Roman et Nouvelle

Le roman fait de très bonne heure son apparition dans la littérature

ukrainienne avec les traductions des romans grecs «L'Alexandria» du

pseudo Calysthène, la «Guerre de Troie» et le «Royaume des Indes».

Mais ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que devait paraître le

père du roman ukrainien tel que nous le concevons aujourd'hui. C'est

Grégoire Kwitka qui, sous le pseudonyme d'Osnovianenko, a précédé

George Sand, Auerbach et Tourgueniev, en écrivant de charmantes

nouvelles tirées de la vie du peuple. Son principal roman: «Maroussia»

est une œuvre de sensibilité sincère et exquise. «La Sorcière de

Konotop», «Oxana malheureuse», «L'amour sincère», dénotent une grande

pureté de sentiment et un profond amour du peuple, de son pays et de sa

langue.

Ivan Levytsky, connu sous le pseudonyme de Netchouy, jouit d'une grande

vogue dans toute l'Ukraine. Parmi ses nombreux romans, il faut citer:

«Deux Moscovites», «La Nuit de Horeslav», «Le Crampon», «Ténèbres», «La

Remorqueuse», etc.

Panas Myrny eut de nombreux démêlés avec le Gouvernement russe. Son

principal roman «Les Bœufs ne mugissent pas quand ils ont du foin dans

le râtelier», où il dépeint la vie sociale, a été édité à Genève par

Dragomanov.

Marie Markovyck, sous le pseudonyme de Marko Wowtchok (1834-1907),

fut pour le roman ukrainien ce que Chevtchenko fut pour la poésie.

Elle dépeint les mœurs et la vie des serfs et les anciennes coutumes

de l'Ukraine. «Maroussia» est un véritable petit chef-d'œuvre et ses

Contes Populaires, parus en 1856, eurent un tel succès qu'ils furent

traduits en russe par Tourgueniev, en anglais et en français. La

traduction française de «Maroussia» due à l'habile plume de M. Stahl, a

eu un tel succès, qu'elle compte aujourd'hui plus de 80 éditions.

Alexandra Koulich (1829-1911) a écrit sous le pseudonyme de Hanna

Barvinok un grand nombre de romans sur la vie du peuple, où elle fait

preuve d'un profond esprit d'observation.

Anatole Swidnytsky (1834-1872) a laissé des romans «Les Luboradsky»

(Chronique de famille), qui dépeignent la vie des «Années soixante»

dans les milieux bourgeois ukrainiens qui commençaient à se

dénationaliser.

Ivan Franko (1856-1916), tour à tour poète et romancier, dépeint

dans une série de nouvelles, l'exploitation du peuple dans les mines

pétrolifères de Borislav «Boa constrictor», «A la sueur de son front»,

«Pour le foyer», «La Croisée des chemins», «Au sein de la nature», etc.

et la misère des paysans livrés à la merci des seigneurs.

Michel Kotsioubinsky (1864-1913) peut se comparer à Guy de Maupassant

par la profondeur de son analyse psychologique et à Tourgueniev par ses

tableaux de la nature. Dans son «Intermezzo», il dépeint l'immensité

des champs de l'Ukraine et son ciel cristallin, avec un lyrisme qui n'a

d'égal que l'émotion provoquée par le récit des malheureux paysans mis

en scène. Les «Fata Morgana» sont des scènes tragiques et angoissantes

de la Révolution de 1905. Les «Ombres d'ancêtres oubliés» dépeignent la

vie des montagnards vivant dans les Carpathes.

Maître d'une langue parfaite, profond psychologue, Kotsioubinsky a

donné des œuvres qui sont considérées comme les plus parfaites de la

littérature ukrainienne.

M. Vinnitchenko, dont l'analyse psychologique est également très

profonde, ne cherche pas à idéaliser ses héros ordinairement communs

et même vulgaires, mais néanmoins très vivants. Chacun de ses romans

est un chef-d'œuvre d'observation. Parmi les plus connus, il faut

citer «Holota» (Populace), tableau triste et puissant de la vie du

prolétariat agraire; «Je veux», peinture forte et énergique de la vie

des intellectuels ukrainiens, en même temps que puissante analyse du

sentiment national dans l'âme d'un intellectuel ukrainien russifié, «Le

Mensonge», «L'Ours Blanc et la Panthère Noire», etc.

Deux années en Ukraine (1917-1919) avec une carte de l'Ukraine. · 第 52 / 69 题