L'Histoire fait son apparition dans la littérature ukrainienne sous
la forme de Chroniques dont les principales sont celles de Nestor au
XIIe siècle et celles de Kiev et de Galicie-Volhynie qui les continuent
jusqu'en 1292.
Merveilleux assemblage de légendes et de faits historiques racontés
avec une naïveté, une vivacité charmantes et un grand soin
d'exactitude, elles expriment le caractère national ukrainien qui, dit
l'historien Soloviov «est d'une toute autre nature que le caractère
grand-russien».
La dynastie lithuanienne eut aussi des historiens pour raconter
l'époque de luttes et de mouvements populaires qu'eût à traverser
l'Ukraine, depuis l'invasion tartare jusqu'à la perte de ses droits
politiques, sous la domination russe. Les événements de cette
époque sont contenus dans les Chroniques de Lemberg, de Kiev, de
la Ruthène-Lithuanie, au XVe siècle; dans les Mémoires de Samuel
Zokie, secrétaire de Khmielnitski, de Jevlaszewsky, de Khanenko et de
Markovyck et dans les Chroniques cosaques dont la plus intéressante et
la plus littéraire est celle de Velytchko (1690 à 1728).
Mais c'est au XIXe siècle que la littérature ukrainienne devait trouver
ses véritables historiens dans Michel Dragomanov, V. Antonovitch et
surtout dans Michel Grouchevsky.
Michel Dragomanov (1841-1895), extrêmement cultivé, resta profondément
attaché à sa patrie bien qu'il ait surtout séjourné à l'étranger, à
Paris et à Sofia. Il a fait connaître l'Ukraine à la France par des
brochures riches de faits et de conclusions: «La Politique orientale de
l'Allemagne et la russification», «l'Ukraine et les Empires centraux»,
«La Pologne historique et la démocratie grand-russienne», «Pensées
étranges sur la question nationale de l'Ukraine», «Lettres à l'Ukraine
du Dnièpre».
Dragomanov a puissamment contribué au maintien du sentiment national
dans l'âme du peuple ukrainien.
V. Antonovitch, profondément érudit, a écrit sur l'histoire de
l'Ukraine plusieurs ouvrages dont les principaux sont: «Monographies
historiques», «Dernières années de l'organisation cosaque dans
l'Ukraine occidentale». Il a travaillé sur la fin de sa vie à un
rapprochement ukraino-polonais, sans arriver à un résultat sérieux.
Michel Grouchevsky est assurément le plus grand historien de l'Ukraine.
Son «Histoire de l'Ukraine» compte déjà sept volumes et s'arrête à la
révolte des Cosaques (1625), mais on peut déjà la considérer comme un
chef-d'œuvre par la grande quantité de documents compulsés et sa force
de dialectique.
Parmi les autres historiens ukrainiens contemporains, il faut
citer Oreste Levytsky, auteur de Monographies remarquables, le
Père Kripviakievitch et Bogdan Buchinsky, auteurs de travaux très
documentés sur l'Eglise en Ukraine, Lypinsky qui s'adonne spécialement
à l'histoire des relations polono-ruthènes et qui a déjà fait paraître
quelques volumes du plus grand intérêt et enfin, pour y prendre une
place particulière, M. Stephane Tomachevsky dont l'Insurrection des
Haïdamaks et les Etudes historiques sur les Ukrainiens de Hongrie se
recommandent par leur documentation et leur impartialité.
Cet aperçu de la littérature ukrainienne est nécessairement très
court et laisse dans l'ombre un trop grand nombre d'écrivains qui
mériteraient chacun une mention spéciale, mais il est cependant
suffisant pour montrer que, malgré les obstacles suscités par ses
maîtres, malgré les décrets de proscription et de prohibition, le
peuple ukrainien a gardé le culte de sa langue et des belles-lettres
et qu'à l'avenir il saura user de la liberté qu'il a conquise pour se
développer intellectuellement et moralement.