elbe, près de Schoenebeck, pour attaquer la
ville de l'autre côté.